Editeur : Christian Bourgois

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jeudi, 29 septembre 2016

Le kimono de neige, de Mark Henshaw.

Le kimono de neige

L'ouvrage:
Un soir, en rentrant chez lui, Jaubert, inspecteur de police à la retraite, rencontre un homme qui lui dit qu'il l'attendait. Cet homme commence à lui raconter son histoire.

Critique:
Ce livre pourra en dérouter certains à cause de sa construction. Moi-même, j'ai tiqué, car c'est le genre de construction que je n'aime pas. Tadashi raconte son histoire, puis il raconte celles d'autres personnages qui font partie de sa vie. Seulement, il les raconte du point de vue desdits personnages. On peut peut-être se perdre dans ces récits enchâssés. De plus, l'auteur évoque une chose, et cette chose doit être comprise à la lumière d'une autre qui nous est révélée bien plus tard. Il fait cela pour deux ou trois faits. Ce genre de constructions se répand de plus en plus. Je trouve cela un peu déstabilisant: on n'est jamais sûr d'avoir bien compris... L'auteur avertit son lecteur quant à ces indices semés çà et là dans le désordre lorsqu'il évoque les puzzles.

D'autres trouveront peut-être étrange que Tadashi arrive comme ça, et raconte son histoire à cet inconnu, et qu'ensuite, lui-même la raconte à une personne croisée lors d'un procès, personne qu'il retrouve par hasard... Cela peut paraître étrange, mais cela contribue à l'ambiance du livre. Des éléments d'abord anodins et semblant n'avoir rien en commun finissent par s'imbriquer, le tout dans une atmosphère parfois onirique, portée par le froid qui parcourt le récit de plusieurs protagonistes. C'est au milieu de ces récits que survient celui de Jaubert. Il surprend car il ne s'inscrit pas dans le même cadre, pas dans la même ambiance. Cela m'a surprise, car j'ai découvert un pan de la vie de Jaubert que je ne soupçonnais pas. Je l'imaginais presque sans histoires. Je ne sais pas vraiment pourquoi je le voyais ainsi. Un indice nous est donné, avant son récit, mais je n'ai su l'interpréter qu'au moment dudit récit.

Malgré sa construction, ce roman m'a plu. Les personnages m'ont paru charismatiques, même lorsqu'ils commettent des actes répréhensibles.
Le thème de la famille est exploré: les relations entre parents et enfants, les relations de couples... Dans cette ambiance feutrée, des événements assez durs et violents. C'est sûrement ce contraste qui rend le livre saisissant et d'autant plus captivant.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 13 juin 2016

La frontière du loup, de Sarah Hall.

La frontière du loup

L'ouvrage:
Rachel Caine travaille dans une réserve de l'Idaho où elle étudie la biologie et le comportement des loups. Or, Thomas Pennington, un excentrique et richissime comte anglais, souhaite qu'elle travaille pour lui. Il souhaite réintroduire le loup gris dans son domaine, ne pouvant le faire dans l'ensemble du pays. Rachel est d'abord réticente: le domaine du comte se trouve dans la région où demeure sa mère et son frère. Ses relations étant épineuses avec ceux-ci, elle ne tient pas vraiment à se rapprocher d'eux. Cependant, une série d'événements fait qu'elle finit par accepter.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. À travers la vie de Rachel, Sarah Hall nous parle des comportements humains et de celui des loups. Bien sûr, ce sont les humains qui paraissent les plus compliqués. Rachel m'a parfois semblé absente, comme dépassée par sa propre vie. Si cela peut agacer à certains moments, cela la rend plus humaine. Elle n'a aucune certitude quant à ses choix, et tente de faire au mieux. En outre, elle n'hésite pas à se remettre en question, à reconnaître son impuissance... Elle évolue au fil des épreuves qu'elle affronte.
J'ai tout de suite apprécié Lawrence, le frère de l'héroïne. Pourtant, au début, il semble fuyant, indécis, pleurnichard... Il n'est pas forcément sympathique, mais j'ai ressenti de l'empathie pour lui. À vous de voir si je l'ai méjugé ou pas. ;-)

