Editeur : Actes Sud

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jeudi, 23 août 2018

La fleur de l'illusion, de Keigo Higashino.

La fleur de l'illusion

L'ouvrage:
Après le suicide de son cousin (Naoto), Lino se rapproche de son grand-père. Constatant qu'il cultive des fleurs et aime en parler, elle lui propose d'ouvrir un blog qui leur serait consacré. Ne connaissant pas grand-chose à internet, le vieil homme accepte que sa petite-fille s'occupe de tout. Il lui demande seulement de ne pas évoquer une fleur jaune à propos de laquelle il reste évasif.

Critique:
Ce roman est assez lent, mais cela ne m'a pas du tout gênée. Pour moi, ici, lenteur ne signifie pas remplissage. J'ai aimé voir se mettre progressivement en place les pièces du puzzle. Je me suis bien doutée que si l'auteur disait ceci et cela, c'est qu'il fallait assembler certains éléments, mais je ne parvenais pas à le faire. Cela m'a ravie. Tout est méticuleusement pensé, rien n'est laissé au hasard, chaque détail finit par avoir son importance. L'énigme n'est ni bâclée ni incohérente. On peut même penser qu'elle est facile à élucider... après en avoir eu la solution. Je n'ai qu'un reproche: les personnages auraient dû émettre un doute quant à ce que promet un autre. Peut-être Keigo Higashino n'avait-il aucune parade concernant cette faille, mais ce n'est pas parce qu'elle n'est pas exprimée que le lecteur n'y pensera pas.
J'ai aussi apprécié que la fin ne soit pas brutale, que l'écrivain prenne le temps de nous dire comment évoluent les personnages principaux.

Les personnages m'ont été sympathiques, surtout Lino et Sota, dont la rencontre était fortement improbable, et a été orchestrée par les mystères qui les réunissent.
La plupart des protagonistes sont creusés. Au sujet de l'un d'eux, il ma plu de tomber dans le piège tendu par le romancier. Il l'a fait très subtilement, et m'a bien eue.

Je me rends compte que je ne peux pas dire grand-chose à propos de ce livre sans trop en dévoiler. Je suis un peu frustrée d'écrire une chronique si courte. Je ne peux que l'achever par ce conseil: lisez ce livre savamment pensé et construit.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 21 juin 2018

La cigale du huitième jour, de Mitsuyo Kakuta.

La cigale du huitième jour

L'ouvrage:
Février 1985. Kiwako enlève un bébé de cinq mois.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Mitsuyo Kakuta fait ce qu'Helen Klein Ross n'a pas osé faire dans «What was mine»: peu à peu, le lecteur apprécie la responsable de l'enlèvement. Dans «What was mine» (qui traite du même thème), je n'ai jamais pu éprouver de la sympathie pour Lucy (la ravisseuse) ni lui trouver des excuses. Ici, les choses sont plus nuancées, ce qui rend le livre d'autant plus passionnant. Surtout que je n'ai pas tout de suite apprécié Kiwako, et que même après avoir refermé le livre, je la blâme tout en ayant de la compassion pour elle. Au long du roman, le lecteur glane des informations sur sa vie avant l'enlèvement, découvre son comportement envers l'enfant, et apprend ses réactions sur ce qui arrive plusieurs années après. Comme cela se fait en plusieurs temps, le lecteur passe par différentes phases concernant l'héroïne. Elle ne semble pas toujours très stable moralement, surtout au début. Cependant, on apprend à la connaître, à voir qu'elle aime réellement l'enfant, que la vie ne lui a pas fait de cadeaux... d'autres éléments ont fait qu'à mon avis, elle était une meilleure mère que les parents naturels du bébé. C'est dans cet état d'esprit que Mitsuyo Kakuta souhaite mettre son lecteur, afin qu'il se pose de dérangeantes questions, de celles que la morale condamne... Il m'est impossible d'avoir une opinion tranchée quant à Kiwako, et c'est ce qui, pour moi, fait la force du roman.

À travers l'existence clandestine de la jeune femme, l'auteur aborde divers thèmes. Par exemple, la communauté Angel Home a des allures de secte. J'ai été choquée que Kiwako veuille y entrer, mais comment ne pas comprendre ses raisons? Lorsqu'on connaît la communauté, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle entre l'enlèvement dont est coupable la jeune femme et la manière dont Angel Home retire leur liberté à ses membres. Cette association d'idées ne peut être qu'en faveur de Kiwako. Peut-être la romancière voulait-elle cela.

Lors de son errance, l'héroïne rencontre une étrange femme dont le comportement s'explique plus tard. À cette occasion, l'auteur parvient très bien à créer un climat angoissant avec de petits éléments.

J'ai été un peu déçue par la fin, mais Mitsuyo Kakuta ne pouvait pas faire autrement. J'aurais été la première à crier à l'invraisemblance si elle avait fait ce que je souhaitais. En fait, j'aurais voulu que le livre se prolonge afin que ce que j'attendais finisse par arriver de façon tout à fait réaliste.

