Editeur : Actes Sud

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jeudi, 17 décembre 2020

Le bracelet, d'Andrea Maria Schenkel.

Le bracelet

L'ouvrage:
Ratisbonne, 1938. Grete Schwarz est catholique, son mari est juif. La jeune femme sent que vivre en Allemagne devient de plus en plus risqué. Un ami renforce ses craintes, pousse la famille à quitter le pays, et lui donne des billet pour Shanghai. Seulement, le mari de Grete ne peut se résoudre à quitter son pays aimé. De plus, il est persuadé que le gouvernement le laissera tranquille. La mort dans l'âme, Grete part donc avec ses deux enfants, Carl et Ida.

Critique:
Je commencerai cette chronique par un avertissement: la quatrième de couverture du roman contient des éléments inexacts. Ou alors, il y a quelque chose que je n'ai pas compris... De plus, elle en dit davantage que mon résumé. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose dans ce cas...

Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai mis un moment avant de le sortir de ma pile à lire, d'abord parce qu'il parle d'une période qui, pour moi, est trop évoquée par les romanciers, et mal par certains. De plus, la structure n'est pas absolument chronologique, et je n'aime pas trop ce genre de structures. Heureusement, j'ai dépassé mes réticences, et même si j'aurais préféré quelque chose de plus linéaire, je comprends que l'auteur ait fait ainsi. Quant à la période évoquée, pour moi, il n'y a ni grandiloquence ni larmoiements, autant de mauvais ingrédients qu'on retrouve chez ceux qui galvaudent l'évocation de ces années. En outre, cela m'a permis de mieux situer certains éléments de l'époque qui, dans ma tête, étaient flous. Par exemple, l'attitude de la Chine envers les réfugiés allemands, etc. Ce qu'il se passe lorsque le bateau où sont les Schwarz arrive en Égypte est aussi un élément important pour comprendre comment se déroulaient les choses...

Grete éveillera la compassion et l'admiration du lecteur. Elle sait qu'elle doit affronter des épreuves (perte de son mari, de ses repères, adaptation à un nouvel environnement avec peu de ressources) et elle ne baisse jamais les bras. Elle parvient même à faire avec les «imprévus» dont l'un est très douloureux.
Quant à Carl, il réagit presque toujours comme je m'y attendais. J'ai été un peu déroutée qu'il semble «froid» envers sa mère après ce qui arrive en 1947, mais peut-être est-ce sa manière de gérer la situation.

L'attitude de certains (comme Trudi) montre les débordements qu'occasionnait le régime nazi. Si au début, j'ai compris Trudi et éprouvé de la compassion pour elle, ensuite, j'ai été écoeurée par son comportement. Je ressentais un peu la même chose envers Erna. Chacune savait qu'elle agissait mal, mais chacune refusait de l'admettre. Erna, me semblait-il, aurait été plus encline à l'admettre que Trudi, car elle en prenait davantage conscience.

L'intrigue est sans temps morts. J'aurais souhaité que certaines choses soient davantage expliquées. Qu'est-il arrivé à certains personnages? Quant à ce qui arrive en 2010, j'aurais également voulu en savoir davantage.

Je ne sais pas si le titre est une traduction ou si l'éditeur français en a choisi un autre. En tout cas, il me convient. Au départ, le bracelet ne paraît pas si important, mais il finit par mener Carl vers une explication.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est parce que ce roman a été enregistré par cette lectrice que j'ai dépassé mes réticences. J'apprécie sa lecture, et j'ai plusieurs fois constaté que des livres qui ne me tentaient pas enregistrés par elle me plaisaient.

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jeudi, 9 avril 2020

La petite fille et le monde secret, de Maren Uthaug.

La petite fille et le monde secret

L'ouvrage:
Lorsque Knut quitte Rita, et déménage du Nord de la Norvège au sud du Danemark, il emmène Risten, leur fille de huit ans. Celle-ci est complètement déracinée: sa mère et sa grand-mère lui manquent, elle est confrontée à une nouvelle langue, à un nouvel environnement, à la nouvelle épouse de son père (Grete).

