samedi, 24 mars 2018

La guerre des mères, de Kaui Hart Hemmings.

La guerre des mères

L'ouvrage:
Mele Bart, vingt-huit ans, mère d'Elie (deux ans), s'inscrit au Club des Mamans de San Francisco (CMSF). Son but est d'échanger avec d'autres personnes qui font face à la même situation qu'elle: élever un enfant. Le club organisant un concours de recettes de cuisine, Mele décide d'y participer. Pour ce faire, elle demande à des amis de lui raconter des anecdotes qu'elle associera à une recette.

Critique:
À la lecture du résumé, je m'attendais à un roman où des jeunes femmes se serreraient les coudes et partageraient leurs astuces sur les petits ennuis du quotidien. J'imaginais que tendresse et humour seraient au rendez-vous. J'ai été très déçue. Je me suis très vite ennuyée. Comme il y a beaucoup d'anecdotes différentes, le tout est décousu. En outre, je n'ai pas vu le rapport entre ces récits et les recettes. De plus, aucun personnage ne m'a paru sympathique. Mele dit du mal de tout le monde, soupire après son ex, et n'accepte de s'en désintéresser que pour penser à entamer une relation avec un autre homme. Il n'y a aucun moment de complicité et d'amour entre sa fille et elle. Certes, il y a bien les scènes où l'une dit qu'elle aime l'autre et où l'autre surenchérit, mais c'est tellement cliché (j'ai trouvé ce genre de scènes dans des livres sirupeux) que ce n'est pas crédible.

Entre les anecdotes et les réflexions de Mele, on a droit à une succession de clichés que la drôlerie rattraperait, si elle était présente. Par exemple, l'histoire de la narratrice très stressée qui va en repérage dans une école où elle compte inscrire son enfant, et découvre, en plein milieu de l'entretien, qu'elle a une culotte sale coincée dans une jambe de pantalon... Cela ne m'a pas fait rire, parce que j'imagine que, normalement, pour un rendez-vous auquel elle accorde une telle importance, elle va faire très attention à tout.
Autre exemple: la discussion sur le racisme. En substance: «Oh làlà! Si je dis à ma fille que non, ce n'est pas le père de Robert, mais qu'il lui ressemble, je vais avoir l'air raciste!» Pourquoi la mère n'a-t-elle pas expliqué à sa fille que les deux hommes ont la même nationalité, mais que c'est bien deux personnes différentes? Je ne vois pas où était la drôlerie dans cet exemple.

On rencontre, entre autres, une mère dont l'enfant est rejeté parce qu'il n'interagit pas avec les autres. C'est censé moquer ce genre de réactions, mais je n'ai pas vu où c'était amusant...

Je vais arrêter ma chronique ici, car je n'ai rien de positif à dire sur ce roman. Je suis très étonnée qu'il ait fait rire tant de gens...

Service presse des éditions Denoël. La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Titre: La guerre des mères
Auteur: Kaui Hart Hemmings
Éditeur: Denoël
Nombre de pages: 310
ISBN: 978-2-20713-692-8
Traduction: Mélanie Trapateau
Date de publication: 8 février 2018

Acheter « La guerre des mères » sur Amazon

lundi, 26 septembre 2016

De beaux jours à venir, de Megan Kruse.

De beaux jours à venir

L'ouvrage:
2010. Amy fuit Gary, son mari violent, emmenant leur fille de treize ans, Lydia. De son côté, Jackson (dix-huit ans), le fils du couple, reste avec Gary. Lui aussi finira par partir...

Critique:
Le roman alterne passé et présent. Les trois personnages principaux se penchent beaucoup sur les événements qui construisirent leur vie. Chacun analyse les faits et ses réactions d'alors. C'est pourquoi le roman paraîtra peut-être lent à certains. Cela ne m'a pas dérangée, car j'ai trouvé le tout pertinent. Lorsqu'on vit quelque chose de fort, qu'on est dans une situation délicate, qu'on se sent mal, on a tendance à tout ressasser, décortiquer, analyser. On veut comprendre, tenter de voir ce qu'on aurait pu faire ou ce qu'on pourrait faire pour être mieux. C'est ce que font ces trois personnages. Rien ne m'a ennuyée, rien ne m'a semblé redondant, parce que pour moi, ils ont le type de réactions qu'auraient des gens dans leur situation.
Bien sûr, j'ai désapprouvé certains de leurs actes, mais pas la manière dont Megan Kruse les montre. Ils sont complexes, en quête de stabilité, d'amour, de tolérance.

