Editeur : Jacqueline Chambon

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jeudi, 13 octobre 2016

Dans la course, d'Ann Patchett.

Dans la course

L'ouvrage:
Tip et Teddy Doyle, la vingtaine, vivent avec leur père adoptif. Il est blanc, ils sont noirs.
Ce soir-là, le père et les fils s'attardent dans la rue après avoir entendu une conférence. C'est alors qu'une femme se jette sur Tip, lui évitant ainsi d'être percuté par une voiture. Les Doyle appellent une ambulance, et se chargent de Kenya, onze ans, la fille de la femme accidentée.

Critique:
Ce roman réunit des personnages qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Les Doyle et Kenya viennent de milieux sociaux totalement différents, et leur collision (si on peut dire) peut sembler incongrue. Heureusement, l'auteur n'en fait pas des stéréotypes. Les Doyle sont conscients de ce que leur apporte leur aisance matérielle, mais cela ne les rend pas égoïstes et imbus d'eux-mêmes. Au début, le père paraît peut-être un peu fermé, à cause de ce qu'il pense après ce que leur révèle Kenya, mais n'importe qui aurait ce genre de pensées.
Tip commence par rejeter ce qu'implique la révélation de Kenya, mais là encore, c'est logique et compréhensible.
La différence sociale est montrée par des exemples de choses qui arrivent au quotidien, de petites choses auxquelles Teddy et Tip n'auraient pas forcément pensées...

En un roman sans temps morts, Ann Patchett nous fait découvrir des personnages humains qui tentent d'agir au mieux et de faire avec les blessures que leur inflige la vie. Certains font des choses qui semblent répréhensibles, mais ils sont toujours guidés par un souci de bien faire. Sullivan fait peut-être exception, si on pense à ce qu'il faisait en Afrique. Cependant, il est davantage perdu qu'autre chose.
Les Doyle sont forcés de côtoyer Kenya à cause d'une situation délicate, et il semble qu'ils apprennent à la connaître en accéléré. L'étrangeté de la situation les rapproche. Ensuite, Tip se découvre un point commun avec elle...

La fin est en demi-teinte. Cela ne me déplaît pas, mais je me demande pourquoi des personnages culpabilisent au point de se sentir obligés à certains choix. C'est expliqué, et compréhensible si on pense que ce genre de choses est incontrôlable. Seulement, il m'a semblé que dans ce cas, c'était peut-être un peu fort... Ça n'enlève rien à ce bon roman, tout en lui conférant davantage de gravité.

Il y a peut-être une faiblesse. Dans un chapitre sur Tennessee, on découvre quelque chose qu'elle a fait. Pour moi, cette chose n'est pas si facile à faire que ce que laisse entendre l'auteur. Elle tente de combler l'invraisemblance en expliquant les circonstances, etc. Soit, mais cela me paraît quand même un peu léger, d'autant que cela aurait dû ressortir avec ce qu'il advient de Kenya...

Éditeur: Jacqueline Chambon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 8 août 2016

Anatomie de la stupeur, d'Ann Patchett.

Anatomie de la stupeur

L'ouvrage:
Marina travaille pour un laboratoire pharmaceutique. Son patron lui apprend qu'Anders Eckman, l'un de ses collègues, est mort au fin fond de la forêt amazonienne. Il était allé au Brésil pour se rendre compte de l'avancée des travaux du docteur Annick Swenson, dont le laboratoire finance les recherches concernant un nouveau médicament. À son tour, Marina se rend au Brésil afin d'en savoir davantage sur les circonstances de la mort d'Anders, mais aussi de voir l'avancée des recherches du docteur Swenson qui donne de ses nouvelles avec parcimonie.

Critique:
Après n'avoir pas aimé «Belcanto», d'Ann Patchett, j'étais un peu réticente à lire d'autres livres d'elle. Cependant, le résumé m'a tentée, et j'aime beaucoup la lectrice.

