Editeur : Fleuve Éditions

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jeudi, 15 novembre 2018

Eleanor Oliphant va très bien, de Gail Honeyman.

Eleanor Oliphant va très bien

L'ouvrage:
2017. Eleanor Oliphant a trente ans. Elle est agent comptable dans une entreprise de design. Elle vit seule. Tous les mercredis soirs, elle a une conversation téléphonique avec sa mère. En peu de temps, son train-train quotidien va être bouleversé: elle et son collègue (Raymond) sauvent un homme, et elle rencontre... celui dont elle veut partager la vie.

Critique:
Après avoir entendu du bien de ce livre, j'ai voulu le tenter. Je suis contente de dire que je ne me retrouve pas (comme ça a été le cas) à aller dans le sens contraire de la plupart de ceux qui l'ont lu. Il m'a beaucoup plu. Pourtant, ça a mal commencé, parce qu'à la lecture du résumé, j'ai cru que c'était un livre amusant. Or, ce n'est pas du tout le cas. Certaines répliques ou situations prêtent parfois à rire, mais le cocasse n'est absolument pas le maître mot du roman. Donc, au début, j'ai un peu râlé, mais j'ai continué car je me suis rapidement attachée à Eleanor, et ai ressenti de la compassion pour elle. C'est un personnage peu commun, malgré la vie très routinière dans laquelle elle s'est installée. Elle a des idées très tranchées sur certaines choses, et semble savoir ce qu'elle veut dans la vie. J'ai été déçue de découvrir très vite que ses collègues se moquaient d'elle, et la considéraient comme une pauvre folle. Moi qui partage certaines de ses idées (sur les réceptions et les cadeaux de mariage, la cigarette, les repas de fêtes en entreprise, la ponctualité), je ne serais pas très étonnée que certains m'imaginent un peu comme ses collègues la voient. Elle est aussi très franche, et a parfois du mal à s'accommoder des codes sociaux.

Au début, son besoin de routine, son affection pour la vodka, et sa toquade pour le musicien peuvent faire penser qu'elle n'est pas très équilibrée. Pourtant, malgré quelques failles, elle est très lucide. L'analyse qu'elle fait d'elle-même et de son comportement au chapitre 26 en est une preuve. Elle sait parfaitement pourquoi elle est ainsi, pourquoi elle a agi de telle manière en telle circonstance. Elle se doute aussi qu'elle est au pied du mur, et va devoir creuser tout cela. C'est justement ce qu'elle s'efforce de ne pas faire depuis des années. Voilà pourquoi elle préfère une certaine voie, et en veut presque à Raymond qui la pousse dans l'autre sens.

Gail Honeyman a créé un personnage qui se croit faible, mais est très fort. Eleanor a eu la force de repousser ce avec quoi elle ne voulait pas vivre, puis celle de l'accepter alors que le repousser devenait impossible. Elle est attendrissante, attachante, touchante. Dès le départ, j'ai trouvé dommage que ses collègues la voient comme une idiote à cause de son apparence et de ses propos parfois étranges. Au long du roman, elle évolue, une personne tente de mieux la connaître et ne s'enfuit pas, et notre héroïne trouve le courage d'affronter ce qu'elle avait juré d'enfouir au fond d'elle-même.

Eleanor joue à une sorte de jeu dans le bus: elle prend dix secondes pour examiner les gens, et va s'asseoir à côté de la personne qu'elle juge la plus saine. Moi, si je faisais cela, je choisirais la personne qui ne s'est pas renversé le flacon de parfum sur la tête. Hahaha, La Livrophile profite d'une chronique pour râler après les gens parfumés.

L'héroïne explique qu'elle aime beaucoup «Jane Eyre» et «Raison et sentiments». Dans sa vie (si j'ose dire) il y a une allusion au roman de Jane Austen. Il y a aussi quelque chose qui relie «Jane Eyre» à sa vie, mais j'avoue ne pas avoir compris pourquoi Gail Honeyman a souhaité faire ainsi. (Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi je parle, on découvre cela lorsqu'Eleanor lit la feuille qui s'est échappée de son dossier alors que ledit dossier se trouvait chez elle.)

