jeudi, 18 juin 2020

Je suis une viking, d'Andrew David MacDonald.

Je suis une viking

L'ouvrage:
Lorsque Zelda était dans le ventre de sa mère, celle-ci a trop abusé de l'alcool. Cela a pour conséquence que Zelda est attardée.
À présent, elle vit avec son frère, Gert. Celui-ci va à l'université. Quant à Zelda, elle se passionne pour la civilisation des vikings, et entend bien être digne d'en être une. C'est alors qu'elle rencontre l'une des fréquentations de Gert, un jeune homme qui ne lui plaît pas.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Le personnage de Zelda touchera forcément le lecteur. En tout cas, cela a été mon cas. Je n'ai pas vraiment compris sur quels points exacts la jeune fille était en retard, si elle avait des comportements autistiques (elle a besoin de règles, de listes, d'un cadre)... Sa vision des choses n'est pas si simpliste. Pour moi, ce n'est pas vraiment celle d'une personne attardée. Certes, elle s'exprime de manière enfantine. De plus, elle ne comprend pas certaines choses, ou prend au pied de la lettre certaines répliques dites au sens figuré, mais ce ne sont rien que des erreurs que pourrait faire quelqu'un qui n'est pas au fait de certains codes, et cela ne veut pas forcément dire qu'on a des difficultés de compréhension. En fait, il me semble avoir trouvé beaucoup de moi dans la façon de penser de Zelda. Je suis peut-être attardée, et j'ai réussi à le cacher. ;-)
L'héroïne est peut-être un peu trop admirative des vikings, a peut-être trop envie de leur ressembler (moralement), mais cela ne fait pas d'elle une inadaptée. On peut tous avoir une passion pour un sport, une culture, ou autre chose, et cette passion peut devenir une obsession. La différence entre Zelda et la personne lambda, c'est que la personne lambda ne dira pas à tous ceux qu'elle rencontre à quel point elle est passionnée de telle ou telle chose. De toute façon, je n'ai pas vraiment vu le handicap de l'héroïne comme quelque chose qui l'empêcherait d'avancer. Malheureusement pour elle, certaines personnes sont stupides (moralement), et ne veulent pas prendre les personnes comme elle au sérieux. De plus, sur certains points, la jeune fille est totalement dans les clous: il lui suffit de passer très peu de temps avec Toucan pour se rendre compte que c'est une personne peu fréquentable.
L'auteur donne quand même d'autres exemples. Marxy et Sarabeth sont moins évolués que Zelda, et ils ont davantage de mal à s'adapter à la vie et à ses codes. Je n'ai pas réussi à les apprécier, surtout Marxy qu'on côtoie davantage que Sarabeth.

Le frère de l'héroïne est intéressant parce qu'il est complexe. Il fraie avec des individus louches, ne respecte pas toutes les règles que Zelda et lui ont fixées (il lui ment, par exemple), s'emporte très facilement... Mais il est évident que ce qu'il souhaite, c'est le bien-être de sa soeur. Il reconnaît qu'elle se bat tous les jours pour apprendre à vivre en société, qu'elle souhaite être quelqu'un de bien, et comprend qu'elle tienne à ce que rien de mal n'arrive à ceux qu'elle aime.

J'aimerais bien que ce livre ait une suite. J'aimerais savoir comment évolueraient Zelda, Gert, et AK47 (personnage très sympathique). Bon, je dois dire que je ne serais pas ravie de retrouver Marxy qui m'agace, mais j'imagine que s'il y avait une suite, il en ferait partie.

Éditeur français: Nil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Simon and Schuster Audio.

Phoebe Strole fait partie des comédiens dont j'aime beaucoup le jeu. Ici, elle n'a pas démérité. Elle n'a jamais pris un ton affecté, n'a pas exagéré... Bref, encore une fois, son interprétation est parfaite.

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jeudi, 2 novembre 2017

Le magicien de Brooklyn, d'Haley Tanner.

Le magicien de Brooklyn

L'ouvrage:
2003. Vaclav et Lena ont neuf ans, et sont amis. Le garçonnet, fasciné par la magie, décide de monter un spectacle. La fillette sera son assistante. Elle passe beaucoup de temps chez lui. Elle vit avec sa tante qui s'occupe très peu d'elle.
Un jour, après que Lena n'est pas allée en classe, Rassia, la mère de Vaclav, décide d'aller voir comment elle va. C'est à partir de là que les choses basculent.

