Editeur : Gérard de Villiers

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mardi, 1 mai 2012

L'armure maudite, de Serge Brussolo.

L'armure maudite

L'ouvrage:
Gilles est l'écuyer de Thibault d'Estriviers. Un jour, lors d'un tournoi, Ornan de Guy, un chevalier ceint d'une armure rouillée le provoque. Thibault étant vaincu, c'est à Ornan de Guy que revient Gilles. C'est alors que d'étranges aventures commencent. Gilles doit, par exemple, attacher l'armure, les nuits de pleine lune.

Critique:
Voilà un roman de Brussolo comme je les aime. Il y a bien quelques petits clichés, comme l'histoire de la pleine lune, mais l'auteur a su faire en sorte que ce n'en soit plus un en expliquant que la «personne» mise en cause était un habitant de la Lune. (J'ai d'ailleurs souri que les habitants de la Lune, chez Brussolo, s'appellent les Lunatiques.)

Comme dans d'autres ouvrages, Brussolo plante le décor avec art. Tous les détails sont là pour que le lecteur se voie en plein Moyen-Âge: féodalité, chevalerie, tournois, superstitions. Les légendes (Mais en sont-ce?) apportent un plus au décor, en font quelque chose de plus vraisemblable.

L'auteur construit son histoire sur quelque chose de simple, et parvient à ancrer cela dans la réalité. En effet, quoi de plus actuel (et cela le restera) que la cupidité, l'avidité de pouvoir... qui se retourneront cruellement contre celui qui en a fait preuve.
Comme dans plusieurs de ses romans, péripéties et rebondissements s'enchaînent, ce qui fait que le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer. J'ai particulièrement apprécié la description du grand froid puis de la grosse chaleur, d'abord parce que Brussolo y excelle, mais aussi parce que la tension est à son comble pendant ces événements.
J'ai été étonnée, car il y a une chose que je n'avais pas devinée. Pourtant, connaissant l'auteur, j'aurais dû m'en douter. En outre, il avertit son lecteur à l'instar de Gilles de cette chose... Je suis ravie qu'il me surprenne encore!

L'idée de départ sera réexploitée dans «Le manoir des sortilèges». Il est intéressant de voir que Brussolo a repris la même idée dans deux romans, et leur a donné deux directions totalement opposées.
Le personnage de Gilles serait le même dans les deux romans... ce n'est pas vraiment possible, mais je pense que le romancier avait l'écuyer de «L'armure maudite» en tête en écrivant «Le manoir des sortilèges». D'ailleurs, l'auteur laisse clairement entrevoir qu'il y aura une suite aux aventures de Gilles. Apparemment, il n'y en a pas eu, ou peut-être ne les ai-je pas encore lues.

On retrouve une idée exploitée dans «L'homme aux yeux de napalm»: un être vivant qui n'a rien fait à personne, qui veut simplement continuer sa vie, qui en est empêché par peur ou (comme c'est le cas ici) par méchanceté et cupidité, et qui, par la suite, tente de redevenir lui-même... par tous les moyens.

Remarque annexe:
Brussolo aime bien reprendre des noms d'un livre à l'autre, et que les personnages ou les choses citées n'aient rien à voir. Ici, c'est le nom Ornan de Guy qu'il reprend plus tard dans «Le château des poisons».

Éditeur: Gérard de Villiers. La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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vendredi, 17 juin 2011

Les aventures de Peggy Meetchum, tome 3: Iceberg LTD, de Serge Brussolo.

Iceberg ltd

L'ouvrage:
Après les mésaventures que Peggy vécut à cause du club des dévorés vifs, elle quitta la Floride pour s'établir en Californie où elle ouvrit une boutique de planches de surf. Cela ne lui réussit pas, son commerce périclita.
C'est alors qu'une jeune japonaise, Yuki, vint lui demander son aide: elle voulait retrouver l'avion de son père, écrasé au Pôle Nord. La jeune femme était persuadée que son père était encore vivant. Elle voulait que Peggy l'aidât, car elle savait que personne ne s'aventurerait à cet endroit du Pôle.
Peggy accepta.
Mais pour une telle mission, les deux jeunes femmes doivent être escortées de quelqu'un qui connaît le pôle et ses icebergs, quelqu'un qui brave les dangers, que ce soit par vanité, par inconscience, ou par désespoir. Cette personne, c'est Rolf Amundssen, surnommé le capitaine Suicide.

