Editeur : Héloïse d'Ormesson

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lundi, 13 janvier 2014

L'été des lucioles, de Gilles Paris.

L'été des lucioles

Ce livre sort le 23 janvier 2014.

L'ouvrage:
Victor Beauregard (neuf ans), vit avec sa mère, sa soeur (Alicia, quatorze ans), et Pilar (la compagne de sa mère). Il aimerait bien que son père (François) revienne à la maison, mais comme François refuse de grandir, cela n'est pour l'instant pas possible.
Cet été-là, comme chaque été, Victor va le passer dans la résidence que sa tante a léguée à son père (celui-ci ne veut pas y aller), près de Nice. Il va s'y faire des amis.

Critique:
Comme d'habitude, Gilles Paris se glisse à merveille dans la peau d'un enfant, même si celui-ci semble être un peu trop mature pour son âge. Victor est attachant, il simplifie ce que les adultes compliquent, a des réflexions amusantes qui, lorsqu'on y réfléchit bien, dénotent un certain bon sens. Par exemple, lorsqu'il dit que sa soeur ne veut pas manger d'un plat quelconque parce que «ça ferait grossir son petit ventre tout maigre», ou lorsqu'il évoque les «beaux livres»: «C'est à se demander si les autres sont moches.» Le livre est jalonné de ce genre de remarques à la fois drôles et graves, en un style vivant, fluide, agréable.

Encore une fois, l'auteur montre un enfant dont la vie n'est pas forcément facile, qui refuse les non-dits et les sujets tabous, un enfant au grand coeur, qui, sans larmoiements, sans niaiserie, nous montre que si on le veut, que si on y met du sien, beaucoup de choses sont possibles.

Le ton est assez léger, malgré le fait que certains aspects du récit soient graves. En effet, Victor nous montre qu'il faut avancer, malgré les coups du sort. À l'instar du jeune narrateur, le lecteur finit par apprendre pourquoi François ne veut pas grandir. C'est tout à fait compréhensible. Cependant, l'auteur semble nous dire qu'il ne sert à rien de faire du sur place puisque les choses ne pourront pas changer. Je me suis bien sûr demandé comment j'aurais réagi à la place de François.

Les autres personnages ont tous quelque chose à dire. Chacun connaît ses peines qu'il essaie de faire passer de diverses manières. Alicia rêve du grand amour avec lequel elle tenterait sûrement de combler l'absence de son père.
C'est sûrement Claire qui m'a le moins touchée. Je l'ai d'abord appréciée parce qu'elle souffre de la même maladie que moi: la livrophilie. ;-) Cependant, elle m'a très vite agacée: on dirait qu'elle ne peut pas vivre sans compagnon. Je trouve qu'elle les remplace un peu vite... J'ai l'impression qu'elle non plus ne grandit pas vraiment, ou du moins, qu'elle n'a gardé que les mauvais côtés de l'enfance.
J'ai apprécié Gaspard (qui laisse ses frères lui faire faire tout un tas d'âneries), Justine, les jumeaux, la baronne (qui, elle, a retrouvé les bons côtés de l'enfance après avoir jeté certaines conventions oppressantes aux orties), et même Rosita (malgré certains de ses préjugés)...

Lorsque j'ai lu «Au pays des kangourous», j'ai reproché une petite chose à l'auteur. Ici, cette chose est à nouveau utilisée (mais différemment). Bizarrement, cela ne m'a pas gênée. J'ai trouvé que cela s'insérait bien dans le récit, que cela ne détonnait pas.

Mention spéciale à la journée estivale que les enfants passèrent à nager, s'amuser, pique-niquer... Cette tranche de vie m'a plu car elle est une image du bonheur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par Gilles Paris et les éditions Héloïse d'Ormesson

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lundi, 2 avril 2012

Prix Clara 2011, nouvelles d'ado.

Prix Clara 2011

L'ouvrage:
Ce prix fut créé en hommage à Clara, une adolescente de treize ans, qui mourut d'une insuffisance cardiaque à treize ans. Tous les ans, il récompense des auteurs en herbe, des adolescents entre treize et dix-sept ans.