Il y a deux petites choses que je n'ai pas comprises...

Afficher Attention, je dévoile des éléments clés.Masquer Attention, je dévoile des éléments clés.

La mère d'Eleanor lui fait comprendre qu'elle est le fruit d'un viol. Dans ce cas, comment Marianne est-elle née? La mère d'Eleanor a-t-elle à nouveau été violée, et ce viol a-t-il à nouveau engendré un enfant? C'est un peu étrange...
D'autre part, si Eleanor était attachée quand sa mère a déclenché l'incendie, qu'elle a réussi à se détacher, à sortir de la maison, puis à y retourner pour tenter de sauver Marianne, et qu'elle s'en est tirée, comment se fait-il que sa mère (qui n'avait qu'elle-même à sauver) soit morte? Elle est restée moins longtemps qu'Eleanor exposée aux flammes, puisqu'elle s'est enfuie sitôt l'incendie déclenché...

Un roman très sympathique, qui montre que quand on veut bien s'écouter et se faire aider, et que quand on tend la main au lieu d'imaginer que la personne en face est folle, les choses passent tout de suite mieux.

Éditeur: Fleuve.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carine Leduc pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est le premier livre enregistré par cette lectrice bénévole que j'écoute. J'ai plusieurs fois repoussé cette lecture, parce que comme je pensais que le livre était drôle, je ne comprenais pas pourquoi la lectrice n'y mettait pas davantage de dynamisme. Après lui avoir enfin donné sa chance, je peux dire que j'ai beaucoup apprécié l'interprétation de Carine Leduc. Elle n'en fait pas trop, n'est pas trop sobre, ne force pas le trait pour donner des voix aux différents personnages... Je l'entendrai à nouveau avec plaisir. Ce qui m'a un peu moins plu, c'est qu'elle n'ait pas prononcé Oliphant totalement à la française.

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jeudi, 7 décembre 2017

Les brigades du chaos, de Serge Brussolo.

Les brigades du chaos T1

L'ouvrage:
Los Angeles, 2025.
MaThias Faning travaille à la morgue. Il est chargé d'extraire les derniers souvenirs des assassinés, au cas où ils auraient vu leur meurtrier. Sa femme est dépendante du Rubout, une drogue qui fait oublier les derniers événements vécus. Plus on en prend, plus on oublie.

Koban est un géant né sur Mars. Il a été en contact avec la poussière des martiens, ce qui lui a laissé d'étranges séquelles. Aujourd'hui, il pense avoir une mission à accomplir.

Critique:
Ce livre a été coupé en trois tomes, mais ce découpage n'a pas lieu d'être.

J'ai aimé la mise en place du roman parce que Brussolo déborde d'imagination. Il nous plonge dans cet univers de science-fiction où beaucoup de choses captivantes ont cours. Les inventions mentionnées dans le résumé sont exploitées de différentes manières. Leur utilisation première est détournée, ce qui n'étonnera pas venant des hommes. J'ai bien sûr adoré voir comment certaines choses étaient perverties.

Brussolo aimant mêler les genres, il insère du fantastique et un peu de suspense. Ce mélange donne un roman riche. J'ai suivi avec intérêt la progression des personnages. Au départ, on ne sait pas trop où va l'auteur, ce qui est une bonne chose. Ensuite, il y a une partie que j'ai moins aimée: celle où les protagonistes sont dans le flou, et le professeur Mikofsky raconte ce qui est arrivé à la Terre. C'est aussi à ce moment que de curieux phénomènes arrivent à cause des interventions de Koban. Certains m'ont paru un peu lents. Mais cela ne dure pas.

La solution que trouve le professeur Mikofsky pour éviter la catastrophe m'a laissée perplexe. D'abord, elle est très simple, et je ne l'ai pas devinée. Cela veut dire que j'ai été assez immergée dans l'histoire pour ne pas trop me poser de questions. Ensuite, il ne peut pas être sûr que cette solution ne signifie pas chasser un mal par un autre, à cause de ses conséquences. D'un autre côté, il est logique que Brussolo ait inventé quelque chose de ce genre.

