Editeur : Au diable Vauvert

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lundi, 2 septembre 2013

Manuel de survie à l'usage des incapables, de Thomas Gunzig.

Manuel de survie à l'usage des incapables

L'ouvrage:
L'aventure commence parce que le directeur des ressources humaines d'une grande surface décide de licencier une caissière. C'est alors que Jean Jean (l'agent de sécurité chargé de prendre la caissière en faute), commet l'irréparable. Son acte est accidentel, mais les quatre jeunes loups qui en font les frais n'en ont cure. Jean Jean doit payer.

Critique:
Il y a deux aspects très contrastés dans ce livre. C'est d'abord une critique très féroce et bien pensée de la société de consommation, de la course au pouvoir, de l'absurdité de la main mise de certaines marques, en gros, des ravages de la vanité de l'homme. Tout cela est très bien exposé par différents exemples qui donnent à voir ce qu'il pourrait arriver si l'homme continue dans cette voie. Tout cela est intéressant et réaliste, malgré l'aspect irréel de certaines choses.

Cependant, l'intrigue dans laquelle c'est mis en place ne m'a pas autant plu. D'abord, on ne s'attache à aucun personnage. Soit à cause de leurs gènes soit à cause de leur personnalité, ils sont tous détestables. Entre les brutes sanguinaires, l'insensible autoritaire, et le lâche, le lecteur n'a pas grand-monde à apprécier. Peut-être quelques personnages secondaires... On me dira qu'il est normal que certains personnages soient détestables, car leur façon de penser n'est pas seulement humaine. Ils sont un étrange mélange, et c'est ce qui fait qu'on a du mal à s'y attacher. C'est peut-être cet entre deux qui est perturbant. À un moment, ce qu'ils vivent fait qu'ils deviennent un peu plus sensibles à certaines choses, mais cela ne m'a pas fait les apprécier pour autant.

Certes, il m'est déjà arrivé d'apprécier un livre sans aimer ses personnages. Oui, mais ici, l'intrigue est sans surprises. Elle est même lente. Une fois que les choses sont posées, on a l'impression de faire du surplace. Nos héros poursuivent un but, et font n'importe quoi (même une chose très risquée dont ils savent qu'elle va les mener à leur perte) pour l'atteindre. Tout cela fait que j'ai eu du mal à entrer totalement dans le roman. Tout au long de ma lecture, j'ai gardé une certaine distance.

La structure colle à ce qu'a voulu faire l'auteur. Au début, il présente les protagonistes, puis on les voit en alternance. Les chapitres sont assez courts, ce qui donne du rythme au roman.

Le style se veut vif et humoristique. Au tout début, cela m'a gênée, car je trouvais que Thomas Gunzig en faisait trop. À vouloir faire de l'humour, il faisait des comparaisons grandiloquentes, ce qui devenait lourd. Heureusement, cela ne dure pas.

Remarque annexe:
Quand les frères racontent l'histoire de l'inventeur des beignets de poulet, ils l'appellent Robert, puis Charles. Est-ce une coquille ou bien une facétie de l'auteur qui voulait montrer que cet inconscient s'était même fait déposséder de son prénom? ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Au diable vauvert dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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lundi, 6 août 2012

La vie, de Régis de Sà Moreira.

La vie

L'ouvrage:
En de courts paragraphes, ils se racontent. Ils prennent le bus, aiment ou trompent leur conjoint, sont heureux, désespérés, ne comprennent pas, ont différents points de vue, ne se connaissent pas... Ils racontent la vie.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Mari et femme», j'aurais dû me douter que Régis de Sà Moreira reviendrait avec une idée des plus originales. Là encore, le concept m'a séduite. On commence par les pensées d'une personne, puis d'une autre, etc. Chaque moment pensé par un personnage est relié au précédent. Certains répondent à des pensées qui les concernent. Au début, je me suis dit que l'auteur ne parviendrait pas à rester égal dans tout le livre, que cela deviendrait vite très lourd. Il n'en est rien.