Résumé des sept nouvelles:
Penser, d'Iris Baur:
Étienne est parti combattre au front. La nouvelle est une succession de courts tableaux dans lesquels sont décrits les points de vue d'Étienne, de sa femme, et de ses enfants.

Crescendo, de Clara Boissenin
Aurora est lycéenne. Elle est plutôt effacée. Un jour, elle a l'opportunité d'entrer dans un groupe de musique en tant que chanteuse. Sa vie change: célébrité, nouveaux amis, etc.

Canis lupus, de Tessa Deconchy
Le lecteur assiste à quelques semaines au sein d'une meute de loups. La forêt brûle, la meute est dispersée...

Oxygène, de Manon le Gallo
Le monde manque d'oxygène. L'homme en a trop abusé. Pour être sûr d'en avoir assez pour son enfant, un homme s'engage à oeuvrer pour la cause des clandestins. Ceux-ci veulent abolir les inégalités qui règnent: des personnes haut placées peuvent piller les réserves d'oxygène alors que d'autres en ont à peine pour survivre.

Un vent de liberté, de Paul Lejeune
L'auteur a rassemblé des événements qui marquèrent l'histoire en imaginant au sens propre l'expression «Un vent de liberté».

Le cri d'un beatles, de Marion Pignel
Julie est lycéenne. Dans sa classe, il y a Dorian qui est autiste. La jeune fille aimerait le connaître davantage.

L'oeuvre, de Manon Tanquerel
Dieu et ses anges se réunissent pour déterminer le monde.

Critique:
J'ai d'abord aimé la diversité. On la retrouve souvent dans le prix Clara.

La première nouvelle m'a plu. L'auteur a un style précis et fluide. En peu de mots, elle rend parfaitement la détresse de ces êtres qui ne comprennent pas la cruauté de ce monde. En peu de pages, les personnages sont décrits, on se fait une iddée assez précise d'eux.

J'ai apprécié la deuxième nouvelle, même si certaines choses étaient prévisibles. Le parcours de cette adolescente est intéressant, parce que l'auteur décrit des événements et des sensations qui pourraient arriver à n'importe qui. Il est très facile de s'identifier à Aurora, de se mettre à sa place, de se demander ce qu'on aurait fait. En outre, la jeune fille reste quelque peu lucide.
J'aurais aimé que la fin soit plus détaillée... et il me semble qu'un personnage a été oublié.

J'ai bien aimé «Canis lupus», d'abord parce que cette nouvelle m'a dépaysée. Ensuite, parce que j'aime les animaux, et que je trouve toujours intéressant de lire des histoire les impliquant. D'ailleurs, l'auteur ne se contente pas d'inventer une histoire autour d'une meute de loups: elle parle de leur comportement général. Par exemple, elle évoque quelque peu la hiérarchie. Je ne sais pas jusqu'à quel point elle s'est documentée, mais c'était intéressant.

J'ai beaucoup aimé «Oxygène». Le thème est très bien choisi, et l'auteur a su l'exploiter. Il est évident que si le monde venait à manquer de quelque chose d'essentiel, les choses tourneraient ainsi.
De plus, les trois personnages principaux sauront toucher le lecteur.
Cette nouvelle est, pour moi, la mieux pensée, la plus évoluée du recueil.

Je n'ai vraiment pas aimé «Un vent de liberté». L'auteur part d'une expression (qui a donné son titre à la nouvelle) pour se dire que peut-être, à des moments clés de l'histoire, alors que des hommes étaient libérés d'une oppression, d'une prison, etc, un véritable vent soufflait pour saluer cette libération. Je trouve ça un peu facile. La prochaine fois, il fera «Un vent de folie», comme expression? Je suis déçue que cette nouvelle ait été choisie, alors que beaucoup concourent. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il devait y avoir plus recherché parmi les autres histoires concurrentes.

