Editeur : Anne Carrière

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vendredi, 1 novembre 2013

Le goût du bonheur, tome 3: Florent, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 3: Florent

Ne lisez pas cette chronique si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes de la série.

L'ouvrage:
Juin 1949.
Adélaïde doit faire face au coup qui la frappe. mais si elle est la plut touchée, elle n'est pas la seule à souffrir. Grâce à l'amour des siens et à son travail, la jeune femme va tenter de se reconstruire.

Critique:
Comme je m'en doutais, la mort de Nick m'a rendu ce troisième tome fade. Ce personnage dent le charisme ne me gênait pas (à l'inverse de celui, plus tapageur, d'Adélaïde), était, avec Florent, celui auquel je m'étais le plus attachée.

D'autre part, l'une des conséquences de cette mort est qu'il va bien falloir qu'Adélaïde trouve une personne avec qui assouvir son insatiable appétit sexuel. Et bien sûr, la romancière (pas finaude pour deux sous), a introduit (si j'ose m'exprimer ainsi) celui qui remplira cet office dans le tome 2. J'ai tout de suite que ce serait lui. Bien sûr, Marie Laberge ajoute quelques complications: ils ne vont pas se mettre tout de suite ensemble, il faut bien remplir des pages. Je trouve quand même décevant qu'Adélaïde remplace si vite Nick. On me dira qu'elle ne le remplace pas vraiment (au vu de certaines de ses réactions), et qu'il fallait s'en douter la connaissant. Certes, mais d'une manière générale, je trouve que ce beau monde se console très vite de ses pertes. Si les histoires d'amour me semblaient un peu trop présentes dans le tome 2, que dire du tome 3?! Ça se cherche, ça se jure un amour éternel juste avant de se tromper... La fille du couple qui agit ainsi, une fois qu'ils sont ensemble, ne veut pas d'enfants, mais ne prend pas toujours les précautions nécessaires, alors qu'elle est avertie, et après, ça pleure et ça se désole... En outre, malgré son indéfectible amour pour celui qu'elle a déjà trompé, elle flirte (et aurait sûrement allègrement sauté le pas) avec son patron. Moi qui me plaignais de retrouver un peu de Monsigny dans le tome 2, ici, on est en plein dedans! On dirait que ces gens ne peuvent être heureux qu'en couple. Que dire de Rose qui se transforme en poule pondeuse? On me dira que c'est dans son tempérament. Peut-être, mais à ce point... Et puis son mari l'aime, mais il ne lui vient pas à l'idée de lui proposer une méthode contraceptive fiable. Certes, les moeurs sont encore frileuses à ce sujet, mais Edward le faisait bien, dans les années 30.

Quant à Florent, je trouve que ce qui lui arrive n'est pas très crédible. Pendant les trois quarts du roman, il jure ne pouvoir aimer personne d'autre que Nick, et soudain, il en aime éperdument un autre... Je ne dis pas que c'est mal, mais les choses auraient pu être plus subtiles. L'auteur a peut-être voulu montrer que Florent acceptait enfin son homosexualité, mais elle y va avec de gros sabots.

Adélaïde ressemble à une héroïne de romans Harlequin: belle, indomptable, fougueuse, impétueuse, femme de pouvoir. Tout le monde l'admire, les hommes l'aiment ou la désirent, rien ni personne ne lui résiste, elle fait ce qu'elle veut de tout et de tous... Elle est très agaçante.

La romancière ramène Pierre sur le devant de la scène. J'ai compris pourquoi il était ainsi: les circonstances de sa vie sont difficiles, et on peut penser que son esprit n'est pas assez fort pour faire avec. L'auteur l'a assez bien décrit comme fragile, et la façon dont il tourne est crédible. Mais là encore, elle en fait trop, notamment avec ce que Pierre fait à Béatrice. Si l'égarement du garçon peut se comprendre, c'est l'événement en lui-même qui est un peu gros.

