Editeur : Casterman

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lundi, 5 novembre 2018

Ensemble à minuit, de Jennifer Castle.

Ensemble à minuit

Note: Ce roman sort en français mercredi.

L'ouvrage:
Kendall vient de passer un semestre à l'étranger. Elle est de retour chez elle, près de New York, pour les vacances de Noël. Elle décide d'aller passer la deuxième semaine à New York même chez son frère, Emerson.
Max habite quelques jours chez son grand-père pour s'en occuper, le temps qu'une nouvelle aide soit engagée. Max et Kendall se connaissent depuis l'été, mais ils ne gardent pas forcément un bon souvenir de la rencontre.
À un arrêt de bus, les deux adolescents sont témoins d'une dispute, puis d'un accident. Avec le recul, ils pensent qu'en intervenant lors de la querelle, ils auraient pu éviter l'accident. C'est alors qu'ils en discutent autour d'un café qu'une serveuse leur lance un défi: ils doivent faire sept bonnes actions envers des inconnus. Kendall ajoute que l'argent ne doit pas entrer en compte.

Critique:
Ce livre m'a plu. Je l'ai lu tout de suite après «Nous rêvions juste de liberté», et c'était exactement ce qu'il me fallait pour sortir de quelque chose de si éprouvant. (Pour ceux qui se demanderaient pourquoi les deux chroniques sont si éloignées dans le temps, le livre d'Henri Loevenbruck était un service presse, et je publie les chroniques des services presse très vite après les avoir écrites.) Max et Kendall sont gentils et un peu perdus concernant certains aspects de leur vie. C'est dans ce contexte qu'ils voient cette dispute qui entraîne un terrible événement. Par la suite, Max explique que ce qu'ils ont fait (ne pas intervenir dans la dispute) est apparemment une façon commune de réagir. Personne ne veut intervenir lorsque des inconnus sont impliqués, pensant que d'autres vont le faire. C'est exactement ce que nos deux héros pensaient. Je ne savais pas qu'une théorie existait, et que cette façon d'agir (ou de ne pas agir) était devenue commune. C'est dommage, mais franchement, je me vois mal me mêler d'un conflit entre deux inconnus. Surtout que, comme c'est souligné et même montré dans le roman, certains peuvent rejeter assez rudement l'aide offerte.

J'ai apprécié la décision que prennent Max et Kendall après l'accident: aider des inconnus. Le livre alterne les chapitres où Kendall raconte et ceux où Max le fait. Une fois qu'ils ont eu affaire à quelqu'un, il y a un passage où la personne s'exprime. Certains personnages m'ont un peu serré le coeur, comme Bryan, le père de l'enfant que Kendall distrait.
À un moment, Max se demande s'ils ont vraiment aidé quelqu'un, et s'ils ne l'ont pas plutôt enfoncé. (Je parle de Winston.) J'ai compris son questionnement, et j'ai trouvé bien que Kendall et lui y réfléchissent.
J'ai apprécié que Cora refuse leur aide, surtout après avoir lu le passage où elle s'exprime.
Il y a aussi la fois où l'aide que Kendall apporte finit par lui déplaire. Il m'a plu que Jennifer Castle montre plusieurs exemples, et que tout ne soit pas toujours bien perçu par tous.
Après ce roman, je me demande si, lorsque je serai confrontée à ce genre de situations, j'oserai proposer mon aide. Je ne peux pas répondre...
En tout cas, je trouve sympathique un roman où deux adolescents décident d'être gentils, et d'aider des gens qui semblent en avoir besoin.

Certains trouveront peut-être les chassés-croisés amoureux un peu pénibles. Ils ne m'ont pas trop ennuyée, principalement parce que tout finit comme je le souhaitais.

Un joli roman qui soulève certaines questions sur la nature humaine.

Éditeur français: Casterman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arielle Delisle et James Fouhey pour les éditions Harper Audio.

Je connais très peu James Fouhey. Le bon souvenir que j'ai de lui dans «Don't try to find me» n'a pas été contrarié. J'ai apprécié son interprétation, et l'entendrai à nouveau avec plaisir. Il a dû moduler un peu sa voix pour les passages narrés par des hommes autres que Max, et s'en est bien sorti.

Comme je l'ai dit dans une chronique récente, j'aime beaucoup Arielle Delisle. Ici, j'ai été un peu déçue qu'elle change à ce point sa voix pour certains passages narrés par des femmes autres que Kendall, mais elle y était obligée pour montrer un vrai contraste. Elle s'en tire assez bien.

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mardi, 3 janvier 2012

Albert le toubab, de Yael Hassan.

Albert le toubab

L'ouvrage:
Depuis la mort de sa femme, Alicia, Albert vit seul avec Hector, son chat. Zaïna, une jeune femme sénégalaise, vient faire le ménage chez lui. Elle le fait surtout parce qu'elle l'a promis à Alicia, qui, entre autres, enseignait le français aux enfants de la cité où habite Zaïna.
Un jour, la jeune femme fait un malaise, et doit être conduite à l'hôpital. C'est Albert qui se voit contraint de recueillir sa fille, Mimouna, neuf ans. La rencontre sera explosive.

Critique:
Voilà un livre sympathique. D'abord, la rencontre d'Albert le ronchon et de la pétulante et curieuse Mimouna ne sera pas pour déplaire au lecteur. L'enfant pose des questions sur tout, bouleverse la petite vie bien calme d'Albert, et il finit par aimer cela.
Si cette appréciation mutuelle est attendue, elle n'en est pas moins attendrissante. Le tout arrosé d'une bonne dose de rire, et surveillé par le chat, Hector, qui n'en perd pas une miette, et fait partager ses considérations au lecteur.

