Editeur : Bragelonne

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lundi, 28 décembre 2015

Blitz, tome 1: Black out, de Connie Willis.

Blitz, tome 1: Black out

L'ouvrage:
2060.
Les historiens étudient les grands événements sur place. Ainsi, Polly se prépare à partir pour Londres en 1940. Quant à Mérope, elle est dans un manoir à la campagne, étudiant les conditions de vie et les réactions des enfants évacués. Michael, lui, a plusieurs missions à effectuer: son projet étant l'étude de cas où des personnes passe-partout ont accompli des actes héroïques pendant la seconde guerre mondiale. Tout irait bien si, au collège de Balliol, des choses étranges ne se produisaient pas. Par exemple, on a reprogrammé l'ordre dans lequel Michael effectuera ses missions, on demande aux historiens de préciser systématiquement avec combien de temps de décalage par rapport à la date et l'horaire prévus ils arrivent...

Critique:
Cette série fait apparemment partie d'un cycle. Elle est précédée d'une autre série en deux tomes. Si j'ai bien compris en lisant «Blackout», il est bien de commencer par la première série, mais elles peuvent se lire indépendamment. On comprend sûrement mieux certains clins d'oeil quand on les a lues dans l'ordre, mais ce n'est pas très grave. Je souhaitais les lire dans l'ordre. La première série existe bien en audio anglais, mais je n'aime pas la lectrice du tome 1.

J'ai beaucoup apprécié ce tome 1. D'abord, l'auteur met ses protagonistes dans une ambiance particulière. C'est bien sûr son but. Pour moi, elle y réussit très bien. Ensuite, chacun est à un point différent, chacun donne la priorité à un aspect de la guerre, ce qui fait que l'auteur en évoque plusieurs facettes. Elle s'attarde sur le comportement des gens de plusieurs couches de la société. Tout cela est très intéressant. Il semble que la romancière se soit beaucoup documentée. Cela donne l'impression d'y être.

Par ailleurs, ce sont des historiens. Ils doivent sans cesse être prudents afin de ne pas alterner le cours de l'histoire. (Ils ont apparemment essayé, dans l'autre série, et se sont aperçus qu'il ne le pouvaient pas, car cela causaient d'autres réactions qui pouvaient engendrer des dégâts.) À ce sujet, il y a peut-être une petite incohérence. Mérope, par exemple, est engagée comme domestique dans un manoir où elle peut étudier les enfants évacués. Jusqu'à quel point ne change-t-elle pas le cours de l'histoire? Elle prend la place de quelqu'un qui, de ce fait, fera peut-être autre chose, qui conduira à d'autres réactions, etc. Connie Willis se protège en partie en expliquant que si ce que veut faire l'historien va modifier le cours de l'histoire, il est empêché de se rendre à la période à laquelle il désire aller. Soit...

Avant de partir, les historiens ont une préparation. Ils peuvent même se faire implanter certaines données. J'ai trouvé cela très pratique, mais souvent, comme ils ont une mission pointue, ils se concentre sur un endroit et une période, et ignorent des choses qui devraient faire partie de leur culture. Je suppose que c'est ce qui arrive quand on se spécialise... Seulement, ici, c'est un peu gros: on dirait que les historiens ne savent vraiment rien en dehors de la période étudiée.

À un moment, j'ai cru me perdre un peu, car il y a certains personnages que je ne relie pas à l'intrigue principale. Finalement, ce n'est pas grave: je me laisse porter par l'histoire.

À la fin de ce tome 1, on assiste à une espèce de jeu de pistes que certains trouveront peut-être un peu lent. Quant à moi, il ne m'a pas déplu. Je me mettais à la place des personnages, et j'imaginais leur désarroi au milieu de ces temps chaotiques.

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cécile Guérin pour l'association Valentin Haüy.
C'est le premier livre enregistré par cette lectrice que j'écoute. J'ai beaucoup apprécié sa voix. Pour moi, elle a toujours trouvé le ton approprié. En outre, je tiens à la remercier de n'avoir pas tenté de prononcer certains mots à l'anglophone. Par exemple, je pense qu'un autre lecteur aurait tenté de mettre un accent pour dire «Dunworthy». Elle n'a pas essayé, et le prononce Doeunworty. Certains diront peut-être qu'elle l'a peut-être trop francisé. Pour ma part, je trouve que ce n'est pas affecté, alors qu'une prononciation plus ou moins voire carrément à l'anglophone m'aurait agacée.
Pour sa mission, Mérope s'appelle Eileen. Parfois (au début), la lectrice accroche, et dit Ellen. Cela ne m'a pas vraiment gênée parce que cela ne dure pas, et que je pardonne beaucoup de choses à ceux qui ne tentent pas de prendre un accent pour les mots et noms propres étrangers.