Éditeur: Fleuve noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

jeudi, 5 janvier 2017

L'oiseau des tempêtes, de Serge Brussolo.

L'oiseau des tempêtes

L'ouvrage:
Le baron Artus de Bregannog et ses gens sont naufrageurs. Depuis qu'il a reçu une flèche empoisonnée, Artus a des crises de folie, et bien qu'il s'en défende, son esprit est en proie à la superstition. Ainsi se laisse-t-il convaincre par Chavral, son garde-chasse, que Marion (quinze ans, belle-fille du vétérinaire, Alexandre) est dangereuse et néfaste. Dès lors, la jeune fille est en danger.

Critique:
L'auteur n'est pas aussi inventif que dans des romans comme «Anges de fer, paradis d'acier», mais j'ai trouvé «L'oiseau des tempêtes» plus creusé et plus abouti que «Tambours de guerre». Ici, Serge Brussolo renoue avec les romans historiques. Il s'écarte du policier pour nous plonger dans un roman d'aventure. Les choses se mettent vite en place, et Marion est précipitée dans des dangers plus périlleux les uns que les autres. À peine se tire-t-elle d'un mauvais pas qu'un autre court à sa rencontre. À un moment, j'ai pensé que l'auteur créerait des invraisemblances pour la sortir de situations délicates. Heureusement, ses solutions sont toujours crédibles. L'intrigue ne souffre donc pas de temps morts.

Marion est une héroïne brussolienne. Elle est foncièrement gentille, et lucide quant à sa situation. Parfois, j'ai eu envie de la secouer, comme c'est souvent le cas avec les héros brussoliens. Cependant, elle n'a pas toujours la possibilité de faire quelque chose pour améliorer sa situation. Elle est un peu naïve quant à certains événements, mais cela se comprend. Comme elle le souligne elle-même, elle ne connaît pas grand-chose de la vie. Elle n'est pas préparée à être précipitée dans ce tourbillon de péripéties.

À la fin, Brussolo laisse la porte ouverte à une suite. Il peut s'arrêter là, mais il a la possibilité de poursuivre les aventures de Marion.

Service presse des éditions Fleuve éditions. La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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jeudi, 29 décembre 2016

Adieu ! Ou presque..., de Laurie Frankel.

Adieu ou presque

L'ouvrage:
Sam est informaticien. Il a créé un algorithme qui permet de trouver l'âme soeur. Il l'essaie sur lui, et cela semble fonctionner. Son âme soeur serait Meredith, une collègue.
C'est alors que la grand-mère de Meredith meurt. La jeune femme est dévastée. Sam, souhaitant alléger sa peine, rassemble toute la «mémoire électronique» (mails, conversations par messagerie instantanée) de Meredith et de sa grand-mère, et crée un programme qui, se basant sur tout cela, permet à Meredith d'avoir des conversations avec la défunte.

Critique:
J'avais peur que ce livre soit niais, mais l'éditeur français étant Fleuve, et Fleuve éditant très rarement des livres sirupeux, je me suis lancée dans cette lecture. C'est un roman bien pensé. Au départ, je me suis dit que si l'idée était dangereuse et pouvait rendre fou ou accro celui qui converserait trop avec un proche disparu, elle était également fascinante et attrayante. Bien sûr, elle effraie, car il ne faut pas oublier qu'on ne discute pas vraiment avec la personne, mais avec la mémoire de ce qu'on s'est dit. On peut encore «tricher», en apprenant de nouvelles choses par mail à la «mémoire électronique» de la personne... L'homme pervertissant tout, des choses auxquelles Sam n'avait pas pensées se produisent. Je ne les avais pas envisagées non plus, mais j'ai trouvé cela logique en le lisant. Laurie Frankel n'exagère pas. Au fond, comment blâmer ceux qui agissent ainsi? (Je pense surtout à ce que le médecin montre à Sam et Meredith.) Ces personnes agissent par égoïsme, et ce qu'elles font n'est pas glorieux, mais que ferions-nous à leur place?
De plus, l'auteur analyse très bien la peine ressentie à la perte d'êtres chers, ce que cette douleur pousse parfois à faire, les raisons pour lesquelles il faut continuer. Elle dit également une chose très dure et très juste: on finit par faire avec cette douleur, mais elle ne disparaîtra jamais.

