jeudi, 26 août 2021

Le passage de la nuit, d'Haruki Murakami.

Le passage de la nuit

L'ouvrage:
Cette nuit-là, Marie ne veut pas la passer chez elle. Alors, elle va dans un bistro où elle lit.
Pendant ce temps, sa soeur, Eri, dort.

Critique:
Ce roman m'a plu. Comme c'est Murakami, il y a des éléments un peu déroutants. Par exemple, que faut-il exactement comprendre concernant ce qui arrive à Eri? A-t-elle rêvé? Ce qu'elle semble vivre s'est-il vraiment passé? Si oui, pourquoi? J'ai préféré suivre Marie qui, en une nuit, apprend des choses sur sa soeur et peut-être sur elle-même. C'est le genre d'éléments que j'affectionne, et en plus, c'est cohérent. D'autre part, Marie vit des choses qui lui font entrevoir un monde détestable, le style dont on sait qu'il existe, mais avec lequel (du moins, quand on est comme Marie ou moi) on n'a pas envie de frayer. J'ai trouvé dommage que personne ne puisse rien faire pour le personnage faible et abusé, mais là encore, c'est typique. J'imagine que Marie a ressenti confusément la même chose que moi, car elle évoque une sorte de complicité qui aurait pu naître entre elle et le personnage.
À propos de ce qui arrive au personnage faible, Murakami parvient à créer un élément à la fois effrayant et drôle. C'est l'espèce de comique de répétition qui se produit avec le téléphone portable. Une dimension incongrue s'ajoute à cela, car l'un des personnages ayant affaire à ce téléphone est justement celui qui a tenté de faire un peu de conversation à Marie en début de soirée.

L'ambiance nocturne et les différents événements qui se succèdent rapprochent le tout de l'onirisme, surtout le parfum de fantastique qui se dégage de certains éléments.

La remarque qui suit est du type pléonasme, mais je ne peux m'empêcher de la faire: «Le passage de la nuit» est un roman murakamien. ;-)

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amélie Ardio pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je connais peu cette lectrice, d'autant qu'elle n'enregistre plus pour la BSR depuis plusieurs années. J'ai apprécié sa lecture de ce roman.

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lundi, 19 octobre 2020

Ne te perds pas en chemin, de Margaret Mizushima.

Ne te perds pas en chemin

L'ouvrage:
Cet après-midi-là, Adrienne (une employée des Sources Chaudes qui prodigue également des massages aux animaux, et est la petite amie du shérif adjoint) devait travailler quelques heures à la clinique vétérinaire de Cole Walker. Elle ne se montre pas. Les heures passent, et elle ne donne pas signe de vie...

Critique:
Si j'ai aimé le tome 1 de cette série, j'ai davantage apprécié sa suite. Les personnages sont bien installés, ont pris leurs habitudes les uns avec les autres, c'est sympathique de les voir évoluer ensemble. De plus, on apprend autre chose sur le passé de Mattie, chose dont je ne me doutais pas du tout.

L'intrigue du tome 1 m'a plu, mais j'étais un peu déçue d'avoir décrypté un indice; celle du tome 2 m'a semblé mieux ficelée. Les enquêteurs ne vont pas dans la bonne direction du premier coup, mais moi non plus. Je n'ai trouvé que lorsque l'autrice l'a décidé. J'ai également apprécié que tout ne soit pas concentré sur le travail des policiers. Il m'a plu de retrouver Cole au travail et dans sa vie privée. À ce sujet, pour l'instant, la romancière ne s'essouffle pas. Bien sûr, ce n'est que le tome 2, il faudra voir ce que donne la suite.

J'ai apprécié que Margaret Mizushima n'ait pas englué un personnage dans son ressentiment, et que ce protagoniste se soit montré plus sympathique envers notre héroïne que dans le tome 1. J'avais peur qu'il campe sur ses positions, et finisse par avoir l'air extrêmement ridicule et stupide.

Comme dans le tome 1, j'ai beaucoup aimé voir Mattie et Robo au travail: leur complicité, leur respect et leur grand attachement l'un envers l'autre...

La fin n'est pas absolument satisfaisante pour les personnages, mais tout ne peut pas toujours bien se terminer.

Il y a quand même un petit détail qui, pour moi, était un indice concernant un élément secondaire, c'est ce que Sophie pense de Bruno. Je suis contente parce que j'avais raison, et que je n'avais pas trouvé comment ce détail prendrait de l'importance. J'ai beaucoup aimé ce qu'a fini par en faire Margaret Mizushima.

C'est là que nous arrivons au moment fatidique de la complainte de la livrophile. Les tomes suivants ne sont pas encore sortis. Vais-je avoir la patience de les attendre, ou finirai-je par les lire en version originale, malgré mon besoin maniaque de continuité (tant au niveau de la langue que de la lectrice)?

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Flora Brunier.

Tout comme dans le tome 1, le talent de Flora Brunier ne s'est pas démenti. Parfois, elle a dû jouer certaines nuances (une pointe de larmes dans la voix de Mattie, un brin d'insolence et de ressentiment dans celle d'Angie), et elle s'en est très bien tirée.

