mercredi, 24 septembre 2014

Journal intime d'un chat acariâtre, de Frédéric Pouhier et Susie Jouffa.

Journal intime d'un chat acariâtre

L'ouvrage:
Edgar est un chat de six mois. Il vient d'être adopté par une famille d'humains. Il décide d'écrire un journal intime.

Critique:
Ce petit livre est placé sous le signe de l'humour. Celui-ci est présent de diverses façons. Il y a d'abord la question du point de vue. Edgar pense qu'il est très créatif lorsqu'il «refait» la garde-robe de Séverine. Il se dit aussi qu'il effraiera les humains en leur faisant une démonstration de sa force, et qu'ainsi, il les tiendra en son pouvoir. Pour ce faire, il leur apporte une souris qu'il a chassée. Loin d'être effrayée, la famille voit en lui un bon chasseur. Les situations de ce genre sont très nombreuses, au grand plaisir du lecteur.

Il y a ensuite certaines piques plus acérées, plus grinçantes. Ma préférée est certainement celle que lance Edgar lorsqu'il nous livre un extrait du journal de Patapouf (le chien de la maison). Patapouf écrit qu'il aime ses maîtres toutes les deux phrases. Juste avant l'extrait, Edgar dit: «Vous allez voir que Marc Lévy a du souci à se faire.»
À titre de second exemple, lorsqu'on interdit à Edgar de manger le canari, il proteste que c'est comme demander à un homme politique de ne pas mentir.
Ces répliques, dont l'humour est plus grinçant, pimentent agréablement la lecture.

Les auteurs font également rire en exposant certaines habitudes des chats. Par exemple, Edgar se préoccupe beaucoup de nourriture, quand il se couche dans sa litière, c'est pour faire comme s'il était à la plage, etc.

Outre ces formes d'humour, on trouve des réflexions très drôles sur divers aspects de la vie. Edgar expose les dix commandements du chat auxquels les humains doivent scrupuleusement obéir. Il fait remarquer, que certaines expressions utilisant le mot «chat» sont détestables: «il n'y a pas de quoi fouetter un chat», par exemple. Il s'adresse au lecteur, l'accusant, entre autres, de sourire à ses dépens...

Ce récit, dynamique, vivant, écrit d'une plume alerte, ne s'encombrant ni de jargon ni de fioritures ni de mièvrerie, a été un véritable moment de rire et de détente pour moi. J'ai regretté que le livre ne soit pas plus long, mais je comprends qu'un ouvrage de ce genre de le soit pas. À un moment, Edgar émet l'idée d'écrire la suite de ses aventures. Pourvu qu'il mette sa menace à exécution!

Éditeur: First.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Le lecteur a interprété ce récit comme il le fallait. Il était hors de question de le lire de manière trop sobre, mais trop en faire aurait gâché l'écoute.

Acheter « Journal intime d'un chat acariâtre » sur Amazon

lundi, 12 juillet 2010

La double vie de Pénélope B, d'Anne-Solange Tardy.

lLa double vie de Pénélope B

L'ouvrage:
Pénélope Beauchêne vit à Rennes. Elle est satisfaite de sa vie, entre sa meilleure amie (Lilly), ses parents, et ses petites habitudes. Mais un événement fait qu'elle est si écoeurée, que de rage, elle annonce à ses parents et à Lilly qu'elle va s'établir à Paris pour travailler avec sa tante, Aurélie, dite Aure, en tant que graphiste. Ses parents sont ravis qu'elle se lance enfin, et prenne sa vie en main. Elle qui voulait être réconfortée et cajolée n'a d'autres solutions que de partir...

Après quelques jours de flottement, Pénélope décide d'avoir un blog. Elle en lit, pourquoi n'aurait-elle pas le sien?

Critique:
C'est un roman dans la veine des Helen Fielding, Saskia Mulder, Isabel Wolf, et Sophie Kinsella. Je n'aime pas trop ce genre, car les auteurs sont là pour nous faire rire ou pleurer, et emploient pour ce faire des moyens qu'on voit venir gros comme des maisons. Ça se veut une comédie, mais c'est insipide. Seuls, les deux tomes de «Le journal de Bridget Jones» m'ont réellement plu parmi ceux que j'ai tentés.
Ici, j'ai voulu donner une chance au genre, et à l'auteur qui est française.

