Editeur : Hugo Roman

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lundi, 1 mai 2017

Disparue, de Darcey Bell.

Disparue

L'ouvrage:
Stephanie et Emily sont amies. Miles, le fils de Stephanie, est le meilleur ami de Nicky, le fils d'Emily. Les deux enfants ont cinq ans. Un jour, Emily demande à son amie de prendre Nicky en même temps que Miles à la sortie de l'école. Cela est habituel. Seulement, la soirée avance, et Emily ne vient pas chercher son fils. Elle ne donne signe de vie ni le lendemain, ni les jours suivants.

Critique:
Ce roman met mal à l'aise parce qu'il montre à quel point certains peuvent être manipulateurs. On me dira que personne, dans la vraie vie, n'ira aussi loin que l'un des personnages. Je pense que malheureusement, on doit trouver cela dans la vie réelle. Bien sûr, un oeil averti discernera la manipulation, surtout parce que le personnage déraille et n'est pas si organisé qu'il veut bien le croire. Cependant, l'attitude des autres personnages est également effrayante. Ils se laissent manipuler tout en sachant très bien ce qu'il en est, ou sont dupés en croyant fermement aux assertions du personnage malveillant... En effet, il y a plusieurs phases, plusieurs étapes. Ces étapes font que le roman ne traîne pas. L'auteur s'arrange pour qu'on soit toujours dans l'expectative, qu'une découverte laisse assez rapidement place aux actions qui en découlent, etc.

En général, je n'aime pas les romans où je n'apprécie aucun personnage. Ici, cela ne m'a pas dérangée. D'abord, chacun n'inspirera pas la même répulsion. Ensuite, il y en a que je n'ai pas pu tout à fait détester.

Certaines réactions peuvent être jugées de deux points de vue. À un moment, on peut par exemple penser que Sean est une vraie chiffe sans caractère. Mais on peut aussi penser qu'il a été victime des circonstances, qu'il n'a pas su gérer tout ce qui lui est tombé dessus. J'ai oscillé entre les deux points de vue. C'est un peu la même chose concernant Stephanie. Est-elle naïve? Perverse? Opportuniste? Sa solitude lui pèse-t-elle trop? Je pense que c'est un mélange de tout cela. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les personnages, mais j'en dévoilerais trop.

Dans plusieurs romans, on nous montre qu'il faut aller au-delà des apparences. Darcey Bell le fait aussi, mais sa démonstration ne semble pas éculée. Entre le fait que Stephanie travestisse la vérité sur son blog et les demi-vérités et les énormes mensonges des uns et des autres, les exemples bien choisis ne manquent pas.
La romancière utilise une autre ficelle qui peut paraître trop employée, mais elle ne m'a pas gênée. Je pense que c'est parce que l'auteur nous prépare à sa découverte. Je n'ai rien deviné, mais une fois la chose dévoilée, je me suis souvenue de l'élément préparatoire. L'auteur elle-même le rappelle.

La fin m'a satisfaite. Au départ, j'ai pensé qu'elle était incertaine: ce qu'a prévu un personnage peut arriver, mais les choses peuvent tourner autrement. Ensuite, j'ai pensé que les choses tourneraient fatalement autrement, parce que pour moi, si ce personnage est très sûr de lui, il commet des erreurs, d'ailleurs soulignées par un autre personnage. Certes, je préfère penser que les choses n'arriveront pas comme le souhaite ce personnage, et donc vous allez me dire que je me persuade qu'il sera pris en défaut. J'attends donc vos avis.

Éditeur français: Hugo Roman
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt, Xe Sands, et Matthew Waterson pour les éditions Harper Audio.
J'aime beaucoup Andi Arndt: sa voix, son jeu naturel. Je trouve qu'elle exagère un peu pour les rôles masculins, mais justement, ici, elle l'a peut-être un peu moins fait.
Je ne connaissais pas Xe sands. Je ne l'ai pas trop appréciée parce que j'ai trouvé qu'elle marmonnait. Son ton était approprié, mais sa voix n'était pas claire. Peut-être qu'elle a adopté cette façon de faire à cause du personnage qu'elle jouait. Cela serait logique. Je verrai bien si je lis un autre livre enregistré par elle.
Je ne connaissais pas Matthew Waterson. J'ai été un peu gênée parce qu'il lisait avec un accent anglais (puisque Sean est anglais), mais cela n'a pas été si pénible, d'abord parce qu'il a peu de chapitres, ensuite parce que son accent anglais m'a paru moins prononcé que chez d'autres. Je ne sais pas s'il est anglais ou s'il a pris un accent pour l'occasion.

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lundi, 15 août 2016

Le vide de nos coeurs, de Jasmine Warga.

Le vide de nos coeurs

L'ouvrage:
Aysel (la narratrice du roman) a seize ans. Elle est tout le temps triste à cause d'un événement arrivé il y a trois ans. Elle pense ne pas pouvoir échapper à une partie d'elle-même. Voilà pourquoi elle souhaite se suicider. Par le biais d'un site, elle rencontre Roman (dont le pseudonyme est Robot Gelé) qui sera son partenaire de suicide.

Critique:
Il faut prendre ce roman en étant bien conscient de ce qu'il est: une sympathique lecture d'été. Il faut aussi savoir que, très vite, on a une bonne idée de la manière dont tout va se terminer. Cela ne m'a pas dérangée, parce que je me doutais de certaines choses après avoir lu la quatrième de couverture, et j'ai lu le livre en m'attendant à ces choses. Cependant, l'aspect «convenu» pourra en gêner certains.

