lundi, 20 novembre 2017

Qui ment ?, de Karen McManus.

Qui ment ?

L'ouvrage:
Bronwyn, Cooper, Addy, Nate, et Simon se retrouvent ensemble en retenue. Leur téléphone a sonné pendant le cours du professeur le plus anti-technologie du lycée. Pourtant, chacun sait que l'appareil qui lui a été confisqué n'est pas le sien. Chacun se demande comment ce portable a atterri dans son sac. Lors de la retenue, Simon fait une réaction allergique. Malgré les efforts déployés pour le sauver, il meurt. La stupeur passée, ses camarades sont interrogés. On finit par les soupçonner d'avoir tué Simon, car tout le lycée savait à quoi il était allergique. En outre, Simon dénichait tout ce que chacun aurait préféré cacher afin de le divulguer sur son blog, et il s'avère qu'il savait des choses sur les quatre étudiants qui étaient en retenue avec lui.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Karen McManus raconte les événements du point de vue des quatre étudiants, chacun s'exprimant tour à tour. Outre une énigme dont la solution fera froid dans le dos, elle décortique les relations qui se tissent dans ce genre de microcosme. Certains, bien contents que les soupçons ne se portent pas sur eux, en rajoutent, se permettant d'ostraciser l'une des quatre étudiants après qu'elle a dû avouer le secret que Simon détenait à son propos. En outre, les choses prennent un tournant inattendu. Les quatre étudiants deviennent peu à peu amis. Ils évoluent, se rendent compte de ce qui vaut vraiment la peine. Bien sûr, ils n'étaient pas superficiels. Il n'aurait pas été crédible que des personnes très superficielles deviennent soudain responsables, réfléchissent... Cependant, ils laissaient chacun se ranger dans telle ou telle catégorie. Bronwyn, par exemple, était l'élève modèle, et ne frayait pas forcément avec les «castes inférieures». Elle ne le faisait pas exprès, n'était pas dédaigneuse, mais les choses étaient ainsi, et elle ne faisait rien pour les changer.
Nate, quant à lui, semblait se complaire dans la catégorie du perdant. Quand on creuse, on se rend très vite compte que ce n'est pas si simple. La solution que Nate a trouvée pour sortir de ses ennuis est loin d'être la meilleure, mais sa situation illustre bien le fait que dans cette société, si on est dans la panade, on est seul.

Cooper est sûrement celui que j'ai le plus apprécié des quatre. D'abord parce que lorsqu'Addy est mise au ban de la petite société du lycée, il est l'un des rares à ne pas la rejeter. Ensuite parce que je trouve qu'il gère assez bien les problèmes dans lesquels il se débat.

J'ai moins aimé Addy... sûrement parce qu'au début, elle se laisse trop faire par son petit ami... Mais je l'ai quand même appréciée. J'ai aimé sa complicité avec sa soeur, et j'ai trouvé qu'elles s'en sortaient bien, après avoir vu la façon d'agir de leur mère...

J'ai apprécié que les autres personnages ne réagissent pas forcément de la même manière. Par exemple, la petite amie de Cooper ne juge pas les quatre étudiants. Elle est plutôt dans l'incertitude. Elle suit le mouvement de sa bande qui snobe Addy, mais ne le fait pas de manière acharnée.

Dès le départ, je n'ai pas soupçonné les quatre étudiants. Je n'avais pas envie qu'ils soient coupables, car je me suis très vite attachée à eux. Vous saurez si j'avais raison en lisant le livre. ;-)

Éditeur Français: Nathan. Éditeur audio: Audible Studios La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Listenning Library.
La distribution est:
Kim Mai Guest: Bronwyn
MacLeod Andrews: Cooper
Shannon McManus: Addy
Robbie Daymond: Nate.

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jeudi, 28 septembre 2017

Dis-moi si tu souris, d'Eric Lindstrom.

Dis-moi si tu souris

L'ouvrage:
Parker Grant, seize ans, est aveugle depuis l'âge de sept ans à la suite d'un accident dans lequel sa mère est morte. Son père a fait de son mieux pendant les années qui ont suivi.
Un matin, après son jogging quotidien, Parker trouve son père mort. Outre la peine due à cette perte, elle doit se faire à la cohabitation avec son oncle, sa tante, et ses deux cousins (Sheila et Petty).