Reine est crédible. Depuis le début, ce personnage évolue beaucoup. À un moment (dans le tome 1), elle montre son potentiel. À ce moment, Reine est à la croisée des chemins. Le reste de sa vie évolue en fonction de ce qu'elle a semé.

J'ai apprécié l'évolution des relations entre Isabelle et Maurice, mais depuis ce qui leur arrive dans le tome 2, je trouve leur situation un peu absurde. La romancière leur invente des actes et des réactions qui ne vont pas vraiment avec ce qu'ils sont.

Léa et Aaron trouvent grâce à mes yeux parce qu'ils réfléchissent et sont tolérants.

D'autre part, il y a deux incohérences. Adélaïde souhaite faire payer le docteur Taylor pour ce qui est arrivé. Tout le monde lui démontre qu'elle n'a aucune preuve. Soit, mais pourquoi personne (même pas elle) n'a parlé de la faute professionnelle commise par Taylor? En effet, c'est lui qui devait aller chercher la malle de Kitty, et c'est elle qui est venue. Ce qui nous amène à la seconde incohérence: l'arme du crime était dans la malle de Kitty. Comment se fait-il que personne n'ait eu le bon sens de fouiller cette malle pendant tout le temps où elle est restée chez les McNealy? Certes, fouiller les affaires d'autrui n'est pas reluisant, mais au moins trois personnes de la maison savaient que Kitty était dangereuse. Je trouve dommage que Marie Laberge n'ait pas terminé son tome 2 autrement, et ne se soit pas abstenue du tome 3. Ou alors, elle aurait dû le construire de manière aussi fine et intéressante que le 1.

Si vous aimez les auteurs comme Danielle Steel et Belva Plain, ce tome 3 vous plaira. N'ayant pas retrouvé ce que j'ai trouvé dans les deux autres, j'ai été très déçue.

Remarque annexe:
J'ai apparemment dû m'embrouiller concernant Lionel. Il me semblait qu'il était francophone et qu'à un moment (tome 2), Florent lui apprenait l'anglais. Sauf que plus tard (tome 3), l'auteur le dit anglophone. Il apprenait donc le français avec Florent?

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 30 octobre 2013

Le goût du bonheur, tome 2: Adélaïde, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 2: Adélaïde

L'ouvrage:
Avril 1942.
La guerre et les drames familiaux frappent la famille Miller. Certains devront faire des choix. Si l'amour reste présent, l'incompréhension le détrône parfois. Elle provoquera un douloureux éloignement.

Critique:
Ce tome est beaucoup plus sombre que le premier. On sent déjà cette ambiance à la fin du tome 1. Il faut dire que pendant plus de la moitié de ce volume, le monde est en guerre et les personnages doivent en subir les conséquences. à ce sujet, Marie Laberge expose des personnages meurtris, mais continuant de vivre... Elle prend le temps de raconter cette période charnière, de décrire un monde en mouvements, une société qui évolue.

D'autre part, la scission entre deux personnages peut surprendre, mais elle n'est que l'effet de ce qui arrive à la fin du tome 1. J'ai compris toute la chaîne des réactions d'Edward, qu'elles soient justifiées ou non, car il était évident qu'il réagirait ainsi. Non à cause du comportement des autres, mais à cause de l'événement qui clôt le tome 1. Cette réaction est à mettre en regard avec tout le parcours d'Adélaïde (personnage principal de ce tome, comme son titre l'indique), mais aussi de certains autres, comme Isabelle.

Ce roman m'a moins plu que le premier volume, principalement parce que j'ai trouvé le premier bien pensé, bien écrit. Celui-là aussi, mais il me semble que Marie Laberge a cédé à une certaine facilité en créant des situations qui font un peu soap opera. D'abord, on a droit aux histoires d'amour de chacun, et elles sont toutes caractérisées par quelque chose qui les rend compliquées. Bien sûr, la plupart m'ont intéressée (je me suis surtout attachée à l'une d'elles), mais il y en avait peut-être un peu trop. Je trouve que l'auteur aurait pu se passer de certains rebondissements, notamment concernant Isabelle, mais aussi le fait que l'écrivain ressort un personnage de son chapeau afin de précipiter certains événements. Pour moi, elle en a un peu trop fait. Je trouve aussi un peu dommage qu'elle ait créé un tel cliché s'agissant de Florent. Pourquoi faut-il obligatoirement que deux choses le concernant aillent ensemble? Il est un peu dommage que cela soit si «convenu».