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jeudi, 15 octobre 2020

Les sentiers de l'oubli, de Margaret Mizushima.

Les sentiers de l'oubli

L'ouvrage:
Timber Creek, petit village du Colorado. Mattie Cobb, lieutenant de police, vient d'achever sa formation dans l'unité cynophile de Denver. Elle est déjà très attachée à son équipier, le berger allemand Robo. Pour leur première enquête, ils sont appelés près d'une cabane dans la forêt. La garde forestière a repéré des allées et venues suspectes, et ce jour-là, une grande tache de sang ne fait que renforcer ses craintes. Robo s'élance tout de suite sur une piste. Ils tombent sur un bouvier bernois blessé montant la garde auprès... d'un cadavre.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Je vous conseille de ne pas lire la quatrième de couverture en entier, car elle en dit trop. Heureusement pour moi, je l'ai lue longtemps avant de me lancer dans le roman, ce qui fait que j'en avais oublié une grande partie. C'est en la relisant pour avoir l'orthographe de certains noms propres que je me suis aperçue qu'elle en disait trop.

L'enquête n'est pas forcément pleine de tension de bout en bout, mais l'autrice maîtrise ses effets. Les rebondissements sont à propos. Il y a bien un ou deux faux indices, mais je les ai pardonnés à la romancière, car ils étaient plausibles. De plus, un autre indice aiguille le lecteur vers la solution. J'ai été un peu déçue que l'héroïne ne le décrypte pas rapidement, surtout parce que moi, je l'ai décrypté. Cependant, elle est excusable, car l'explication qu'elle trouve au départ se tient.

Les personnages principaux sont attachants. Mattie fait son travail avec coeur. Quant à sa vie privée, elle n'est pas calme à cause du passé qui la tourmente. À ce sujet, j'imagine que les choses vont avancer dans le tome 2 de la série.
Cole et ses filles sont très sympathiques. J'ai un peu peur qu'à leur propos, la romancière s'essouffle un peu si Cole ne parvient pas à concilier un peu mieux sa vie privée et son travail.
C'est Robo que j'ai trouvé le plus attachant. Il a même réussi à me faire sourire, alors que la situation était très tendue, car il frétillait de joie à l'idée de s'occuper d'un «méchant». J'ai apprécié que la romancière ne montre pas que Mattie et Robo ont une relation absolument parfaite. Ils sont très attachés l'un à l'autre, complices, respectueux l'un de l'autre, mais parfois, Robo tente de dominer certaines situations. J'ai du mal à le croire, car pour moi, les animaux sont parfaits (hahaha) mais je sais que c'est la vérité. Cela m'a rappelé le témoignage de Shreve Stockton racontant son amitié avec un coyote. Celui-ci cherche les limites, et elle ne parvient pas à les lui imposer.

La romancière analyse bien la psychologie de ses personnages, leurs sentiments, leurs émotions.

Je vais me hâter de lire le tome 2. En anglais, il y a d'autres tomes. J'espère qu'ils sortiront en français, et bien sûr, en audio. Si cela n'arrivait pas, je pourrais les lire en anglais, car j'apprécie le jeu de la lectrice, mais j'aimerais bien qu'il y ait une certaine continuité.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Flora Brunier.

Il m'a plu de retrouver cette comédienne dont j'apprécie la voix et le jeu. Ici, elle n'a pas démérité. Elle modifie sa voix (à peine, et non à outrance) pour les rôles masculins, elle joue les sentiments des personnages sans cabotiner.

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jeudi, 29 août 2019

Double piège, d'Harlan Coben.

Double piège

L'ouvrage:
Voilà peu de temps que Joe est mort, victime de braqueurs qui en voulaient à son portefeuille, sous les yeux de sa femme, Maya. L'amie de cette dernière, Aileen, lui offre alors une caméra à mettre dans son salon afin d'enregistrer notamment les faits et gestes de la baby-sitter. En effet, après la mort brutale de son mari, Maya n'a plus confiance en grand-chose, et Aileen pense que pouvoir contrôler ce que fait la nounou avec Lily (l'enfant de deux ans de Joe et Maya) la rassurerait. Pendant plusieurs jours, la jeune femme jette un œil distrait aux enregistrements. Un soir, en visionnant celui de la veille, elle voit un homme s'asseoir sur le canapé et prendre Lily sur ses genoux. Cet homme... c'est Joe.

Critique:
J'ai commencé par snober ce roman pour plusieurs raisons. Je ne pardonnais pas à Harlan Coben des romans qui m'avaient déçue, comme «Sans un mot», «Dans les bois», et «Six ans déjà». En outre, ce genre de scénarios (un conjoint mort refaisant surface) me rappelait «Ne le dis à personne» et d'autres. Récemment, je me suis laissée tenter par «Sans défense» que j'ai bien aimé. J'ai donc décidé de donner une chance à certains livres d'Harlan Coben que j'avais dédaignés. «Double piège» est le premier. Je suis contente de l'avoir lu parce qu'il m'a plu. L'auteur ne fait pas l'erreur que j'avais crainte: réécrire certains de ses romans. Certes, Maya enquête quant à ce que lui révèle la caméra, mais ce n'est pas la seule chose qui la fait investiguer. Très vite, le lecteur se rend compte qu'un drame ayant eu lieu quatre mois plus tôt prend beaucoup de place.

