Editeur : Liana Levi

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vendredi, 31 janvier 2014

Elle a disparu, de Gwendolen Gross.

Elle a disparu

L'ouvrage:
Ce jour-là, Linsey Hart, dix-sept ans, ne rentre pas chez elle. A-t-elle fugué? A-t-elle été enlevée?

Critique:
L'originalité de ce roman est qu'au lieu de raconter une enquête, l'auteur montre tour à tour les différents points de vue de la famille de Linsey, de son petit ami, de ses voisins. Cela permet au lecteur de se faire une idée de tous ces personnages à travers ce qu'ils disent les uns des autres. À travers leurs idées, leurs préjugés les uns sur les autres, on voit un échantillon de la société. Certains sont à un tournant de leur vie (comme Reeva ou Timmy), d'autres nous font entrer dans leur univers (comme Geo), ou nous montrent leurs côtés sombres (Cody, Toby, Abigail). La disparition de Linsey va opérer certains rapprochements inattendus. Certains vont passer par-dessus leurs idées préconçues, et se rendre compte que tel ou tel voisin n'est pas forcément comme ils l'imaginaient.

J'ai apprécié le fait que Linsey (que nous découvrons à travers les yeux de tous ces gens) ne soit pas une adolescente superficielle et clichée. Elle semble plutôt normale. D'une manière générale, aucun personnage n'est cliché. Pourtant, au début, on a l'impression que Reeva (par exemple) l'est. À mesure qu'on avance dans le roman, on découvre que malgré son obsession du moment, elle ne se résume pas à cette obsession. Elle se rend compte qu'elle a manqué certaines choses, et le reconnaît sans se chercher d'excuses.
À propos de Reeva, j'ai beaucoup aimé le passage où ses «amies» et elle font une espèce de réunion, et où chacune rivalise de fiel, sous des dehors amicaux. Cette scène représente toute l'hypocrisie d'une société, qui n'en est même pas dupe.

Les jumeaux sont intéressants. Au départ, Gwendolen Gross ne les montre pas comme faisant tout ensemble. Ils ont l'air différents l'un de l'autre. On sent pourtant une complicité sous-jacente. D'autre part, ils finissent par se rejoindre sur un point. À la fin du roman, on ne peut pas dire comment chacun tournera. Leur attitude (surtout celle de Cody) est-elle une espèce de passage obligatoire pour certains enfants, ou bien...?

Geo garde une part de mystère. C'est un personnage étrange que certains sujets tourmentent. Il se cherche. Il saura émouvoir le lecteur qui aura la possibilité de voir au-delà des apparences.

Seule, Abigail n'a pas trouvé grâce à mes yeux, sauf peut-être à la fin. Elle dit vouloir le mieux pour sa fille, alors qu'il est évident qu'elle s'englue dans un raisonnement sans vouloir voir qu'il est possible d'envisager les choses autrement. Elle dit être guidée par son amour maternel, mais il semble plutôt que ce soit son égoïsme qui la pousse.

Un livre qui analyse bien une certaine société. Des personnages attachants malgré (ou peut-être à cause de) leurs travers. Une intrigue bien agencée.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Liana Levi

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vendredi, 20 septembre 2013

Laitier de nuit, d'Andrei Kurkov.

Laitier de nuit

L'ouvrage:
Irina vient d'avoir un enfant. Elle vend son lait pour se faire un peu d'argent.
Dima est douanier. Le chien avec lequel il travaille repère une valise suspecte. Dima et son collègue décident de la garder. Ils découvrent qu'elle contient des ampoules dont ils ont du mal à déterminer le contenu.
Veronica s'inquiète. Le pharmacien du quartier a été assassiné, elle trouve une tache de sang sur la veste de son mari, et celui-ci effectue d'étranges sorties nocturnes.

Critique:
L'une des forces de ce roman, c'est que l'auteur raconte son histoire avec une bonne dose d'humour, mais il n'est jamais lourd. Lorsqu'un auteur se lance ce genre de défi, il en fait très vite trop. Ici, ce n'est pas le cas.