Quant aux personnages, s'ils restent sympathiques, ils sont plus tranchés (donc moins épais) que dans le tome 1, sauf Nick qui reste égal à lui-même. Bien sûr, on pouvait se douter de la manière dont seraient certains, mais je pense qu'ils auraient pu être plus complexes. Par exemple, cette propension à avoir le feu aux fesses est un peu lourde. En outre, si Béatrice montrait des dispositions au caprice et à l'égoïsme, là, elle l'est tellement qu'elle semble caricaturale. Quant à Adélaïde, c'est bien sûr à elle qu'ira la préférence du lecteur, mais il est très agaçant que tout le monde l'adore, que beaucoup d'hommes la désirent, qu'elle soit charismatique, presque hypnotique. Je me croyais un peu dans un roman de Jacqueline Monsigny. (Ce n'est pas un compliment.)
Et puis, l'auteur en délaisse certains comme Germaine et Paulette. Germaine aurait pourtant été intéressante à suivre, car au début de ce tome, elle s'affirme. Quant à Paulette, je ne sais pas trop quoi penser d'elle. Elle n'a pas l'éclat d'Adélaïde...

Je n'ai pas du tout aimé l'événement sur lequel se clôt ce deuxième tome. D'abord parce que je pense qu'après cela, le troisième tome me sera fade. Ensuite parce que j'ai vraiment peur de tomber encore plus dans du Monsigny à cause du tempérament fougueux d'un personnage. Il est même facile de prévoir certains événements du tome 3, du coup.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 28 octobre 2013

Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle

L'ouvrage:
Québec, années 1930.
Gabrielle est mariée à Edward Miller. Ils ont cinq enfants. À l'heure où les mariages arrangés sont monnaie courante, où le devoir conjugal passe avant le bonheur, ce couple détonne car il s'aime.

Critique:
À travers ses personnages et les événements qu'ils vivent, Marie Laberge décrit une société, des moeurs, des mentalités. C'est d'abord représenté par des personnages comme Gabrielle et Adélaïde. Elles écoutent leur coeur, et font ce qu'elles croient être juste. Gabrielle ira loin (ce qui lui posera des problèmes de conscience) pour cela. Elle s'interroge beaucoup sur ce que l'église prône (elle est pieuse), et sur ce que montrent les faits. Elle se rend compte qu'elle doit transiger, que rien n'est aussi simple que ce que dit l'église, et les contradictions que cela engendre dans son esprit sont très intéressantes.
Quant à Adélaïde, je pense qu'elle serait capable d'aller plus loin que sa mère tant elle est combattive, droite, et éprise de justice.

Les conversations entre Edward et Gabrielle sont également sources de réflexion. Outre que leur complicité transparaît à chaque fois (même lorsqu'ils s'affrontent), ils abordent certains sujets de manière intéressante.
Quant aux événements, je ne pourrai en citer trop pour ne pas en dévoiler, mais certains grands tournants sont incontestablement ce qui arrive à Denise, ce qui arrive plus tard à la famille de Florent, le centre de Gabrielle et ce qu'il s'y passe... Tout cela fait que les personnages apprennent la vie.

