Editeur : France Loisirs

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lundi, 18 janvier 2016

Appelle-moi, de Sophie McKenzie.

Appelle-moi

L'ouvrage:
Ce soir-là, Liv n'a pas répondu au texto puis à l'appel de son amie Julia. Le lendemain, cette dernière est trouvée morte. Une rapide enquête conclut au suicide. Pour Liv, c'est impensable pour plusieurs raisons. Désespérée et rongée de culpabilité (elle pense qu'elle aurait pu empêcher cela en répondant à Julia, la veille), Liv décide de mener l'enquête.

Critique:
Ayant beaucoup aimé «Je ne t'oublierai pas», je me suis précipitée sur «Appelle-moi». J'ai été très déçue. Au début, je trouvais que le décor était bien planté, que l'auteur prenait (à juste titre) le temps d'exposer les sentiments de la narratrice... C'était bien engagé. Cependant, cela s'est très vite dégradé.

Le roman est très classique. Le tueur est un malade qui atteint le bonheur parfait lorsqu'il tue. Plusieurs courts passages sont des monologues du meurtrier. Ces passages m'ont paru inutiles, sauf peut-être le premier (qui montre la psychologie du tueur) et celui concernant la soeur de Liv (dont le meurtre, dix-huit ans plus tôt, n'a jamais été élucidé). Ensuite, lire la satisfaction de l'assassin qui se vante d'avoir tué sans laisser de traces, puis lire à quel point il en a assez de Liv qui fouine partout, c'est lassant, car répétitif.
Outre ces passages, l'auteur traîne beaucoup. Certains rebondissements (comme lorsque Liv et Damian sont surpris par le feu) sont en fait des péripéties placées là pour retarder l'avancement des choses. Ce serait parfait si elles distrayaient le lecteur. Elles m'ont plutôt ennuyée.
Lorsque Liv comprend qu'elle se trouve en présence du tueur, elle est persuadée de connaître sa voix, et ne parvient pas à la reconnaître. Il est vrai qu'elle est stressée, et qu'elle n'imagine pas du tout cette personne en tueur fou. Cependant, il est un peu gros qu'elle ne reconnaisse pas la voix. Ce n'est qu'un moyen pour l'auteur de retarder la révélation du nom de l'assassin.

Si on comprend très bien que Liv veuille découvrir ce qui est arrivé, il est un peu étrange que cela la pousse à avoir un comportement assez léger sur plusieurs choses. Elle néglige sa famille, n'hésite pas à pénétrer par effraction chez une inconnue et à fouiller, elle se sent très vite attirée par l'homme avec qui sortait Julia. Elle qui sait que la confiance ne s'accorde pas facilement, croit sans trop de problèmes ce que lui dit cet homme qu'elle connaît à peine.
Il est également étrange que la police soit si molle.
L'attitude de la mère et du frère de Julia est également incongrue. L'auteur l'explique par la suite, mais ce n'est qu'à moitié crédible.
Il est aussi curieux que Will, le mari de Liv, s'oppose à ce point à ce qu'elle enquête. En fait, l'auteur a semé ces grosses ficelles pour que le lecteur soupçonne tout le monde d'être coupable.

Sophie McKenzie n'hésite pas à truffer son roman d'incohérences. D'abord, Liv retrouve une personne scannant un logo et en le collant sur un moteur de recherches d'images. Cela me semblait impossible, mais je n'y connais rien. Deux informaticiens me l'ont confirmé.
La plus grosse incohérence, celle qui m'amène à penser que l'auteur se moque de son lecteur, est le fait que le meurtrier a apparemment le don d'ubiquité. Il s'est trouvé à deux endroits au même moment. Je ne pensais pas qu'un auteur aurait poussé l'invraisemblance jusqu'à cela pour ne pas que le lecteur soupçonne le meurtrier...

La toute fin m'a laissée sur ma faim. Liv finit par se raisonner et ne pas faire une certaine chose, alors qu'elle souhaite la faire: elle agit uniquement par peur d'affronter ce qu'elle pourrait apprendre. Elle tente de se trouver de bonnes raisons d'agir ainsi. Or, c'est très hypocrite.

Éditeur français: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marisa Calin pour les éditions Macmillan.

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lundi, 14 septembre 2015

Loin de Margaux, de Karine Lebert.

