Editeur : Les Arènes

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samedi, 27 juillet 2019

Le réseau secret de la nature, de Peter Wohlleben.

Le réseau secret de la nature

L'ouvrage:
Peter Wohlleben explique l'interaction entre la faune et la flore.

Critique:
J'ai autant apprécié ce livre que les deux précédents ouvrages de cet auteur que j'ai lus. Au départ, je me demandais comment il pourrait se renouveler, mais il le fait. Ce n'est pas parce qu'il parle des deux éléments principaux de ses deux ouvrages précédents qu'il ne les aborde pas différemment.

Je savais que la nature fonctionnait très bien sans l'homme, et qu'il ne fallait pas s'amuser à perturber son équilibre. Cependant, étant néophyte, je n'avais aucun exemple. Ce livre en donne. Son auteur ne se contente pas de dire: «Il ne faut pas faire ceci ou cela, c'est mal!», il explique pourquoi faire ceci ou cela conduit à telle perturbation. J'étais déjà convaincue de certaines choses. Par exemple, je pestais après l'homme qui ne voulait plus du loup ou de l'ours. Peter Wohlleben a apporté de l'eau à mon moulin.

Chacune de ses démonstrations, chacun de ses exemples m'a parlé. À un moment, j'ai souri, parce que je râlais après les scolytes qui grignotent l'intérieur de certains arbres. Et puis, l'auteur explique que les scolytes nuisent surtout aux arbres déjà affaiblis par les méfaits de l'homme.

Lorsque l'écrivain évoque les feux de forêt, il parle des réactions de certains. J'ai été choquée que des gens trouvent ces feux bénéfiques, associant ceux provoqués par les méfaits de l'homme à ceux qui se sont déclarés naturellement. Quelle mauvaise foi!

À travers des récits, des exemples, des explications, Peter Wohlleben exhorte son lecteur à avoir l'esprit critique, à observer la nature, et à se demander pourquoi ceci et pourquoi cela. Son livre m'a rappelé une phrase que j'ai lue dans un roman, il y a assez longtemps: «La nature a tout prévu, sauf l'homme.» Malheureusement, je ne peux que me désoler de ce que certaines décisions de mes semblables (qui ne voient que leur profit) causent à la nature.

L'auteur dit également qu'il n'est pas possible de restaurer l'ordre en un claquement de doigts. C'est logique. J'espère que ses livres feront réfléchir ceux qui mettent la nature à mal, mais comme il le dit lui-même, c'est loin d'être le cas.

Venons-en maintenant au seul reproche (et encore, il est indirect) que j'ai. À un moment, l'auteur raconte une conversation qu'il a eue avec la personne qui traduit ses livres en anglais pour les lecteurs américains. Il explique cette conversation par la phrase suivante: «Afin de rendre mon récit plus accessible au lecteur américain, nous avons remplacé certaines sources allemandes par d'autres issues de l'espace anglophone.» Cette phrase m'a hérissée de colère! Cela signifie donc que les Américains sont stupides et chauvins au point de ne pas être intéressés par quelque chose qui arrive ailleurs que chez eux! Cela m'a rappelé «American rigolos», dans lequel Bill Bryson montre certains côtés assez incroyables de la population américaine... J'aurais compris que la traductrice ait eu l'idée d'ajouter des exemples ayant eu lieu aux États-Unis en annexe, et encore, j'aurais trouvé cela étrange, mais pourquoi pas? Mais dénaturer le texte en remplaçant des récits par d'autres!!! On me dira que je n'ai rien à objecter puisque l'auteur est d'accord. Eh bien, cet argument ne me convainc pas! Je pense qu'heureusement, en France, la traductrice est restée fidèle à l'oeuvre, parce qu'il me semble avoir souvent entendu des exemples avec des noms allemands. J'espère aussi que ce genre d'idées saugrenues n'est jamais passé par la tête de la traductrice française.

En cherchant Peter Wohlleben sur le net, j'ai constaté qu'il avait écrit d'autres livres dont certains sont traduits en français. J'espère que ceux qui ne le sont pas le seront, et qu'ils finiront tous en audio!

