lundi, 24 septembre 2018

Les derniers hommes, de Pierre Bordage.

Les derniers hommes

L'ouvrage:
Voilà plus d'un siècle que la Troisième Guerre mondiale a eu lieu. Elle a laissé la terre exsangue. Les survivants sont regroupés en plusieurs «peuples». Chacun contrôle une ressource spécifique. Solman, dix-sept ans, fait partie du peuple des aquariotes, ceux qui trouvent les rares points d'eau non pollués par un poison foudroyant. L'adolescent n'est pas parfaitement intégré, car il a le don de clairvoyance, il peut lire dans les âmes, et savoir qui ment, qui est fourbe, etc. Voilà pourquoi beaucoup se méfient de lui. Sa seule véritable amie est Raïma, la guérisseuse.
C'est dans ce climat qu'une étrange prophétie commence à se propager. On parle d'apocalypse. Certains refusent d'y croire. Solman sera précipité dans un tourbillon d'événements, et devra faire des choix.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman que je veux lire depuis plusieurs années. Il est de Pierre Bordage, dont j'ai adoré plusieurs livres, et le résumé m'attirait beaucoup. Après ma lecture, mon sentiment est mitigé.

J'ai apprécié la description des différents peuples devant faire face à la pénurie de ressources naturelles. L'intrigue se déroule au moins un siècle après la période dans laquelle nous sommes actuellement, et les hommes sont contraints à mener une existence s'apparentant plutôt à des temps bien plus reculés.

Ensuite, j'ai découvert le fonctionnement des peuples, et à travers les aquariotes, la soif de pouvoir des chefs. On retrouve un fonctionnement que, malheureusement, on ne connaît que trop. Il m'a semblé que l'auteur a voulu montrer que quelle que soit la situation, il y aurait toujours des hommes pour mal agir, et d'autres pour tenter de redresser les choses.

Solman est un personnage sympathique. J'ai parfois été déçue de ses choix et de ses actes, mais ceux-ci montrent simplement qu'il n'est ni parfait ni assoiffé de pouvoir. Je ne sais pas si, à sa place, j'aurais eu le courage de prendre certaines décisions. Je n'ai pas toujours apprécié son attitude envers Raïma, mais qu'aurais-je fait dans sa situation? Lorsqu'on l'oblige à prononcer un jugement, j'aurais souhaité qu'il dise autre chose que ce qu'il se résout à affirmer, mais il pensait au bien commun. Malgré certains défauts, on ne peut nier que Solman pense toujours à l'intérêt de ses semblables. Son comportement et les éléments auxquels il est confronté soulèvent des questions très intéressantes.

Je n'ai pas réussi à apprécier Kadija. Pourtant, elle finit par se laisser tenter par les plaisirs terrestres, comme manger, par exemple. Elle aussi démontre que les humains (même peut-être les haut placés) ne sont pas uniquement des monstres d'égoïsme envers leurs semblables et leur planète. La Terre et certains de ses habitants ont encore de bonnes choses à offrir à qui veut bien les prendre.
J'imagine que mon agacement pour Kadija vient de ce que presque dès son apparition, on a l'impression qu'elle est parfaite, qu'elle va mener le monde hors du marasme, qu'il faut vénérer le sol sur lequel elle daigne poser ses pieds... C'est l'attitude de Solman qui suggère cela, et c'est ce qui m'a le plus exaspérée chez lui.

Ma déception a grandi à mesure que l'intrigue avançait. La direction que prenait les choses m'a déplu. Ce n'est ni bâclé, ni incohérent, mais c'est seulement que la tournure des événements n'a pas été à mon goût.

Le roman est assez long, mais rien ne traîne. Même lorsque l'intrigue me déplaisait, je ne m'ennuyais pas, car l'auteur ne fait pas de remplissage.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert.

Jean-Christophe Lebert fait partie des comédiens dont le jeu me plaît beaucoup. Ici, il n'a pas démérité. Son interprétation subtile et dynamique est à l'image de celle des autres ouvrages que j'ai entendus enregistrés par lui. Il est parvenu à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Je pense surtout à Glenn (qui est un enfant) et à Wolf, mais il y en a d'autres.

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jeudi, 10 mai 2018

Les aventuriers de la mer, tome 5: Prisons d'eau et de bois, de Robin Hobb.