Loin de Margaux

L'ouvrage:
1940. C'est l'exode. La famille Sorel fait partie de ces gens à chercher un endroit plus sûr. Lors d'un bombardement, Margaux (quatre ans), sort de sa cachette afin de récupérer Toscane (la chienne) dans la voiture. C'est alors que, profitant de la confusion, Clémence l'enlève, souhaitant faire d'elle sa fille.

Critique:
Le résumé de ce roman m'a tout de suite attirée, et je me suis demandé comment Karine Lebert avait poursuivi son idée de départ. Comment ne pas s'enliser- Sur ce point, soyez rassurés: rien ne traîne, rien n'est incohérent.

La romancière pose certaines questions. Clémence enlève une enfant, souhaitant lui donner de l'amour. Cependant, son acte est purement égoïste. Elle va détruire une famille et prendre, telle une pillarde, ce qui ne lui appartient pas. Pour moi, un tel acte est inexcusable. Clémence jette son dévolu sur une enfant, et l'amour qu'elle dit éprouver ne peut être que frelaté, sali, voire perverti, puisqu'elle n'hésite pas à traumatiser l'enfant en l'arrachant à sa famille.
Karine Lebert ajoute un autre paramètre, que nous découvrons au long du récit, et qui fait qu'on se demande si les choses n'auraient pas tourné de manière pire si Margaux n'avait pas été enlevée. Quant à moi, je n'ai pu apprécier Clémence, au long du roman, à cause de l'enlèvement de Margaux, de la manière dont elle le justifie, etc.

Au long de la deuxième guerre mondiale, les destins des personnages vont se jouer, se croiser, parfois de manière ironique. Par exemple, Charles tente d'imaginer le calvaire des parents de Margaux, mais il ne se sent pas de taille à lutter contre Clémence. À ce moment, il ne sait pas qu'il va être confronté à cette douleur, et qu'il sera obligé de réellement la comprendre.

Un autre personnage m'a déplu: Danièle. Elle veut s'engager dans la résistance, et pleurniche parce qu'elle n'est pas en première ligne. Comme si son but était de s'illustrer, de faire parler d'elle. Elle dit vouloir sauver son pays, mais elle ne veut pas comprendre pourquoi elle est à l'arrière. Or, ce qui aurait dû compter pour elle aurait dû être le fait de rendre service, d'être utile où qu'elle soit. Ensuite, j'ai trouvé son revirement final très gros. Il ne cadre pas vraiment avec ce qu'elle montre au long du livre.

J'ai également trouvé un peu gros ce qui arrive à Clémence... Bien sûr, c'est possible. Ça c'est déjà vu, mais j'ai été sceptique...

J'ai été touchée par Margaux. Je ne sais pas si sa façon de réagir est crédible, car je ne sais pas comment on ressent, comment on se souvient à quatre ans, mais j'étais contente qu'elle réagisse ainsi.

Karine Lebert décrit très bien l'ambiance des différentes périodes et facettes de la guerre. L'affolement de l'exode, la peur de l'occupant, l'enfer des camps (pour reprendre le titre d'un chapitre du livre), le chaos engendré par la bêtise de quelques hommes, chaos qui perdurera après la guerre.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.
J'ai été ravie d'entendre cette lectrice que je n'avais pas entendue depuis un moment. J'ai retrouvé avec plaisir sa façon naturelle de lire. C'est une des rares à savoir prendre un ton triste, voire à «pleurer» sans que cela soit affecté. De même, elle joue l'affolement, la terreur, la joie... tout cela naturellement, sans trop en faire.

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mercredi, 31 décembre 2014

Un enfant à soi, de Clare Brown.

Un enfant à soi

L'ouvrage:
Jennifer est en face d'une policière, Stéphanie. En effet, un an auparavant, Jennifer a enlevé un enfant de deux ans, horrifiée de la manière dont sa mère le traitait.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman. En tout cas, il n'a pas tenu toutes ses promesses. Pour moi, son défaut majeur est qu'il est trop lent. Au départ, la structure y est pour quelque chose: sur une grande partie du roman, l'auteur alterne les chapitres «avant» (où on voit la vie de Jennifer avec l'enfant) et «maintenant» (où Stéphanie lui fait raconter son histoire). C'est surtout ces passages qui traînent. Stéphanie veut lui faire avouer où est l'enfant, veut la faire culpabiliser, lui dit ceci et cela...