Ce livre m'a globalement plu. Entre roman d'aventure et d'apprentissage, le lecteur découvre les dangers de la forêt amazonienne, un peuple fascinant, des arbres aux pouvoirs mystérieux... Tout cela donne une ambiance particulière, renforcée par les cauchemars que fait Marina lorsqu'elle prend du Larium. Au milieu de tout cela, évoluent des personnages intéressants, comme Annick Swenson. Elle est complexe, car elle semble pragmatique et froide, mais aussi pleine d'abnégation dans certaines circonstances. Elle semble comprendre le peuple qu'elle côtoie tout en ayant certaines idées arrêtées.
Nous rencontrons aussi Easter, enfant à la fois naïf, sage, énigmatique... Il garde une part de mystère, probablement parce qu'il communique difficilement à cause de sa surdité.

Le lecteur suit avec intérêt Marina dans ses pérégrinations. On apprend à la connaître, à la découvrir au travers de ses actes, de ses peurs, du récit d'événements passés de sa vie. L'auteur l'a créée quelconque. Pour moi, ce n'est pas péjoratif. Marina n'est pas une super héroïne. On s'identifiera facilement à elle. Si certaines de ses réactions m'ont déplu, je les ai comprises, tout comme ses actes... sauf un. En effet, l'auteur invite le lecteur à s'identifier à son héroïne, à la comprendre, puis elle la confronte à une épreuve à laquelle (à mes yeux) la jeune femme échoue. Elle aura beau donner toutes les excuses possibles pour se dédouaner, elle aura beau sembler regretter cet acte, elle ne trouve aucune grâce à mes yeux. Je suis peut-être dure. D'autres lecteurs trouveront peut-être qu'elle n'avait pas le choix. En outre, étant donné ce qu'elle apprend ensuite, on se rend compte qu'une zone d'ombre avait son importance. Je comprendrai ceux qui trouveront des excuses à Marina, mais je n'ai pas pu. Cela ne fait certainement pas de ce livre un mauvais roman. Ann Patchett a placé son héroïne devant un choix, et celle-ci a choisi une solution qui a déplu à la lectrice que je suis. La romancière montre par là que quelles que soient nos intentions, quelle que puisse être notre envie de bien faire, il arrive un moment où on peut se laisser dépasser par les événements, et se donner bonne conscience d'avoir mal agi. L'auteur fait cela très simplement. C'est d'ailleurs un instant de l'histoire assez rapide en comparaison du reste. Elle montre l'instant où quelque chose, dans la vie de Marina, a basculé. C'est après la fin que j'ai repensé aux petites choses qui, pendant ma lecture, m'avaient déplu chez Marina. Je me suis aperçue qu'il n'était pas vraiment étrange qu'elle ait agi de manière déplaisante, vers la fin. L'auteur la montre à la fois ouverte, égoïste, indécise, changeante... Soudain, elle décide de grandes choses, puis les rejette peu après. En tout cas, rien n'est incohérent, même si j'aurais souhaité que Marina choisisse une autre voie.

Éditeur: Jacqueline Chambon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 29 octobre 2014

Le syndrome indigo, de Clemens J. Setz.

Le syndrome indigo

L'ouvrage:
Après avoir enseigné dans une école pour les enfants atteints du syndrome Indigo, le narrateur décide de faire un article sur ces enfants.

Critique:
Au départ, j'ai cru que ce livre était un thriller. La Quatrième de couverture ne le dit pas, et tout ce qui y est dit se trouve effectivement dans le roman, mais il était possible de l'interpréter comme je l'ai fait. Ce livre n'est pas un thriller.

Ce roman m'a paru étrange. Je ne sais pas trop où l'auteur a voulu mener son lecteur. Au départ, je croyais que c'était un plaidoyer pour l'acceptation des différences, mais en fait, je ne pense pas. Ensuite, j'ai pensé que cela se voulait un documentaire social. Mais là encore, j'ai abandonné l'idée.

