Editeur : Jean-Claude Lattès

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jeudi, 9 mai 2019

Des rêves infinis, de Karen Thompson Walker.

Des rêves infinis

L'ouvrage:
Cela a commencé dans une université de Santa Laura, petit village de Californie. Une étudiante, Cara, s'est allongée, s'est endormie, et on n'a pu la réveiller. D'autres étudiants, puis des habitants du village se sont endormis ainsi. On se demande si c'est un virus... Des personnes extérieures au village doutent de la véracité de cet étrange sommeil qui s'empare de n'importe qui.

Critique:
Sans vouloir comparer «Des rêves infinis» à «L'âge des miracles», je me suis quand même souvenue que j'étais tout de suite entrée dans le premier roman de Karen Thompson Walker, et l'avais apprécié de bout en bout. Ici, cela n'a pas été le cas. D'abord, j'ai trouvé qu'on voyait trop de personnages, et qu'à chaque fois, on les voyait trop peu pour s'y attacher réellement. Au bout d'un moment, on finit par tous les connaître à peu près, et par les suivre, mais pendant assez longtemps, j'ai eu du mal à passer des uns aux autres. J'ai aussi trouvé le tout très lent. Il y a des romans où cela me plaît, parce qu'on prend le temps de découvrir les choses. Ici, cela m'a plutôt ennuyée. J'imagine que l'autrice a souhaité utiliser un thème déjà abordé (un genre de virus dont les effets sont assez surprenants) sans que cela ne ressemble trop à certains aspects de son premier roman ni à ce qui a déjà été créé sur ce genre de sujets. Je la comprends, mais je suis assez déçue du résultat. En plus, certains personnages m'ont agacée, comme Annie.

J'ai quand même apprécié certains protagonistes: les deux soeurs (Sarah et Livie), Ben, et Mei (même si je l'ai préférée au début, et qu'ensuite, elle m'a agacée). J'ai trouvé intéressant que la romancière finisse par développer une théorie concernant tous ces gens qui dorment pendant tout ce temps. J'ai compris le désarroi de Rebecca, même si j'ai eu du mal à m'attacher à elle, parce qu'elle s'est mise à dormir très rapidement, et que, par conséquent, on connaît très peu sa personnalité. En plus, avant de s'endormir, elle fait quelque chose qui, au mieux, est stupide, et au pire, est très méchant.

Me trouvant un peu tiède concernant ce roman, je suis allée lire les commentaires recensés sur Audible.fr. Globalement, les gens pensent comme moi. Certains vont même plus loin, disant que l'histoire ne va nulle part, qu'à la fin, on en est au même point qu'au début. D'autres (comme moi) ont aimé la performance de la lectrice, mais se sont ennuyés à cause de l'intrigue et des personnages qu'ils ont jugés peu intéressants. Une personne a même dit que Cassandra Campbell avait l'air de se demander: «Pourquoi est-ce que j'ai accepté d'enregistrer ce roman!» Cela m'a fait rire, même si, pour moi, la comédienne ne semblait pas s'ennuyer.

Je souligne ici que je suis assez contente que certaines personnes n'aient pas aimé le livre pour les mêmes raisons que moi. Cela me fait penser à la fois où mon mari (qui ne lit jamais mes chroniques, sauf celle qu'il aurait pu laisser de côté), m'a demandé pourquoi mon avis sur «Appelle-moi», de Sophie McKenzie, était si négatif, alors que la plupart des commentaires encensaient le livre. Bah, chacun son opinion: ma chronique négative était argumentée, et je n'ai pas du tout aimé que mon mari (n'allez pas lire son blog, ça lui fera les pieds) remette mon avis en question (le faquin sous-entendait que je n'avais sûrement rien compris au roman) sous prétexte que beaucoup de lecteurs avaient aimé le livre.

Pour en revenir à «Des rêves infinis», je ne regrette quand même pas mon achat, parce que de toute façon, je voulais lire le deuxième roman de Karen Thompson Walker. J'ai tellement aimé «L'âge des miracles» que je pense que si j'avais lu les commentaires avant d'acheter «Des rêves infinis», je ne les aurais pas écoutés.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Comme d'habitude, j'ai apprécié la prestation de la comédienne. Dans les commentaires, certains disent qu'elle n'est pas à remettre en cause, mais d'autres l'ont trouvée aussi lente et ennuyeuse que le roman.

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée: beaucoup de chapitres sont coupés en plusieurs pistes. Cela m'a beaucoup étonnée, car 99,9% du temps, les éditeurs audio américains (et surtout Penguin Random House Audio) respectent la structure des livres. J'espère que le découpage de celui-là est une exception...