D'autre part, j'ai aimé l'idée de départ: comme le souligne Jennifer elle-même, le garçonnet n'a pas été enlevé par quelqu'un qui veut abuser de lui ou une femme en mal d'enfants à qui il manque un bout de cerveau. J'aurais aimé que les choses aillent uniquement dans ce sens. Seulement, Clare Brown, peut-être effrayée de ne faire que du politiquement incorrect, greffe un traumatisme là-dessus, puis en rajoute (avec une chose que vous découvrirez). Ça fait que Jennifer est entre deux eaux. A-t-elle absolument toute sa lucidité? Il semblerait que oui, puisqu'elle sait très bien ce qu'elle fait, mais l'un de ses actes (même s'il est préparé par l'auteur) détonne, à mon avis.
Il aurait été bien plus intéressant que l'héroïne soit totalement saine et lucide. On me rétorquera que quelqu'un de sain n'enlèverait pas un enfant, mais ferait un signalement aux services sociaux. Certes, mais ce genre de démarches traîne, et ensuite, l'avenir de l'enfant est incertain. S'il n'a pas d'autre famille, il est souvent placé, ce qui peut être très bien comme désastreux...
La toute fin va dans le sens que je trouvais intéressant, mais c'est là-dessus que le livre se termine, alors que j'aurais voulu que cela soit davantage développé.

Je n'ai pas réussi à apprécier la mère de Jennifer, surtout dans l'affaire du traumatisme. Sa réaction n'est pas vraiment digne d'une mère, même si elle est dictée par une immense douleur. Et encore, on peut se demander si elle n'a pas agi pour ne pas être blâmée. C'est en tout cas ce qu'elle met en avant. Bien sûr, l'auteur tente de créer une situation complexe à ce propos, mais j'ai trouvé que les contradictions de ce personnage étaient trop grandes, et que dans l'ensemble, cette femme était malsaine.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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lundi, 7 octobre 2013

Tu seras notre enfant, de Charity Norman.

Tu seras notre enfant

L'ouvrage:
Cherie King, adolescente pommée, accouche d'une petite fille. Elle l'appelle Grace-Serenity, puis s'enfuit de la clinique, abandonnant l'enfant. Peu après, elle meurt dans un accident de voiture. Les services sociaux, ignorant l'identité du père de Grace, décident de la placer en vue d'une adoption. Mais les choses se compliquent lorsque le père, Matt Harrison, se manifeste.

Critique:
Pas facile de chroniquer ce livre pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il fait partie de ceux dont il faudrait expliciter certains éléments pour pouvoir argumenter son point de vue, et que justement, il faut en dire le moins possible pour ne pas gâcher la lecture.

Charity Norman décrit des situations très complexes. Ce qui pourrait sembler un caprice de la part de Matt est, à mon avis, plus profond. D'ailleurs, cela pousse Matt à avancer, et à mûrir un peu.
l'ambiance chez les Harrison est assez perturbante. L'auteur est parvenue à me faire ressentir la même chose que Jack, spectateur involontaire, impliqué malgré lui dans cette histoire. C'est-à-dire que les Harrison ont éveillé ma compassion et mon dégoût. Ils sont égoïstes mais charismatiques. D'autre part, il n'est pas certain que l'espèce de chantage exercé sur Deborah soit si simple. D'autres raisons, plus ou moins valables, sous-tendent la plus visible. L'histoire de cette famille peut être vue sous différents angles. L'auteur en donne des exemples en la faisant raconter par Deborah, puis résumer par Lucy. Chacune a un point de vue différent sur les mêmes faits.
Il est amusant que Charity Norman fasse correspondre les histoires de deux personnages de deux familles qui ne se connaissent pas, et montre les conséquences de la lâcheté de l'un et du courage (ou de l'égoïsme) de l'autre.

Quant au nœud du problème, la romancière s'y attaque avec sensibilité et justesse. Elle oppose habilement le facteur humain à la machinerie des services sociaux, des juges, etc. Dans la «bataille» qui s'engage, le lecteur est forcé de prendre parti. En tout cas, cela a été mon cas. Sachant tous les tenants et aboutissants de l'affaire, je n'ai pu m'empêcher de penser que dans l'intérêt de tous, il valait mieux que certains s'effacent.