Si cette idée insolite a de quoi interpeller le lecteur, le contenu du roman n'est pas en reste. L'auteur ne se contente pas de mettre bout à bout des moments. Il leur donne vie d'un style alerte, vif, d'une plume légère, avec bonne humeur. Toutes ces pensées sont tour à tour drôles, graves, tendres, violentes... Comme une série de diapositives, ces petits instants de vie décrits avec verve et pertinence, ne pourront que toucher le lecteur. Il se surprendra d'ailleurs à imaginer d'autres instants de vie de certains de ces personnages.

On sait tous que la boulangère, le boucher, le garagiste que l'on côtoie cinq minutes en passant ont leur vie. C'est ce qu'a voulu montrer l'écrivain. On rencontre tous ces gens trente secondes, et en ce court laps de temps, on prend conscience qu'ils ne sont pas seulement la boulangère ou le garagiste.
Et bien sûr, parfois, certains actes sont interprétés différemment, ce qui plaît à certains déplaît à d'autres, etc.

Outre certaines pensées amusantes ou bien senties, l'auteur pousse l'exercice et la facétie jusqu'à rapporter des pensées d'objets, de morts, d'animaux, d'hommes préhistoriques. Imaginez que vous disiez à quelqu'un qu'au temps des hommes préhistoriques, telle chose était différente. Au paragraphe suivant, un homme préhistorique vous répond, et explique non sans humour pourquoi. ;-)

Parmi les idées loufoques de certains personnages, nous avons celle de la fille qui aimerait bien que la connaissance d'une langue soit sexuellement transmissible, l'enfant qui n'en veut pas à sa mère d'avoir avorté de lui, la fillette qui se coupe de sa famille en se projetant en Laponie, la mère du chômeur qui tente de lui obtenir un travail en inscrivant «prix Nobel» sur son CV et en y collant la photo de Steve McQuinn, et tant d'autres!

À lire pour se détendre, sourire, et imaginer, ensuite, ce qui se passe dans la tête du facteur, du plombier, de la voisine, etc.

Note: ce livre sort le 22 août 2012.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Au diable vauvert dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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jeudi, 5 mai 2011

Mari et femme, de Régis de Sá Moreira.

Mari et femme

L'ouvrage:
Ils sont mariés. Ils font chambre à part, et vont bientôt se séparer. Mais ce matin-là, tout bascule. À son réveil, l'homme se rend compte que son esprit est dans le corps de sa femme et inversement.

Critique:
Ce livre suscite forcément la curiosité. Qui n'a pas imaginé ce genre de situation sans, toutefois, jamais aller très loin dans le raisonnement? Un roman de ce genre éveille donc l'intérêt du lecteur.
Ensuite, l'auteur doit tenir les promesses annoncées par un tel sujet. Le défi n'est pas facile à relever. Régis de Sá Moreira s'en sort très bien, à mon avis.

Ce couple, obligé de faire preuve d'empathie, est assez fascinant. L'auteur les plonge dans plusieurs situations hilarantes tant grâce à des réflexions qu'ils font (surtout le mari que nous suivons), que grâce à des situations loufoques.
D'abord, le mari se voit contraint d'assurer le travail de sa femme: agent littéraire. Il n'y connaît rien, et fait de son mieux. J'ai adoré la façon dont il s'en tire lorsque l'auteur de best-sellers lui demande ce qu'il a pensé de son manuscrit. N'oublions pas ce qui arrive à ce même auteur renommé lorsqu'il a le malheur de tenter de caresser son agent littéraire. La scène du scrabble chez les parents de la femme est, elle aussi, très drôle. Bien sûr, je ne donne que quelques exemples.
Si les situations sont cocasses, si le lecteur rit soit avec les personnages soit d'eux, le texte fait également réfléchir. Derrière le rire, l'auteur force son lecteur à se pencher sur la routine, les différentes façons de voir, de se répartir les tâches, d'accepter l'autre, etc.

Outre cela, le mari se rend compte de ce qu'implique le fait d'avoir un corps de femme. Il passe par plusieurs phases quant à sa prise de conscience, et elles sont toutes intéressantes et vraisemblables.
L'auteur sait créer des situations auxquelles on s'attend, mais aussi certaines qui surprennent le lecteur. De plus, les réactions des personnages sont réalistes.
J'ai trouvé un peu dommage qu'on ne voie pratiquement que celles du mari.