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vendredi, 4 février 2011

Cycle de Chalion, tome 1: Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold.

Chalion, tome 1 : Le Fléau de Chalion

L'ouvrage:
Après avoir connu bien des déboires (il a été envoyé aux galères par un puissant qui le trouvait gênant), Cazaril retourne dans la ville de Valenda où il servit comme page du Provincar. Il compte se rendre chez la Provincara, et lui demander un travail. Il n'aspire qu'à la tranquillité, et ne souhaite surtout pas faire parler de lui. Mais après quelques jours, la Provincara décide de le nommer secrétaire personnel et précepteur de la Royesse Iselle, qui, pense-t-elle, ne pourrait rêver meilleur instructeur. Cela placera Cazaril en bien mauvaise posture, car il sera amené à côtoyer ceux qui ont voulu sa perte.

Critique:
Ce livre est très long (20h44 en audio), mais je ne me suis pas ennuyée. Je n'aurais jamais cru dire cela: mais il n'y a aucune longueur, à mon avis. L'auteur prend le temps de planter le décor, de nous présenter ses personnages, donne le temps au lecteur d'en prendre toute la mesure. L'intrigue n'est jamais poussive. Bien sûr, il y a des événements que le lecteur prévoit, mais cela ne gâche pas sa lecture.

L'auteur a su créer un univers dans lequel j'ai vite été plongée. Elle a su allier la nouveauté au connu afin de ne pas trop dépayser son lecteur. La structure de la hiérarchie de Chalion et des pays avoisinants ressemble à la monarchie. La nouveauté vient surtout des équivalences nominales des rangs.
La religion des habitants de Chalion ressemble à une religion polythéiste, mais les dieux ont d'autres noms, et n'ont pas tout à fait le même rôle que dans notre monde.

Pour moi, trop de romans de fantasy se focalisent sur la guerre: un peuple ou un homme doit combattre un autre peuple ou un méchant sorcier qui veut détruire la planète. Ici, c'est plus subtile. Il en va de même pour les enjeux politiques: il y en a, mais le lecteur n'est pas assommé. On retrouve cette habileté en ce qui concerne la magie. Elle est présente, et joue un rôle essentiel, mais l'auteur sait, mieux que d'autres, l'incorporer à sa trame et à ses personnages. Dans certains romans, lorsque la magie se manifeste, c'est la débâcle! Les caractères changent, les personnages se tapent dessus à coups de sort, on découvre que le vieil oncle Truc, que l'on croyait inoffensif, voire simplet, est un magicien... je n'aime pas du tout cette façon d'amener les choses avec de gros sabots. Lois McMaster Bujold évite cet écueil avec brio.

N'oublions pas que Lois McMaster Bujold parsème son livre de notes d'humour qui sont les bienvenues. Elles pourront paraître un peu mièvres à certains, mais elles m'ont plu, notamment la première partie du chapitre 29.

Un lecteur tatillon lui reprochera peut-être le manichéisme de certains de ses personnages. Il est vrai que Cazaril semble être parfait. Cela m'a un peu agacée (surtout lorsqu'il utilise le charme de mort sachant ce qui en découlera), mais c'est compensé par sa personnalité générale, toute en pondération, en réflexion, en humilité. Humilité qui ne devient pas de la bêtise, comme chez certains.

J'ai apprécié le personnage d'Iselle, surtout parce que j'ai commencé par la détester! Au début, elle m'agaçait prodigieusement! Elle pensait tout savoir mieux que tout le monde, affichait une belle assurance... ses buts étaient honorables, mais je la trouvais suffisante. Au long du livre, elle apprend de ses erreurs et de son maître à penser. Elle finit par ne plus agir de manière impulsive, et se révèle fine stratège.
J'ai apprécié Betriz aussi, même si elle est un peu éclipsée par Iselle.
L'auteur a particulièrement bien campé le personnage d'Ista. Je ne peux pas trop en dévoiler, mais elle est plus complexe que ce que l'auteur nous fait habilement croire au départ.
Quant à Orico et Thédèse, ils font partie des personnages complexes. Ils sont manipulés, et n'étant pas armés, ne savent pas réagir comme il le faudrait. Orico a l'air d'un abruti, et Thédèse est trop crédule, trop impulsif.