L'auteur donne plusieurs pistes, plusieurs directions, mais rien ne semble abouti. J'ai l'impression de quelque chose de très fouillis. J'ai eu du mal à suivre l'intrigue qui, pour moi, est pleine de digressions. S'il y a des personnages récurrents, si l'auteur nous donne certains repères, j'ai eu du mal à suivre la trame. Tous les personnages semblent ne pas être très nets... Soudain, ils partent dans des délires dont l'incongruité est parfois amusante, mais qui lassent à la longue. D'autres fois, leurs actes et leurs paroles semblent sibyllins. Le tout est assez décousu. J'ai été aussi perdue que lors de ma lecture de certains romans de métafiction, notamment «Trois tristes tigres».

L'auteur a donné son identité au narrateur. En général, cette ficelle est utilisée pour accentuer la vraisemblance. Ici, je ne sais pas trop ce qu'elle signifie.
Quant aux personnages, je n'ai pas eu l'impression qu'ils soient creusés. Peut-être est-ce à cause du fait que j'ai été déroutée par le récit.

À mon sens, la fin n'apporte pas de réponses... Quelque chose se passe, mais cela ne fait pas vraiment avancer les choses.

Je suis sûrement passée à côté de ce roman que je n'ai pas vraiment compris...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Jacqueline Chambon.

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jeudi, 3 janvier 2013

Leçons particulières, d'Alain-Claude Sulzer.

Leçons particulières

L'ouvrage:
Leo a quitté son pays, dans lequel il ne pouvait plus rester, pour la Suisse. Il tente de s'adapter rapidement à sa nouvelle existence. Cela passe par un apprentissage de la langue. C'est ainsi qu'il aura des leçons particulières.

Critique:
À cause de la quatrième de couverture, j'ai cru que ce roman n'était qu'une sulfureuse histoire de fesses. Je me suis résolue à le lire d'abord parce que j'aime beaucoup la lectrice qui l'a enregistré, mais aussi parce que sachant ce que cette lectrice enregistre habituellement, il me paraissait étrange qu'elle ait enregistré un récit de ce genre. J'ai eu raison de dépasser mon a priori. Ce livre aborde finement et intelligemment certains thèmes. Par exemple, le mariage. En général, je suis agacée par les couples mal mariés dans les romans. Ici, les choses sont bien exposées. L'auteur n'en fait pas trop, mais explique comment la situation est possible.

Chaque personnage est riche d'une histoire, d'une expérience, de sensations. Chacun doit faire avec les souffrances que lui infligea la vie.
Le père de Martha restera une énigme. Le lecteur ne sait pas vraiment ce qui le pousse à être ainsi. À l'instar d'Andreas, il interprètera son attitude de plusieurs façons. Ce personnage sera également le réceptacle de secrets dont on a besoin de se décharger, mais qu'on ne peut dire.

Andreas est assez complexe. Il s'analyse assez bien. C'est lui qui portera le regard le plus lucide sur les événements. Il sait, par exemple, qu'il ne saura jamais quelles ont été toutes les motivations de chacun. Par contre, lui se dévoile, expose son ressenti. Il finit même par dire quelque chose que je n'avais pas compris, alors que j'aurais dû. Il est positif.

Le lecteur voit Léo à une époque où il est «en reconstruction». J'ai aimé son évolution. En effet, sur le plan personnel, il ne refait pas les mêmes erreurs. Peut-être les circonstances sont-elles différentes, mais sa façon d'agir montre qu'il a mûri.
Parallèlement à l'histoire de Léo, le lecteur suit celle d'Olga. Cette histoire peut être lue à plusieurs niveaux. Olga interpellera forcément le lecteur: son regard aiguisé, la conscience aiguë de sa situation, sa volonté tenace de prendre son existence en main, malgré les coups de la vie, et jusqu'à la fin.

En un style clair, sans fioriture, l'auteur signe un roman dense, où les personnages et leur histoire sont source de réflexion. Il nous raconte un récit auquel il ôte toute sa banalité en lui donnant des circonstances et des protagonistes fascinants et réalistes.

Éditeur: Jacqueline Chambon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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