Celui qui m'a le plus touchée est Jackson. Il se débat plus sûrement que sa mère et sa soeur dans un réseau compliqué de sentiments et d'émotions. À un moment, il agit mal, en est conscient, et ne peut s'en empêcher. Il sait que son père n'en est pas un, qu'il est un danger pour sa mère, sa soeur et lui, mais il recherche tellement son approbation qu'il commet un acte désespéré et (pense-t-il) irréversible afin de l'obtenir. Il semble perdu, mais fait preuve d'une grande force intérieure. Il admet ses erreurs, et lutte (même si c'est parfois maladroitement) pour s'en sortir. Ce qu'il vit dans le présent est comme un parcours initiatique. C'est quelque chose qu'il souhaitait sans vraiment savoir où cela le mènerait, et dont il découvre les conséquences.

Lydia est également très lucide. Ses sentiments pour son père sont plus tranchés que ceux de Jackson. Elle l'explique sans ambages. Elle est moins tourmentée que son frère parce qu'il a été celui à qui elle a pu se raccrocher par le passé lorsque les choses allaient mal. Pourtant, elle aussi se pose des questions sur ce qu'elle aurait pu ou dû faire.

C'est envers Amy que je suis le plus sévère. Certes, elle ne se contente pas d'encaisser les coups. Elle agit. Cependant, je l'ai trouvée bien légère lors de sa rencontre avec Gary. Bien sûr, le contexte et l'amour fou que Gary semblait éprouver ont fait qu'elle a des circonstances atténuantes. Cependant, je ne parviens pas vraiment à les lui accorder. Lorsqu'elle repense à tout cela avec recul, elle est lucide quant à la part qu'elle a prise dans la manière dont sa vie a tourné. Cela la sauve à mes yeux.

En lisant la chronique de mon mari, j'ai été interpellée par le fait que les scènes d'amour étaient, à ses yeux, décrites de manière très crues. De ce fait, lors de ma lecture du roman, j'y ai prêté une attention particulière. J'ai, moi aussi, trouvé cette crudité dommage. Elle fait que certains pourraient associer les relations sexuelles entre homosexuels à quelque chose de sale. Des gens faisant cet amalgame, il aurait peut-être été plus judicieux que les scènes d'amour soient décrites avec un langage plus «doux».

Livre traduit de l'anglais par Héloïse Esquié, publié le 25 août aux éditions Denoël. Service presse.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Acheter « De beaux jours à venir » sur Amazon

jeudi, 28 juillet 2016

Six fourmis blanches, de Sandrine Collette.

Six fourmis blanches

L'ouvrage:
Elias et Lou sont partis, par l'intermédiaire d'un organisme, faire une randonnée dans les montagnes d'Albanie. Tout commence bien, mais voilà que leur groupe se retrouve pris dans une tempête.

Critique:
Je n'ai pas été tentée par «Des noeuds d'acier», et «Un vent de cendres» m'a ennuyée à tel point que je ne l'ai pas fini. J'ai voulu essayer «Six fourmis blanches» parce que j'aime beaucoup le lecteur qui l'a enregistré. J'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre (surtout à cause de ma mauvaise expérience avec «Un vent de cendres»), mais je l'ai beaucoup aimé.

Lentement, la romancière installe un climat oppressant. Ces randonneurs perdus dans la montagne, à la merci d'une tempête, c'est déjà dérangeant. Mais les choses ne s'arrêtent pas là. Le groupe de randonneurs a peur, et certains illustrent bien l'adage disant que la peur est mauvaise conseillère. Chacun doit s'accommoder du caractère des uns et des autres, ce qui est de moins en moins facile, surtout lorsque les conditions deviennent précaires et que la tension monte.
À mesure que les jours passent, nos héros se trouvent face à des choix de plus en plus ardus. Certains devront accomplir des choses dont ils ne se seraient pas crus capables, ce qui les poussera au bout d'eux-mêmes.