Ces personnages sont d'ailleurs très réalistes. D'abord parce qu'ils ont un caractère assez fort, mais aussi parce que certains évoluent. La romancière n'a pas créé des protagonistes figés, mais ils ne changent pas non plus du tout au tout.
Germaine est assez intéressante, parce qu'elle souhaite se fondre dans le moule, mais parfois, elle n'y parvient pas. Plus scrupuleuse que Gabrielle, elle a du mal à concilier sa nature et son envie d'être conforme à ce qu'attend la société.
Quant à Georgina, elle est à la fois exaspérante et amusante. Elle est quand même assez complexe, car elle souhaite être vue comme irréprochable, mais ne peut s'empêcher d'avoir de mauvaises pensées. Sous sa futilité, se cache une âme tourmentée. Elle n'a pas du tout éveillé ma compassion, à l'inverse de Germaine.

Une chose m'a un peu déçue, car je trouve qu'elle désavantage le livre en lui ajoutant une part de convenu, étant donné que cette chose se retrouverait dans un mauvais roman à l'eau de rose. Je parle du sentiment de Nick pour l'un des personnages. Ce n'est pas pour cela que le personnage de Nick ne m'a pas plu. Il est complexe, ses défauts et faiblesses l'humanisent. J'en ai plutôt voulu à l'auteur de lui faire éprouver cela, car c'est cliché, et pour moi, cela le souille un peu.

Les trois quarts du roman sont lumineux, malgré certains éléments graves ou tristes. Tendresse et courage, mais aussi verve et humour se dégagent de cette histoire servie par une écriture alerte et des répliques justes. Le dernier quart est plus sombre, plus dur que le reste, d'abord à cause de la guerre, mais aussi parce que des événements assez graves arrivent. Ce tome s'achève sur un événement que je voyais venir depuis un moment...

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 20 juin 2013

Féroces, de Robert Goolrick.

Féroces

L'ouvrage:
Robert Goolrick évoque sa famille dans ce «roman».

Critique:
Pour moi, ce livre est du style de «Le chagrin», ou «Le château de verre». L'auteur raconte sa famille, ses souvenirs, les souffrances qu'il connut dans son enfance. Mais Robert Goolrick a un autre but, un but qu'il ne révèle qu'à la fin. Il ne veut pas seulement tenter de se libérer (il sait qu'il ne le pourra pas), mais il espère toucher certaines personnes...

Ce livre est désespéré. Son auteur est dépressif et tourmenté. Il raconte certaines choses de manière crue, sans complaisance, mais sans mièvrerie non plus. Il ne se plaint pas, il ne geint pas. Il se contente de raconter certaines scènes assez violentes, qui partirent, souvent, de petits riens, et qui prirent des proportions démesurées. (Voir l'histoire du sandwich, celle de la robe...) Outre cela, on ne peut pas dire que cette famille ait su communiquer.

Le livre est structuré d'une manière qui, habituellement, me déplaît. Le récit est décousu, presque antéchronologique. Ici, cette structure a une raison d'être. D'abord, je pense que par cette structure, l'auteur veut montrer le chaos qu'est sa vie. Ensuite, à deux chapitres de la fin, le lecteur comprend pourquoi le livre est structuré ainsi. Au début, j'étais perdue, j'étais sûre d'avoir manqué quelque chose qu'il aurait fallu que je comprenne. Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, mais je ne comprenais pas pourquoi. Il me suffisait de poursuivre ma lecture... L'auteur a d'abord voulu montrer les conséquences de quelque chose. Il l'a fait de plusieurs manières, exposant son mal être, sa douleur, sa détresse. Et puis, il raconte cette chose et la manière dont ceux qui l'ont sue l'ont gérée: très mal. C'est sûrement plus fort que s'il avait raconté les choses chronologiquement.

Étant extérieure, je ne peux m'empêcher de juger très sévèrement les parents de l'auteur. Pour moi, quand on est parent, on n'agit pas ainsi. Je ne parle pas seulement d'une chose en particulier (bien sûr, cette chose entre en ligne de compte): d'une manière générale, les parents décrits ici étaient irresponsables et capricieux. Je pense que Robert Goolrick n'a montré qu'une parcelle de ce qu'était sa vie avec eux, un concentré de scènes qui les rendent peu reluisants, mais de toute façon, des scènes de ce genre n'auraient pas dû se produire.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 10 janvier 2013

N'attendez pas trop longtemps, d'Agnès Marietta.

