Editeur : Grasset Fasquelle

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mardi, 14 mai 2013

L'hiver d'un égoïste et le printemps qui suivit, de Jean-Pierre Milovanoff.

L'hiver d'un égoïste et le printemps qui suivit

L'ouvrage:
Micha Miriaki a cinquante ans. Il a passé une grande partie de sa vie au Japon. Après un accident cérébral, il revient en France, et s'installe dans un endroit calme. Il enseigne le japonais, côtoie ses voisins, rencontre une jeune femme... Il en profite également pour se livrer à une introspection. Il écrit ses réflexions dans un carnet.

Critique:
Sous ses dehors quelque peu légers, ce roman pose certaines questions. Si le narrateur nous fait partager des moments humoristiques de sa vie (sa rencontre avec sa petite voisine, son entretien d'embauche...), il nous conte aussi des moments graves. Il ne laisse aucune prise à ceux qui aimeraient le connaître mieux. Il revient sur son enfance, à jamais marquée par l'abandon de ses parents. Ce n'est que maintenant qu'il réalise comme l'amour de sa grand-mère était profond, à quel point elle souhaitait qu'il ait une belle vie. Il semble qu'il fasse une espèce de psychanalyse, qu'il doive se rappeler ses erreurs, ses méfaits, ses joies d'antan, afin de se libérer de certaines entraves, et de pouvoir se prendre réellement en main.

L'histoire d'amour est quelque peu incongrue. Il est un peu étrange que Micha s'éprenne ainsi d'une jeune femme qu'il connaît à peine. Pourtant, on le comprend: elle a du charisme, représente un mystère, et semble d'autant plus attrayante qu'elle est interdite.
À y bien réfléchir, la jeune femme en question semble être plus compliquée que notre narrateur. Elle traîne une tristesse dont elle ne parvient pas à sortir. Elle juge que Micha lui serait néfaste, mais je pense que c'est elle qui le serait. Elle a manifestement besoin qu'on s'occupe d'elle comme d'une poupée à la fois fragile et docile. Au final, je n'aime pas ce personnage. Pour moi, cette jeune femme n'avance pas, se complaît dans une dépendance à un homme égoïste. Je ne dis pas que le narrateur lui aurait été bénéfique, mais il aurait peut-être fallu qu'elle se prît en main, malgré certaines difficultés (outre ses états d'âme).

L'apparente légèreté du roman, mais aussi le fait que le narrateur parvient à faire le point et à savoir ce qu'il veut, tout cela ne m'avait pas préparée à la fin quelque peu ironique qu'a créée l'auteur. Et pourtant, elle est prévisible, voire appelée par le narrateur. Après cette fin, on peut imaginer ce que deviendront certains personnages.

Éditeur: Grasset et Fasquelle.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Georgopoulos pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix sympathique et dynamique. Elle a su lire ce roman en alliant légèreté et gravité.

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lundi, 10 octobre 2005

Les mots pour le dire, de Marie Cardinal.

Les mots pour le dire L'ouvrage:
La narratrice, qui est l'auteur elle-même, raconte d'abord comment elle a failli sombrer dans la démence. Ce qu'elle appelle "la chose" se manifeste en faisant couler le sang de la narratrice. C'est comme si elle avait ses règles en permanence. Cela se déclenche n'importe quand, et peut durer très longtemps. Affollée, elle va d'abord consulter un gynécologue, qui lui dit qu'elle a un fibrôme, et qu'il faut l'opérer. Elle accepte, puis refuse au dernier moment.
Ensuite, on l'envoie à l'hôpital, où on la bourre de médicaments qui la rendent amorphe, et l'empêchent de réfléchir. Un jour, elle se révolte contre cela. Elle ne veut pas devenir un légume apathique. Sous prétexte d'une soirée chez son oncle, elle s'enfuit de l'hôpital.

C'est alors qu'elle décide de prendre totalement son destin en main. Elle va voir un psychanalyste. Celui-ci commence par énoncer des règles très strictes. elle ne doit prendre absolument aucun médicament pendant cette psychanalyse, même pas un cachet contre les maux de têtes. Elle ne doit rien écouter de ce qu'elle pourrait entendre à l'extérieur, sur la psychanalyse. Chaque séance à laquelle elle n'assistera pas sera due... C'est ainsi que Marie Cardinal entame le récit de sa psychanalyse. Elle évoque son enfance, son adolescence, des choses enfouies en elle-même, qui, lorsqu'elles sortent la font hurler, trépigner, ou pleurer longuement. Elle évoque surtout sa mère qui est sûrement la cause de son mal-être.