Critique:
Tout comme les deux tomes précédents, ce volume est bien pensé. L'intrigue ne connaît pas de temps morts. Le lecteur est pris dans un faisceau de faits, de superstitions, tout cela enveloppé de mystère, et agrémenté d'une bonne dose de frayeur. C'est justement cette peur que l'auteur sait distiller avec art, l'exacerbant, l'apaisant un temps pour l'abattre d'autant plus brusquement et traîtreusement sur ses personnages et le lecteur, ce qui brouille leur jugement. Par exemple, Peggy reconnaît que guidée par la peur, elle est plus facilement encline à croire des aberrations. Le lecteur se surprend à réagir comme elle. Lorsque le cuisinier du bateau raconte ses contes à dormir debout avec conviction, la peur est tellement forte que même un esprit rationnel est tenté de s'y laisser prendre. Bien sûr, si Brussolo avait fini par choisir cette voie facile, si tout ce que disait le cuisinier avait été confirmé, j'aurais crié à l'incohérence, mais lorsqu'on est en plein dans l'histoire, on ne peut s'empêcher d'être contaminé par la panique ambiante.
La peur est alimentée par de multiple rebondissements de toutes sortes. Ils sont tous appropriés et cohérents. En outre, les héros connaissent de nombreuses péripéties toutes plus passionnantes les unes que les autres.
J'aime particulièrement le moment où ils sont sur l'iceberg. D'abord parce qu'ils découvrent quelque chose d'extraordinaire, une chose comme on n'en voit que dans les romans de Brussolo, et qui, là encore montre la folie à grande échelle. L'auteur pousse même le raffinement jusqu'à rendre cela vraisemblable.
L'autre raison qui m'a fait apprécier ce moment est secondaire: Brussolo y décrit en détails une ambiance glacée. J'aime beaucoup ce genre de description du froid, de ses conséquences, etc.

Certains mécanismes sont peut-être un peu gros. Par exemple, l'auteur répète une chose pour bien l'entrer dans la tête du lecteur. C'est ensuite que différents paramètres entrent en jeu, déstabilisant le lecteur qui prenait certaines choses pour acquises. Ce procédé est fréquemment utilisé. Ici, je le pardonne volontiers à l'auteur, car il est finement inséré dans l'intrigue.

Une autre ficelle assez connue est utilisée: celle où une histoire a plusieurs versions selon qu'elle est racontée par tel ou tel personnage. Là encore, la ficelle est connue, mais bien utilisée. Étant donné le contexte, elle apporte une dimension réaliste à l'histoire.

Au début, l'auteur plonge (si j'ose dire) son lecteur dans l'action, puis raconte comment les personnage en sont arrivés là. C'est un procédé fréquent que je n'aime pas trop, mais ici, il ne dure pas, donc il ne m'a pas gênée.

En général, dans les romans de Brussolo, seul le personnage principal est sympathique. Ici, outre Peggy, certains autres le sont. Rolf semble caractériel, et plus on en apprend sur lui, plus on le trouve antipathique. Cependant, il a une espèce de charisme qu'on ne peut nier. De plus, les épreuves le rendent plus avisé, elles semblent le mûrir. Sa décision finale paraît folle, mais les raisons qu'il donnent sont vraisemblables.
Et comment ne pas trouver Iniouk sympathique? Il restera mystérieux jusqu'au bout. Tantôt jouant un rôle, tantôt se montrant tout autre, et sous ses airs désinvoltes et intéressés, se préoccupant réellement des autres. Il suscitera le rire, l'exaspération, l'émotion...