Critique:
Au départ, je me suis méfiée de ce livre, parce que je trouvais que la quatrième de couverture en disait trop, et en plus, je n'aimais pas certains aspects de l'intrigue. J'ai finalement décidé de le tenter. Il m'a plu, parce qu'heureusement, les choses sont plus complexes que ce que j'imaginais. Malheureusement, je n'ose pas trop donner d'indices ici quant à la complexité de l'intrigue... Au début, l'autrice nous fait comprendre quelque chose. Cet élément ne m'a pas plu, et j'ai râlé après le personnage qui en était au centre. Il est impossible de penser que Maren Uthaug fait croire quelque chose de faux à son lecteur, voilà pourquoi je pestais. Je ne pouvais pas penser: «Mais de toute façon, cet élément est peut-être absolument faux.» Et puis le livre avance, et la romancière donne des précisions sur le fameux élément. Cela montre que les choses ne sont pas aussi simples que ce que je croyais au début. Pour ce paramètre, Maren Uthaug a finement joué, parce qu'elle ne laisse pas entrevoir qu'il faut lire entre les lignes. Elle donne même des indices tendant à prouver ce que je croyais vrai. De plus, lorsque le livre est achevé, le lecteur ne peut pas s'en prendre à l'autrice, et dire qu'elle a donné de faux indices: elle ne l'a pas fait. C'est au lecteur d'interpréter correctement les indices donnés.

D'autre part, Maren Uthaug montre, avec brio, un personnage en butte au harcèlement psychologique. Pour moi, ce personnage réagit comme il le peut. J'aurais préféré une rébellion plus radicale, mais il ne lui était pas facile de faire autrement. Je regrette que le personnage harceleur (à qui je n'ai trouvé ni aucune qualité ni aucune excuse) n'ait pas été puni.

La fin m'a frustrée. J'aurais aimé que l'histoire se poursuivît. Comment tel personnage va-t-il gérer ceci et cela? Même si certains non-dits trouvent une explication, il me semble qu'il reste des zones d'ombre...

Je me rends compte que je ne peux pas dire ce que je pense des personnages en les nommant, car cela gâcherait la lecture de ceux qui s'apprêtent à lire ce roman. J'ai réussi à parler de certains aspects du récit sans trop en dire. J'espère que cela vous donnera envie de tenter cette histoire.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je me suis finalement décidée à tenter ce roman parce que j'apprécie le «jeu» de cette lectrice. Je n'ai pas été déçue. Je trouve dommage qu'elle ait lu le lexique à part, mais comme il n'y avait pas beaucoup de mots, il ne m'a pas été trop laborieux de coller les définitions des mots du lexique lorsqu'ils apparaissent pour la première fois dans le roman. En outre, ce n'est pas la lectrice qui a décidé de faire ainsi: c'est la BSR qui tient à ce que cela soit fait ainsi, car si on possède un lecteur DAISY, on peut écouter les définitions au moment où les mots apparaissent. N'ayant jamais besoin du format DAISY, et ayant connu des déboires à cause de ce format, quand il y a des définitions de mots lus à part, soit je les déduis, soit je trouve la force (surtout si je décide de garder le livre) de les coller au moment de la première occurrence du mot.

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lundi, 16 mars 2020

Le cercle du karma, de Kunzang Choden.

Le cercle du karma

L'ouvrage:
Tsomo vit dans un village du Bhoutan. Elle aime tendrement sa famille. D'autre part, elle est frustrée que l'instruction soit réservée aux garçons. Certaines épreuves vont la pousser à prendre la route.

Critique:
Je suis quelque peu étonnée parce que j'ai déjà essayé de lire ce livre, et je l'ai abandonné, de mémoire parce qu'il m'ennuyait. Ne me souvenant plus pourquoi il m'avait ennuyée, j'ai décidé de lui redonner une chance. Je suis contente de l'avoir fait, car il m'a plu. C'est surtout le personnage de Tsomo qui m'a plu. Au cours du roman, elle évolue. Au départ, elle est sympathique au lecteur, puis les épreuves qu'elle subit font qu'elle tente de s'améliorer, de mieux comprendre son entourage, ce qui renforce la sympathie à son égard. Par exemple, à un moment, elle se rend compte que si un homme trompe sa femme, c'est d'abord l'homme le fautif. Elle se dit que les femmes, elle comprise, jettent la première pierre à la maîtresse du mari trompeur, mais pourtant, celui-ci n'est jamais innocent. Les épreuves et la manière dont elle choisit de les combattre font mûrir l'héroïne. J'ai apprécié ce cheminement. Au départ, Tsomo n'a pas mérité les calamités qui lui arrivent, mais malheureusement, elles s'abattent sur elle. Elle ne nie pas sa souffrance, mais tente de la combattre intelligemment. Il y a quand même une chose dont elle a été capable, vers la fin, chose qu'à mon avis, je n'aurais pas pu faire.
J'ai beaucoup apprécié qu'elle obtienne quelque chose qui lui tenait à coeur sans forcément devoir se conformer à certaines règles inhérentes à cette chose. Cette idée est un exemple de tolérance.