Autre chose m'a plu: certains personnages ne sont pas ce qu'on croit au départ. On me dira que ça, c'est une très vieille ficelle. C'est vrai, mais pour moi, le romancier tel que je le connaissais ne s'en serait pas pris à l'un de ceux dont il finit par montrer la duplicité. Donc je ne le soupçonnais pas du tout. Surtout que des indices désignant d'autres protagonistes comme n'étant pas très nets sont donnés, et qu'on ne peut même pas accuser l'écrivain de jeter de faux coupables en pâture... Donc là, il s'en sort bien.

Je pense qu'en général, les lecteurs sont comme moi: quand le personnage principal dit quelque chose, et semble de bonne foi, je le crois. L'auteur a aussi joué là-dessus. Je ne dis pas qu'il ne faut pas croire Maya, mais que l'écrivain s'est débrouillé pour que la croire soit la chose à faire, mais que cela ne nous montre pas tout de suite la vérité. Il y a une chose que je n'avais pas du tout devinée. Par ailleurs, Maya, tout en étant sympathique, est ambiguë. Elle-même accentue cela lors de son aveu à Shane... et aussi au moment de sa décision finale. C'est également ce qui fait qu'elle se démarque des personnages habituels d'Harlan Coben: elle est placée devant un choix plus difficile que ceux-ci, et n'opte pas forcément pour ce qu'ils auraient décidé.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. À un moment, j'ai cru savoir pourquoi Théo avait été tué, et je me suis trompée. Je préfère ce qu'a inventé l'auteur: ce que je pensais était trop remâché.
J'aurais voulu que quelque chose soit davantage explicité à la fin, parce que j'aurais aimé savoir exactement ce que deviennent certains, à quel point ils ont souffert (ils le méritaient), etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Êve Dufresne pour les éditions Audiolib.

Comme d'habitude, j'ai apprécié l'interprétation de la comédienne. Elle rend très bien les émotions des personnages sans modifier sa voix à outrance pour les différents rôles.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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jeudi, 23 mai 2019

Mauvais garçons, de Linwood Barclay.

 Mauvais garçons

L'ouvrage:
Zack Walker est maintenant journaliste. En ce moment, il observe le travail d'un détective privé (Lawrence Jones) pour son prochain article. L'ancien policier surveille des truands qui cambriolent des boutiques. C'est au cours d'une de ces surveillances que Zack lui raconte que sa fille, Angie (dix-huit ans), est embêtée par un adolescent de son âge. Zack ne sait pas vraiment si le garçon lui semble être un danger pour Angie ou pour lui-même qui serait obligé de voir sa fille grandir.

Critique:
Moi qui me suis lassée des polars «classiques» de Linwood Barclay, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé les Walker. Ce qui change, c'est que les romans mettant cette famille en scène sont majoritairement drôles. Zack est toujours obsédé par la sécurité, par ceux dont on ne se méfie pas assez... Il est un aimant à ennuis, car on le retrouve partout où il y en a. Il s'en attire aussi en se lançant dans des expéditions rocambolesques et en se transformant en détective du dimanche.

L'auteur a créé du comique de répétition, avec, par exemple, les allusions récurrentes à la garde-robe peu attrayante de Zack.
Même lorsque notre héros est en très mauvaise posture, l'écrivain glisse des instants cocasses qui ne tombent pas à plat. Certains reposent sur l'adoration fétichiste d'un truand pour les barbies. Celui qui m'a le plus fait rire est soigneusement préparé par de petits faits anodins, des circonstances qui s'additionnent pour aboutir à... ce qui arrive à la fin du chapitre 35 et au début du 36. Je suis étonnée que le romancier soit si bien parvenu à agencer situations et répliques pour faire rire et effrayer sans en faire trop. Il se sert d'ailleurs de l'humour pour détourner l'attention du lecteur... pour mieux le plonger dans la terreur de ce que vivent les protagonistes.

On s'identifie facilement aux personnages. Ils ont une vie quotidienne banale. De là à craindre d'être transporté dans les mêmes tourments qu'eux, il n'y a qu'un pas.

Une très bonne comédie policière!

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Alain Petit pour l'INCA
Le lecteur a su entrer dans la peau des personnages, et louvoyer entre comique et terreur sans trop en faire. Sa prestation aurait pu être telle que je n'aurais pas regretté que ce tome ne soit pas enregistré par Yves Vanmeenen, qui a lu le 1 pour la Ligue Braille. Malheureusement pour moi, Alain Petit prononce certains noms propres avec un accent anglophone. Je sais qu'au Canada, on le fait encore plus qu'en France. Cela ne m'a pas empêchée de trouver affreux d'entendre «Trevor» à tout bout de champ prononcé à l'anglophone (et ce n'est pas le seul) dans le texte en français. J'avais même l'impression (mais peut-être prenais-je mes désirs pour des réalités) qu'il était pénible au lecteur de faire la gymnastique.

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