J'ai aimé en apprendre un peu sur le loup. Cependant, j'aurais aimé que la romancière en dise davantage. Peut-être a-t-elle eu peur que trop de détails rendent le tout indigeste. En outre, mon petit reproche vient sûrement de ce que dans «Lone wolf», de Jodi Picoult, on en apprend beaucoup plus, et je m'attendais à ce que Sarah Hall nous immerge comme l'a fait Jodi Picoult. Cependant, cela n'a rien gâché pour moi. J'ai d'ailleurs préféré ce livre à «Lone wolf» dans lequel beaucoup d'humains sont des têtes à claques.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. À la fin, certaines choses ne sont pas réglées, mais ce n'est pas gênant. Si j'aurais eu envie de connaître la suite, de voir vivre ses personnages plus longtemps, cela ne signifie pas que la fin est bâclée, mais plutôt que Sarah Hall a réussi à m'intéresser assez pour que je souhaite en savoir plus. Ses protagonistes sont assez travaillés pour que je les aie imaginés poursuivre leur vie.

Je me rends compte que cette chronique est à la fois trop courte et trop fade pour rendre justice à ce roman. Malheureusement, il fait partie de ceux dont il ne faut pas trop en dire sous peine de gâcher le plaisir du lecteur.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 17 décembre 2014

La couronne verte, de Laura Kasischke.

La couronne verte

L'ouvrage:
Michelle, Anne, et Terry, trois lycéennes, partent pour des vacances à Cancûn. C'est là qu'elles vivront quelque chose qui changera inexorablement leur vie.

Critique:
Laura Kasischke évoque ici un thème sensible et abordé de plusieurs façons dans la littérature. Ce faisant, la romancière pose plusieurs questions. Faut-il se méfier de tout et de tous? La mère de Michelle est méfiante, mais refuse de tomber dans le travers de l'excès. Comment sait-on qu'on est assez prudent? Ici, Anne a suivi un schéma qu'elle pensait classique, immuable, et incontestable: il faut se méfier de l'inconnu plus âgé, alors qu'on peut faire confiance à des gens de notre âge vaguement aperçus auparavant. Pourquoi? Sur quoi se base-t-elle? D'autant que certains indices réfutant la première assertion ont été rapidement fournis. Tout comme les héroïnes de «Rêves de garçons», Anne emploie les conseils de prudence qu'on lui a toujours serinés à mauvais escient. Elle s'englue dans un raisonnement erroné. Cela voudrait dire que malgré la prévention, ces jeunes filles (tout au moins l'une d'elles), sont encore trop inexpérimentées pour savoir se débrouiller dans la vie.
Cependant, Anne a également agi ainsi pour de très mauvaises raisons qu'elle livre sans se chercher d'excuses: la principale était sûrement la jalousie. Michelle était ravie de sa journée, alors qu'Anne dépérissait sur place.

Si Anne est la plus fautive, Michelle n'agit pas forcément mieux. Elle pouvait ne pas suivre son amie. D'ailleurs, au début de cette journée, Anne aurait très bien pu ne pas suivre Michelle. Terry se démarque en choisissant de rester, sûre qu'elle sera mieux sur la plage. Là encore, on peut se demander pourquoi les deux jeunes filles se sont mutuellement suivies. Par amitié? Parce que ce sont des adolescentes qui n'osent pas s'affirmer, et qu'elles suivent celle qui fait preuve d'autorité à un moment donné? À travers cela, la romancière démonte subtilement certains rouages de notre société: jusqu'à quel point est-on influencé? L'âge entre-t-il en ligne de compte? La perception peut-elle être faussée par des sentiments mesquins? Ici, le manque de prudence et de discernement des deux jeunes filles est annoncé par un événement d'apparence anodine: elles oublient de se mettre de la crème solaire avant d'aller se baigner, alors que Terry y pense. Michelle va même jusqu'à se fourvoyer dans le raisonnement suivant: cette imprudence n'est pas grave, car j'ai pu voir la faune marine qui est si belle! Pourtant, elle aurait pu la voir sans attraper de coups de soleil: il suffisait qu'elle s'enduise de crème. Le résultat aurait été le même, excepté qu'elle n'aurait pas souffert.