Les aventuriers de la mer, tome 5: Prisons d'eau et de bois

L'ouvrage:
Le gouverneur se rend à Terrilville. Brashen apprend aux femmes Vestrit ce qui est arrivé à la Vivacia. Malgré leur mésentente, elles devront s'unir et faire front pour tenter de sauver leur famille.

Critique:
D'une manière générale, cette partie (qui est le milieu du tome 2 original) est moins lente que la précédente. Pourtant, elle a démarré avec trop de longueurs à mon goût. Le premier chapitre est consacré au gouverneur. J'apprécie peu le personnage. Avant cela, il y a un intermède où on voit les serpents. Je sais bien qu'ils sont étroitement liés aux autres, mais leurs péripéties me captivent moins que celles des humains et des vivenefs.
À part ce début un peu laborieux, le reste s'enchaîne très vite et bien.

À certains moments, j'étais un peu agacée par Althéa qui tourne autour du pot, ne veut pas admettre certaines choses... Pourtant, j'ai conscience que j'ai été sévère avec elle: elle a déjà du mal à être acceptée par sa famille, donc elle pense que si en plus on apprenait ce qu'elle craint que Brashen révèle, elle est sûre qu'elle serait pestiférée.

Certains disent que les événements ont quelque peu fait mûrir Malta. Je la vois plus calculatrice que mature. Je pense qu'elle sert uniquement ses intérêts, et si elle finit par donner sa parole quant à une certaine chose, rien ne l'empêchera, lorsqu'elle aura obtenu ce qu'elle veut, de la reprendre. Bien sûr, elle ne sait pas encore que ses espoirs sont vains... du moins, pour l'instant.

À travers l'attachement profond d'une vivenef aux siens, Robin Hobb étudie les rapports familiaux. Parangon ne peut imaginer que ceux à qui il appartient l'abandonneraient. Malgré toute la souffrance qu'il endure, il ne souhaite pas d'autre vie. D'un autre côté, Vivacia et Hiémain partagent un lien très fort, mais elle n'hésite pas à se détourner de lui, lorsque quelqu'un la flatte, et lui fait croire qu'elle est, à ses yeux, la plus importante au monde. Peut-être ce revirement est-il peu douloureux pour elle parce que Hiémain a commencé par nier leur lien, ou du moins, par tenter de ne pas en tenir compte.

Kennit m'est toujours aussi antipathique. Je ne lui trouve aucune excuse, surtout après ce qu'il a fait tout au long de cette partie. J'aimerais bien qu'il souffre beaucoup (moralement) dans le reste du cycle. ;-)

Un nouveau personnage (Cliff) fait son apparition. Il m'a d'emblée été sympathique. Je pense qu'il prendra de l'importance.

Ce que vont tenter Brashen, Althéa et Ambre promet une suite riche en rebondissements...

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent de Boüard.

L'interprétation de Vincent de Boüard reste vivante et fluide. Je me suis habituée à ce qu'il marque certains rôles, ou peut-être les marque-t-il moins. En tout cas, je salue son énergie: quand on sait que les neuf tomes sont sortis à raison d'un par mois, je suppose qu'il a dû les enchaîner à un rythme soutenu, même si l'éditeur a dû se ménager une petite avance.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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lundi, 12 décembre 2016

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes.

Des fleurs pour Algernon

Note: ma chronique porte sur le roman. Ce dernier fut écrit après la nouvelle.

L'ouvrage:
Des scientifiques ont mis au point une technique pour développer l'intelligence. Après l'avoir testée sur une souris du nom d'Algernon, ils veulent un humain pour cobaye. Aiguillonnés par miss Kinnian, une institutrice qui donne des cours à des adultes attardés, ils choisissent Charlie Gordon. Celui-ci a un QI de 70 et une énorme envie d'apprendre.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Daniel Keyes aborde plusieurs thèmes avec justesse. Par exemple, les conséquences de l'opération faite à Charlie sont nombreuses. Certes, son intelligence croît, mais cela lui fait découvrir certaines réalités qui le blessent. Il s'est tissé un cocon de bien-être où les choses semblaient simples et où il pensait avoir des amis, et il se rend compte que c'est bien plus complexe. Lorsqu'il comprend que ses soi-disant amis se moquent de lui, il en souffre. Seulement, lui-même se montre parfois condescendant envers ceux qui n'ont pas sa capacité à assimiler et à comprendre. L'auteur ne veut pas dire que l'intelligence apporte la méchanceté, car Alice, elle, n'est jamais moqueuse ou injuste.
Quant aux différents docteurs et savants, Charlie leur en veut de ne voir en lui qu'un cobaye témoignant de leur réussite. Il est vrai qu'on aurait pu s'attendre à davantage d'humanité de leur part, mais ils ne sont pas toujours obsédés par leurs résultats. En outre, l'un d'eux invite Charlie à se pencher sur les circonstances, sur la vie du savant qui semble le plus antipathique. Il est quand même vrai que ces hommes manquent d'empathie, et si Charlie est là pour le leur faire remarquer, Algernon, elle, ne le peut pas.