Malgré le thème délicat, le livre est assez drôle. En effet, Aysel a beau être cynique et manier l'ironie avec une certaine dextérité, elle est très loin d'être méchante ou amère. Malgré son désespoir, elle a souvent des répliques ou des remarques amusantes, pleines de dynamisme. De plus, elle tente toujours de se réconforter (avec de la musique classique, de la physique...). Quoiqu'elle en dise, elle se raccroche aux plaisirs de la vie. Cela fait douter le lecteur quant aux réelles intentions de l'héroïne, et c'est ce qui fait qu'on peut envisager la fin sans que cela ait l'air complètement hors de propos. L'auteur sait où elle va et le prépare. Je pense que c'est la raison pour laquelle la fin ne m'a pas gênée. Elle ne semble pas incongrue'

Certains penseront peut-être qu'Aysel et Roman se complaisent dans leur tristesse, dans leur envie de débarrasser le monde (et surtout leur entourage) de leur néfaste présence. Certes, mais qui n'a pas été à leur place ne peut pas dire comment il réagirait. Je connais quelqu'un qui n'est pas très loin de vivre une situation similaire à celle d'Aysel, mais cette personne n'a pas réagi comme notre héroïne. Sûrement parce que la communication n'a pas été aussi difficile pour elle que pour Aysel et sa famille, mais aussi parce que la personne fautive n'a aucun côté aimable, à l'inverse du père d'Aysel.
Quant à Roman, je pense qu'à sa place, je me blâmerais tout autant, et je n'accepterais pas les affirmations de mes parents selon lesquelles ce sont eux, les responsables. À seize ans, on sait ce qu'on fait, on sait quelles peuvent être les conséquences. Je pense que le but n'aurait pas dû être de tenter de faire croire à Roman qu'il n'était pas fautif (car ce n'est pas crédible), mais de lui apprendre à vivre avec sa faute.

Jasmine Warga montre quelques scènes entre l'héroïne et sa famille. On se rend bien compte que la communication n'est pas aisée, et que l'adolescente interprète mal certains signes. Elle est bien obligée de s'en apercevoir lors de la scène où Georgia lui montre qu'il neige, dehors. Bien sûr, à certains moments, le fait que la famille ne soit pas naturelle avec la narratrice conduit à des malentendus, le tout recouvert de non-dits... Et quand une situation s'installe, il est difficile de la changer.

Je n'ai pu m'empêcher d'éprouver de la compassion pour le père d'Aysel. Sûrement parce qu'il ne se résume pas à un trait de caractère. La jeune fille a vécu de très bons moments avec lui. Il a été un vrai père pour elle. L'auteur a donc créé une situation qu'elle a souhaitée complexe, loin des clichés. Je trouve cela bien, mais en même temps, cela me fait sourire, car la situation réelle que je compare à celle d'Aysel est sans nuances. Elle me paraîtrait peut-être totalement clichée dans un livre.

Il y a quelques longueurs, notamment quand l'héroïne traîne pour raconter ce que son père a fait. Dès le début, on connaît les grandes lignes de son acte, mais elle ne détaille le tout que dans le dernier quart du roman. Et là encore, elle traîne et traîne. Bien sûr, c'est expliqué par son traumatisme, mais c'est un peu pénible.

Ce roman m'a un peu rappelé «The last time we said goodbye», de Cynthia Hand. Les histoires ne se ressemblent pas, mais on retrouve une certaine ambiance, et des adolescents qui culpabilisent, et tentent de tout prendre sur eux.

Éditeur français: Hugo Roman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Harper Audio.

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vendredi, 6 mars 2015

Garde tout, surtout les gosses, de Guillaume Clicquot.

Garde tout, surtout les gosses

L'ouvrage:
Denis et Florence Leroy divorcent après vingt ans de vie commune. Mais qui aura la garde des enfants? Alors que des parents ordinaires se battraient pour l'obtenir, Florence et Denis font leur possible pour que ce soit l'autre qui l'ait.

Critique:
Il n'était pas facile d'écrire ce genre de roman en restant crédible et captivant tout du long. C'est pourtant ce qu'est parvenu à accomplir Guillaume Clicquot.

Autre point positif de ce roman: on oscille entre rire et gravité. Le comportement des membres de cette famille prêtera forcément à rire. En effet, ils agissent à l'inverse de ce que ferait une famille normale. De plus, certains actes de Denis et Florence sont amusants. Quelle inventivité! Quel raffinement! Quelle motivation! Pour donner un exemple, j'ai apprécié le machiavélisme de Denis qui lave la maison de fond en combles, fait des lessives, fait en sorte qu'internet fonctionne à nouveau, etc, et s'arrange pour attribuer ces bienfaits à Florence.

Par ailleurs, l'auteur se livre, par petites touches, à une réflexion sur la façon d'élever ses enfants. En effet, si ceux des Leroy sont pénibles, il n'est pas très difficile d'en comprendre la cause. S'il fallait ne donner qu'un seul exemple, je retiendrai la punition que proposent Denis et Florence, lorsqu'ils découvrent que leur fils fume du cannabis: privé d'internet pendant trois semaines... Exemple à la fois comique et pathétique.

Tout cela fait qu'on s'attache aux personnages tout en les trouvant odieux. J'ai quand même une préférence pour Arthur, le surdoué amoureux des animaux.
D'une manière générale, les personnages finissent par tirer des leçons de cette «expérience». Les retiendront-ils?

La fin ne sera peut-être pas au goût de tous. Pour ma part, j'ai trouvé qu'elle était bien préparée. Si elle semble facile, elle va bien aux personnages. Là encore, l'auteur nous invite à regarder notre société. Combien de familles agissent ainsi? On peut se demander ce qui serait advenu si le récit s'était poursuivi.

Un roman à la fois grave et drôle qui, sous des dehors légers, donne à réfléchir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Hugo Roman dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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