Le récit alterne deux histoires: celle des randonneurs et celle du sacrificateur d'un village. Cela m'a un peu gênée, au début, car je n'aime pas trop passer d'une intrigue à l'autre. Cependant, Sandrine Collette a fait en sorte de terminer ses chapitres de manière à ce qu'on ait envie de savoir la suite. Quant au lien qui existe entre les deux intrigues, je l'ai deviné seulement très peu de temps avant que la romancière ne le dévoile. J'étais trop prise par l'histoire pour le chercher, ce qui est une bonne chose.

Si la description de la descente aux enfers des personnages est méticuleusement analysée, l'auteur a habilement inséré un élément propre à faire monter la tension. Au départ, on croit que cet élément va faire basculer le roman dans l'épouvante, le surnaturel. Cela ne m'aurait pas plu. Heureusement pour ceux qui penseraient comme moi, il n'y a rien de surnaturel, et tout est cohérent.

Autre chose aurait pu me déplaire: je ne me suis attachée à aucun personnage, du moins pas au début. J'ai fini par apprécier le sacrificateur et le conjoint de Lou, la narratrice contant les mésaventures des randonneurs. Cela ne m'a finalement pas trop gênée, l'intrigue étant assez prenante pour que je ne regrette pas de ne pas apprécier les personnages.

Au niveau de l'ambiance et des rebondissements, ce roman m'a rappelé la manière de faire de Karine Giébel. Ce n'est pas parce qu'il se passe dans la montagne à l'instar de «Jusqu'à ce que la mort nous unisse», ce roman étant d'ailleurs l'un des moins effrénés de l'auteur. C'est plutôt une ambiance, des événements, des façons de faire, les choix auxquels sont confrontés les personnages, qui m'ont rappelé Karine Giébel. Bien sûr, il faut exclure «De force» de cette comparaison, car je n'y ai pas retrouvé le talent de la romancière.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

Acheter « Six fourmis blanches » sur Amazon

jeudi, 5 mai 2016

La loi du silence, d'Anita Terpstra.

La loi du silence

L'ouvrage:
Lors d'un week-end en forêt avec des camarades, Sander Meester, onze ans, disparaît.
Six ans plus tard, il est retrouvé. Sa famille pense pouvoir revivre. Cependant, la réadaptation du garçon (qui a passé ces années dans la forêt avec son ravisseur) n'est pas si simple.

Critique:
Ce genre de scénario rappellera fatalement d'autres auteurs qui l'ont utilisé. Je pense notamment à «Souviens-toi de moi comme ça» et à «Fleur de cimetière». Il est fascinant de voir les tournants que prennent les auteurs après avoir posé ces bases.

Le récit du présent de la famille est entrecoupé de scènes ayant eu lieu avant la disparition de Sander. Très vite, on comprend que certaines choses ne vont pas. J'avais deviné des éléments, mais c'est sûrement voulu. En outre, cela n'a pas gâché ma lecture.

J'ignore si le titre français est une traduction du titre original, mais il est bien trouvé. En effet, c'est parce que certains se sont tus que les choses ont aussi mal tourné. D'un autre côté, avaient-ils le choix? Peut-être, mais ils l'ignoraient au moment de prendre une décision.
L'intrigue est bien menée. Il n'y a pas d'incohérence. La romancière s'y entend parfaitement pour faire mon´ter la tension, nous faire envisager des hypothèses qu'au départ, on rejette tant elles sont horribles... J'ai, malgré tout, un petit reproche à faire. Je comprends qu'Anita Terpstra n'ait pas voulu donner toutes les clés tout de suite. Le but, quand on crée une énigme, c'est de ne pas la dévoiler dès les premières pages. Cependant, j'aurais aimé qu'elle ne pointe pas ces énigmes du doigt avec de gros sabots: regardez! Iris, elle se reproche quelque chose qu'elle ne veut pas dire! Elle sait quelque chose, ça pèse sur son coeur, mais elle ne dira rien. Cette tactique est employée à plusieurs sujets. C'est ce que j'appelle du suspense artificiel. Je trouve un peu dommage qu'un si bon roman souffre de cette sorte de faux suspense.