D'autre part, l'opération permet à Charlie de retrouver des souvenirs enfouis dans son inconscient et de les analyser avec ses facultés décuplées. Là encore, il se demandera si c'est une bonne chose, car il connaîtra le comportement de ses parents envers lui. Pour ma part, je n'ai pas compris sa mère. Certes, elle a commencé par refuser de voir la vérité, puis a voulu se débarrasser du problème. Certains la verront peut-être comme perdue, impuissante. Je lui en ai plutôt voulu, car elle aurait, avant tout, dû être une mère.

Par différents biais, Daniel Keyes soulève une question qu'on retrouve dans certains romans de science-fiction: n'est-il pas dangereux de «jouer» avec ce qu'on ne maîtrise pas, en l'occurrence le cerveau?

Remarque annexe:
Je n'ai pas vraiment compris pourquoi une souris femelle avait un prénom masculin. Ou bien, Algernon est-il un prénom mixte?

Éditeur: J'ai Lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Bertrand Baumann fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. Sa lecture est fluide et vivante. Pour ce roman, il n'avait pas la partie facile. En effet, au début, le narrateur a un QI de 70, et cela transparaît forcément dans ce qu'il dit (écrit en l'occurrence) et dans sa manière de le dire (l'écrire). Bertrand Baumann a trouvé le juste milieu quant à cette interprétation. À l'entendre, on sent cela, mais il ne le caricature pas. Je le souligne parce que je pense que ce n'est pas facile à faire, d'autant que j'ai essayé de lire ce roman, il y a quelques années, et que le lecteur bénévole qui l'a enregistré (pour une autre bibliothèque sonore) surjouait, à mon avis, caricaturant Charlie lorsqu'il avait un QI de 70. Cela m'a fait poser le roman.
D'autre part, au début es à la fin, Charlie fait beaucoup de fautes d'orthographe. Le lecteur en explique quelques-unes (les plus grosses, les plus récurrentes), mais ne s'arrête pas toutes les cinq secondes pour signaler une faute. Il a su trouver la dose d'informations à donner pour que l'auditeur ait une bonne idée des fautes sans que cela ne gêne la lecture.
Enfin, j'ai déjà râlé parce que je trouvais qu'il prononçait les noms anglophones de manière trop marquée: ici, j'ai trouvé que cela allait. Là aussi, il a trouvé le juste milieu.

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jeudi, 27 octobre 2016

Comment se débarrasser d'un ado d'appartement, d'Anne de Rancourt.

Comment se débarrasser d'un ado d'appartement

L'ouvrage:
L'ado pénible a plus de vingt ans, il est devenu un adulescent. Il a gardé certains de ses défauts d'ado et larve sur le canapé sans chercher un travail, et donc ne songe pas à déménager. Voici comment s'en débarrasser.

Critique:
Ce petit livre est, comme son prédécesseur, placé sous le signe de l'humour. Là encore, on peut trouver que l'auteur en fait trop, mais ce qu'elle dit est pourtant vrai.

