Editeur : Bernard Campiche

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lundi, 5 mai 2014

La corde de mi, d'Anne-Lise Grobéty.

La corde de mi

L'ouvrage:
Luce décide de reconstituer l'histoire de son père (Marc), afin de le comprendre. En effet, les relations entre eux n'ont jamais été faciles.

Critique:
Lorsque j'ai compris comment était structuré le roman, j'ai eu peur de ne pas l'aimer, car il regroupe certaines choses qui me déplaisent habituellement. Par exemple, la narratrice ne cesse de louvoyer entre le passé de son père, son propre passé, et son présent. Souvent, cette structure est inutile, et rend le roman artificiel. Ici, ce n'est pas le cas, car on découvre les tourments de Luce qui tente d'extirper cette histoire d'elle, et qui cherche son père à travers les maigres indices qu'elle peut glaner. En outre, cette structure rend compte de l'état d'esprit des personnages: ils sont perdus, torturés. Si cela semble brouillon dans d'autres romans, ici, c'est adéquat, et rend compte d'un méticuleux travail de l'auteur. Rien n'est laissé au hasard. Chaque information, chaque pièce du puzzle est donnée en temps voulu au lecteur.
D'autre part, lorsque Luce narre le passé de son père, elle parle à la troisième personne (ce qui est logique), ou bien elle s'adresse à lui. Habituellement, ces changements m'agacent. Mais ici, ils s'accordent avec ce que dit la narratrice et ses raisons de le dire à ce moment-là.

À l'instar de Marc et Luce, on se débattra dans les eaux troubles de cette histoire compliquée, de cette énigme à tiroirs, de ces personnages dont le mal être est presque palpable. Le lecteur sent bien qu'il faut creuser, voir au-delà de certaines réactions... cependant, certains personnages n'ont pas trouvé grâce à mes yeux. Si l'attitude de Marc peut s'expliquer, elle ne peut pas être excusée. Bien sûr, c'est un être complexe, et son rejet s'explique de plusieurs façons, pas uniquement par celle qu'on apprend vers la fin du livre. Il a éveillé ma compassion, mais a également suscité mon antipathie.
Quant à sa mère, elle n'a pas du tout éveillé ma compassion. Pourtant, on peut se demander comment on réagirait à sa place. Cependant, je ne peux la plaindre, car sa vie a été gouvernée par son égoïsme.
Les frères (Jocelyn et Aubain) sont des personnages apaisants pour le lecteur. Ils pensent toujours juste, énoncent toujours leur avis de manière sensée, ne sont pas dépourvus d'humour. C'est eux qui, sans le savoir, aideront Luce à y voir plus clair.

J'ai également apprécié le style de l'auteur. Tour à tour délicat, rude, poétique, il décrit parfaitement la psychologie des personnages, mais aussi le décor dans lequel ils évoluent.

Éditeur: Bernard Campiche.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 1 mars 2012

José (Joselito), d'Hubert Auque.

José (Joselito )

L'ouvrage:
Les parents de José sont partis d'Espagne. N'ayant pas de permis de travail pour la Suisse, ils ont laissé l'enfant à sa grand-mère. Plus tard, ils ont eu le fameux permis, et un autre enfant. Ils ont fait venir leur aîné en Suisse. José a du mal à se faire à sa nouvelle vie. Cela se traduit par des crises de larmes et des coups de poing à ses camarades, et même à son petit frère. Alors, il va voir une psychologue qui lui demande d'écrire ce qu'il ressent.

Critique:
Voilà un joli livre, porté par son personnage principal. Je suis tout de suite entré dans la peau et l'histoire de cet enfant très attachant. Ce petit garçon qui tente de s'adapter aux décisions des grands, se révolte qu'on semble ne pas tenir compte de son bien-être, cherche sa place. José refuse qu'on dicte à son coeur comment il doit réagir. Il a cette part de pureté de l'enfance (tous les enfants ne l'ont pas) qui fait qu'il ne monnaie pas ses sentiments. Il ne fait pas semblant d'aimer et d'être gentil pour qu'on accède à ses désirs. J'ai apprécié cela, car beaucoup d'hommes préfèrent agir hypocritement.
José émaille son texte de digressions et de remarques assez pertinentes. J'ai bien aimé qu'il ne veuille pas que les adultes cherchent toujours à expliquer pourquoi il pleure. Il veut rester libre de ses sentiments, là encore. Et s'il n'arrive pas à les comprendre, il ne veut pas qu'on les interprète à sa place.