Je n'ai pas du tout aimé Alma. Elle réclame des enfants à cors et à cris, et elle n'est pas fichue de s'en occuper correctement, de communiquer réellement, de sévir quand il faut, de voir ce qui ne va pas... Certains lui trouveront peut-être des excuses. Cela n'a pas été mon cas. Ensuite, elle souffre, certes, mais elle refuse de prendre la souffrance des autres en compte. Ma dépréciation de ce personnage n'est pas synonyme de dépréciation du livre. Au contraire, Anita Terpstra a su créer un personnage à qui on a envie de donner une bonne paire de gifles, mais qui est, par ailleurs, très crédible. Je ne parlerai pas des autres personnages pour ne pas trop en dire, mais je dirai seulement que la romancière a su les dépeindre assez finement. En effet, sans trop les connaître, j'ai très vite préféré celui-ci ou celui-là. L'auteur ne tente pas de faire passer ses personnages pour ce qu'ils ne sont pas, sans pour autant les rendre manichéens. Certains sont lucides quant à leurs actes et ceux de leur entourage.

Un livre qui met mal à l'aise par sa justesse et sa crédibilité.

Livre traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, publié le 22 avril 2016 aux éditions Denoël.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Denoël.

Acheter « La loi du silence » sur Amazon

jeudi, 14 avril 2016

Une autre idée du silence, de Robyn Cadwallader.

Une autre idée du silence

L'ouvrage:
Angleterre, 1255.
Sarah adécidé de vivre en recluse. Les habitants du village où elle demeurera dorénavant sont ravis que le reclusoir soit à nouveau habité. Sarah raconte ses servantes, ceux qui lui demandent conseil, ses prières, sa foi, la manière dont elle veut la respecter...

Critique:
J'avais une petite appréhension quant à ce roman. Je me demandais s'il ne serait pas trop austère, trop niais, trop enrobé de fanatisme... Or, il m'a beaucoup plu. Nous découvrons une jeune fille qui (pour des raisons que nous comprendrons au long du roman) a décidé de donner sa vie à Dieu. Toute pétrie d'idéaux, Sarah se jette avec zèle dans cette vie rude. Elle tâtonne, tente de faire au mieux, tout en pressentant qu'elle fait fausse route, se fâche, mais finit par se remettre en question. À travers différents pans de son histoire, elle pose plusieurs questions. Elle admet douloureusement qu'elle est faillible. Par exemple, elle n'aide pas vraiment Jocelyne, la femme battue. D'autre part, elle ne parvient pas à être miséricordieuse envers le lépreux parce qu'il l'écoeure. Elle commence par repousser la jeune Eleanor dont la vitalité l'effraie. Elle tente de se retenir de rire lorsque les chamailleries entre Louise et Anna l'amusent. Sarah pense que pour être au plus près de Dieu,il faut se priver de tout, voire se flageller afin d'accroître une souffrance expiatoire. Expiatoire de quoi? Notre héroïne va devoir démêler ses sentiments, ses motivations, ses sensations. Le monde extérieur, qu'elle rejette par peur et envie de bien faire, la contraindra à y voir plus clair.

Autour de Sarah, gravitent des personnages très intéressants. Chacun (même l'absente Isabella, même ceux qui lui sont néfastes) l'aidera à se construire, à se remettre en question. Aucun ne laissera le lecteur indifférent.

Dans une postface, Robyn Cadwallader explique qu'elle a souhaité en savoir davantage sur les recluses, car elle ne comprenait pas leurs motivations. Je me suis aperçue, en lisant cette postface, que j'avais les mêmes interrogations que l'auteur. En créant cette héroïne complexe, elle imagine ce que pouvaient être ces motivations.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Une autre idée du silence » sur Amazon

- page 1 de 7