Editeur : De Borée

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lundi, 19 décembre 2016

Nina et ses soeurs, de Karine Lebert.

Nina et ses soeurs

L'ouvrage:
Normandie, 1900.
Bernard et Corinne Vigogne viennent d'avoir leur quatrième fille, Nina. Bernard aurait souhaité avoir un fils qui aurait repris les Tonneliers, sa ferme.
C'est le jour de la naissance de Nina que la famille Dévrou (famille riche habitant en ville), en panne de voiture, s'arrête aux Tonneliers. Malgré ce qui oppose les deux familles, cette première rencontre est loin d'être la dernière.

Critique:
Le roman de Karine Lebert s'étale sur trente ans. En général, je n'aime pas qu'un auteur fasse cela, car cela donne un résultat trop morcelé, où rien n'est creusé. Ici, cela ne m'a pas gênée, car l'auteur a bien fait les choses.

La romancière a bien planté le décor. Outre l'exploitation de la ferme qui court sur tout le roman, elle décrit certaines choses d'antan. L'école primaire était très différente. J'ai bien aimé, par exemple, la confrontation de Bernard et Corinne avec l'institutrice de Nina. Chacun a son point de vue, et chacun traite l'opinion de l'autre avec mépris. J'ai compris les raisons de chacun, mais la vraie question était de savoir ce que souhaitait Nina. Cela a fini par ne pas poser de problèmes, mais l'exemple m'a plu.

Plus tard, Karine Lebert plonge ses personnages dans les tourments de la première guerre mondiale. Ce bouleversement fait que certains seront amenés à faire des choix, à révéler certaines facettes de leur caractère. L'auteur montre bien l'impact de la guerre sur chacun et plus tard, sur les moeurs.
Outre un décor bien planté, les événements s'enchaînent de manière fluide. Les personnages sont creusés, etc.

Je trouve dommage que l'auteur ait traîné sur l'histoire d'amour. Le lecteur sait très vite quels personnages vont s'aimer. Il aurait été mieux (à mon avis) qu'ils soient plus vite ensemble, d'autant qu'elle crée des embûches assez tirées par les cheveux, et les résout de manière assez facile et répétitive. De plus, j'aurais aimé voir les amoureux dans leur quotidien.

D'autre part, l'auteur pose une énigme pendant la guerre. Cela n'avait pas forcément à être résolu. Karine Lebert décide de le faire. J'avais deviné ce qui s'était passé au moment des faits. La façon dont la solution est donnée m'a semblé très grosse.

Enfin, avant la guerre, un malheur s'abat sur la famille. Là encore, l'auteur y revient à la fin. C'est intéressant, mais les trois faits (l'énigme, le malheur et l'histoire d'amour) sont rapidement conclus les uns à la suite des autres. Cela donne une impression de bâclé, de bricolé. Bien sûr, le temps passe entre les trois faits, mais dans le roman, ils sont collés les uns à la suite des autres.

Éditeur: de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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jeudi, 30 juin 2016

La dame de Saïgon, de Karine Lebert.

La dame de Saïgon

L'ouvrage:1906. La famille Frémont a tout perdu en Normandie. Le fils aîné (Étienne) souhaitant être prêtre et missionnaire aux colonies, le père (Denis) décide que tout le monde ira en Cochinchine. Les membres de la famille ont différentes réactions. Blandine (la mère) est dévastée à l'idée de quitter son pays. Quant aux enfants (outre Étienne, il y a Adèle, Marianne, Sylvain, et Jérôme), chacun en prend son parti comme il le peut.

Critique:
À travers faits et personnages, Karine Lebert retrace l'histoire du Vietnam à partir de 1906. Ce roman m'a plu pour plusieurs raisons. D'abord, je connais mal l'histoire de ce pays avant la guerre qui l'opposa aux États-Unis. J'en connaissais les très grandes lignes. En outre, le comportement des personnages créés par Karine Lebert représente assez bien (j'imagine) les courants qu'il devait y avoir. Par exemple, Adèle se jette à corps perdu dans les mondanités, et se rend vite compte que si elle était restée en Normandie, elle n'aurait eu aucune chance d'être admise dans cette société. Sylvain travaille beaucoup. Blandine passe par différentes phases, et ne s'acclimate qu'au moment où elle s'y attend le moins... Presque tous les Frémont trouve la colonisation normale et ne voient pas quel mal il y a à maltraiter les peuples assujettis. On comprend vite que cette attitude était monnaie courante. On se dédouane parce que tout le monde fait comme ça, parce que les «colonisés» ne méritent pas qu'on les traite autrement, parce qu'on est tout content d'avoir du pouvoir sur quelqu'un... bref, pour tout un tas de mauvaises raisons qui deviennent de parfaites justifications (certains y croient réellement) aux yeux de ceux qui les brandissent.

