Editeur : Éditions du Rocher

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samedi, 23 septembre 2017

L'Éducation Nationale, une machine à broyer, d'Isabelle Dignocourt.

L'Education nationale, une machine à broyer

L'ouvrage:
Isabelle Dignocourt est enseignante de lettres classiques depuis vingt-cinq ans. Ici, elle raconte son parcours, et explique (en donnant des exemples concrets) pourquoi l'Éducation Nationale va mal.

Critique:
L'une des raisons pour lesquelles je recommande ce livre, c'est qu'Isabelle Dignocourt expose les idées reçues que beaucoup ont quant au professorat, et démontre leur ineptie. Je caricature (à peine), mais on entend souvent un peu partout que les professeurs ne travaillent que dix-huit heures par semaine (ils refont toujours les mêmes cours, sont toujours absents, ont quatre mois de vacances...). À ces remarques, une de mes amies répond que ceux qui les font devraient suivre des professeurs pendant un an, ou même passer le concours.
D'autres réponses apportées par Isabelle Dignocourt concernant d'autres idées reçues me semblent tomber sous le sens. Par exemple, des personnes de mon entourage ne comprenaient pas le désarroi des professeurs à l'idée de faire de l'accompagnement personnalisé en classe entière, et donc de faire trois choses différentes, voire davantage. À ce sujet, Isabelle Dignocourt invite les gens à reconnaître qu'en tant que parent, il est toujours plus facile de s'occuper d'un enfant unique que de deux. C'est la même chose pour l'enseignant qui, lui, a au moins trente élèves par classe. Bien sûr, le contexte n'est pas le même, mais un enseignant voudra toujours être le plus à même d'aider tous ses élèves à progresser.
Tout au long de ce livre, d'autres idées reçues sont démontées.

D'autre part, l'enseignante fait l'historique des réformes qui se sont succédé à l'Éducation Nationale, et explique pourquoi, selon elle, elles sont inadaptées à la situation. Elles vont toutes dans le même sens, chacune allant plus loin que la précédente. Extérieurement, les professeurs y étant réfractaires semblent refuser de s'adapter pour le bien des élèves. Isabelle Dignocourt, s'appuyant sur son expérience, suggère de réformer dans l'autre sens. Si les enseignants ne veulent pas aller là où on veut les mener, pourquoi ne pas les écouter? Après tout, ce sont eux qui sont sur le terrain, ce sont eux qui expérimentent tous les jours l'impact négatif de ces décisions. L'état des lieux fait ici montre que toutes les réformes, couronnées par la dernière, poussent vers un extrême: en demander de moins en moins aux enfants (tant au niveau du travail que de la rigueur). De ce fait, ils en feront encore moins. C'est logique. Je pense que nous réagirions tous de la même manière. C'est humain.
Autre exemple, les projets culturels sont appréciés de certains. C'est une autre manière d'enseigner: on emmène les élèves en sortie (musée, cinéma, théâtre, spectacle...), puis on travaille sur ce qu'on a vu. Pourquoi pas? Cependant, Isabelle Dignocourt s'interroge sur l'intérêt de faire cela avec des élèves qui ne connaissent pas leurs conjugaisons, ne savent pas structurer leurs idées...

L'auteur décortique le texte de l'arrêté de la dernière réforme du collège. Ses explications sont claires. Elle en profite pour donner quelques exemples d'intitulés d'Enseignements Pratiques Interdisciplinaires proposés lors des formations, exemples qui m'ont fait frémir, parce que cela ressemble à des propositions d'animations de colonie de vacances.

Certains diront peut-être que l'auteur est alarmiste, et qu'elle n'a rien compris. Mais ceux-là ont-ils son expérience?

À lire d'urgence!

Ce livre est une lecture commune avec mon mari.

Service presse des éditions du Rocher.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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mercredi, 20 avril 2011

Le rhume du pingouin, de Michael Mention.

Le rhume du pingouin

L'ouvrage:
Éric Blaclé, vingt-huit ans, est écrivain. Ne pouvant vivre de sa plume, il travaille également dans un hôtel de luxe.
Une nuit, il est réveillé par un cri de souffrance. Cela se reproduit. Éric finit par en perdre le sommeil. Ensuite, il fait des rêves dans lesquels des personnages loufoques l'aiguillonne afin qu'il trouve d'où vient ce cri.