Les deux personnages ont un comportement totalement différent, et chacun apprend de l'autre. Mais ils ne sont pas manichéens. C'est bien plus intéressant.
Ils sont forcés de se remettre en question quant à ce qu'ils pensent savoir concernant le racisme. Là encore, l'auteur force peut-être un peu le trait, mais pourquoi pas? Pourquoi ne pas dire les choses clairement? L'auteur prône la tolérance, la compréhension, l'acceptation des différences. Comment ne pas en être ravi? On me dira que c'est bien joli, mais que rien n'est aussi idyllique que ce que montre l'auteur. Soit, mais cela pourrait l'être, si certains adultes prenaient le temps de parler aux enfants, de leur expliquer les choses. Si chacun y mettait du sien, et surtout, si tous cessaient de s'engluer dans un carcan de préjugés créé par l'homme.

L'auteur évoque aussi les problèmes engendrés par les gens comme le père de Mimouna. Il ne tient pas vraiment à s'intégrer à son pays d'accueil, puisqu'il ne veut en obtenir que les avantages, et pour cela, spolier son ancienne femme et sa fille. Il est peut-être un peu cliché, mais pas tellement, étant donné que certains agissent comme lui. C'est une façon pour l'auteur de montrer que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Bien sûr, elle effleure certains thèmes sans vraiment creuser, mais ce roman est pour la jeunesse: on ne peut pas tout dire en peu de pages, et surtout, en restant intéressant pour les jeunes lecteurs. Yael Hassan pose bien les choses. Son livre est un bon commencement pour le jeune public.

Éditeur: Casterman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Clerc pour l'Étoile Sonore.
Le lecteur a enregistré ce petit roman avec bonne humeur et dynamisme. Il a su le jouer sans le surjouer. En effet, ce roman n'est pas fait pour être lu de manière trop sobre. Il fallait faire comme l'a fait Jacques Clerc.

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lundi, 8 novembre 2010

Murkmere, de Patricia Elliott.

Murkmere

Note: J'ai classé cet ouvrage dans «fantastique», car l'élément central du roman est la possibilité qu'a l'un des personnages de se transformer en oiseau. Cependant, le fantastique ne domine pas.

L'ouvrage:
Agnès Cutter va travailler à Murkmere en tant que demoiselle de compagnie de Leah, la jeune fille du domaine. Élisa, la mère d'Agnès, a été gouvernante à Murkmere.

Dès le départ, Leah se montre capricieuse et provocante. Elle rejette Agnès qu'on lui impose. En effet, le père de Leah et l'intendant ont demandé à Agnès de surveiller l'adolescente qui s'éloigne parfois du domaine, et se rend près de l'étang.

Critique:
Le plus important, dans ce roman, c'est qu'il aborde avec subtilité le thème de la différence. Il décline ce thème de plusieurs façons. Leah est le coeur de ce thème. En apparence, elle est différente parce qu'elle est double (elle peut se transformer en cygne). Cela paraît un peu gros, dit comme ça, mais l'auteur ne s'arrête pas à cela. Elle choisit une différence flagrante, et en montre les conséquences: intolérance engendrée par la peur, incompréhension, refus d'accepter... Tout cela est très bien exploité et finement décrit, ainsi que le thème de la liberté, représenté par l'envol de l'oiseau, par la machine volante que garde le père de Leah. Cette machine symbolise à la fois la liberté souhaitée (elle vole), et l'impossibilité de saisir cette liberté (il faut plusieurs hommes pour la déplacer, car elle est gardée dans une pièce fermée, et ne fera jamais ce pour quoi elle est faite).

Le personnage de Leah est également intéressant. Au début, elle semble être une peste, mais quand on se donne la peine de creuser, elle est bien plus complexe. Elle est solitaire par la force des choses, avisée, a un fort caractère, et peut entrer dans des colères noires, colères que le lecteur comprend. Dans un monde régi par la superstition que les puissants font régner afin de mieux assujettir ceux qui y croient, Leah est une bouffée d'oxygène: elle cherche à comprendre, se moque des signes et des superstitions. La scène où elle fait enrager Agnès en lui prenant son talisman est représentative: au premier abord, Leah a l'air d'une sale gamine dont le but est de terroriser sa nouvelle demoiselle de compagnie. En fait, elle fait cela pour forcer Agnès à réfléchir.

Le personnage d'Agnès est également intéressant à étudier. Comme elle le souligne elle-même, elle évolue au cours du roman. Elle croit aux superstitions, mais elle apprend de ses erreurs, et se rend compte qu'il ne suffit pas d'être beau pour être bon. Tous ses actes sont guidés par le désir de bien faire. Ainsi, lorsqu'elle détruit la peau de cygne, le lecteur comprendra le désespoir de Leah (trop choquée pour accepter les motivations d'Agnès), et celui d'Agnès, qui agit par amitié, mais dont l'amitié n'est pas encore assez forte pour lui faire admettre ce qu'elle finira par comprendre: c'est à Leah de choisir sa vie, Leah doit être libre. Agnès ne comprend pas pourquoi son amie choisirait d'être un cygne, mais elle accepte ce choix si cela peut rendre Leah heureuse.

Le livre souffre bien de quelques longueurs, mais on les pardonnera volontiers à l'auteur qui sait créer une ambiance et une intrigue dans lesquelles on se plonge avec grand intérêt.

Éditeur: Casterman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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