Ce livre fait également travailler l'imagination du lecteur. En effet, les protagonistes n'ont pas d'identité (du moins, l'auteur ne nous la donne pas), ce qui fait qu'on s'identifie encore plus facilement à eux. On s'imagine, faisant face aux mêmes situations qu'eux. J'imaginais très bien mon mari et moi vivant cette incongruité d'échange des corps. Au long de ma lecture, je nous voyais dans les situations vécues par les protagonistes, et en inventais d'autres.

Le style est du genre qui, d'habitude, m'agace. Ce sont de courts chapitres constitués de phrases brèves rédigées au présent. L'histoire m'ayant beaucoup plu, le style ne m'a pas gênée.

J'ai juste deux petits reproches à faire.
Il est un peu cliché que la femme mange diététique, ne fume pas, fasse du sport, boive de l'eau, alors que l'homme fait le contraire.
Pourquoi la femme est-elle la seule à se rendre compte du plaisir engendré par des caresses buccales en tant qu'homme? Il aurait été intéressant que le mari, dans le corps de sa femme, fît la même découverte, et veuille, lui aussi, faire en sorte que son conjoint le ressente le plus souvent possible.

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Jaccoud pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime bien la façon de lire de Christine Jaccoud: sobre tout en étant vivante.
À certains moments, une autre voix prend le relai. (Je crois avoir reconnu celle d'Isabelle Chabanel.) Je trouve cela dommage. Je me doute que si cela a été fait ainsi, c'est parce qu'il y avait nécessité de relire certains passages (pour une raison X ou Y), mais peut-être aurait-il été plus judicieux de les faire relire par Christine Jaccoud. Personnellement, cela m'a dérangée.

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mercredi, 9 mars 2011

Artères souterraines, de Warren Ellis.

Artères souterraines

L'ouvrage:
Mike McGill est détective privé. Ses affaires ne sont pas florissantes: il lui reste trois dollars sur son compte bancaire. Il a engagé une longue lutte contre un rat mutant qui lui pourrit la vie. C'est alors que le chef du cabinet du président des États-Unis l'engage. Il doit retrouver un livre perdu depuis les années 50. Cet ouvrage est censé détenir le pouvoir de guérir l'homme de ses perversions. Pour le retrouver, Mike devra accomplir une odyssée sauvage, et plonger au coeur de l'enfer.

Critique:
Voilà un polar atypique. Son style et certaines scènes en choqueront sûrement certains. Cependant, j'espère qu'ils surmonteront cela, car sous des dehors crus, malsains, et sales, ce livre cache un véritable trésor. Ce n'est pas seulement un catalogue de travers énoncé d'un style ordurier. En général, un style cru me déplaît souverainement. Ici, j'ai trouvé qu'il allait bien avec le ton général du livre et avec les milieux décrits. Je n'imagine pas ce roman écrit autrement. Par ailleurs, le langage n'est pas ordurier en permanence. Cet ouvrage n'a pas vraiment de style, car on y retrouve des miettes de poésie, des phrases bien écrites, bien construites, sans une once de vulgarité.

Habituellement, la description d'attitudes malsaines et perverses me dérangent. Ici, l'écoeurement est le but. Le lecteur se retrouve dans la position de Mike qui découvre les horreurs dont sont capables certains hommes. On me dira que toutes ces barbaries sont caricaturales, et ne savent que donner une mauvaise image de l'Amérique. Comme pour le roman en lui-même, il faut creuser: chercher les hommes sous la perversion. Ce que voit Mike est un échantillon. Il le dit lui-même. En effet, il est «un aimant à merde»: il ira toujours dans les endroits où on trouvera de la perversion.
La critique d'une certaine population est renforcée lorsque les personnages se rendent dans un restaurant misogyno-macho conseillé par Bob, et que celui-ci se fait un devoir de manger son énorme assiette de viande crue. Le lecteur ne sait pas si cela lui plaît, mais il est sûr qu'il se contraint à finir son assiette pour ne pas être banni du restaurant, et pour faire comme tout le monde, pour faire ce qui se fait. C'est aussi une forme de perversion: pourquoi vouloir à toute force se conformer à une règle qu'on ne comprend pas? L'auteur fait ici la critique des gens qui se comportent en moutons de Panurge.
Il effleure également l'une des grandes faiblesses de l'Amérique: son refus d'admettre le génocide indien. C'est évoqué dans un dialogue où Mike fera preuve d'humour noir (comme souvent au long du livre), tout en appuyant là où ça fait mal:
«Que sais-tu des cultures amérindiennes?
-Juste l'essentiel: qu'on les a empoisonnés avec des couvertures infectées. Je me demande toujours pourquoi on ne s'offre pas des couvertures miniatures en cadeau à Thanksgiving.»