Marianne, quant à elle, est tout de suite plus nuancée quant au pays et à la colonisation. Peut-être est-ce parce qu'elle est plus jeune, et qu'elle sait observer ses semblables. C'est un personnage intéressant, car elle est déchirée de diverses façons. Elle comprend l'iniquité et la cruauté de la colonisation, elle souhaite même la combattre, mais certains paramètres lui rendent les choses difficiles.

Étienne est également nuancé. Il ne souhaite pas brimer les annamites, mais il veut les convertir. Il fait très souvent preuve de mansuétude et de générosité, mais j'ai toujours été dérangée car je me demandais s'il agissait par devoir. Je l'ai apprécié, mais j'ai toujours eu une petite réserve.

Je n'évoque pas tous les personnages afin de ne pas trop en dire. On apprend vite à les connaître, et à mesure qu'on avance dans le roman, leurs réactions ne surprennent pas. On s'attache à eux (à certains plus qu'à d'autres). Il est surtout intéressant de les voir se débattre dans l'Histoire, et dépendre entièrement d'elle. J'ai aimé que l'auteur créent des caractères et des vécus différents, et qu'elle les fasse réagir selon l'histoire du pays. De ce fait, on pourra peut-être reprocher certaines petites facilités. Par exemple, on sait très vite de qui Marianne sera amoureuse. Pour moi, cela n'a pas été très grave, car cela devient évident bien avant la fin du roman.

Je n'ai qu'un petit reproche à faire: j'ai trouvé la fin un peu bâclée. Il me semble qu'avant de prendre une décision si radicale, l'héroïne aurait dû en discuter avec l'intéressé. Il reste la possibilité qu'il la rejoigne, mais Karine Lebert ne l'évoque pas. J'aurais aimé une fin moins incertaine.

Éditeur: de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lysiane Ledent pour la Ligue Braille.

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jeudi, 7 juin 2012

L'honneur des Bories, de Florence Roche.

L'honneur des Bories

L'ouvrage:
Fin du dix-neuvième siècle.
Yvon est gardien-chef du bagne de Guyane. À présent, il est en vacances. Il se rend en Auvergne, à la ferme des Bories afin d'y proposer ses services comme ouvrier. Son but est d'enquêter. En effet, il est devenu ami avec Paul Bories, forçat depuis quatre ans. L'homme a été condamné pour le meurtre de sa fille, Paulette. Il clame son innocence, et Yvon le croit.

Critique:
Ce livre commence de manière quelque peu ordinaire: un homme condamné apparemment à tort, une enquête... Cependant, l'auteur introduit rapidement des éléments qui font qu'on n'est pas face à un roman mièvre comme le sont trop souvent les romans du terroir. D'abord, une fois que le problème simple est posé, une fois qu'Yvon est engagé à la ferme, le lecteur se rend compte que la structure lui permet de découvrir à la fois Paul et sa famille. Les chapitres alternent: Yvon à la ferme, Paul racontant sa vie à Yvon. En général, je n'aime pas cette structure, mais elle ne s'étend pas sur beaucoup de chapitres, et elle permet à l'auteur de ne pas traîner. En effet, ici, une structure linéaire (du moins au début), aurait été source de lenteurs. La romancière l'adopte juste quand il le faut.
Il y a bien quelques petites lenteurs, mais rien de vraiment gênant.
Je me suis doutée de quelque chose, mais cela ne veut pas dire que tout le monde le devinera. D'ailleurs, je n'en étais pas sûre.
Certains indices sont habilement placés.

Si on ne découvre certaines choses qu'à la fin (c'est le jeu dans un roman à énigme), tout ce qui se passe au cours du livre met la fin en place. D'autre part, on voit très vite que certains personnages sont soit méprisables soit aimables. Yvon résume bien les choses à la fin.
La façon dont je présente cela semble manichéenne. Pourtant, cela ne l'est pas vraiment. Blésine et Marius, par exemple, sont des personnages détestables. Cependant, ils sont crédibles. Marthe est admirable, et est également crédible... Sûrement parce que ces personnages se blessent forcément en agissant comme ils le font.
Chacun a une part de responsabilité plus ou moins importante, sauf peut-être Marthe. Quant à Michel et Adélaïde, ils n'ont rien fait de répréhensible, mais je n'ai pas réussi à les apprécier. Peut-être parce qu'ils n'ont rien fait pour défendre leur père...