D'autre part, quand un auteur présente des intrigues parallèles, le lecteur se doute très vite que tout est lié. En général, les liens sont très forts. Ici, les choses sont plus subtiles, cela ressemble davantage à la vie.

J'ai apprécié la manière dont l'auteur détourne certains codes, prenant des sujets graves pour les tourner en dérision. par exemple, l'espionnage devient vite source d'amusement à cause de ce que l'un des «espions» dit à l'autre.
Les mystérieuses ampoules sont bien sûr objet de frénétiques recherches, mais comment ne pas rire quant à leur effet, et quant à ce qui arrive (ou pas...) à Dima après l'absorption des comprimés?
Le lecteur se surprend même à approuver les «petites magouilles» de Seyon et d'Iegor concernant les Marina.
Notons également l'originalité de la découverte d'un cadavre dans un bain de lait...
Sans oublier l'amour que l'on rencontrera de manière inattendue, et pas du tout mièvre, au détour de ces pages. L'amour qui fera accomplir des actes parfois dangereux à nos personnages.
N'oublions pas le chat qui apporte un élément fantastique au roman, ainsi que de mystérieuses traces de boue...
Enfin, que dire de ce souvenir apparu avec force et netteté dans la mémoire de Veronica?
Bien sûr, tout tombe sur nos héros par hasard, sans qu'ils n'aient rien demandé à personne (sauf peut-être les ampoules que Dima a gardées exprès). Autant d'éléments incongrus, bien choisis, et utilisés sans exagération par Andreï Kurkov. Autant d'éléments desquels il aurait été aisé de faire n'importe quoi, de transformer le livre en quelque chose d'inepte. L'auteur en fait un roman sympathique et réaliste (malgré les pointes de surnaturel), drôle (malgré la gravité de certaines situations), optimiste (en dépit de certains moments désespérés). C'est un roman qui met de bonne humeur. À lire!

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Diserens pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie ce lecteur pour sa lecture fluide exempte à la fois de surjeu et de monotonie. En outre, je lui reproche toujours de prononcer les noms propres anglophones avec un accent. Ici, les protagonistes étant russes, je n'ai eu aucun problème. Pour ces noms propres, le lecteur adopte une prononciation naturelle en français.

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mardi, 28 mai 2013

La joueuse d'échecs, de Bertina Henrichs.

La joueuse d'échecs

L'ouvrage:
Naxos.
Eleni est femme de ménage dans un hôtel. Un matin, en faisant une chambre, elle fait tomber une pièce d'un échiquier. Cela l'amène à s'intéresser à ce jeu. De ce fait, elle remet en question certains aspects de sa vie.

Critique:
Ce livre m'a globalement plu. J'ai apprécié que cette femme gentille, sans ambition, très effacée, ne pensant pas qu'elle puisse discuter les désirs de son mari, opère une sorte de métamorphose. Sa nouvelle passion pour le jeu d'échecs commence par lui révéler qu'elle peut réfléchir à autre chose que le ménage et la cuisine. Elle peut élaborer des stratégies, entraîner sa mémoire, etc. Son amour pour ce que peut lui apporter ce jeu fait qu'elle tient tête à son mari qui n'aime pas qu'elle bouleverse ses petites habitudes.
On s'attache à ce personnage d'apparence terne qui, en fait, a les pieds sur terre, et s'offre une petite évasion grâce aux échecs, évasion dont elle ne se serait pas crue capable.

Au départ, cela paraît un peu disproportionné: Eleni ne délaisse pas sa famille, elle a juste un nouveau passe-temps. Mais cela déplaît à son mari qui ne la contrôle plus. En outre, tout le monde se connaît, à Naxos, et le moindre geste inhabituel est interprété, amplifié. Tout cela peut paraître gros, mais au final, c'est vraisemblable: des gens qui s'ennuient, qui aiment les cancans, qui s'en délectent, vont prendre le moindre prétexte pour s'en repaître, quitte à blesser quelqu'un.
Heureusement, des êtres ayant davantage de jugeote jalonnent ce roman. C'est grâce à cette histoire d'échecs qu'Eleni va savoir où sont ses vrais amis, et cela ne l'étonne pas vraiment.