Il y a tout un pan de l'histoire (et donc certains personnages) que je ne peux pas évoquer pour ne pas trop en dévoiler. C'est un peu frustrant. Dans cet ouvrage, il y a beaucoup de faits sur lesquels on peut débattre.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Paul Dupuis pour le GIAA

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jeudi, 28 décembre 2017

Borderline, de Jessie Cole.

Borderline

L'ouvrage:
Vincent vit avec sa fille, Gemma, dans les collines d'un village australien. Un jour, en rentrant chez lui, il découvre une femme en état de choc, serrant un bébé contre elle. Il ne sait pas que sa vie vient de prendre un tournant.

Critique:
Ce roman m'a globalement plu. L'ambiance est oppressante. On découvre des personnages blessés, qui se cherchent, qui ont du mal à communiquer, et qui, pourtant, semblent deviner certaines choses. La femme que Vincent aide au départ, par exemple, paraît sentir (alors qu'elle le connaît peu) qu'il ne la trahira pas, ne lui fera jamais intentionnellement du mal.

C'est sûrement Gemma qui décrit le mieux Vincent. Ce qu'elle dit est prouvé par les actes de son père. Il attire les femmes à problèmes. Il ne peut s'empêcher de vouloir les «recoller». Avec l'inconnue qu'il trouve au début, il a fort à faire. Mais une immense colère couve chez cet homme doux que la vie n'a pas épargné. Gemma l'évoque lorsqu'elle raconte le vol commis par sa mère. De plus, Vincent nage en eaux troubles, car lorsqu'il décrit sa relation avec Mary, on a l'impression que les souffrances qu'elle engendre lui plaisent.

L'inconnue (on finit par apprendre son prénom, mais je tente d'en dévoiler le moins possible) paraît compliquée, voire un peu dérangée, au premier abord. Puis on se rend compte qu'elle a souvent du mal à exprimer ses pensées, a vécu des événements traumatisants... Elle fait parfois des choses extravagantes (je pense surtout à la scène où elle se brûle les pieds), n'hésite pas à forcer un homme qu'elle connaît à peine à la prendre sous sa protection...

Gemma est la plus lucide de cet étrange trio. Elle est un peu perdue, mais connaît la valeur des actes de chacun. Elle tente de se frayer un chemin dans le monde des adultes, et découvre (Mais est-ce vraiment une surprise pour elle?) que cela ne va pas sans heurts.

L'histoire se déroule sans temps morts. L'écriture est fluide. Le style est à l'image des personnages principaux: un peu cabossé. Le récit est au passé composé, la syntaxe est parfois distordue (mais en aucun cas mauvaise). Le style n'est pas poussif, mais il en a l'apparence. Il va bien aux personnages, à leur histoire.

Je n'adresserai qu'un reproche. Le lecteur se doute très vite qu'il y aura un «affrontement». C'est préparé presque dès le début, et cela revient tout au long du livre. C'est inévitable. À l'issue de l'affrontement, l'auteur fait une fin qui m'a satisfaite, qui ne semble ni bâclée ni invraisemblable. Mais voilà qu'elle veut ajouter quelque chose! Cela se comprend. Seulement, c'est là qu'elle fait ce que font beaucoup d'auteurs, et qui me déplaît de plus en plus: elle a sûrement souhaité créer une fin brutale, voire une chute. Cela fait qu'elle laisse le lecteur avec des questions. Bien sûr, on se doute de certains éléments, mais au-delà d'apprécier ou pas la manière dont finit l'histoire, je trouve qu'on aurait pu en savoir davantage.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Coppey pour la Bibliothèque Braille Romande.

J'ai découvert ce lecteur avec ce roman. Je l'ai apprécié. Il a su imprégner sa lecture de l'ambiance du récit.

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jeudi, 12 janvier 2017

La tristesse des éléphants, de Jodi Picoult.

La tristesse des éléphants

L'ouvrage:
2010. Voilà dix ans qu'Alice Metcalf a disparu. Elle se serait vraisemblablement enfuie. Sa fille, Jenna, aujourd'hui âgée de treize ans, ne supporte pas l'idée que sa mère l'ait abandonnée. Mais si Alice ne pouvait pas laisser sa fille, le fait qu'elle ne l'ait pas emmenée signifie qu'elle est morte. Or, l'adolescente n'est pas prête à accepter cela. Se débattant dans ses contradictions, elle décide d'engager Serenity Jones, une médium, ainsi que Virgile Stanhope, l'un des policiers qui enquêta sur la disparition d'Alice, afin de retrouver cette dernière.

Critique:
La force de ce roman est tout ce qu'il nous apprend sur les éléphants. Lorsque Jodi Picoult traite un thème (les loups, la maladie des os de verre...) elle se documente énormément, et cette méticulosité se sent dans ses écrits. Ici, au travers des éléphants que côtoient les personnages, et au travers d'anecdotes contées majoritairement par Alice, le lecteur en apprend beaucoup. Tous les passages concernant le comportement des éléphants sont intéressants. Apparemment, leur grande mémoire n'est pas une légende. Ils se souviennent de beaucoup de choses sur une longue période. L'auteur parle également de leur comportement lors de la perte d'un petit, etc. Alice est une scientifique, mais ses recherches lui font constater que l'éléphant ressent et comprend énormément de choses.