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
Je suis contente que l'éditeur audio ait fait appel au comédien qui a enregistré les deux livres précédents de cet auteur. Comme d'habitude, l'interprétation de Thibault de Montalembert est naturelle: il conte le livre comme s'il le vivait, sans affectation.

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samedi, 2 décembre 2017

La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben.

La vie secrète des arbres

L'ouvrage:
Peter Wohlleben est forestier. Ici, il nous raconte les arbres.

Critique:
Ce livre m'a tout de suite attirée, mais j'avais peur qu'il soit jargonnant, péremptoire, etc. C'est après avoir lu quelques chroniques sur Babelio que j'ai décidé de le tenter. Je ne suis pas déçue du voyage. L'auteur n'est ni pompeux ni moralisateur. Il explique pourquoi à son avis (et il est loin d'être le seul à penser ainsi), il faut davantage respecter la nature, laisser les forêts se créer (ou se recréer) de manière naturelle. Pour moi qui n'y connais pas grand-chose, cela semble évident.

J'ai trouvé passionnant d'apprendre des choses sur l'entraide, la communication, la manière de se nourrir des arbres... J'ai aimé certaines analogies faites par l'auteur. Par exemple, les parents arbres qui tempèrent les ardeurs de leurs «enfants» et leur donnent une éducation à la dure... pour leur bien.
Je connaissais certaines choses, notamment grâce à ma lecture de la trilogie de Bernard Werber sur les fourmis. Je pense surtout à l'exemple des pucerons qui pompent la sève de l'arbre pour se nourrir, et rejettent le sucre.
Outre tous les parasites qui peuvent coloniser les arbres (insectes, champignons, autres végétaux), l'auteur évoque le caractère de chaque espèce, et la façon dont chacune se comporte selon le temps, le climat, etc. Il peut paraître surprenant d'apprendre que les arbres communiquent et s'entraident, pourtant, je n'ai pas été étonnée. Ce que j'ai appris tout au long de ce livre m'a fascinée, mais aucunement surprise. Peter Wohlleben explique que l'homme ne parvient pas à ressentir de l'empathie pour les plantes et les arbres, notamment parce qu'il ne veut pas admettre que les végétaux puissent ressentir et penser. Cela me rappelle «Les malheurs de Sophie», lorsque l'héroïne explique à sa mère qu'elle ne pensait pas qu'elle pouvait faire mal aux poissons de l'aquarium en les coupant en morceaux parce qu'ils ne criaient pas. Peut-être que les végétaux ne ressentent pas de la même manière que les hommes, ce qui ne veut pas dire qu'ils n'éprouvent rien. Il ne faut pas oublier que l'auteur se base sur ses observations pour affirmer cela. Il explique bien qu'au début de sa carrière de forestier, il ne savait rien sur les arbres. Il raconte même des erreurs qu'il a commises.

Comme je voudrais vous donner envie de lire ce livre sans trop vous en dire, voici quelques questions auxquelles répond l'auteur. Pourquoi l'air est-il plus pur en forêt? Pourquoi se sent-on dans son élément dans une forêt naturelle? Pourquoi les arbres plantés en milieu urbain dépérissent-ils? Les arbres ont-ils besoin de sommeil?

Remarque annexe:
Cet ouvrage m'a appris l'existence de mon nouvel ami: le bitinella, un petit escargot qui ne peut vivre que dans des eaux froides (pas plus de 8°). Je dis que c'est mon ami car je commence à souffrir lorsqu'il fait plus de 23° dans une maison.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
Cela faisait un moment que je n'avais pas entendu ce comédien que j'aime beaucoup. Il a plutôt une voix et des intonations de conteur, donc c'était une bonne idée de le choisir pour ce livre. Il ne prend pas un ton de commentateur de documentaires, il raconte une histoire, avec la dose de jeu et d'émotion nécessaire, sans affectation.

Lecture commune avec Miguel / Auprès des livres, vous pouvez lire sa chronique sur son blog.

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mardi, 13 décembre 2011

Je suis né un jour bleu, de Daniel Tammet.

Je suis né un jour bleu

L'ouvrage:
Daniel Tammet raconte son enfance, puis comment il se battit contre l'autisme.