Ce livre contient des aspects amusants. Outre certaines réflexions de Mike, outre l'étalage de déviances qui, à force de surenchérir dans l'horreur, peuvent devenir loufoques, la parodie de la quête du saint Graal fera sourire. Tel un chevalier, Mike subira des épreuves (dont l'injection d'une substance saline dans les testicules), et sauvera sa belle de plusieurs dangers. Il est le chevalier assez pur (le seul à ne pas souffrir de déviance au milieu de toute cette crasse décrite), pour pouvoir atteindre le saint Graal, c'est-à-dire le livre que recherche la maison blanche. Comme le Graal, ce livre le mettra en danger. Mike est envoyé d'un propriétaire au suivant, comme cela pourrait être le cas dans un conte cruel.
L'aspect de la quête en forme de conte pourrait engendrer des longueurs, et pourtant, il n'en est rien. Je ne me suis absolument pas ennuyée. Ce livre est trop original pour que l'ennui ait droit de cité.
La toute fin est à l'image du livre dans son ensemble. Je trouve ça très fort de la part de l'auteur: en un bref chapitre, il rend l'ambiance général du livre.

Le roman suscite un débat intéressant, celui qu'ont Mike et Trix quant à anéantir la perversion chez les gens. Faut-il tuer certaines caractéristiques d'une personne afin de la rendre plus saine? Mike et Trix avancent tous les deux des arguments pertinents. Mais le plus important n'a pas été donné: à partir du moment où une perversion nuit à quelqu'un, il faut tenter de l'éradiquer. Trix dit que la zoophilie ne nuit à personne. Elle semble oublier que les animaux ne sont pas consentants. Ce qui révulse là-dedans, ce n'est pas tant que certains hommes aient ces désirs malsains que le fait qu'ils les assouvissent et fassent souffrir d'autres êtres vivants. D'un autre côté, rien ne dit que ce «traitement» réussirait, et que les hommes en ressortiraient jouissant de toutes leurs facultés mentales.

Le personnage de Mike est attachant: anti-héros au bord de l'amertume, il lui reste assez de candeur pour être choqué et dégoûté par les atrocités de ce monde. À la fin, il finit par sortir de son marasme, et poussé par l'amour ou sa conscience, ou les deux, il accomplit quelque chose d'héroïque. Le style et le ton du roman font que cet acte ne paraît pas mélodramatique ou larmoyant.
J'aime moins Trix, même si certains aspects de sa personnalité m'ont plu. Elle est intéressante, mais je n'ai pas accroché à ce personnage. Je l'ai trouvée rebelle dans le mauvais sens du mot. Il me semble qu'elle revendique à tort et à travers, et donc, pas toujours à bon escient.
Je lui préfère la jeune fille étrange qu'on rencontre très brièvement au chapitre 2, et qui tente d'opérer une rencontre entre deux cultures. Cette Pythie moderne aurait mérité d'être davantage approfondie.

Je suis sûre que ce roman fourmille d'autres symboles que je n'ai pas su décrypter. C'est un livre riche, qui invite à la réflexion tout en permettant à son lecteur de s'amuser un peu. S'il y avait une adaptation à l'écran, le metteur en scène aurait énormément de matière pour faire un film très réussi.

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Annen pour la Bibliothèque Braille Romande.
Je ne sais pas si le lecteur a pris autant de plaisir que moi à lire ce roman, mais s'il lui a déplu, il a parfaitement su le cacher. Son interprétation est juste. Un tel ouvrage doit être assez difficile à lire à voix haute. Il s'en tire très bien.

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mercredi, 16 février 2011

Porteurs d'âmes, de Pierre Bordage.