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lundi, 19 février 2018

L'endroit le plus dangereux du monde, de Lindsey Lee Johnson.

L'endroit le plus dangereux du monde

L'ouvrage:
À treize ans, Calista (dite Callie) Brodrick trouve une lettre d'amour dans son casier. Son auteur est Tristan Block, le garçon le moins populaire de l'école. Callie montre la missive à sa meilleure amie, Abigail, puis à Bryan, son petit ami. Elle ne sait pas qu'elle a déclenché quelque chose qui la poursuivra plusieurs années.

Critique:
Voilà un livre très dur, mais très juste. Après le premier chapitre, on retrouve les personnages quelques années plus tard, au lycée. Ils ne réfléchissent pas vraiment, font des fêtes orgiaques, se moquent les uns des autres sur les réseaux sociaux... Certains prennent des risques inconsidérés pour satisfaire leurs parents ou bien pour se sentir vivants. Leur égoïsme et leur nonchalance les rattraperont. Certains ne s'en remettront peut-être pas.

Lindsey Lee Johnson fait en sorte que les sentiments du lecteur ne soient pas tranchés quant à la plupart de ses personnages. Comment éprouver uniquement de la répugnance pour Callie, par exemple? Au moment même de ses actes répréhensibles, elle était prise entre deux feux, sentant bien qu'elle commettait une mauvaise action, mais souhaitant être approuvée par ses pairs. Comment blâmer totalement Dave qui cède à sa faiblesse, mais qui a l'impression qu'il ne sera jamais à la hauteur de ce qu'on attend de lui? Parmi ces étudiants, il en est pour qui je n'ai pas eu de compassion. Il y en a au moins deux à qui j'ai eu envie de dire de se remuer, et d'arrêter de se complaire dans la facilité.
D'un autre côté, certains sont plutôt sympathiques, comme Elizabeth qui supporte stoïquement d'être recherchée par les uns et dédaignée par les autres, tout cela pour de mauvaises raisons.

On sait que l'effet de groupe amplifié par celui des réseaux sociaux peut avoir des conséquences désastreuses, et faire ressortir le pire chez certains. C'est illustré de plusieurs manières dans ce roman. À mon avis, l'auteur n'exagère pas. C'est justement ce qui est effrayant.

Molly Nicoll, la jeune enseignante pleine d'idéaux, m'a agacée. Elle croit très vite tout savoir sur comment se comporter envers les élèves, et voit ses collègues comme des râleurs aigris. Si j'approuve Molly quant au fait de considérer les étudiants comme de véritables personnes, je trouve qu'elle s'y prend vraiment mal. Elle accepte toujours d'octroyer du temps supplémentaire pour rendre des devoirs qui étaient à faire à la maison, elle ne semble pas se formaliser des mots (pleins de mauvaise foi) que lui adressent certains parents, elle monte même la note d'une étudiante qui assure en pleurant qu'elle subit trop de pression quant à son travail scolaire! Elle se targue de comprendre ses étudiants, mais elle veut trop copiner avec eux. Elle aussi ne pourra comprendre les choses qu'après avoir été remise à sa place. Je sais bien qu'on appréhende mieux certains éléments lorsqu'on a vécu une situation, mais je trouve dommage que Molly se soit tout de suite vue comme la bonne fée, et ait regardé les autres enseignants de haut sans tenter de les comprendre. À ce sujet, la romancière est très forte. Il y a une scène où Molly expose sa façon de voir et se fait vertement rabrouer par ses collègues. À la lecture de ce passage, on a l'impression que Molly est humble, et que les autres sont donneurs de leçons. Or, lorsqu'on lit entre les lignes, on comprend que c'est le contraire.

J'ai apprécié la structure du livre. On navigue entre les points de vue des uns et des autres. J'ai aimé entendre parler de quelqu'un à travers les pensées d'Untel, puis d'être ensuite dans la tête de cette personne.

Éditeur français: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

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jeudi, 17 mars 2016

L'invention des ailes, de Sue Monk Kidd.

L'invention des ailes

L'ouvrage:
Charleston, 1803. Pour ses onze ans, Sarah Grimké devient propriétaire de Hetty (Handful), une esclave de dix ans. Depuis plusieurs années,Sarah est contre l'esclavage. Ne pouvant affranchir Handful, elle s'en fait une amie.

Critique:
Ceux qui auraient peur d'un livre sirupeux et niais où tout le monde s'aime peuvent être rassurés: le thème est traité avec justesse. Je précise cela, car j'avais cette crainte avant de lire ce roman.