Critique:
Ce livre aide le lecteur à mieux comprendre la façon dont fonctionnent les autistes. J'avais déjà compris certaines choses grâce à «La vitesse de l'obscurité» et à «House rules», mais je tenais à lire ce livre, car il est raconté par quelqu'un qui a vécu cela, et le vit encore. Cela me permet d'abord de dire que les deux romans sus-cités cernent très bien ce qu'il en est, et le rendent accessible, sans fioritures, à l'esprit du lecteur.
À l'inverse du héros de Jodi Picoult, Daniel Tammet ne se heurte pas à un rejet systématique. C'est plus réaliste... surtout que c'est la réalité! Daniel rencontre des gens ouverts et compréhensifs, tant dans son travail que dans son quotidien. Je pense, par exemple, à ce garçon qu'il rencontra au lycée, et à qui il osa déclarer ses sentiments. Ce garçon agit intelligemment.

J'ai d'abord été interpellée par la façon dont les parents de Daniel réagirent face à la manière d'être de leur fils. Il est né en 1979, et à l'époque, on en savait très peu sur l'autisme... on l'a d'ailleurs diagnostiqué bien plus tard chez Daniel. Là où certains auraient perdu patience, ne voyant que caprices et sautes d'humeur, les parents de Daniel ont agi comme il le fallait, par instinct. D'autre part, tout au long de sa vie, ils l'ont aidé, appuyé... c'est grâce à eux qu'il a voulu prendre certains risques qui lui ont permis d'avancer, comme par exemple, lorsqu'il décide d'aller travailler en Lithuanie, alors qu'il n'a jamais quitté sa maison.

Il est assez impressionnant de voir que Daniel Tammet parvient à maîtriser les côtés négatifs de son Asperger. Bien sûr, il y a divers degrés d'autisme, et Daniel Tammet a été soutenu par sa famille. Il n'y serait peut-être pas si bien arrivé sans ces importants facteurs.

Certaines choses dues à l'autisme sont assez abstraites, et pas faciles à appréhender pour un lecteur moyen. Par exemple, pourquoi la musique apaise-t-elle souvent l'anxiété due à un facteur extérieur? Pourquoi certains ne peuvent-ils pas supporter ceci ou cela? (Par exemple, Daniel ne supportait pas le frottement de la brosse sur ses dents.) Pourquoi certains, comme Daniel, adorent-ils jouer avec les nombres?....
L'auteur évoque d'ailleurs assez longuement sa fascination pour les nombres, ce qui le poussera d'ailleurs à se lancer un défi assez risqué. Tout comme dans «Embrasser le ciel immense», j'avoue que ces passages m'ont ennuyée. D'abord parce que j'ai toujours éprouvé une grande aversion pour les mathématiques, ensuite parce que cela faisait un peu répétitif, mais aussi parce qu'il parle beaucoup des formes et des tailles qu'il leur donne. Or, tout cela est abstrait pour moi.
Je trouve dommage cette répétition dans l'ouvrage suivant. Ce n'est pas la seule. Le narrateur parle également de sa manière d'apprendre les langues dans les deux livres. C'est intéressant, mais cette redondance m'a un peu ennuyée.

Je comprends que le narrateur n'aime pas le film «Rain man». Il en parle dans ses deux ouvrages, et explique à quel point le savoir était tâtonnant à l'époque où le film fut réalisé. Il est vrai qu'à cause de ce film, beaucoup de gens pensent que tous les autistes sont comme Raymond. Il est assez agaçant de se voir comparer à quelqu'un (personnage ou personne) juste parce qu'on a le même handicap, surtout quand les films sont bourrés d'inexactitudes. Combien de fois n'ai-je pas pesté, en regardant des séries (oui, je dis «regarder», comme tout le monde, même si je ne fais qu'écouter), ou en lisant des livres, et en y côtoyant des personnes aveugles qui agissaient de manière invraisemblable?

Éditeur: les Arènes.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Arnold pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 18 juillet 2011

Embrasser le ciel immense: le cerveau des génies, de Daniel Tammet.