Laura Kasischke conte une histoire qui paraît simple. On devine vite ce qui va arriver. Cependant, cela n'est pas gênant, car les événements, et la façon dont ils sont racontés analysent des comportements, tout au long du roman.
Quant à la structure, on retrouve une façon de faire chère à l'auteur: le récit d'Anne est parsemé de retours en arrière qui complètent le portrait des deux héroïnes. De plus, les chapitres alternent les points de vue des deux jeunes filles. Seulement, on peut penser que les chapitres Michelle (qui sont à la troisième personne) sont en fait des suppositions faites par Anne quant à l'état d'esprit de son amie.

Pendant ma lecture, j'avoue avoir trouvé Anne agaçante. Cependant, elle n'inspire pas la répugnance qu'inspire la narratrice de «Rêves de garçons». J'évoque encore ce roman, car certaines choses m'y ont fait penser. On dirait que la romancière a pris un thème qu'elle a décliné en deux romans distincts.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman empreint d'une atmosphère étrange: légère puis de plus en plus oppressante, impression renforcée par l'image de l'oiseau présente du début à la fin.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 22 septembre 2014

Un oiseau blanc dans le blizzard, de Laura Kasischke.

Un oiseau blanc dans le blizzard

L'ouvrage:
Janvier 1986: Êve Connors, mère de famille disparaît. Puis, elle téléphone à son mari pour dire qu'elle ne reviendra jamais. Sa fille, Cat, raconte l'après.

Critique:
Ce roman ne fait pas partie de mes coups de coeur. Après avoir été enthousiasmée par trois autres écrits de Laura Kasischke, j'ai été déçue par «Un oiseau blanc dans le blizzard». Certes, on retrouve la façon de faire de l'auteur. Elle mêle passé et présent, au gré du récit et des souvenirs de la narratrice. Elle plante un décor, distille une ambiance. Cependant, j'ai trouvé les personnages inconsistants. Qu'aucun ne soit sympathique n'est pas un problème: ceux de «Rêves de garçons» ne l'étaient pas. Par contre, aucun n'a ce charisme, cette présence qui font que je ne suis pas trop dépaysée si aucun personnage ne me plaît.

Quant à l'ambiance, elle ne m'a pas autant fascinée que dans les autres romans d'elle que j'ai lus. Qu'elle soit détestable n'est pas un problème, étant donné qu'elle l'est dans au moins deux autres romans, et qu'ils m'ont plu. Pour moi, elle est exempte de cet envoûtement que j'ai trouvé par ailleurs chez cette romancière.
Il y a beaucoup d'images morbides, ce qui ne m'a pas gênée dans «Rêves de garçons». Ici, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. On comprend très bien pourquoi elle le fait, mais c'est exagéré.

La romancière installe certains éléments: les choses étaient ainsi, nous dit-elle. Entre ces faits, elle donne de petits indices qui peuvent être interprétés de multiples manières. Puis elle opère un glissement. Tout cela suit l'évolution de la narratrice. Là encore, on retrouve la patte de Laura Kasischke. Néanmoins, j'ai trouvé tout cela beaucoup trop lent.

Les choses étant vues par Cat, il est logique que le lecteur ait un point de vue restreint. On se doute qu'il faut garder un regard extérieur lorsque l'adolescente explique qu'à son travail, son père est perçu autrement que chez lui. D'autre part, Cat énonce certains clichés. Celui qui m'a le plus marquée et fait rire est sûrement celui sur la mère de Phil. Elle est aveugle, alors, forcément, elle ne sait pas faire ceci ou cela. Il doit être étrange de l'embrasser, le père de Phil a fait quelque chose de grand en l'épousant, etc. Cat n'est pas stupide, mais sa tête fourmille de clichés et de préjugés qui... l'aveuglent. Elle s'en rend d'ailleurs compte. La cécité de la mère de Phil fait partie de tous ces éléments que le lecteur devra, petit à petit, placer dans le puzzle qu'est le récit de Cat. C'est en cela que les romans de Laura Kasischke sont riches: elle donne des éléments qui sont à comprendre à plusieurs niveaux. C'est ce qui rattrape un peu ce roman à mes yeux. Il est également une critique féroce d'une certaine société, d'une façon de vivre, d'une manière étriquée de penser: Laura Kasischke ne cesse de la mettre en avant en en montrant l'absurdité par de multiples exemples bien choisis.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud pour le GIAA
Cette lectrice est la seule, parmi les lecteurs que j'ai entendus, qui prononce correctement le nom de l'écrivain. En outre, elle fait partie des rares lecteurs qui prennent bien le temps de lire le nom de l'éditeur: «Bourgois» ne contient pas de «e». Certains lecteurs prononcent «bourgeois».