Critique:
Avant de parler de l'intrigue, je tiens à dire que je suis reconnaissante à Eric Lindstrom de n'avoir pas écrit n'importe quoi concernant les personnes aveugles. Il m'est déjà arrivé de poser un livre en pestant parce qu'il racontait des âneries. Bien sûr, tous les aveugles ne se comportent pas exactement de la même manière, mais ce qui est dit ici me rappelle beaucoup ce que je fais. Par exemple, Parker demande aux gens de la prévenir avant de la toucher, de ne pas déranger ses affaires, de s'annoncer en entrant dans une pièce où elle est ou de prévenir en en sortant, de ne pas hurler en s'adressant à elle, de ne pas parler comme si elle avait 2 de QI. Ces demandes ne m'ont pas du tout paru incongrues. Malheureusement, j'ai connu ce genre de désagréments. En général, je réagis moins vertement que l'héroïne, surtout vis-à-vis de ceux qui, voulant bien faire, sortent (par exemple) mon déjeuner de mon sac, et étalent tout (plat, couverts, dessert) à côté de moi. Comme le dit Parker, on ne s'y retrouve plus si quelqu'un bouleverse tout.
À l'inverse de l'adolescente décrite ici, je ne compte pas les pas qui mènent d'un lieu à l'autre, je ne reconnais pas la voiture d'une personne que je connais au son de son moteur, etc.
Parker explique qu'elle connaît des restaurants proposant un menu en braille. Cela existe peut-être dans des pays anglophones, mais en France, je n'en ai jamais vu. (Il est vrai que la France est en retard sur beaucoup de choses...)
Parker cache ses yeux avec un bandeau où des yeux sont dessinés. Elle l'explique. Sur ce point, je ne pense pas du tout comme elle (que ce soit sa raison officielle ou sa raison officieuse). En plus, au long du roman, je me suis demandé comment il se faisait que le bandeau ne la gênait pas. Cette réflexion est assez logique de ma part, moi que le moindre bracelet gêne. ;-)

Outre la justesse de ses propos quant au handicap de l'héroïne, Eric Lindstrom signe un roman bien pensé, à la fois grave et cocasse. Parker s'engage dans une espèce de parcours initiatique au long duquel elle comprendra que des idées trop tranchées peuvent être nuisibles, que l'honnêteté n'empêche pas la diplomatie, et qu'elle va devoir vivre avec ses peurs et ses chagrins au lieu de les fuir. Il y a des moments où elle m'a vraiment agacée. C'est après qu'elle découvre ce qu'aurait dû lui dire Trish, mais aussi lorsqu'elle oblige Molly à la guider en certaines circonstances. Bien sûr, il vaut mieux une héroïne qui est à la fois sympathique et agaçante, une humaine qui a encore des leçons d'humilité à recevoir. D'autre part, si certaines choses exaspèrent, on peut aussi comprendre la jeune fille. Sa manière de se comporter avec Sarah, lorsqu'elle a des doutes, est également discutable, mais là encore, que ferions-nous si nous étions perdus (moralement)? Malgré tout, Parker avance et se remet en question.

J'ai eu un peu de mal à apprécier Sheila. Pourtant, elle agit pour les mêmes raisons que Sarah. C'est sûrement parce qu'elle agit différemment, et que sa manière de faire m'a déplu que j'ai eu davantage de mal à lui accorder les circonstances atténuantes. Tous les personnages sont attachants, à leur façon. Certains piétinent allègrement les apparences. Par exemple, Kent n'a pas l'air très futé ni très aimable, au début, et on se rend compte que ce n'est pas le cas. Lorsque Danny apparaît, tout le monde est époustouflé par sa beauté (cela donne lieu à une scène très drôle entre Sarah et Parker), puis Molly explique quelque chose, et force nous est de reconnaître qu'elle a raison. Faith fait partie du «trio dynamique», c'est-à-dire des filles les plus populaires, ce qui ne l'empêche pas d'être amie avec Parker et Sarah.

On trouvera peut-être Scott trop gentil. Peut-être que certains espéreront une fin où une chose est attendue mais pas encore arrivée... Je ne sais pas trop ce que j'aurais voulu quant à la fin, mais de toute façon, elle n'enlève rien au fait que le roman aborde intelligemment les thèmes de l'amitié, de l'adolescence, de la trahison... et surtout, il invite à ne pas négliger le point de vue des autres.

Éditeur français: Nathan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lauren Fortgang pour les éditions Hachette Audio.

Je connais peu Lauren Fortgang. J'ai aimé son interprétation. Elle parvient à ne pas faire une voix trop pénible pour les garçons. J'ai quand même trouvé dommage qu'elle fasse des voix caractéristiques à Sarah et Sheila. Sheila a l'air d'une pétasse idiote, et Sarah, on dirait qu'elle a 2 de tension. Heureusement, la voix de Sarah devient moins caractéristique au long du roman.

Pour les personnes aveugles qui souhaiteraient lire ce roman en français, il existe en audio à la Ligue Braille. Je l'avais d'ailleurs commencé ainsi, mais la lectrice tentait de prendre un accent pour les prénoms anglophones, notamment «Parker», et je n'ai pas pu le supporter. J'ai donc été ravie de le trouver en anglais sur Audible.fr.

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lundi, 21 juillet 2014

La liste, de Siobhan Vivian.

La liste

L'ouvrage:
Au lycée de Mount Washington, une tradition veut que chaque année, une liste soit créée. Cette liste indique qui est la plus jolie fille et qui est la fille la plus moche de chaque niveau. On ne sait pas qui établit la fameuse liste ni comment le flambeau se passe.
L'auteur raconte une semaine de la vie du lycée, un mois après le début des cours. Le récit commence le jour de la publication de la liste.