Bien sûr, Peggy reste sympathique. Elle est égale à elle-même. J'ai trouvé intéressant que Brussolo ait glissé des allusions à sa soeur, expliquant certaines blessures et façons d'agir de la jeune femme.
Par exemple, j'ai apprécié le fait que l'histoire de Rolf éveille des échos chez elle. Tous deux se sentent coupables, et rien ne pourra atténuer leur culpabilité, car le remède serait tout simplement que la chose ne soit jamais arrivée. L'auteur explique bien ce sentiment et l'impuissance de ceux qui l'éprouvent.

Le livre est bien écrit. Le style est fluide. Si Brussolo peut parfois tomber dans le travers de la crudité (ce que je n'aime pas trop), ce roman en est exempt.

Remarque annexe:
J'ai bien ri de l'interprétation du médecin de Rolf: ses crises d'asthme nocturnes seraient des noyades fictives engendrées par sa culpabilité.

Note: J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge Serge Brussolo organisé par Bambi Slaughter.

Éditeur: Gérard de Villiers.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Brigitte Bourge.

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jeudi, 16 juin 2011

Les aventures de Peggy Meetchum, tome 2: Baignade accompagnée, de Serge Brussolo.

Baignade accompagnée

L'ouvrage:
Peggy vit toujours en Floride. Pour gagner sa vie, elle organise des expéditions touristiques, des visites guidées d'une épave immergée. C'était le projet de son patron avant qu'il ne meure, terrassé par une crise cardiaque: l'épave sur laquelle courent des histoires extravagantes.
Pour arrondir ses fins de mois, Peggy a un autre travail: pour le compte d'un laboratoire pharmaceutique, elle surveille une réserve de requins. Elle doit les nourrir, et s'assurer que tout est en ordre.

Un jour, alors qu'elle est dans l'épave, elle trouve un cylindre contenant un flacon empli d'un liquide étrange. Elle pense que c'est encore un coup du chef du club des dévorés vifs: des infirmes, rescapés après avoir été mordus par des requins. Depuis des semaines, ils harcèlent Peggy pour qu'elle les aide à kidnapper un requin.
La jeune femme prend le cylindre, et le ramène à la surface.

Critique:
Le livre démarre peut-être un peu lentement, mais c'est nécessaire à l'auteur pour bien planter un décor, et donner des détails qui, au départ, paraissent anodins, mais qui ont leur importance.
J'ai apprécié de découvrir (au début, et tout au long du roman), des informations sur les requins, la plongée, l'univers marin.

Ensuite, l'intrigue devient ce que j'appelle une histoire à tiroirs. C'est-à-dire qu'un rebondissement, une énigme en appellent d'autres, et on a l'impression qu'on ne sortira jamais du puzzle terrifiant dans lequel Brussolo nous a plongés. Même si je me doutais de certaines choses, l'auteur a réussi à me surprendre.
Outre cette quête quasi-impossible du mystérieux flacon, j'ai apprécié le fait qu'il nous fasse oublier la requête des dévorés vifs pour mieux nous la rappeler d'une cruelle et douloureuse façon...
Il a aussi créé un rebondissement à un moment où je ne l'attendais pas, alors qu'il était évident. Portée par l'intrigue, je n'y avais pas pensé.

J'ai trouvé l'affrontement final entre Peggy et Wang intéressant. On ne peut s'empêcher de se demander comment on aurait réagi à leur place. Et ensuite, comment supporter le poids d'une telle décision, même s'il n'y avait rien d'autre à faire. Tout cela est très complexe. C'est une question dont il serait intéressant de débattre. Au fond, je pense que j'aurais réagi comme Peggy, et que j'aurais aimé que quelqu'un ait le bon sens de Wang, et me donne un somnifère.

Comme dans beaucoup de ses romans, Serge Brussolo nous régale d'une étourdissante description de l'extrême. Ici, il s'attaque aux résultats de la prise d'une drogue très forte, sans oublier toutes les hormones sécrétées par le corps lors d'un violent effort physique. J'ai trouvé cela très intéressant.
On retrouve également la folie à grande échelle avec le club des dévorés vifs. Comme d'habitude, Brussolo excelle à décrire ce genre de choses.