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mercredi, 30 juillet 2014

Rêves de garçons, de Laura Kasischke.

Rêves de garçons

L'ouvrage:
Cet été-là, Christie le passe dans un camp de pom-pom girls. Un jour, lasses du quotidien de la colonie, Desree, une autre Christie et elle s'en vont en douce pour l'après-midi. Leur idée est d'aller se baigner dans le lac des amants. Sur le trajet, elles croisent un vieux break à bord duquel se trouvent des garçons. Elles sont loin de soupçonner l'impact de cette rencontre.

Critique:
Là encore, Laura Kasischke s'y entend pour distiller une ambiance particulière. Ici, elle est à la fois tendue et insouciante. On retrouve un parfum de gothique: des choses effrayantes (inventées, rêvées ou non) se passent la nuit. Christie évoque certaines peurs d'enfance qui sont également nocturnes. Enfin, sa grand-mère craignait le peuple de l'ombre.
D'autre part, l'héroïne mêle, au récit de cet été-là, des anecdotes de son passé qui font que le lecteur apprend à la connaître ainsi que son amie Desree. La narratrice est vue par les autres comme quelqu'un de gentil. En effet, elle est souriante, elle ne supporte pas l'évocation même d'une dissection, semble serviable... Cependant, on découvre vite que sa peur morbide de tout ce qui a trait à la mort de vient pas d'une empathie quelconque. Elle ne supporte pas l'idée de devoir voir du sang ou autre chose de ce genre, mais n'a aucune compassion pour celui qui souffre. Quant à son sourire de petite fille parfaite, il est mécanique.
Si Desree est tout aussi détestable, si elle le cache bien par de l'hypocrisie, elle est tout de même plus facile à cerner pour ceux qui l'entourent.
C'est ainsi que Laura Kasischke s'applique à démonter les rouages de cette société d'adolescents. De manière implacable, usant d'exemples et de mots percutants, elle montre jusqu'où vont l'artifice, l'égoïsme, l'indifférence. Même lorsqu'il semble y avoir de l'amitié, les relations sont fausses. En effet, Christie et Desree sont très amies, mais cela ne transparaît pas vraiment. Elles n'ont pas souvent l'air amical l'une envers l'autre, sauf peut-être lors de l'épisode du short taché. Par ailleurs, elles n'aiment pas l'autre Christie, mais l'emmènent lors de leur excursion.
De plus, elles sont assez superficielles pour se monter la tête sans savoir. Elles appliquent à mauvais escient le conseil comme quoi il ne faut pas frayer avec des inconnus.

Là encore, je pense que les retours en arrière sont bien utilisés. Je n'aime pas cette structure, mais ici, elle donne de la force au roman. Cela donne, bien sûr, une impression de fouillis, mais cela renforce cette tension, créée par petites touches, par de petites phrases ou des épisodes qui, isolés, n'auraient peut-être pas l'air si terribles. De plus, Christie raconte tout cela d'une manière presque détachée. Bien entendu, lorsqu'elle évoque une chose peu reluisante qu'elle a faite, elle se trouve des excuses, des justifications qui sont parfaitement valables à ses yeux, et assure que tout le monde agirait comme elle.

En outre, agrémenter son histoire de souvenirs épars permet à Christie de retarder le récit des faits qui sont le point culminant de l'intrigue. Tout au long du roman, le lecteur est préparé par ce qu'il devine de la personnalité de la narratrice. Je n'ai donc pas été surprise de lire comment Christie et les autres avaient réagi lorsque leurs actes ont eu une portée bien plus grande que les mauvaises actions appartenant au passé de l'héroïne.

La toute fin peut paraître spectaculaire. Pourtant, elle est préparée, surtout lorsque Christie raconte qu'elle a toujours été persuadée que la mort, c'était pour les autres. Si certains tentent de ressentir de l'empathie tout en sachant qu'ils ne pourront jamais totalement comprendre une douleur qu'ils n'ont pas vécue, Christie est trop confinée en elle-même pour en être capable. C'est là que la toute fin prend sens. Elle aurait été bien moins percutante si la narratrice n'avait pas eu cette personnalité.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Laurence Lévesque pour l'INCA

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