Le livre se laisse lire, mais on devine beaucoup de choses. On sait que ce qui se passe au mariage est dû à un certain personnage; on sait qu'il y a un quiproquo entre Pénélope et Victor; on se doute de la façon dont ça va se terminer, on l'attend, d'ailleurs, car sinon, ce ne serait pas une comédie.
En outre, il est un peu gros que le blog de la Mouette ait tant de succès en si peu de temps. Certes, c'est expliqué par le fait qu'elle écrit des choses qui intéressent beaucoup de monde, mais comment tant de monde la découvre-t-il en l'espace d'une soirée? Ce qui fait les visites d'un blog, c'est le bouche à oreille, mais pas seulement. Cela dépend aussi du référencement du blog sur le net. Dans les moteurs de recherche, il est dû à la fréquentation du blog, mais pour qu'un blog soit connu, il faut qu'il fasse ses preuves, et les gens le découvrent petit à petit. Il faut aussi que son auteur le fasse connaître en le référençant sur des annuaires.

En outre, même si Pénélope explique comment elle se documente, et comment elle peut écrire ce qu'elle publie, cet aspect du roman est également tiré par les cheveux. Bien sûr, en se documentant, on peut écrire un article fouillé, mais cela prend plusieurs heures par articles si on veut faire ça bien.

Certaines situations sont peu crédibles. Pénélope souffre de l'abandon de Victor, mais la façon dont sa souffrance est montrée ne m'a pas convaincue. Ca fait grandiloquent, comme dans les séries où des adolescentes pleurent leur premier amour en se gavant de crème glacée.
Ce qui arrive, vers la fin, quand Pénélope ouvre la porte à Victor, serait un effet comique destiné à détendre l'atmosphère, car souvent, dans toute situation critique, un incident amusant survient. Oui, mais là encore, j'ai trouvé ça trop téléphoné.

Une situation m'a réellement amusée: ce qui se passe lorsque Pénélope arrive chez Aure. Là, je n'avais rien vu venir. J'aurais dû, en y repensant, mais comme je n'ai rien deviné, l'auteur a atteint son but.

Bref, si vous aimez ce genre, ce livre vous plaira. Mais si comme moi, vous adhérez peu, ce n'est pas ce livre qui vous fera changer d'avis. On va me dire: «Ben pourquoi tu l'as lu, puisque tu n'adhères pas vraiment au genre?» Comme je l'ai dit, deux romans du genre m'ont plu, et je voulais donner sa chance à cet auteur. En outre, j'ai bien révisé ma position sur les fresques familiales en lisant «Le silex et la rose», et ai constaté que toutes n'étaient pas du style de celles que je rejetais.

Éditeur: First.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

Acheter « La double vie de Pénélope B » sur Amazon

mardi, 14 juillet 2009

Seul contre tous, de Geffrey Archer.

Seul contre tous

L'ouvrage:
Ce soir-là devrait être le plus beau de la vie de Danny Cartwright et de Beth Wilson: il vient de la demander en mariage. Ils vont fêter ça dans un bar que Danny et Bernie, le frère de Beth ont déjà fréquenté. Bernie vient d'ailleurs les y rejoindre.
C'est alors que la soirée tourne au cauchemar. Une bagarre, un meurtre... dont Danny est accusé à tort. Avec l'aide de Beth, maître Alex Redmayne fera tout pour prouver son innocence. Mais c'est un avocat encore inexpérimenté...

Critique:
Globalement, voici un polar sympathique, un divertissement estival. Ce livre fait partie de ceux que j'appelle les reposes-cerveaux. Il ne faut donc pas s'attendre à un thriller au suspense haletant, fourmillant de rebondissements bien choisis, et magistralement construit. Il faut le lire quand vous avez envie d'une pause détente, d'une histoire par laquelle vous n'aurez qu'à vous laisser porter.

Ce roman m'a montré un autre aspect de l'univers carcéral. Moi qui l'imaginais majoritairement constitué de violence due à la frustration, j'ai découvert autre chose. Bien sûr, Geffrey Archer ne nous présente pas une prison paradisiaque où tout le monde est gentil et batifole gaiement. Mais tout est nuancé. On découvre les détenus, leur façon de réagir, les événements qui rythment leur vie, les règles de vie en prison.