Quant à l'intrigue, des éléments m'ont dérangée. J'admire Jodi Picoult pour certains de ses livres que je trouvais bien pensés, et je suis déçue qu'elle ait usé de certaines ficelles. Par exemple, elle veut tellement créer un retournement de situation (c'est un peu sa marque de fabrique) qu'ici, elle a fait quelque chose qui, pour moi, n'est pas très honnête. En outre, cela a déjà été utilisé, et cette ficelle fait partie de celles dont il ne faut pas trop se servir... Pour moi, c'est trop spectaculaire. Cela crie trop: «Regardez! J'ai encore réussi à faire un retournement de situation! Je suis trop forte!»
D'autre part, il fallait bien qu'elle imagine une raison pour laquelle Alice devait disparaître. Alors, la voilà qui nous tisse une histoire d'amour née d'on ne sait vraiment où, une histoire qu'on trouverait dans un roman Harlequin. La femme n'est pas heureuse avec son mari, alors elle court dans les bras du premier garçon avec qui elle semble avoir des affinités. Il faut bien qu'elle résiste un peu à l'appel de la chair, car le monsieur est marié, lui aussi. Alors, elle résiste, mais pas très longtemps. Lui, on ne sait pas vraiment quels soucis il a avec sa femme, mais ce n'est pas grave. Une fois l'histoire d'adultère brossée à très grands traits, l'auteur avait son prétexte pour déclencher de terribles événements précurseurs du départ d'Alice. Outre que je n'aime pas du tout ces histoires d'amour qui me paraissent frelatées, je trouvais celle-là indigne du personnage féminin qui l'a vécue.

J'ai trouvé Virgile et Serenity attachants. Ce qu'explique Serenity quant aux dons médiumniques me semble assez juste: certains en ont, mais ils ne se commandent pas. Dans les romans, on voit toujours soit des charlatans, soit des personnes qui ont un don infaillible. Serenity explique que c'est aléatoire, qu'elle ne maîtrise rien, ne décide de rien... C'est un personnage sympathique. J'ai bien aimé la scène où Jenna et elle se rencontrent. C'est à la fois amusant et tendu. Serenity semble être une horrible femme aigrie, et bien sûr, on découvre assez rapidement qu'il n'en est rien.

Quant à Virgile, ses remords concernant l'affaire Metcalf, ainsi que ce qu'il fait après que Jenna l'a déniché, font de lui un personnage très humain.

Éditeur français: Actes Sud
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio. La distribution est:
Rebecca Lowman: Alice Metcalf
Kathe Mazur: Serenity Jones
Mark Deakins: Virgile Stanhope
Abigail Revasch: Jenna Metcalf

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lundi, 16 mai 2016

La lumière de la nuit, de Keigo Higashino.

La lumière de la nuit

L'ouvrage:
Le cadavre d'un prêteur sur gages est découvert dans un immeuble désaffecté. La police enquête. L'affaire semble se résoudre, mais un policier doute.

Critique:
On pourrait prendre ce livre pour un banal roman policier. C'est compter sans la patte de Keigo Higashino. D'abord, il construit son histoire sur une longue durée. Ensuite, il entremêle faits et personnages. Enfin, il installe une ambiance particulière, nimbant certains personnages d'ombre et de mystère. D'autre part, il ne se cantonne pas à ce meurtre du prêteur sur gages, même si on y est fatalement ramené. Il nous fait entrer dans la vie et l'intimité de ses personnages, dépeint leurs caractères par petites touches, les montre confrontés à des faits dont certains semblent anodins.

L'un des personnages interpellera le lecteur, tout comme il interpelle certains personnages. Ce qu'on ressent pour lui nous rappellera sûrement cette sensation que nous éprouvons à côtoyer certaines personnes: elles nous inspirent un malaise, de la méfiance, mais on ne peut pas toujours dire pourquoi. Keigo Higashino exprime cela très bien. Bien sûr, l'auteur finit par donner des raisons tangibles d'apprécier ou pas ce personnage, mais son ambivalence est très bien rendue sur une grande partie du roman.

Certaines choses sont expliquées, d'autres sont facilement déduites.
Si l'intrigue est très bien construite, si les informations sont savamment distillées, le lecteur pourra se perdre un peu. Chaque partie présente des personnages différents. Certains reviennent, mais cette construction est un peu déroutante. En outre, il est parfois difficile de se retrouver dans les noms japonais. Il faut être très vigilant, et retenir qui est qui, qui a fait quoi, afin de bien comprendre qui revient à tel moment, et comment la suite de son histoire s'imbrique dans l'intrigue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc Lévy pour l'association Valentin Haüy.
Je ne peux m'empêcher de plaindre un peu ce lecteur qui a un homonyme assez connu. Mis à part cela, j'ai apprécié sa lecture. Il n'a pas tenté de trop en faire, ni de prononcer les noms japonais de manière alambiquée.

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