Embrasser le ciel immense : Le cerveau des génies

L'ouvrage:
Daniel Tammet a vaincu son autisme. Dans ce livre, il expose différentes théories sur le cerveau et ses possibilités.

Critique:
J'ai toujours voulu lire des ouvrages se rapportant à ce mystère qu'est le cerveau. J'avais essayé celui de je ne sais plus quel scientifique (le livre a même eu un prix, je crois), mais j'ai renoncé, car le monsieur racontait sa vie, ce dont je me fichais royalement. Vous allez me dire que Daniel Tammet parle de lui-même dans ce livre. Soit, mais il ne parle de lui que pour étayer des théories, expliquer dans quel sens vont telle ou telle expérience. Ces allusions à lui-même sont toujours pertinentes.
Une autre chose pourrait rebuter dans ce genre de livre: la peur de l'ennui à cause du vocabulaire employé ou de la densité de l'ouvrage. Ici, l'ouvrage est dense, mais l'auteur n'assomme pas son lecteur. Il raconte une histoire, il fait la conversation, jalonnant son livre d'exemples, d'expériences, de petits questionnaires sympathiques. C'est très agréable à lire. On s'instruit sans se prendre la tête. En outre, toutes les théories développées sont intéressantes, et montrent un esprit ouvert et critique, ce qui se perd dans notre société actuelle.

J'ai été interpellée par les tests du QI. Daniel Tammet démontre qu'ils ne sont pas vraiment adaptés. Outre cela, si j'ai bien compris, il y a une partie visuelle. Comment font donc les aveugles qui doivent passer un test de QI? Je suppose qu'il y a des tests adaptés, mais ils n'ont pas été évoqués ici. D'autre part, vu ce que dit l'auteur, il est évident que ces tests ne sont pas appropriés. Comment se fait-il qu'on ne les ait pas changés au cours des années?
Je ne savais pas que la crânométrie avait été si à la mode pendant tant de temps... C'est assez décevant.
Certaines des idées reçues évoquées ici m'ont paru très bêtes, je l'avoue... J'ai eu du mal à croire qu'elles étaient encore soutenues.

J'ai adoré l'évocation des multiples facettes de la mémoire. Je me doutais de certaines choses, mais le livre m'a aidée à faire le point.
Il est fascinant de penser qu'apparemment, le cerveau peut se réorganiser, après un choc, et retrouver certaines fonctions.

J'ai également beaucoup apprécié les passages sur les langues: leur apprentissage, leur diversité, leur musique.
À cette occasion (entre autres), je pense que Daniel Tammet a adapté son texte pour la traduction française. En effet, lorsqu'il donne certains exemples, il les donne à partir de textes français, et non d'un texte traduit.

Je suis assez d'accord avec l'auteur quant à savoir si le talent vient d'un travail acharné ou des «gènes». Bien sûr qu'il y a des deux: il y a des terrains favorables qui seront stimulés par travail et environnement.

J'ai apprécié la façon dont l'auteur explique que les statistiques doivent être bien examinées avant d'être prises au sérieux, et que souvent, beaucoup de paramètres ne sont pas pris en compte.

J'avoue m'être un peu ennuyée pendant les passages quant au nombre. Je n'ai jamais été férue de chiffres, c'est pour cela. J'ai par ailleurs découvert que certains donnaient des formes aux chiffres. Cela m'a fait rire, car depuis mon enfance, les jours de la semaine ont chacun une forme particulière pour moi. Ça peut paraître bizarre, dit comme ça...

Voilà quelques exemples de ce qui m'a interpellée dans ce livre. Mais je suis loin d'avoir abordé tout les aspects de l'ouvrage. Il est riche en renseignements et en théories intéressants.

Éditeur: les Arènes.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc de Ribains pour l'association Valentin Haüy.
Il est assez dur, je pense, de lire un documentaire à voix haute sans être un peu monotone. C'est logique. Le lecteur ne peut absolument pas jouer. Eh bien, Marc de Ribains a réussi à lire ce documentaire sans jamais être monotone, et sans faire d'excès. Je lui adresse donc mes félicitations pour cette prestation.

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