Porteurs d'âmes

L'ouvrage:
Léonie a vingt ans. Après douze ans d'un calvaire orchestré par sa tante, Destinée (qui l'a prostituée dès l'âge de huit ans), elle parvient à s'enfuir. Elle va devoir se débrouiller pour survivre. Dans un foyer d'accueil, elle rencontre une fille qui lui dit que si elle accepte de servir de cobaye pour un médicament, elle sera bien payée.

Cyrian rêve de faire partie du club très fermé des titans. Pour cela, il devra faire certains sacrifices.

Edmé est policier. Il enquête sur une série de meurtres étranges: des femmes violées et noyées.

Critique:
J'ai beaucoup apprécié ce livre.
L'auteur évite écueils et clichés. Certains me diront que l'histoire d'amour principale est convenue. Peut-être, mais après ce qu'ont vécu les personnages, il aurait été étrange qu'il en aille autrement.
L'histoire ne souffre pas de longueurs. L'auteur sait, dès les premières pages, captiver son lecteur, qui ne trouvera le repos qu'après avoir fini le roman. (J'en sais quelque chose... j'ai passé une quasi nuit blanche pour le terminer.)
Le style est agréable, clair, délicat, fluide.

Le livre est structuré d'une manière que je n'aime pas, d'habitude. Chaque chapitre évoque un des personnages principaux. Ici: 1=Léonie, 2=Cyrian, 3=Edmée. Puis, on revient à Léonie. En général, les livres structurés ainsi m'agacent, car je trouve cela artificiel, et j'ai du mal à entrer dans l'histoire: en effet, dès que je commence à apprécier une intrigue, je suis brutalement replongée dans une autre. De plus, avec ce genre de structures, certains chapitres m'intéressent moins, car au départ, certains personnages ne m'attirent pas. Ici, cela a été tout le contraire. Lorsque je changeais de chapitre, j'étais ravie de retrouver les personnages dont il allait être question.
À la fin, tout n'est pas vraiment réglé, du moins en ce qui concerne une chose.

Les thèmes abordés le sont intelligemment, de manière à faire réfléchir. Par exemple, Pierre Bordage trouve un moyen très sûr pour que ses personnages ressentent de l'empathie.
Il parvient à faire basculer ses protagonistes dans un tourbillon d'aventures sans que cela paraisse gros. Il les fait aller au bout d'eux-mêmes, se dépasser. Ceux qui le méritent sortent grandis de l'épreuve.
À l'instar de Douglas Kennedy, Pierre Bordage raconte une histoire qui, sous la plume d'autres, serait mièvre, fade, et poussive.

On me dira que Léonie peut paraître invraisemblable. Elle connaît d'atroces souffrances physiques et psychologiques, et elle se relève toujours. C'est peut-être l'une des failles du récit, même si cela ne m'a pas gênée pendant ma lecture. Et si on peut reprocher cela au début, ce qui se passe par la suite change les choses. Léonie puise une nouvelle force dans ce qui lui arrive...

Cyrian est intéressant parce qu'on le voit évoluer au long de l'intrigue. On le voit éclore, si j'ose dire. Son égoïsme et son envie de tout avoir tout de suite font qu'il sera obligé de découvrir une réalité dont il ignorait l'existence, de ressentir tout un flot d'émotions insoupçonnées. Cela le fera s'ouvrir, s'épanouir, prendre ses responsabilités. Le lecteur assiste à ce qu'on pourrait appeler la métamorphose de Cyrian. ;-)

Edmé est intéressant parce qu'au début, il fait penser à certains policiers qu'on rencontre au détour de plusieurs romans: très gentils, ayant souffert, désabusés, n'ayant plus rien à attendre de la vie. Mais Edmé évolue, lui aussi. Il ne se résume pas à ce portrait vite esquissé qui est celui de tant de détectives de polars et thrillers.

Note: J'ai classé ce roman en science fiction. En fait, c'est un thriller de science fiction. Ceux qui sont effrayés par la science fiction à cause de ses machines compliquées et de ses théories complexes peuvent, sans crainte, lire cet ouvrage.

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ghislaine Pérésan pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix agréable, et son ton est approprié. Elle interprète ce livre avec ce qu'il faut de sensibilité.

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