Pour écrire son roman, Sue Monk Kidd s'est basée sur la vie de Sarah Grimké. Elle explique, en fin d'ouvrage, quels sont les éléments réels à partir desquels elle a imaginé ce personnage.

Ce roman m'a beaucoup plu. Il conte un important pan de l'Histoire. J'ai été surprise que Sarah, si jeune (sa prise de conscience commence par un traumatisme vécu à quatre ans), se rende compte de l'iniquité et de la cruauté de l'esclavage. Il est facile de s'identifier à elle: elle souhaite aller au bout de ses rêves et de ce qu'elle pense être bien, seulement, elle ne peut pas lutter contre toute sa famille. Malgré ses cuisantes déconvenues, elle finit par évoluer, trouver sa place.
À travers les réactions de sa famille, l'auteur montre ce que pensaient les gens, à l'époque. Certains n'hésitaient pas à abuser de leur pouvoir, et s'en dédouanaient en disant que c'était nécessaire pour se faire obéir...

Comme le souligne l'auteur dans la note finale, ce livre serait incomplet et n'aurait pas une telle puissance, si le point de vue des esclaves n'était exposé. En effet, les chapitres alternent le point de vue de Handful et celui de Sarah. À l'occasion d'une «punition» infligée à Charlotte (et une autre infligée plus tard à Sky), la mère de Handful, j'ai découvert un châtiment particulièrement sadique dont j'ignorais l'existence et qui en dit long sur la manière dont étaient traités les esclaves.
L'auteur a introduit des rivalités entre esclave, ce qui n'est pas étonnant, et pourtant, cela ne m'était pas venu à l'esprit.

Charlotte semblera héroïque à certains, stupide à d'autres. C'est un personnage complexe. Son courage et sa ténacité forcent l'admiration. Seulement, parfois, ils peuvent être qualifiés d'inconscience. Bien sûr, on ne peut pas savoir comment on agirait si on était assujetti comme l'est Charlotte. Jusqu'où irait-on?
J'ai aimé l'idée de raconter son histoire en la cousant sur des couettes. À ce sujet, je me demande pourquoi le mot «quilt» a été conservé, alors qu'il aurait pu être traduit par «couette» ou «édredon».

Ce roman s'étale sur environ trente-cinq ans. Il contient donc des ellipses. En général, cela me dérange. Ici, cela n'a pas été le cas.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Janick Quenet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 11 février 2016

L'ombre du passé, de Tom Vowler.

L'ombre du passé

L'ouvrage:
Anna et Robert vivent à la campagne avec leurs deux enfants, Paul (quinze ans) et Megan (onze ans). Leur maison se situe près d'une prison. Or, un prisonnier s'est échappé. La peur diffuse que cela provoque rend Anna nerveuse... peut-être un peu trop. D'autre part, les relations entre Robert et elle ne sont pas vraiment au beau fixe.

Critique:
Voilà un roman psychologique comme je les aime. Tom Vowler se glisse très bien dans la peau de ses personnages. Parallèlement à l'histoire de cette famille, le lecteur découvre celle d'une jeune enseignante un peu naïve et pleine d'idéaux que la vie va se charger de malmener. J'ai apprécié ne pas savoir (au début) en quoi tout cela était lié. Petit à petit, les choses se mettent en place. J'ai compris les liens avant que l'auteur ne les dévoile, mais ça ne m'a pas dérangée, car je m'attachais aux événements et aux réactions de chacun. D'autre part, après que les liens sont faits, l'histoire est loin d'être finie, et le lecteur ne sait pas quelle direction elle prendra. J'ai envisagé quelque chose qui a fini par se produire, mais différemment de ce à quoi j'avais pensé. Le résultat étant finalement le même, je me suis demandé si l'un des personnages n'avait pas agi inconsciemment, appelant ce dénouement,tout en ne se l'avouant pas. Cela irait bien à son caractère.

Anna est agaçante, surtout pour ceux qui pensent qu'ils n'auraient pas agi comme elle. Sa façon de gérer la situation engendre des non-dits, des malentendus qui finissent par être des gouffres. Cependant, il est simple de blâmer Anna. Qu'aurions-nous fait à sa place? Son comportement est préparé par l'éducation qu'elle a eue. Sa famille n'était pas vraiment la championne de la communication...Donc si Anna m'a agacée, je n'ai pu m'empêcher de la comprendre, et bien sûr, d'éprouver de l'empathie pour elle. D'autant qu'elle se remet en question, même si elle ne peut s'empêcher d'agir comme elle le fait.