Ne vous attendez pas à vous attacher aux personnages. Si Peggy et Wang sont sympathiques, les autres sont détestables. C'est le schéma de tout roman brussolien.
Brandon est un sale gosse qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
Quant à Boyett, outre son obsession ridicule dont on sait qu'elle ne le mènera nulle part, il est fat et opportuniste.

Remarque annexe:
Le passage sur les parents de Peggy est le même que dans «Les enfants du crépuscule».

Note: J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge Serge Brussolo organisé par Bambi Slaughter.

Éditeur: Gérard de Villiers.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Brigitte Bourge.

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lundi, 14 novembre 2005

La meute, de Serge Brussolo.

L'auteur:
Voir le billet sur Serge Brussolo.

La meute L'ouvrage:
Georges Mareuil Mondesco a eu une enfance tourmentée. Son père, Werner, voulait le modeler à son image. Il était empailleur, et adorait tuer lui-même les animaux qu'il empaillait. Il s'était même offert le luxe d'un petit parc avec des animaux dans son jardin. Animaux qu'il s'amusait à pourchasser et à tuer: la chasse de la manière la plus lâche, la plus vile, la plus pleutre, la plus méprisable qui soit. Un caprice d'enfant gâté. Un jour, Werner convie même les petits camarades de son fils à participer à l'une de ces boucheries.
Plus tard, il force Georges à empailler des animaux.
Georges aime les animaux. Il n'a ni le goût de la chasse, ni le goût de l'empaillage.
Et puis, la folie de Werner s'accentue. Il empaille des animaux, et leur fait prendre des positions obscènes. Par exemple, dans son musée, on peut voir un gorille copulant avec une biche.
Un jour, Georges assiste, sans pouvoir rien faire, au meurtre de son père par les deux molosses que Werner dressait à être des brutes sanguinaires. Depuis ce jour-là, Georges se sait investi d'une mission. Il doit payer pour le mal que Werner a fait aux animaux...

Sarah est orpheline. Elle a été maltraitée à l'orphelinat. Puis, elle est tombée entre les mains d'une femme qui l'a exploitée: elle était enfermée dans un placard, et devait subir les assauts d'une kyrielle d'hommes, et parfois de femmes.
Sarah a juré de se venger de tous ces gens. Elle va se servir de la folie de Georges pour arriver à ses fins.

Critique:
Les idées de départ ne sont pas mal. Les traumatismes des personnages, leur psychologie, tout cela est intéressant. L'idée que la maison, les animaux réclament vengeance pour le mal qu'on leur a fait est intéressante aussi. Malheureusement, le livre est très long à démarrer, on a du mal à y entrer.
En outre, il y a trop de sang, trop de spectaculaire. Il y a beaucoup de scènes sanglantes qui se veulent effrayantes, mais qui sont plus écoeurantes qu'autre chose. Par exemple, la scène de chasse orchestrée par Werner, ou le cadavre de l'un des personnages dévoré petit à petit. Il y a tout de même des scènes qui remplissent bien leur rôle, et effraient: la scène où Georges et Sarah vont chez Marie Pointard, la scène où Werner est tué...
Il est intéressant de voir comment Sarah essaie de trouver tout un tas d'explications rationnelles pour ne pas sombrer dans la folie, ne pas adhérer aux théories de Georges.

Le livre traîne beaucoup, et la fin est en queue de poisson. C'est une fin où on a envie de dire: "Et alors? Qu'est-ce qui va se passer?" Donc, il y a de bonnes idées, mais je ne conseille pas vraiment ce livre. Il est plus gore qu'effrayant. Le spectaculaire et le sang y ont une part plus grande que les motifs psychologiques, ce qui, à mon avis, est dommage.

D'après ce que j'ai lu, Brussolo a beaucoup aimé écrire ce livre, car il s'est lui-même fait très peur.

Éditeur: Gérard de Villiers.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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