Kouros et Costa sont intéressants. Sous des dehors bourrus, ils sont attachants.

Ce qui se dessine à la fin est intéressant, car cela montre davantage le côté artificiel et versatile des cancaniers, mais je n'ai pu m'empêcher de me demander si Panis évoluait vraiment. On dirait qu'il suit le vent, mais qu'il ne se remet pas vraiment en question.

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Chantal Perrier pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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vendredi, 3 mai 2013

Persécution, le feu ami des souvenirs, d'Alessandro Piperno.

Persécution

L'ouvrage:
1986.
Leo Pontecorvo est accusé de tentative de viol sur Camilla, la petite amie de son fils, Samuel. Camilla est âgée de douze ans.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman. Certes, il y a de bonnes choses, mais pour moi, elles sont trop diluées. Par exemple, l'auteur explique comment les faits et certaines photos sont surinterprétés par le magistrat chargé de l'affaire. Par ailleurs, l'avocat de Leo est grotesque, lorsque son client est confronté au magistrat pour la première fois. On se demande s'il veut la perte de Leo (ce qui ne serait pas impossible), ou s'il a eu son diplôme sur un coup de chance.
Enfin, la réaction de l'opinion publique est bien expliquée.

Tout cela est bien exploité, mais c'est noyé dans la masse des retours en arrière. En effet, le livre en foisonne. Ne serait-ce que pour raconter ce qui s'est réellement passé lorsque Camilla a fait un séjour avec la famille Pontecorvo. Ce retour en arrière est d'ailleurs le seul qui soit réellement à propos. Alessandro Piperno commence par dire que Leo est accusé, qu'il a écrit des lettres à l'enfant... Le lecteur s'interroge quant à ces missives. C'est alors que l'écrivain fait le récit de comment Leo en est venu à écrire à Camilla. Si les choses prennent sens, j'ai quand même trouvé que le personnage principal s'était conduit en parfait crétin dans l'histoire. Son attitude n'est absolument pas adulte et encore moins responsable. D'ailleurs il ne l'est pas vraiment tout au long du roman. Il s'en remet à Rachel pour tout ce qui est comptabilité, et ne veut surtout pas en entendre parler. En outre, il agit souvent de manière irréfléchie. Il n'y a que dans son travail qu'il semble être à sa place.

Les autres retours en arrière peuvent être intéressants, car ils le montrent au quotidien avec ses fils, ses parents, ses amis, etc. Cependant, ils m'ont agacées, car ils étaient de trop longues pauses dans le récit. Et puis, le romancier prend beaucoup de temps pour dire certaines choses. Tout cela donne une impression de lent fouillis.
Autre chose m'a gênée: par deux fois (dont une au début du roman), le lecteur dévoile quelque chose d'assez important concernant l'intrigue. C'est dommage. Le lecteur ne sait pas comment cette chose arrive, mais il sait qu'elle va se produire. D'ailleurs, elle est expliquée de manière très sommaire, à la fin. Il ne faut pas s'attendre à quelque chose de très recherché.

D'autre part, je ne me suis attachée qu'aux enfants de Leo et Rachel. Le couple, quant à lui, a commencé par m'amuser un peu pour lentement finir par m'exaspérer. On se demande ce qu'ils font ensemble, ne paraissant être d'accord sur rien, être très différents... Leo n'est pas vraiment fini, il est égoïste, méprisant envers ce qui n'est pas lui... Plus tard, lorsqu'il est en prison, il croit que le pire lui arrive lorsque ses codétenus le bousculent. J'avais envie de lui dire que ce n'est rien comparé à ce qui serait arrivé si on n'avait pas fini par le mettre à l'isolement.
Rachel est pleine de principes dont certains sont un peu lourds. Elle brandit sa prétendue générosité envers les autres, mais agit de manière totalement disproportionnée lorsqu'il s'agit de son mari, à la fin. Outre les retombées que pourraient avoir l'affaire, elle voit là une bonne occasion d'accomplir quelque chose qu'elle souhaitait faire depuis longtemps.