Malgré la gravité du sujet, l'auteur émaille son roman de touches d'humour bienvenues. Il y a des personnages amusants (comme Big Al), des situations cocasses (par exemple le cours de bonnes manières que Nick donne à Danny), des répliques drôles (entre autres le plaidoyer de la mère d'Alex pour les épouses de juges).
Parmi les personnages amusants, il y a aussi Lawrence Davenport. Il est pathétique, mais cela donne plutôt un effet comique. Son narcissisme est tel qu'il en est presqu'incroyable, et c'est cette exagération, ce ridicule, qui fait rire le lecteur.
D'autres personnages sont intéressants: le prêtre n'est pas un bigot confit dans un dogme, mais au contraire, est ouvert et tolérant. La directrice de l'école maternelle représente bien les personnes qui s'arrête aux apparences, qui sont pleines de préjugés, qui ne voient pas l'humain derrière le dossier. Malheureusement, le monde regorge de personnes de ce genre.

D'autre part, les rouages du système judiciaire sont bien explorés: les tactiques des avocats, les omissions volontaires, etc. La fin du deuxième procès est intéressante, car le lecteur ne sait pas trop comment Matthiew arrivera à piéger ceux qui doivent tomber.
D'une manière générale, l'intrigue est bien menée, et la fin va bien avec le reste du roman.

Néanmoins, certaines choses m'ont agacée. Le plus gros reproche que je ferai est la trop grande ressemblance de ce roman avec «Le comte de Monte-Cristo», d'Alexandre Dumas. Je n'ai pas de chance, voici le second livre que je lis qui s'en inspire. Les auteurs trouvent l'excuse de la modernisation pour cacher le quasi plagiat, mais il ne faut pas s'y tromper. Ce livre est tout de même moins explicitement la copie de celui de Dumas que «L'île du docteur Mallo», précédemment chroniqué. En outre, Geffrey Archer fait explicitement allusion au roman de Dumas, avouant par là qu'il s'en inspire. Comme il tente de ne pas faire trop ressemblant, il choisit de créer une situation différente, mais peu vraisemblable. Il est assez incroyable que deux détenus ne s'étant jamais rencontrés, venant de deux mondes différents, et n'ayant aucun rapport familial se ressemblent comme Danny et Nick. Ils ont même une voix semblable!!!
Les vengeances de Danny sont plus vraisemblables que celles de Ned dans «L'île du docteur Mallo».
Heureusement, l'auteur finit par s'écarter de Dumas.

En plus, le livre n'échappe pas aux longueurs. Il y en a beaucoup! Par exemple, quand Danny sort de prison, on sait qu'il doit se battre contre Hugo Moncriff, et chercher à se venger. Cette connaissance fait qu'on se traîne un peu d'un événement à l'autre. Bien sûr, on ne sait pas comment Danny va se débrouiller pour agir, mais cela n'attire que faiblement l'attention, car on connaît le résultat escompté. L'intérêt n'est réellement relancé qu'au deuxième procès. Et même là, l'auteur trouve le moyen d'ajouter des longueurs...

Si les personnages qui nous sont sympathiques ont l'air d'être nuancés, ceux que l'on n'aime pas n'ont pas une psychologie très fouillée. Ils sont méchants, pleutres, et égoïstes. Spencer Craig est même légèrement psychopathe: voir son obsession pour Sarah...

Il y a au moins trois incohérences.
Maître Pearson discrédite Beth en expliquant qu'elle corroborerait n'importe quelle histoire que raconterait Danny par amour. Seulement, il serait aberrant et invraisemblable que Beth défendît le meurtrier de son frère, d'autant plus que maître Pearson ne relève aucune mésentente entre le frère et la soeur.
La chaîne de Nick est en or, puis en argent, puis en or...
Danny ne sait pas lire à son arrivée en prison, et pourtant, il fait souvent référence à l'école qu'il fréquenta enfant. Il y est même fait allusion lors du premier procès. Il est possible que j'aie manqué un passage où il est expliqué qu'il a été déscolarisé très tôt...

Le livre comporte des coquilles: une même personne a deux noms différents (pas seulement Danny ;-) ), certaines phrases souffrent d'erreurs de syntaxe...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

Ce livre m'a été offert par les éditions First dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babelio.

Acheter « Seul contre tous » sur Amazon