La toute fin m'a satisfaite, même si (comme le souligne l'auteur), les blessures ne cicatriseront jamais. Certains personnages se servent de ce qui leur est arrivé pour avancer, pour être meilleur.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Paulette n'a, pour moi, aucune circonstance atténuante. Sa vie l'étouffait, elle aimait Marius, oui, mais de là à commettre ou à laisser commettre de telles horreurs! Et puis, bien sûr que l'amour est aveugle, mais à ce point!!! Je ne vois pas trop ce qu'elle pouvait trouver à Marius qui n'avait vraiment rien d'intéressant à part sa beauté. Étant donné l'amour profond que Paul portait à sa fille, je l'aurais crue douée de davantage de discernement. Eh bien, non. Elle n'en était donc pas digne. J'ai d'ailleurs été déçue que Toinou s'attache à elle. Elle ne le méritait pas. Elle aurait pu se libérer autrement. J'ai été contente qu'elle soit condamnée au bagne à vie. Elle est sûrement pire que sa mère.

Éditeur: éditions de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Daniel Schreiber pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de réentendre ce lecteur dont la voix et le ton sont agréables.

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lundi, 10 octobre 2011

L'enfant de la montagne noire, de Laurent Cabrol.

L'enfant de la montagne noire

L'ouvrage:
Années 60, un petit village.
Mathilde est mariée à François Bonnet. Celui-ci travaille dur à la ferme. C'est un amoureux de la terre, de la nature. Mathilde, elle, rêve de vivre «à la ville» depuis son enfance. Malheureusement, les années passent, et François ne semble pas vouloir honorer la semi-promesse qu'il lui a faite avant leur mariage.
C'est alors qu'Agnès, leur fille de cinq ans est retrouvée dans une usine abandonnée après que la foudre l'a frappée et détruite. L'enfant n'aurait pas pu sortir avant que l'usine ne soit brûlée: ses mains et ses pieds étaient attachés.

Critique:
Si l'intrigue est parfois un peu lente, j'ai aimé ce livre. Au début, l'auteur prend le temps de présenter Mathilde. Il faudra bien cela au lecteur pour qu'il puisse savoir quoi penser de la jeune femme autour de laquelle le mystère s'épaissit, au long de l'ouvrage.
Ensuite, le roman traîne un peu lorsque plusieurs personnes sont suspectées du meurtre d'Agnès. C'est lent, et c'est un peu ridicule... La justice est aussi perdue que le lecteur.
D'autre part, je n'ai pas aimé que le livre s'ouvre sur la découverte du cadavre d'Agnès. Cela dévoile tout de suite une partie de l'histoire. C'est d'ailleurs pour ça que je suis allée aussi loin dans mon résumé: je ne dévoile rien, puisque le roman commence comme ça. Bien sûr, Laurent Cabrol n'est pas très long, ensuite, à en venir à la mort d'Agnès, mais je trouve que le prologue ajoute une longueur dont l'auteur aurait pu se passer.

Ces désagréments sont gommés par une intrigue bien menée, aux personnages épais. L'auteur met très bien en évidence ce que cela fait d'être différent dans une petite communauté. Mathilde ne semblait pas déborder d'amour pour sa fille, elle voulait partir pour la ville, alors, les villageois ont fondu sur elle comme les mouches sur une charogne. Ils ont pris n'importe quel prétexte pour déverser leur fiel sur elle. J'ai bien aimé le témoignage d'une fille qui était allée en classe avec elle, et qui disait qu'elle était prétentieuse, ambitieuse, et n'avait pas d'amis. Si tous les gens qui sont comme ça devaient, par la suite, commettre un meurtre...! ;-)

Tous les personnages sont plus ou moins intéressants. C'est Mathilde qui retiendra l'attention du lecteur. Elle rêve d'une autre vie. À ce propos, ses actes dénotent une certaine immaturité. C'est dans l'épreuve que la jeune femme mûrira. Elle apprendra de ses erreurs, de ses malheurs. Au lieu de l'endurcir, de l'aigrir, cela lui montrera la futilité des chimères après lesquelles elle court. Elle n'aspirera plus qu'à la vie qu'elle connaît, et qu'elle a appris à aimer.
J'ai apprécié qu'elle fasse ce travail sur elle-même, qu'elle s'assouplisse, qu'elle se rendent compte de l'essentiel.

Quant à la solution de l'énigme, elle est simple, et va bien au reste. Elle est conforme à ce à quoi on aurait pu s'attendre. Je ne l'avais pas devinée. J'aime bien le dernier geste de la dernière personne à connaître cette vérité: geste plein d'humanité, de respect. Cette fin fait que le lecteur se posera des questions... que penser du personnage qui est coupable? Faut-il le blâmer ou le plaindre? Les deux, sûrement.

Éditeur: éditions de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Chantal Perrier pour l'association Valentin Haüy.
Au premier abord, la voix de la lectrice paraît quelque peu austère. Cependant, elle met le ton approprié, et sa lecture se révèle agréable.

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