J'ai bien aimé «Le cri d'un beatles». La narratrice tente de comprendre les autistes. C'est son cheminement que le lecteur suivra. Elle veut comprendre son camarade, et même si elle parvient à certaines choses, elle se rend compte que la tolérance n'est pas seulement une question d'écoute. Elle tente de communiquer avec Dorian, mais ne voit pas toujours ce que cela implique. C'est un personnage positif, car elle est ouverte.
Il va de soi que j'ai bien ri lors de la scène où Dorian rive son clou à Matthieu, même s'il ne le fait pas exprès, et que celui-ci ne s'en rend pas compte.
Je n'ai pas trop compris le titre. Pourquoi l'allusion aux Beatles? À cause du fait que Dorian aime la poésie? Soit, mais pourquoi les Beatles?

Je n'ai pas trop aimé «L'oeuvre», mais pas parce que je trouvais qu'on se moquait de moi (ce qui est le cas pour «Un vent de liberté»). C'est seulement le thème que je trouve un peu trop utilisé. On me dira que les thèmes de toutes ces nouvelles sont plus ou moins connus et utilisés, mais les auteurs ont su y apporter une touche personnelle. J'ai trouvé «L'oeuvre» très convenue.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 19 décembre 2011

José, de Richard Andrieux.

José

L'ouvrage:
José a neuf ans. Il n'aime pas trop le monde dans lequel il vit. Il n'a pas envie d'avoir d'amis. Il préfère s'en inventer. Il s'enferme dans un monde où il rebaptise les objets. Son lit, c'est Voyage; le plafond de sa chambre, c'est Nuage; etc. Tous sont ses amis. Sa mère s'inquiète, et l'amène chez une psychologue.

Critique:
Je sens que cette chronique va m'attirer des inimitiés...%%D'abord, l'auteur décrit bien l'enfermement de José. Par la suite, la souffrance du petit garçon est très bien explorée et analysée. Cependant, j'avoue avoir été agacée par beaucoup de choses. En premier lieu, José lui-même. Je sais que parfois, sans trop savoir pourquoi, des enfants s'enferment dans un autre monde, comme il le fait. Sans vouloir qu'il y ait obligatoirement une explication rationnelle, j'ai trouvé un peu facile que José soit ainsi sans qu'on sache pourquoi. Sa mère l'élève seule, et n'est pas forcément à la hauteur, mais elle agit mieux que certains. L'enfant est peut-être hypersensible, peut-être s'attache-t-il à des objets pour ne pas souffrir... Ou peut-être n'est-il pas assez mûr... Bref, on peut trouver des explications satisfaisantes, néanmoins, José ne m'a pas touchée. Au début, son arrogance (même si elle recouvrait autre chose), m'a déplu. Sa façon de s'inventer des obstacles, alors qu'il avait la chance d'être aimé... Il me faisait un peu l'effet de ces gens qui ont tout, et qui se paient le luxe de faire une dépression. Ensuite, lorsqu'il souffrait réellement, j'ai compris sa détresse, mais ayant déjà été refroidie par lui au début, je n'ai pas été vraiment émue.
En outre, à un moment, il maltraite un animal. Je sais que c'était dû à son mal-être, à la souffrance qu'il cherchait à exprimer, à faire sortir, mais je fais un blocage vis-à-vis de ceux qui s'en prennent aux animaux.

Je n'ai pas trop su quoi penser d'Hélène, la mère de José. Elle s'est vite retrouvée submergée. Je l'ai plainte, mais elle m'a un peu agacée. Pourtant, je ne sais pas du tout comment je m'y serais prise face à un enfant aussi déconcertant. Peut-être aurait-elle dû être plus ferme, mais elle était seule, et pas assez forte pour maîtriser ce qui lui arrivait.