Remarque annexe::
En cherchant des informations sur la saga, j'ai découvert que les tomes 2 et 3 n'avaient pas grand-chose à voir avec le premier. Cela me donne moins envie de poursuivre la série, car je me suis attachée aux personnages. Néanmoins, je lirai les autres tomes, une fois que je me serai habituée à l'idée qu'ils ne sont pas vraiment la continuité du premier.

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
Je tiens à adresser mes félicitations à cette lectrice qui a très bien interprété ce roman, mettant toujours le ton approprié, rendant le texte vivant, mais n'en faisant jamais trop.

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lundi, 8 juin 2009

Les limites de l'enchantement, de Graham Joyce.

Les limites de l'enchantement

L'ouvrage:
Fern a été adoptée par une femme du village, madame Cullen, que tout le monde appelle Maman. Fern grandit en apprenant la science des plantes auprès de Maman. Elle apprend comment soigner tout un tas de maux, elle s'instruit dans l'art d'être sage-femme.

L'existence tranquille que connaît la jeune fille se fissure avec l'apparition de personnages mystérieux, dont un pour qui elle éprouve une étrange attirance.
En outre, la santé de Maman se dégrade...

Critique:
L'intrigue de ce livre se déroule en 1966. Pourtant, les thèmes abordés sont terriblement actuels. Maman résume assez bien les choses quand elle dit qu'on est rejeté lorsqu'on est différent. Malheureusement, on retrouvera toujours cela, que ce soit en 1500, en 1966, en 2009... Dans ce livre, ce qui est positif, c'est qu'on ne retrouve pas le schéma un peu cliché de «tout le monde se ligue contre la gentille Maman». Le thème est très bien exploré par Graham Joyce. L'apogée est atteinte au moment de «l'évaluation» de Fern.

Le personnage de Fern est très intéressant, car la jeune fille est tiraillée entre la façon dont l'a élevée Maman et les conventions du monde extérieur. Fern est sans artifices, ce qui lui joue certains tours pendant son évaluation. Elle ne sait pas dissimuler, ne sait pas mentir, même pour se protéger.
On retrouve aussi cette confrontation lorsque Fern suit des cours pour être sage-femme.
On remarque à quel point la jeune fille est inexpérimentée lors de la tentative de séduction qu'elle fait sur ce pauvre Arthur. Elle est tellement préoccupée par sa peur de devoir coucher avec lui qu'elle ne pense qu'à lui faire absorber les victuailles contenant des plantes censées lui ôter toute envie de conclure... La scène est très amusante. L'auteur réussit à la fois à nous faire rire de Fern et avec elle.
La fin montre une évolution de la part de la jeune fille. Il semble qu'elle ait réussi à trouver comment combiner les valeurs que Maman lui a enseignées et en lesquelles elle croit avec certains codes du monde extérieur. Elle est libérée de ses démons, et son coeur va naturellement vers quelqu'un qui ne l'a jamais déçue.

L'intrigue est bien menée, on sent peu à peu le piège se refermer sur Fern, et cela fait qu'elle découvre certaines choses.
Par ailleurs, les personnages sont épais. Bien sûr, certains sont détestables, et c'est leur seul trait de caractère, mais des personnages comme Bill ou Judith sont intéressants parce que complexes.

Il y a un moment du livre où Fern «pose la question». Pour cela, elle doit entrer en transe. Le lecteur partage ce moment avec elle: ce qu'elle voit, ce qu´elle rêve... tout cela est très bien décrit. A la fin, un doute subsiste. Fern a-t-elle réellement vécu le viol ou l'a-t-elle imaginé? Malgré ce qu'elle finit par découvrir, je n'arrive pas à accepter qu'elle l'a imaginé, surtout que l'explication qu'on lui en donne me semble fumeuse: cette théorie comme quoi elle le souhaitait inconsciemment me paraît extrêmement tirée par les cheveux.

Un autre mystère reste entier: on ne saura pas comment Judith tient l'un des personnages. On ne peut que supposer. Ou bien l'explication est-elle sous-entendue, et je n'ai pas su la saisir.

Je vous recommande ce livre avec lequel on ne s'ennuie pas une seconde.

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Grillet pour la Bibliothèque Braille Romande.

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