Critique:
Haley Tanner aborde intelligemment certains thèmes. Par exemple, les parents de Vaclav (surtout Rassia) sont partis de Russie pour s'installer aux États-Unis, dans le but que leur fils puisse avoir une vie meilleure qu'eux. Rassia est un personnage très intéressant. Elle agit uniquement en pensant à l'intérêt de Vaclav, fait certains sacrifices, souffre (par exemple lorsqu'elle voit son fils adopter la culture américaine), mais sait que c'est un mal nécessaire, qu'elle l'a elle-même souhaité.

Vaclav aussi est attachant. Il comprend très vite pourquoi il doit faire de son mieux à l'école. Son mélange de candeur et d'intuition pour certaines choses le rend sympathique.

J'ai eu du mal à cerner et apprécier Lena. Tout comme Rassia, je sentais confusément que quelque chose n'allait pas, mais je n'arrivais pas à m'attacher à elle, à cause de son comportement envers Vaclav. On a beau savoir qu'une personne a souffert, on ne peut pas excuser tous ses actes sous ce prétexte. Ensuite, j'ai un peu mieux cerné le personnage, mais je n'ai pas réussi à l'apprécier tout à fait... J'ai trouvé judicieux de la part de l'auteur de nous la montrer sans vraiment dire ce qui lui est arrivé, puis de donner les explications. En effet, la plupart du temps, c'est ainsi que cela arrive dans la vie. On rencontre des gens, on ne peut juger leurs actes qu'à partir de ce qu'on connaît d'eux, et bien sûr, ils ne se mettent pas à raconter leur vie et leurs éventuels traumatismes. C'est un appel à garder l'esprit ouvert, même si ce n'est pas toujours facile, et qu'il n'est pas profitable à la personne qu'on lui passe tout sans rien dire.

Quant à l'intrigue, elle est d'abord construite avec des non-dits que le lecteur doit combler, et dont la solution est dévoilée ensuite. Cela donne parfois une impression de lenteur, mais la vie et le décor dans lequel évoluent ces personnages sont criants de vérité. La fin soulève une question qu'on rencontre au moins une fois dans sa vie: vaut-il mieux dire la vérité par souci d'honnêteté, et parce que la personne a le droit de savoir, ou vaut-il mieux la cacher sachant que la personne sera terriblement affectée? Pour ma part, je dis toujours que je préfère savoir, mais dans le cas du personnage de ce roman, je ne sais pas ce qui est le mieux. Haley Tanner atténue le malaise que le lecteur pourrait ressentir avec ce qu'elle dit au dernier chapitre.

Comme souvent, je préfère le titre original («Vaclav and Lena») au titre français. Certes, celui-ci évoque un aspect important de la vie de Vaclav, et même (si on décide de le prendre ainsi) ce qu'il fait à la fin. Cependant, le titre original, s'il semble moins recherché, parle mieux de ce qui est le coeur du roman.

Éditeur français: Nil
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kirby Heyborne et Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.
L'éditeur a alterné les lecteurs selon que nous voyons les choses du point de vue de Vaclav ou de celui de Lena. C'est une bonne initiative. Cependant, il me semble que Kirby Heyborne lit certains chapitres du point de vue de Lena. En fait, Rebecca Lowman ne lit que la deuxième partie (il y en a trois), qui est complètement axée sur Lena, et le dernier chapitre.

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vendredi, 31 décembre 2010

La sexygénaire n'a pas dit son dernier mot, de Virginia Ironside.

La sexygénaire n'a pas dit son dernier mot

L'ouvrage:
Marisha a cinquante-neuf ans. C'est alors qu'elle décide de tenir un journal.

Critique:
Quelle joie de se plonger dans ce texte frais, plein de tonus, décrivant la vie d'une sexagénaire pleine d'entrain! Marisha bouscule hardiment tous les clichés sur les personnes âgées, les piétine allègrement avec conviction, et montre bien qu'elle ne veut surtout pas qu'on les lui applique! On ne peut rien contre le vieillissement: Marisha, elle, peut en prendre les bons côtés, jouir de la vie, la croquer goulûment! Et elle ne s'en prive pas!%%Quel bonheur de lire ses réflexions sur la vie, les gens, le sport, certains poncifs, etc. Quelle jubilation de lire les excès de mauvaise humeur de Marisha, qui reconnaît elle-même qu'elle est une râleuse. (Mais elle, contrairement à certains, elle grogne pour des choses qui en valent la peine.) Cette mamie, qui met ses défauts et ses gaffes en avant en les montrant bien du doigt, est une bouffée d'oxygène.