Critique:
Siobhan Vivian montre très bien le grand jeu des adolescents. Ce «jeu» est accentué par cette liste, mais elle ne fait que l'attiser. Au fond, chacun souhaite être reconnu, apprécié. Chacun réagit différemment après la publication de la liste. Les jolies sont bien sûr flattées. J'ai d'ailleurs trouvé dommage qu'aucune jolie ne souhaite s'affranchir de cette mascarade. Il aurait cependant été difficile de créer un personnage qui n'aurait pas eu la tête tournée par cet honneur.
Lauren est sûrement celle qui m'a le plus déçue. Certes, elle ne connaît pas la subtilité de ce que j'appelle le «jeu» (expression que j'ai empruntée à Philippe Labro dans «L'étudiant étranger»), mais il m'a paru étrange qu'elle soit assez naïve pour penser qu'être sur la liste lui attirait des amies sincères. Au moins, les trois autres savaient à quoi s'en tenir. Il est curieux que la mère de Lauren, qui tient à ce que sa fille ne participe pas à ce genre de choses, ne l'ait pas avertie. Elle ne pouvait pas lui parler de la liste, ne la connaissant pas, mais elle aurait pu la mettre en garde contre des amitiés trop faciles.

L'auteur décrit très bien la réaction de Bridget, et comment celle-ci entre dans une spirale infernale. En voilà une complètement avalée par le «jeu». En outre, elle en est consciente.
Margot m'a laissé un sentiment mitigé. Si on lui en veut de certains actes, on ne peut s'empêcher de penser qu'on aurait peut-être agi comme elle à sa place.
Quant à Abby, je lui ai reproché d'être à ce point superficielle, mais c'est la plus jeune, et elle était déjà un peu comme ça avant d'entrer au lycée. Il est normal que sa soudaine popularité lui ait fait perdre la tête.

Quant aux «moches», leurs réactions ne m'ont pas forcément satisfaite, mais là encore, elles sont représentatives de ce qui pourrait arriver en pareil cas.
Certaines d'entre elles ont fini par en sortir grandies. C'est sûrement Sarah qui suscitera le plus de réactions de la part du lecteur: elle se veut indifférente, mais ses actes font qu'à l'instar des autres, elle est totalement happée par le «jeu». Je n'ai pu m'empêcher de rire en lisant la manière dont elle choisit de se révolter... ;-)

Parmi les personnages qui ne sont pas cités sur la liste, j'ai apprécié Fern, qui sait où est son intérêt, et qui tente de le faire comprendre à sa soeur. Lisa m'a également plu: pétillante, sympathique, elle est la seule à remarquer la détresse de sa soeur, et à oser l'affronter.
La mère de Lauren mérite également qu'on s'attarde sur elle. Elle n'a pas toujours la bonne méthode, et la communication n'est pas son fort, mais dans le fond, elle a raison.

Certains diront peut-être que le roman est plein de clichés. Pourtant, moi qui côtoie des adolescents tous les jours (plus jeunes que ceux du roman, mais si peu), j'ai cru me retrouver avec eux lors de ma lecture. Jeux de pouvoir, de séduction, de popularité, artifices... Seule, la proviseur (madame Colby) m'a paru peu creusée. Elle a certaines réactions qui ne sont pas dignes d'une chef. Par exemple, lorsqu'elle dit à Sarah qu'elle n'est pas d'accord avec ce qu'il y a écrit sur son front. Ce n'est pas de cette façon qu'il aurait fallu prendre la chose. Sarah et le lecteur se fichent de l'avis de la proviseur. Elle aurait dû expliquer à quel point c'est dégradant (comme le fait Fern), avec des mots durs, cinglants, qui marquent. D'autre part, lorsque madame Colby tente de faire preuve d'autorité face aux élèves, cela tombe à plat. Avec un proviseur de ce genre, le lycée devrait partir en vrille. Elle a à peine plus de maturité que les adolescentes dont il est question.

J'ai également regretté que la fin ne soit pas davantage détaillée. Certaines questions restent. Bien sûr, chacune ne va pas soudain changer, il est d'ailleurs bien que la romancière ait à peine amorcé quelque chose pour certains, mais des questions précises demeurent quant à quelques protagonistes.

Il est quand même étrange que la personne responsable de la liste puisse la photocopier et la poser partout sans que personne ne la voie faire.
D'autre part, j'ai trouvé un peu curieux que chaque niveau ne semble comporter qu'une classe.

Éditeur: Nathan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Laure Rochat pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix douce et agréable, une diction très soignée. D'autre part, elle a su interpréter ce livre en mettant le ton approprié, mais sans prendre une intonation niaise ou mièvre. Elle aurait pu tomber dans ce travers, et heureusement, ne l'a pas fait.

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