N'attendez pas trop longtemps

L'ouvrage:
Jacques Verniot a quarante-cinq ans. Il est agent immobilier. Il rêve d'une vie à la campagne, alors que sa femme, Michelle, n'y aspire pas. D'ailleurs, le couple n'est plus d'accord sur rien.

C'est alors que François Delbreuve contacte Jacques. Il veut vendre sa maison qui se trouve dans le Vexin. Jacques en tombe amoureux. François lui fait alors une étrange proposition: s'il ne l'a pas vendue dans trois mois, Jacques pourra l'acheter à moitié prix.

Critique:
Je suis tout de suite entrée dans ce roman qui s'attache à décrire des personnages ordinaires qui vivent une histoire banale. C'est justement cela qu'Agnès Marietta excelle à raconter.
D'abord, j'ai aimé que ses personnages puissent aimer une maison comme si c'était un être vivant, qu'ils s'y sentent chez eux, qu'ils sentent qu'elle est celle qu'il leur faut.

L'auteur parvient également à rendre charismatiques des personnages effacés ou exaspérants.
Jacques semble effacé. On dirait qu'il n'est que frustrations, rêves avortés, repliements sur soi, résignation... Il semble supporter la vie plutôt qu'en profiter. Pourtant, j'ai tout de suite sympathisé avec lui. Certaines de ses remarques, sa façon de cerner François, le fait qu'il puisse (malgré son apparence blasée) tomber en extase devant la maison montre qu'il n'a pas dit son dernier mot. Malmené par la vie, il a assez de ressor combiné à de la douceur pour ne pas être aigri.

Clara pourrait paraître quelque peu amère. Elle est en effet assez exaspérante. Elle se rebelle (mal) contre tout et tous, n'accepte pas les gens (surtout son fils) comme ils sont, semble toujours de mauvaise humeur. Parfois, elle fait même exprès de se montrer détestable. Avec une mère pareille, son fils aurait pu mal tourner. Le pire, c'est qu'elle est lucide. Elle sait qu'elle blesse, qu'elle s'exaspère des différences qu'elle ne comprend pas, qu'elle prend ses proches à rebrousse-poil. C'est un personnage que je pourrais facilement détester. Pourtant, elle m'a plutôt fait rire, même si, bien sûr, elle est parvenue à m'agacer. Malgré son air acariâtre, Clara reste pétillante, intéressante, et se remet en question tout en s'y refusant.

J'ai eu davantage de mal à apprécier Naty et François.
Naty m'a semblé être une pleurnicharde. On dirait qu'elle se paie une déprime par ennui. J'avais envie de lui dire de faire du bénévolat, de travailler dans quelque chose qui lui donnerait des raisons de râler.
Quant à François, entre suffisance, culpabilité, égoïsme, et besoin de tout contrôler, j'avais l'impression qu'il se croyait sur scène. On me dira qu'à l'instar de Clara, il recouvrait ses inaptitudes de grands gestes, d'attitudes désagréables. Soit, mais je n'ai pas réussi à vraiment l'apprécier. Peut-être est-ce aussi parce qu'entre tous ses «masques» et ses interventions parcimonieuses, il garde une part de mystère qui ne m'a pas plu.

J'ai apprécié la structure du récit. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle. Les chapitres réservés à François se démarquent tant ils sont courts.
J'aime beaucoup cette structure qui permet d'entrer dans la tête des personnages.
On s'attend plus ou moins à un événement. Il peut être agaçant, car trop prévisible, mais finalement, il va bien à l'histoire. En outre, l'auteur l'introduit adroitement, comme s'il était naturel. Au final, moi qui le redoutais au départ, j'aurais peut-être déploré qu'il n'arrive pas.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Pralong pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice parvient à lire de manière sobre sans tomber dans le monotone. Elle nuance subtilement son intonation afin de donner vie aux personnages du roman.

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