Elle donne donc des conseils pour faire fuir l'adulescent, et le forcer à se prendre en main. Au départ, les conseils sont amusants, car on imagine très bien les scènes, notamment celles où la mère fait honte à son adulescent, qu'il soit seul ou avec des amis. Ensuite, Anne de Rancourt passe à la vitesse supérieure, et tout en reconnaissant qu'elle est une horrible personne, donne des idées aussi insolites que perfides, idées qui ont ravi mon esprit sadique. Il y en a une que j'ai promis à mes élèves de mettre en oeuvre sur eux s'ils continuaient à ne pas être attentifs et à ne mas apprendre leurs leçons: équiper les chaises d'un appareil qui envoie des décharges électriques. Pour donner quelques autres exemples, inverser le chauffage pour qu'il fasse très chaud en été et très froid en hiver dans la chambre de l'adulescent, profiter d'une absence prolongée de l'adulescent pour déménager, etc.

Un passage est un peu plus sérieux (tout en restant amusant): celui où elle explique la différence entre les générations. Elle dit entre autres qu'avant, c'était plus sévère, mais peut-être mieux. En effet, il est plus difficile, à notre époque, de trouver un travail, mais encore faut-il le chercher. Pour dédramatiser un peu (c'est le but de ce petit livre, comme c'était celui du précédent), Anne de Rancourt imagine des emplois à proposer aux jeunes. Exemples: hurleur dans les oreilles: «Il faut chercher un travail!», dresseur de couvert, faiseur de courses (en ne pensant pas uniquement à soi), etc.

L'auteur n'oublie pas d'évoquer ce qui arrive lorsque l'adulescent se décide à quitter le nid. Là encore, c'est criant de vérité et de drôlerie.

Comme dans le livre précédent, il y a, çà et là, des citations amusantes d'adolescents. À la fin, il y a des témoignages, puis des conseils d'adulescents pour calmer les parents qui répètent toujours qu'il faut chercher du travail.

Remarque annexe:
J'aime beaucoup la conversation entre geeks.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clélia Strambo pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 24 octobre 2016

Comment élever un ado d'appartement, d'Anne de Rancourt.

Comment élever un ado d'appartement

L'ouvrage:
Petit guide à l'usage des parents d'ados d'appartement.

Critique:
En général, l'attitude pénible de certains adolescents exaspère leur entourage (hormis les autres adolescents). Rien que pour cela, il est intéressant de lire ce petit ouvrage. En effet, tout les travers des adolescents y sont exposés avec humour. Cela aide beaucoup à dédramatiser! En outre, si les lecteurs reconnaissent leurs enfants dans ce qu'expose Anne de Rancourt, ils se sentiront soudain moins seuls.
Je n'ai pas d'enfants, mais je connais bien l'ado, car je le côtoie très souvent dans mon métier. Je sais donc que ce qu'on trouve dans ce livre est vrai. Par exemple, j'ai déjà eu droit à des remarques de mauvaise foi du genre: «Bah on me comprend, donc pourquoi je me fatiguerais à écrire et à parler comme vous voulez?»

J'ai bien conscience que cet ouvrage peut paraître cliché, car il réunit tous les défauts d'un adolescent. Ce n'est pas grave parce que l'ambition de l'auteur est le rire. Elle y parvient par plusieurs moyens. Son «guide» est rédigé comme un magazine, avec des «le saviez-vous» et des«conseils».
D'autre part, l'adolescent est abordé comme une étrange créature qui tient de l'animal de compagnie et dont il faut comprendre le comportement afin de réagir au mieux. Pour ne donner qu'un exemple, l'auteur nous explique qu'il est possible d'apprendre à l'ado à parler. Les phrases doivent être courtes, souvent répétées, et bien articulées. On parviendra, avec persévérance, à faire dire à l'ado des mots comme «s'il te plaît» ou «bonjour».
L'ouvrage étant placé sous le signe de l'humour, il y a quelques lourdeurs. Par exemple, la récurrence des brocolis. Cependant, je pardonne ces lourdeurs à l'auteur, car son livre est amusant et bien pensé.

J'ai particulièrement aimé qu'Anne de Rancourt égratigne la psychologie de bas étages qui ne cesse de répéter qu'il ne faut pas punir un enfant ou un adolescent.

Chaque chapitre évoque un aspect de l'ado: son comportement, son territoire, ses distractions, sa vie dehors, etc. Le dernier chapitre est consacré à des questions de parents et aux réponses (toujours drôles) apportées par l'auteur.

Remarque annexe:
Il y a un clin d'oeil amusant: les ados qui servent d'exemple dénigrent l'allemand tant qu'ils peuvent. Anne de Rancourt est professeur d'allemand.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claire Philippe pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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