La fin traîne beaucoup L'écrivain y colle un parfum de fantastique qui n'est pas approprié, à mon avis. Par contre, j'ai apprécié le parallèle fait avec «La métamorphose», de Kafka.

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 13 mai 2010

Noir austral, de Christine Adamo.

Noir austral

L'ouvrage:
2004.
Lise est australienne. Sa patronne est égoïste et acariâtre. Son père et elle ne se sont jamais vraiment entendus. Elle en a assez de son amant. En outre, elle voudrait savoir ce qui est réellement arrivé à sa mère, morte alors qu'elle était petite. Son père ne lui disant pas grand-chose, elle décide de partir s'installer en France, d'abord pour changer de vie, et ensuite parce qu'elle va pouvoir suivre les traces de sa mère.

Critique:
Voilà un roman sans prétention qui a su me captiver avec des ingrédients assez simples.
D'abord, même si la construction peut paraître classique, le lecteur sera intéressé par l'histoire de Lise, à laquelle s'entremêle celle d'une tribu d'aborigènes de 800000 ans avant Jésus Christ à nos jours.

L'histoire de Lise ne souffre d'aucune longueur. L'intrigue peut sembler banale, mais Christine Adamo sait la rendre intéressante en créant des personnages attachants et sympathiques: Lise, Joseph, Marthe, Ralph... En outre, à l'inverse de certains auteurs qui cherchent à tisser des intrigues complexes, et qui sont démasqués, Christine Adamo a entouré ses personnages d'énigmes d'apparence banale. L'une est simple, mais on ne la devine pas si aisément, et l'autre, on ne sais pas qu'il faut la chercher. Par ailleurs, lorsqu'elle trouve sa résolution, elle explique une chose que certains auraient pu trouver très grosse.

L'histoire d'amour n'est pas très crédible, mais Lise elle-même le dis, cela anéantit donc ma remarque. En effet, un personnage qui se rend compte de l'incongruité d'une situation paraît tout de suite sympathique, et on na moins envie de le traiter d'idiot. L'auteur prévoit donc que le lecteur va trouver l'histoire d'amour grosse, et son personnage se trouve plus cruche que ce qu'aurait pu penser le lecteur.

En alternance avec les chapitres évoquant Lise, il y a ceux où nous est racontée l'histoire du peuple aborigène. L'auteur a certainement voulu renseigner le lecteur sans le submerger. C'est sûrement pourquoi elle a brossé des portraits à très grands traits, n'a fait qu'esquisser ses personnages. De ce fait, ces parties m'ont moins intéressée: on n'a pas le temps de s'attacher aux personnages, et puis beaucoup d'entre eux ont le même destin... c'est un peu lassant.

Cela devient plus intéressant lorsqu'on arrive à l'histoire de Cheveux Clairs. Malheureusement, c'est aussi à partir de là que cela devient très dur à lire.
Je savais, bien sûr, que les colons n'avaient été qu'égoïsme et bêtise dans les pays colonisés, refusant d'accepter et de comprendre les personnes qu'ils spoliaient. Mais je ne savais pas comment cela s'était passé en Australie. L'auteur m'a révélé ce douloureux pan de l'histoire. Le pire, c'est que cela m'a étonnée. Sachant tout ce dont ont été capables les prétendus civilisés, je n'aurais pas dû être surprise.

Je conseille donc ce livre fascinant par bien des côtés.

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Lion pour l'association Valentin Haüy.
Le lecteur a une voix agréable. Il met le ton approprié sans trop en faire. Je relirai avec plaisir des ouvrages enregistrés par lui.

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