J'ai souvent du mal à supporter les personnages qui font de leur but unique le fait d'avoir un enfant. Je trouve que c'est s'enfermer. J'ai donc eu du mal à comprendre Laïla. Certes, j'ai compris qu'elle souffre, mais j'ai eu de la peine à admettre que sa vie s'effondre, qu'elle remette tout en question, même son mariage, alors que David et elle s'aiment profondément. À part cela, c'est un beau personnage.
Hilda est probablement le personnage le plus agaçant, surtout à cause de ses préjugés très marqués (Comment ne pas frémir quand elle soutient mordicus que la délinquance est héréditaire!) et son refus systématique de se remettre en question.

Le livre ne souffre d'aucun temps mort. l'intrigue est bien agencée et bien menée. Le narrateur est omniscient lorsque nous voyons Laïla et David. De ce fait, les points de vue des deux personnages sont tour à tour adoptés. Lorsque le lecteur est en présence des Harrison, le récit est à la première personne, du point de vue de Jack. J'ai trouvé ce choix judicieux, car malgré son implication, Jack est assez impartial pour décrire les faits avec le moins de préjugés possible. Il nous permet d'appréhender tous les Harrison de la même façon. Le point de vue constant de l'un des Harrison aurait été agaçant, car chacun aurait été trop centré sur lui-même, rejetant sans cesse les problèmes sur les autres. Bien sûr, les Harrison ne restent pas ainsi, mais leur évolution est lente, et ne se fait pas de la même manière et à la même vitesse.
La fin n'était pas facile à mettre en place. Je ne parle pas de ce qui se passe, mais de la manière dont cela se passe. Le tout devait rester crédible et ne pas tomber dans le mélo. Charity Norman s'en est très bien tirée.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joëlle Munos-Loubier pour le GIAA
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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jeudi, 25 juillet 2013

La perle du sud, de Linda Holeman.

La perle du sud

L'ouvrage:
Sidonie est américaine. Elle entreprend un long périple vers Marrakech.

Critique:
Ayant aimé «La rose rebelle», je pensais qu'il en irait de même pour ce roman. Or, j'ai été déçue. D'abord, je n'ai pas aimé la structure du livre. Pendant une grande partie, les chapitres alternent les récits du voyage de Sidonie et de sa vie avant le voyage. D'une manière générale, je n'aime pas ces constructions non-chronologiques, mais je reconnais que parfois, elles ont une raison d'être. Ici, il n'en est rien. On me dira que le but est de nous faire découvrir progressivement la raison du voyage de l'héroïne. Peut-être, mais j'ai trouvé cela maladroit. Une histoire de ce style ne se prête pas à ce genre de «mystère» qui n'en est pas vraiment un.

D'autre part, les personnages sont sans réelles surprises. L'héroïne est une oie blanche, ce qui, en soi, n'est pas grave, mais elle est exaspérante. Au fond d'elle, elle sait que son voyage est inutile (du moins pour les raisons qu'elle invoque), et son entêtement ne m'a pas fait éprouver de compassion pour elle. Heureusement, elle évolue quelque peu lors de son voyage. On me fera remarquer qu'elle a eu beaucoup de courage de se lancer seule dans ce genre d'expédition, surtout parce qu'elle n'est pratiquement jamais sortie de chez elle, et a toujours eu peur du monde extérieur. Soit, mais est-ce du courage ou de l'inconscience?
Étienne est très vite antipathique au lecteur. Bien sûr, l'auteur tente de lui donner les circonstances atténuantes, et de le faire passer pour un personnage complexe. Cela n'a pas vraiment pris avec moi.
Quant à Manon, elle est juste méchante et égoïste. Là encore, Linda Holeman explique ses motivations, mais cette pauvre Manon s'ingénie tant à se montrer détestable qu'elle a plutôt suscité mon indifférence.

L'intrigue est prévisible. On devine très vite ce qui va se passer. Il y a quand même deux ou trois choses que je pressentais, mais dont je ne savais pas comment elles arriveraient: je me doutais bien, cependant, que l'auteur trouverait un moyen de les créer.
La fin est adaptée au roman. Elle m'a satisfaite, car elle va à l'ensemble.

Tous ces ingrédients (sauf la structure) étaient présents dans «La rose rebelle», mais de manière moins grossière.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA
La lectrice a une voix douce et agréable. Au départ, son intonation est un peu affectée, comme si elle cherchait son ton, mais cela ne dure pas. Rapidement, elle met le ton qui convient et nuance son timbre de voix (sans en faire trop) en fonction des personnages.

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