Outre ce personnage haut en couleur, Virginia Ironside aborde avec délicatesse, et en évitant les clichés, les thèmes de la vie. Comment ne pas rire et compatir au récit des aventures de Penny? Comment ne pas être attendri par la façon dont Marisha couve son petit-fils, alors qu'elle ne s'inquiétait pas autant pour son fils? Et pourtant, elle les aime tous les deux. Mais l'état de grand-mère n'est pas le même que celui de mère. Et bien sûr, on a aussi peur que Marisha, James, et Huggy (qui l'expriment tous trois différemment), quant à l'échéance de la toux d'Huggy. Là encore, l'auteur évite les clichés tout en dépeignant avec brio les aléas de la vie.

Tout ce que nous raconte Marisha est généreusement arrosé d'une bonne dose d'humour. Outre les situations amusantes (le coup du thermomètre, par exemple), il y a la façon de s'exprimer de notre sexygénaire. Même lorsqu'elle se compare à une mégère (notamment lorsqu'elle met la distance nécessaire à une bonne cohabitation entre elle et Michèle), c'est le rire qui prime.
Il est assez dur de faire rire. Beaucoup d'auteurs se fourvoient en créant des situations énormes et attendues. Ici, ce n'est pas du tout le cas. Ce livre est un vrai régal! À savourer, et à consommer sans modération!
Il va de soi qu'aucune longueur n'est à noter. Certaines choses sont un peu attendues, mais elles sont finement amenées, et la plupart du temps, avec bonne humeur, donc on ne les reprochera pas à Virginia Ironside. Par exemple, je savais qui serait le nouveau petit ami de Michèle, et le lecteur se doutera de l'issue du roman.

Éditeur: Nil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Rose Delaloye pour l'Étoile Sonore.

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lundi, 7 juillet 2008

Un bon cru, de Peter Mayle.

Un bon cru

L'ouvrage:
Max Skinner est anglais.
Le jour de sa démission, il trouve une lettre lui apprenant que son oncle, Henry, était mort et lui léguait sa maison dans le Lubéron. Se souvenant que l'oncle Henry possédait des vignes, Max pense qu'il pourra peut-être vivre de la vente du vin. Son ami, Charlie, le conforte dans cette idée par son enthousiasme.

Max déchante lorsqu'il goûte le vin produit par ses vignes. Il décide de faire appel à un oenologue qui l'aidera à améliorer la qualité de son vin.

Les choses se compliquent encore lorsque Max voit débarquer dans son paradis la prétendue fille de son oncle Henry, fille dont toute la famille ignorait l'existence.

Critique:
Ceux qui connaissent Peter Mayle et s'attendent à un roman qui se veut avant tout détendant et divertissant ne seront pas déçus. C'est un roman de vacances, dont on ressort avec le sourire.

Les personnages sont attachants (du moins, les «gentils«), et amusants. Certains le sont plus que d'autres. Par exemple, madame Passepartout: sa façon de travailler, sa curiosité, sa façon de protéger ceux qu'elle aime...
La scène où Christie et Max se disputent et ce qui en découle est un moment amusant. Ce n'est bien sûr pas le seul.

J'ai tout de même été déçue par quelques aspects du roman. Par exemple, les français sont caricaturés: ils aiment tous bien manger (et mettre de l'ail dans la nourriture), bien boire (comme dans tous les livres de Peter Mayle. A un moment, Max constate que Nathalie conduit vite, c'est donc tous les français qui conduisent vite. Lorsque Christie pense que Nathalie la drague, Max explique que le flirt est une habitude française. Il dit aussi qu'il ne faut pas tomber malade en France, car il y a beaucoup de paperasse. Tous ces poncifs m'ont plusieurs fois fait soupirer d'agacement. Il est possible que certains soient là exprès pour exagérer le trait, et faire sourire le lecteur, mais cela m'a plutôt ennuyée, car cela ôte tout réalisme et toute nuance au roman.
J'ai également été déçue par quelque chose à la fin du roman. Ce qui m'a déçue apporte de l'originalité au roman, c'est donc plutôt positif, mais j'aurais préféré quelque chose de plus conventionnel.

En bref, si vous faites abstraction des lieux communs sur les français (je crois qu'il y en a aussi quelques-uns sur les américains), et que vous voulez passer un moment agréable sans vous casser la tête, ce livre est pour vous!

Éditeur: Nil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Zino Davidoff pour la Bibliothèque Braille Romande.

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