J'ai été étonnée que Tsomo mette tant de temps à comprendre la rouerie de deux personnages. Ceux-ci m'ont très vite déplu. Cependant, le fait que l'héroïne ne les a pas tout de suite démasqués ne montrent pas qu'elle est stupide, mais plutôt qu'elle ne se met pas à soupçonner les gens à tort et à travers.

Ce livre est une occasion de se plonger dans la culture du Bhoutan. Tsomo elle-même, au cours de son voyage, sera confrontée à d'autres façons de penser que la sienne. Ce périple est d'ailleurs certainement une métaphore pour le voyage intérieur qu'elle accomplit.

Un roman abouti, sage, qui pousse à réfléchir.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai redonné une chance à ce roman parce que j'aime beaucoup sa lectrice. Son interprétation m'a plu, comme d'habitude. Je voudrais souligner que dans ce livre, il y a beaucoup de prénoms qui ne sont pas habituels à des francophones. Martine Moinat les a prononcés sans fioritures, ce qui m'a plu. Peut-être que la prononciation ne correspond pas à celle qu'on entendrait au Bhoutan, mais en tout cas, la lectrice n'a pas pris un accent affecté.

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lundi, 2 mars 2020

Cristallisation secrète, de Yoko Ogawa.

Cristallisation secrète

L'ouvrage:
La narratrice vit sur une île où, petit à petit, les choses disparaissent. Lorsque cela se produit, les habitants de l'île oublient ce qui disparaît. Par exemple, le jour où le parfum a disparu, chacun est allé vider ses flacons dans la rivière, et plus personne n'a parlé de parfum.
La police secrète et les traqueurs de souvenirs surveillent les gens, car certains d'entre eux n'oublient pas ce qui disparaît. Ceux-là sont arrêtés.

Critique:
J'ai un tel a priori concernant Yoko Ogawa (tout le monde l'aime, et le peu que j'ai lu d'elle m'a paru statique et contemplatif) que quand la BSR a fait enregistrer ce livre, je l'ai commencé (aimant beaucoup la lectrice), et arrêté, le trouvant ennuyeux parce que statique. Pour ma seconde tentative, j'ai réussi à mettre mon a priori de côté, et je me suis même demandé comment il se faisait que j'avais pensé ainsi la première fois. Maintenant que je l'ai lu en entier, je peux dire que ce roman m'a plu.

L'autrice crée habilement une ambiance oppressante. À partir du moment où la narratrice se lance dans une certaine entreprise, la tension monte. Elle culmine le soir où on fête l'anniversaire du grand-père.
L'intrigue est sans temps morts. Peu à peu, Yoko Ogawa construit un édifice duquel les personnages ne pourront sortir. Les traqueurs de souvenirs et la police secrète rappellent bien sûr les oppresseurs en temps de guerre.

La narratrice est sympathique parce qu'elle est tiraillée. Tout comme la plupart des habitants de l'île, elle oublie ce qui disparaît, et n'a pas de problèmes pour vivre sans; cependant, elle n'est pas indifférente à ce qui arrive à ceux qui n'oublient pas. Bien sûr, cela vient de son histoire familiale, mais je pense aussi qu'elle sait faire preuve d'empathie. À certains moments, elle peut paraître insensible, parce que l'évocation des choses disparues ne la touche pas. Pourtant, il est évident qu'elle n'est pas insensible, mais pour elle, les choses disparues n'existent plus, et c'est comme si elles n'avaient jamais existé. Elle est constituée ainsi. À travers ce personnage, la romancière demande à son lecteur de faire preuve d'empathie. En effet, il ne faut pas juger son indifférence quant aux disparitions. Le roman qu'elle écrit, et dont certains passages sont proposés au long de l'histoire, en est une preuve. Elle maîtrise son sujet, parce qu'il rappelle ce qu'elle vit. Quant à son héroïne, elle finit par ressentir ce que la narratrice éprouve, tout en le craignant.

Le thème de la mémoire n'est pas forcément exploré et analysé sous toutes les coutures, cependant, ce qui arrive aux personnages provoque, chez le lecteur, une réflexion sur ce thème. J'ai trouvé cela plus intéressant que les romans où le personnage principal est amnésique, et tente de retrouver ses souvenirs. Dans les deux cas, on se dit qu'à la place du personnage, on serait déstabilisé, mais la façon de faire de Yoko Ogawa est plus effrayante, parce que la narratrice n'est pas touchée par la perte des souvenirs, et celle-ci se fait progressivement, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Cette immuabilité m'a rappelé «L'âge des miracles» (de Karen Thompson Walker) et «En un monde parfait» (de Laura Kasischke).