Personne ne semble comprendre ce petit garçon sensible, déraciné, parachuté dans un monde inconnu, qui ne comprend pas lui-même l'immense détresse qui le submerge. Il connaît trop peu ses parents pour qu'ils soient un repère, n'aime pas son frère qu'il accuse d'être responsable de son dépaysement... Et puis, il écrit. Il réfléchit. Il se raconte. Il s'analyse, ainsi que ceux qui l'entourent. Tout cela est fait de manière très sensible, avec pertinence. On ne sait pas trop ce que lui dit la psychologue qu'il va voir. On sait qu'elle lit ses écrits à voix haute. De ce fait, on ne peut pas savoir si José fait ce cheminement seul, ou comment la psychologue l'y aide. C'est un peu dommage. Je me doute que la psychologue l'invite à se poser les bonnes questions, le met sur des pistes, mais comme on ne sait que par bribes ce qu'elle lui dit, on a l'impression qu'il évolue seul. C'est peut-être un peu gros. Cependant, cela n'enlève rien à la beauté du portrait d'un enfant assoiffé de tendresse.

On me dira que le livre est peut-être trop optimiste, et donc peu crédible. Je ne le pense pas. José est aidé par quelqu'un d'apparemment compétent, ce qui fait qu'il avance dans le bon sens. Il a la chance de faire de bonnes rencontres, de comprendre certaines choses grâce aux actes de ceux qui le côtoient.

J'ai eu du mal à cerner les parents de José, surtout son père. Ils ne l'aident pas vraiment à s'adapter. Je ne suis pas sûre que ce soient eux qui aient eu l'initiative de la psychologue. Ils ne semblent pas vraiment se préoccuper de leur fils aîné. Eux aussi doivent apprendre à le connaître, et ils sont maladroits. C'est compréhensible... mais j'ai été gênée par le fait que c'est surtout José qui évolue, et les incite, par sa conduite, à se montrer plus tendres. Cela aurait été à eux d'initier le dialogue, les marques d'affection sincères... Mais comme dit José: ce n'est pas toujours au plus grand de se montrer gentil au départ.

Je me suis un peu ennuyée pendant les passages sur la corrida, principalement parce que je désapprouve totalement ce qui y est fait.

J'ai aimé le style de l'auteur. Il a su trouver une voix et une façon d'écrire qui va parfaitement à José. On a vraiment l'impression que c'est un petit garçon qui nous raconte son histoire. J'ai d'ailleurs imaginé José physiquement, ce qui ne m'arrive jamais lorsque je lis. Une preuve que l'auteur a parfaitement su imaginer et décrire cet enfant.

Éditeur: Bernard Campiche.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Leonardi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a mis le ton approprié au style de l'auteur. Elle est parvenue à ne pas en faire trop tout en n'étant pas monotone. J'ai apprécié qu'elle ne tente pas de faire un accent exagéré pour les mots espagnols.

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jeudi, 23 juin 2005

Le sourire de Lisa, d'Anne Cunéo.

Le sourire de Lisa L'auteur:
Le livre étant sous-titré "Une enquête de Marie Machiavelli", je suppose que cette détective est une héroïne récurrente d'Anne Cunéo. C'est le premier livre d'elle que je lis.

L'ouvrage:
A neuf ans, Yves Boisselier a été accusé du meurtre de sa cousine, Lisa May. Il a toujours nié les faits. On a fini par le libérer, arguant qu'il l'avait sûrement tuée alors qu'il était en état de choc, et que de ce fait, il avait tout oublié du meurtre.

Vingt ans plus tard, Yves tombe amoureux de Jacqueline, sa cousine. Leur bonheur pourrait être parfait, mais il refuse de l'épouser tant que leur famille le croira coupable du meurtre de Lisa.
Marie Machiavelli réouvre le dossier.

Critique:
A mon avis, l'enquête policière passe un peu au second plan. Elle est un peu lente à démarrer. Qui plus est. Les habitués des ficelles policières trouveront qui est l'assassin bien avant Marie Machiavelli. Quant à l'autre coupable, (le vrai coupable), ils s'en douteront également bien avant la détective.

Cependant, Anne Cunéo veut faire passer un message bien plus important que cette enquête, message sur lequel il faut s'attarder: la violence familiale, les gens autour qui voient mais refusent de voir, ou qui ne voient carrément pas que la personne crie au secours. En outre, même si tout est élucidé, la fin laisse un goût amer, car le vrai coupable ne sera jamais vraiment châtié. Le lecteur est tout à fait d'accord avec Marie Machiavelli lorsqu'elle pique une crise de rage, crise qui lui vaudra de se faire traiter d'hystérique à demi-mots...

Dans la postface, Anne Cunéo nous apprend que cette histoire est tirée de faits réels, ce qui la rend encore plus actuelle...

Éditeur: Bernard Campiche.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Irène Verrey pour la Bibliothèque Braille Romande.

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