Critique:
Ce livre est le témoignage bouleversant d'une femme qui, un jour, a voulu sortir du marasme, et a voulu s'en donner les moyens. C'est une femme qui crie sa douleur de ne pas avoir été désirée et aimée par sa mère. Cette mère qui savait seulement se montrer sévère et injuste envers sa fille, qui ne savait faire preuve d'humanité envers elle que lorsqu'elle était malade. La narratrice raconte comment elle essayait de gagner l'amour de sa mère en se voulant irréprochable, et en essayant de trouver n'importe quoi qui lui ferait plaisir.
Elle explore aussi l'extraordinaire violence qui siège en elle, et en découvre la source. Elle apprend d'ailleurs les origines de beaucoup de ses problèmes.

Ce livre est un cri poignant qui nous apprend beaucoup, qui nous fait réfléchir, qui sait utiliser (comme le titre l'indique) les mots qu'il faut pour dire la détresse, la souffrance, le mal-être, et la lente reconstruction de l'être. On suit la narratrice dans les étapes de sa psychanalyse, dans les crises qu'elle traverse, dans son parcourt pour se trouver.

Il y a une petite ombre au tableau. C'est quelque chose d'assez désolant, qui nous fait nous poser des questions. Dans son témoignage, la narratrice évoque l'avortement raté de sa mère qui ne la voulait pas. Elle explique que sa mère lui a raconté sans honte tout ce qu'elle avait fait pour avorter "accidentellement" alors qu'elle l'attendait. Elle explique ensuite que lors de sa psychanalyse, ce sujet est souvent revenu, étant un sujet sensible et douloureux. Le lecteur est très touché, très ému, et il comprend bien qu'un tel récit a dû déboussoler la narratrice.
Or, dans un autre livre, "Autrement dit", elle évoque cet épisode. Elle raconte qu'elle l'a longuement exploité dans "Les mots pour le dire", et qu'elle en fait presque un thème central de sa psychanalyse. Et là, elle explique tout simplement qu'en fait, lors de son analyse, cet épisode fut à peine évoqué, car elle avait pris le temps de le digérer seule. Elle a donc amplifié l'importance de ce récit lors de la psychanalyse dans "Les mots pour le dire". A-t-elle voulu faire du sensationnel pour émouvoir encore le lecteur? Elle aurait pu faire ce récit en lui accordant sa vraie place hors psychanalyse, et expliquer comment, seule, elle avait réussi à exorciser le mal qu'il lui avait causé. Cela aurait tout autant ému le lecteur.
Donc, si elle a brodé là-dessus, on peut se demander si elle n'a pas brodé ailleurs. On peut même se demander si elle n'a pas exagéré certains faits, toujours pour faire du sensationnel. Cela serait très dommage, étant donné qu'elle nous livre ici une femme qui souffre, et que trafiquer cette souffrance serait une tricherie vis-à-vis de celle qu'elle était alors, et vis-à-vis du lecteur.

Autre chose m'a gênée. Dans "Les mots pour le dire", elle raconte un rituel sacré aux yeux de sa mère: celui du nettoyage de la tombe de sa petite soeur, petite fille dans le regret de laquelle sa mère vit. Elle raconte également ce rite dans "La clé sur la porte". Non seulement, elle évoque la même histoire dans deux ouvrages différents, mais en plus, m'étant amusée à comparer les deux récits, j'ai découvert que c'était exactement les mêmes, au mot près. Elle n'a donc pas répété l'histoire d'un livre à l'autre inconsciemment, elle l'a fait en connaissance de cause, en reprenant pour l'un les phrases exactes qu'elle avait utilisées pour l'autre. Elle a dû faire un copier-coller. ;-)

Malgré ces petits détails déplaisants, je recommande ce livre percutant, qui ne peut laisser personne indifférent.

Éditeur: Grasset Fasquelle.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Candil Lopez.

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