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 18 juillet 2019

ADN, d'Yrsa Sigurdardottir.

ADN

L'ouvrage:
Islande, 2015. Ce matin-là, la police est appelée parce que deux enfants se sont réveillés enfermés dans leur chambre, et sont sortis de chez eux par la fenêtre. Dans la maison, leur mère est trouvée morte: elle a été atrocement mutilée. Quant à leur soeur, Margrét, elle demeure introuvable. C'est Huldar, le policier qui dirige l'équipe chargée de l'enquête, qui finit par découvrir l'enfant... sous le lit de sa mère. La fillette a été témoin du meurtre.

Critique:
J'ai pris ce roman avec une certaine méfiance, parce que les meurtres macabres me fatiguent. La seule raison pour laquelle j'ai tenté «ADN» est qu'il a été enregistré par une lectrice que j'aime beaucoup. Je devrais la remercier, car ce livre (dont j'imaginais qu'il me ferait soupirer d'ennui) m'a beaucoup plu. Outre une intrigue qui, pour moi, ne souffre pas de temps morts, ce roman contient des personnages attachants. Bien sûr, Margrét suscitera beaucoup d'empathie. Son monde s'écroule, et des inconnus lui posent des questions sur la nuit effrayante qu'elle a vécue et qui a détruit son univers. Quand elle se ferme, si on est déçu de ne pas avoir d'autres indications sur ce qu'a dit ou fait le meurtrier, on comprend cette petite fille qui ne sait plus en qui avoir confiance. J'ai été contente qu'elle finisse par trouver une véritable alliée qui ne pourra pas la décevoir. J'espère que dans les tomes suivants, elle reverra son amie. La série étant consacrée à Freyja et Huldar, si on voit Margrét par la suite, ce sera peu, mais cela n'est pas impossible, et me plairait. Pour cela, il faudrait encore que le frère de Freyja ne soit pas en mesure de récupérer l'amie de Margrét... Voyons la suite quand elle sortira. J'ai aussi beaucoup aimé ce que fait Margrét à la toute fin. C'est un personnage très attachant.

Karl m'a été sympathique. Je ne l'ai pas trouvé particulièrement intéressant, mais pour moi, il vivait avec une souffrance qu'il gérait comme il pouvait, et qui a éveillé ma compassion. Je n'ai pas du tout apprécié son frère, ne comprenant pas pourquoi il était si distant. J'imagine que c'était sa manière de gérer sa propre souffrance. Cependant, il n'a pas éveillé ma compassion parce qu'il la fait payer à Karl qui n'y était absolument pour rien.

Souvent, les policiers de ce genre de romans ont un lourd et douloureux passé avec lequel ils tentent de composer. Cela m'agace. J'ai donc aimé que ce ne soit pas le cas d'Huldar. Certes, il doit vivre avec un ou deux éléments problématiques, mais il ne doit pas traîner des casseroles de tristesse et de souffrance dans son sillage. Je l'ai apprécié. Il tient à bien mener son enquête, n'est pas particulièrement ambitieux, reconnaît ses torts (il lui arrive de mal agir... notamment concernant les femmes), il ne tente pas de passer pour un super héros... En gros, il a ses bons et ses mauvais côtés, ce qui me l'a rendu sympathique.

J'ai également apprécié Freyja. À travers son travail, j'ai découvert les méthodes utilisées concernant les interrogatoires d'enfants témoins d'événements délicats. Quant à Freyja en tant que personne, elle m'a plu, et j'espère la découvrir davantage lors des tomes suivants.

À la fin du prologue, j'ai pensé qu'une certaine chose arriverait fatalement. Par la suite, j'ai pu constater que j'avais raison. Sinon, rien ne traîne, tout se tient, rien n'est bâclé. Il y a un rebondissement qui est éculé, et qui ne bernera pas le lecteur, mais ses répercussions ne durent pas, et elles permettent à la police de découvrir un indice. De ce fait, je ne reproche pas ce rebondissement à l'auteur.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Appréciant la lecture de Martine Moinat, j'ai tenté ce livre alors qu'il ne m'attirait pas trop. Il m'est souvent arrivé de faire ainsi, et lorsqu'il s'est agi de romans enregistrés par cette lectrice, j'ai souvent eu (comme ici) de bonnes surprises. J'espère que si les tomes suivants sortent en français, elle les enregistrera.

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