Le personnage que j'appellerai «le méchant» pour ne pas que vous le reconnaissiez trop tôt en lisant le roman est, lui aussi, intéressant. Le lecteur ne peut pas uniquement le détester. Bien sûr, il inspirera de la répugnance, du dégoût, de la colère, mais aussi un brin de compassion.

Le style est agréable, la lecture est fluide. Les courts chapitres s'enchaînent très bien.

Certaines choses m'ont paru un peu grosses, même si elles sont expliquées... L'explication est plausible, mais mon esprit maniaque ne peut s'empêcher de tiquer. En outre, j'aurais voulu que la fin soit plus tranchée. J'aurais aimé savoir ce qui est dit, puis ce qui est décidé... Ces petits reproches ne doivent pas vous empêcher de découvrir ce très bon roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Jean-Claude Lattès

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mercredi, 24 décembre 2014

Grâce, de Delphine Bertholon.

Grâce

L'ouvrage:
Noël 2010.
Nathan et Lise Bataille vont passer Noël chez leur mère, Grâce. Ils se rendent vite compte que de curieux phénomènes arrivent dans la maison. Comme si... elle était hantée. De plus, Grâce leur apprend que leur père, Thomas, est revenu après trente ans d'absence.

Critique:
Comme dans «Twist», l'écriture tient une grande place dans ce roman. Nathan raconte son histoire: il l'écrit à sa défunte épouse, Cora. Les chapitres alternent ce récit et le journal de Grâce, racontant des événements arrivés en 1981. Elle aussi écrit à l'absent. Thomas n'est pas mort, mais son travail l'oblige à être souvent sur les routes. On trouvera d'ailleurs d'autres similitudes entre les deux narrateurs qui feront comme un effet de miroir. Par exemple, en 1981, Grâce a l'âge de Nathan en 2010.
C'est par ce journal et d'autres lettres que le lecteur et Nathan apprendront toute l'histoire.

Comme à son habitude, Delphine Bertholon choisit une intrigue assez banale et y plante sa marque, rendant le tout original. Il y a d'abord cette maison à l'atmosphère inquiétante, presque gothique. Puis ces personnages qui dévoilent peu à peu ce qu'il s'y passe en 2010 et ce qui y arriva en 1981. Il y a aussi cette superstition dans laquelle Nathan ne peut s'empêcher de tomber lorsqu'il analyse notamment les chiffres et a l'impression que le 7 puis le 6 reviennent tout le temps dans sa vie. Et que dire de la lettre «C» par laquelle commencent les prénoms de trois femmes importantes dans le récit?
les personnages semblent prisonniers d'une espèce de malédiction qu'ils ont eux-mêmes créée, et dont ils ne tiennent pas vraiment à sortir, sauf Nathan.
Enfin, on trouve le thème de la gémellité abordé de manière intéressante. Colin et Soline, les enfants de Nathan, ont une prescience qui s'accorde avec cette ambiance à l'odeur de surnaturel. Ce n'est pas la seule manière dont ce thème est abordé, mais je ne peux pas trop en dire.
Par ailleurs, l'auteur mélange certains genres: un peu de surnaturel, un peu d'énigme, un peu de noirceur, une histoire de famille...

Les personnages sont bien décrits et analysés par la romancière, ce qui apporte une autre touche personnelle à l'intrigue. Chacun a sa vérité, sa façon d'être et d'agir. À y bien réfléchir, parmi les adultes, seuls Nathan, Cora et Claire me semblent valoir la peine. Nathan et Claire sont meurtris par la vie, mais ne le font pas payer aux autres, ou du moins, s'en rendent compte et tentent de réparer. Grâce, Thomas, Cristina, et Lise s'enferment dans leur égoïsme, s'engluent dans leurs raisonnements, ne se remettent pas en question. Grâce le fait, mais trop tard. En outre, ils ne se disent pas l'essentiel, ne parviennent pas à communiquer simplement. On se rend très vite compte qu'ils ne se connaissent pas vraiment.

Au milieu du chaos de vies dont certaines tentent de se reconstruire, il y a cette note humoristique qui est comme une petite lueur: je parle de la scène où Nathan recontacte Claire par l'intermédiaire du patron de cette dernière. Les choses ne sont pas simples, mais la cocasserie de la scène et son aboutissement accordent un répit à Nathan et au lecteur.

Au long du roman, le premier vers du chant des partisans (hymne de la résistance sous l'occupation) revient tel un lancinant refrain. Cela symbolise le fait que Nathan ne se laisse pas abattre malgré les embûches de taille qui jalonnent son chemin.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Lens pour la Ligue Braille.

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