Les personnages sont attachants, en tout cas, j'ai compris leurs motivations. Le père de Sam est sûrement celui qui m'a le plus touchée parce qu'il réagit le mieux possible, me semble-t-il. En outre, il n'essaie pas de mentir à son fils.
Laurie Frankel montre également les diverses réactions de ceux qui sont extérieurs (en tout cas au moment où ils réagissent) à la chose. Là encore, elle n'exagère pas. Tout le monde s'en mêle, y va de son opinion, n'hésitant pas à décrier ce que fait Sam, sans vouloir croire en des motivations apaisantes.

Un roman juste, sensible, qui fait réfléchir, et dont le thème nous touche tous.

Éditeur français: Fleuve éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kirby Heyborne pour les éditions Random house audio.

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jeudi, 8 septembre 2016

Le pactole, de Cynthia d'Aprix Sweeney.

Le pactole

L'ouvrage:
Après que Leo Plumb a eu un accident alors qu'il était sous l'emprise de la drogue, il est allé en cure de désintoxication. Sa mère a décidé de réparer les dégâts (la cure et les dédommagements à la passagère de Leo) en piochant dans l'héritage que celui-ci et ses frère et soeurs doivent toucher dès les quarante ans de Melody, la plus jeune. Cela n'est pas du goût de Jack, Beatrice (dite Bea) et Melody) Ils estiment que Leo leur doit cet argent.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certains diront que Cynthia d'Aprix Sweeney crée des situations convenues. Peut-être mais à mes yeux, elles sont terriblement réalistes. Je parle surtout du comportement des Plumb. Sachant qu'ils vont toucher une grosse somme, ils comptent dessus, et ont fait certaines opérations en tenant cette somme pour acquise. D'un côté, ils ont l'air assez désagréables: réclamant leur argent à cor et à cris, se comportant comme des enfants gâtés. On a envie de leur dire de relativiser. D'un autre côté, on peut comprendre leur colère et leur frustration. Après tout, pourquoi se verraient-ils spoliés de leur fortune, uniquement parce que leur mère (qui n'en a jamais vraiment été une) agit par égoïsme et ne fait pas grand cas d'eux.

Au long du livre, le lecteur apprend à connaître les Plumb. Quant à eux, ils doivent s'adapter à la situation. Chacun le fait à sa manière. Cela fait que finalement, des choses m'ont déplu chez eux, et d'autres m'ont plu. J'ai aimé cela, car ces personnages ne sont pas manichéens. Par exemple, Jack est très agaçant à toujours faire sciemment des choses qui le précipitent au bord du gouffre, mais ce qu'il veut faire pour sa soeur, à la fin, est honorable. Melody est casse-pied, à se lamenter sur son sort (notamment lors de la scène où elle est au restaurant avec son mari et ses filles), mais elle est attendrissante lorsqu'elle exprime sa peur pour sa fille.

Pendant que les adultes se débattent avec leurs soucis, Louisa et Nora, les jumelles de Melody, se posent des questions. J'ai beaucoup aimé ces personnages qui ont un peu peur d'être elles-mêmes.

Parmi les personnages principaux, il n'y a que Leo que je n'ai pas vraiment apprécié. Il a sûrement autant de circonstances atténuantes que ses frère et soeurs, mais il est le seul dont «l'adaptation» ne m'en semble pas une véritable. ;-)

Un roman qui, simplement et avec justesse, expose des personnages, leur vie, leurs sentiments.

Éditeur français: Fleuve Éditions
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions Harper Audio.

Lecture commune avec Miguel / Auprès des livres, vous pouvez lire sa chronique sur son blog.

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