À un moment, le psychologue de l'hôpital veut à toute force faire réagir José. Pour le faire sortir de son mutisme, il va jusqu'à commettre une faute qui pourrait causer des dommages irréparables. C'est intéressant, car cela a suscité deux réflexions totalement contradictoires de ma part. D'abord, je l'ai traité d'imbécile, ai pensé qu'il n'était pas professionnel, et qu'en plus, il allait peut-être causer plus de mal que de bien. Et puis, j'ai pensé qu'au moins, il ne voyait pas l'enfant comme un cas. Au moins, il s'était compromis en espérant obtenir un résultat positif. Cela lui donne une dimension plus humaine: il n'est pas froid, il ne tente pas d'appliquer de belles théories.

Ce roman aborde le thème de la souffrance de différentes manières, dont certaines m'ont paru un peu difficiles à comprendre. En outre, le personnage principal m'ayant déplu, je n'ai peut-être pas su appréhender les thèmes avec toute l'objectivité qu'il aurait fallu.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Corbaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 6 décembre 2011

Un hiver avec Baudelaire, d'Harold Cobert.

un hiver avec baudelaire

L'ouvrage:
Philippe et Sandrine sont divorcés depuis deux mois. Philippe habite toujours avec son ex-femme. Mais celle-ci, excédée, le jette dehors. Il n'y a que Claire, la fille du couple, qui s'en désole.
Philippe est commercial. Mais à la suite de chiffres d'affaires inexistants, et d'un coup d'éclat, il perd son emploi.

Critique:
Voilà un livre dur, mais si vrai. Un roman plein de gravité, de soleil, de rejet, d'indifférence, d'amour, et d'amitié.
D'abord, l'auteur décrit très bien la descente aux enfers d'un homme quelconque. Cela va très vite. Le monde de la rue est décrit de manière très réaliste. Le lecteur oscille entre compassion et agacement vis-à-vis de Philippe. Il est sympathique, mais un peu mou... il est gentil, mais on a aussi envie de le secouer. Il n'a jamais été sans travail, donc ne connaît pas les règles à suivre quant à la démission, au chômage, aux assédics, etc. Je le comprends, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'être choquée qu'il soit à ce point ignorant.
On pourra me faire remarquer, à juste titre, que Philippe est dépassé parce qu'impliqué. Tout lui arrive en même temps, il est seul, rejeté... même son prétendu ami lui tourne le dos sous un fallacieux prétexte. On peut donc comprendre qu'il perde pied.

C'est d'ailleurs l'un des thèmes du livre. À partir du moment où Philippe retrouve un peu de chaleur humaine (et canine), il reprend espoir, et ne se laisse plus aller. Je partage le sentiment de l'auteur là-dessus. On se bat plus facilement quand on est aidé, ne serait-ce que par un peu de chaleur.

J'adore Bébert le Berbère (qui ne l'est pas), et Fatima. La manière brutale de Fatima de dispenser son affection, et de faire toujours ce qu'il faut, m'a beaucoup émue.
Quant à Sandrine, elle est peut-être un peu caricaturale, mais je sais qu'il existe des personnes aussi aigries et méchantes qu'elle. On peut se demander si, à terme, cela ne nuira pas à Claire. Heureusement, elle a son père.

Et que dire de Baudelaire?! C'est lui, le déclencheur du retour du positif. Au départ, Philippe le rejette parce qu'il n'est pas prêt à accepter cette affection simple, ce protecteur débonnaire qui ne demande que ce qu'il donne si naturellement: de l'amour. Il me semble que l'auteur veut montrer à son lecteur que les animaux, eux, savent où est l'essentiel.

Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je comprends la fin dans la mesure où Baudelaire était là pour sortir Philippe du marasme. Sa mission accomplie, il n'avait qu'à se retirer. C'est d'ailleurs ce que suggère le livre. Oui, mais pourquoi une telle fin? Pourquoi juste quand Philippe commence à pouvoir reprendre une vie appréciable, Baudelaire ne peut-il pas la partager? Parce que tout ne peut pas toujours être parfait? Soit, mais pour moi, la fin est vraiment trop décevante, car trop cruelle. Même si, me dira-t-on, c'est le mécanisme de la vie.

Je ne sais pas si des organismes comme le Fleuron existent, mais je trouve que c'est une bonne idée.
D'ailleurs, j'aime bien la conversation à propos des étrangers qui y a lieu, à un moment.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Gilsoul pour la Ligue Braille.
J'apprécie ce lecteur qui a une voix agréable, et met le ton approprié. Il a su interpréter ce livre avec suffisamment de sensibilité et de sobriété pour que le lecteur ressente les émotions des personnages sans que cela soit larmoyant.

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mercredi, 8 juin 2011

Le joli mois de mai, d'Émilie de Turckheim.

Le joli mois de mai

L'ouvrage:
Louis, propriétaire de terres dans un petit village, vient de mourir. Ses héritiers arrivent, impatients de se partager les biens du mort. Ils attendent le notaire dans la ferme de Louis.
L'histoire nous est contée par Aimé, le valet de pied du défunt.

Critique:
L'histoire racontée est, si on y réfléchit bien, assez banale. Mais c'est presque le propre de toutes les histoires. Ici, c'est ce qui la rend crédible.

L'auteur a su l'assortir d'autres ingrédients qui font que ce livre ne peut laisser personne indifférent.
D'abord, elle use d'un style très particulier. Le valet de pied, qui raconte, n'a d'instruction que celle de l'école de la vie. De ce fait, sa façon de s'exprimer n'est pas celle d'un orateur. Sa syntaxe est relâchée, sa grammaire n'est pas toujours correcte. Ce style ajoute un plus au roman, car il permet à l'auteur d'imaginer le personnage, ce qu'il a vécu, ce qu'il ressent. Il l'exprime de manière très directe, émaillant son récit de remarques ô combien pertinentes, par exemple, sur les bonnes manières qui ne sont qu'hypocrisie puisqu'elles sont le vernis dont les héritiers recouvrent leur mépris pour lui, leur avidité quant à leurs futures possessions. Il jalonne également son récit de phrases qui semblent sortir de la bouche d'un sage sur la façon d'être des gens.
Je pense que le récit serait bien moins percutant sans le style particulier que l'auteur adopte. Je tiens d'ailleurs à la féliciter: je ne sais pas si je parviendrais à adopter un style si différent de celui dont j'ai l'habitude. Cette performance est le signe incontestable qu'Émilie de Turckheim est un bon écrivain.

On pourrait lui reprocher son manichéisme: Aimé, c'est le campagnard qui ne connaît pas la fourberie, tout en lui n'est que bonté, délicatesse, attention... et il est face à ces rapaces corrompus, venus de la ville... Cependant, certaines choses sont plus complexes, en tout cas, concernant Aimé. Il est vrai que les personnages venus de la ville pour hériter sont tous détestables. Cependant, la romancière ne veut pas dire que tous les citadins sont corrompus, puisque Lucette venait de la ville.
Aimé est sûrement le personnage le plus creusé, le plus intéressant, le plus clairvoyant. On ne pourra s'empêcher de se demander comment on aurait agi à sa place. C'est un débat à avoir avec ceux qui ont lu le livre.
Malgré l'ordinaire de l'histoire, et le peu de pages du roman, je me suis attachée aux personnages d'Aimé, de Martial, de Lucette. Quant à Louis, mon sentiment est mitigé...

Une autre force de ce roman est que certains faits nous sont racontés par petites touches. Aimé parle d'une chose, puis d'autre chose... et alors qu'on n'y pense plus, il ajoute un élément qui assemble deux pièces qu'il a précédemment évoquées. Il nous donne des indices tout au long du roman. Puis, alors que le lecteur commence à avoir une idée précise quant à certains événements, il sort une autre carte de sa manche.

Quelque chose m'a fait sourire: pendant toute ma lecture, je me suis posé une question, comptant bien reprocher à l'auteur une chose qui, à mon avis, était très grosse. La romancière, qui n'a rien laissé au hasard, répond à cette question vers la fin, démontrant par là qu'il ne faut pas se fier aux apparences. J'aurais dû m'en douter, car beaucoup de livres jouent là-dessus, mais Émilie de Turckheim l'a très bien amené puisque j'ai été dupée.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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