Critique:
Ce livre est assez étonnant. L'auteur s'est attaquée à une enquête de manière assez originale. J'ai eu peur que la fin ne soit pas à la hauteur de ce procédé inventif. Cependant, elle l'est. Il ne pouvait pas y avoir une autre façon de résoudre l'énigme. J'aurais été déçue d'un autre dénouement.
Bien sûr, Michael Mention va loin. Cependant, je pense que ce genre de choses est possible. Il y a juste une chose qui ne l'est pas, et qui montre une porte ouverte vers le fantastique, le surnaturel. Le dénouement est préparé, attendu tout au long du roman. Celui-ci n'est pas assez lent pour que le lecteur s'impatiente ou se lasse. La fin arrive au bon moment.
Je pense qu'elle sera soit très appréciée, soit méprisée. En tout cas, elle ne laissera pas indifférent.

J'ai beaucoup aimé la façon dont les rêves sont mis en scène, et ce qui s'y passe. On est dans une espèce de délire, et les sensations d'un rêve sont très bien rendues. On retrouve l'imaginaire, le fantastique... Je suis toujours fascinée lorsqu'un auteur explore le monde des rêves. Ici, Éric fait apparaître ce qu'il veut, dans les limites de son imagination. J'aime beaucoup cette théorie, car je l'ai expérimentée. Une fois, je savais que je rêvais (je le sais souvent, quoi qu'ait pu en dire mon professeur de philosophie), et je me suis amusée à exiger que telle personne apparaisse, qu'elle dise ceci ou cela... et cela s'est produit.
L'univers onirique est captivant, et l'auteur en parle très bien.

J'ai apprécié le style du romancier, car il va bien au personnage et à l'histoire. Il est léger, parfois cru, plein de néologismes, à la syntaxe relâchée. Il n'est pas évident de maîtriser un tel style. Ici, l'écrivain y parvient. Il n'en fait pas trop (ce qui est le danger), et on a vraiment l'impression d'avoir Éric Blaclé en face de soi. En outre, un tel style ne prépare pas forcément à une telle fin. C'est d'autant mieux.

Le thème de l'écriture est abordée de manière juste. Éric a de petites remarques cinglantes ô combien pertinentes. Par exemple, il différencie «écriture» de «productivité» dans un dialogue savoureux avec son éditeur.
La théorie comme quoi un handicap sera davantage un argument publicitaire pour un roman que sa pertinence est, à mon avis, malheureusement exacte.

Remarques annexes:
J'ai bien aimé la particularité de Bernard. On me dira que ça en fait un personnage un peu cliché, mais je dirais que c'est plutôt une loufoquerie de l'auteur.
Le roman est émaillé de petites remarques portant sur des détails, remarques que j'ai beaucoup appréciées. Par exemple, Éric observe que malgré tous les progrès faits dans beaucoup de domaines, les médicaments sont toujours aussi infectes.

Éditeur: éditions du Rocher.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Morel pour l'Étoile Sonore.

J'ai déjà dit que j'appréciais beaucoup Sandra Morel qui lit avec naturel et conviction. Là encore, elle m'a étonnée. Elle a su mettre le ton approprié sans cabotiner. Cela ne doit pas être évident, compte tenu du style de l'auteur. Bravo à elle! Je m'attarderai également sur un détail qui a son importance: la lectrice connaissait cette stupide chanson qui fit fureur dans les années 90: «I like to move it», puisqu'elle en a rendu le rythme et la mélodie (si on peut appeler cela une mélodie) dans sa lecture. Je trouve toujours agréable que le lecteur connaisse, et chante, les chansons dont il est question dans les romans qu'ils interprètent.

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lundi, 14 janvier 2008

Brins de zinc, de Daniel Rocher.

Brins de zinc

L'ouvrage:
Daniel Rocher a recueilli ces saynètes dans divers bars , cafés et restaurants. Il nous livre ici un croustillant florilège.

Critique:
Ce livre qui rassemble des tranches de vie est à déguster sans modération. Certaines historiettes sont un peu étranges, voire surréalistes, comme par exemple, la conversation entre les deux hommes sur la femme à qui l'un d'eux a allumé une cigarette. Mais c'est justement cette incongruité, cette étrangeté qui font rire. On se dit qu'il est impossible qu'une telle scène ait eu lieu. Et pourtant, si.
D'autres scènes font franchement rire, comme celle du japonais qui va manger chez les institutrices. J'avais deviné ce qu'il avait compris avant la fin, et cela m'a donné le fou rire. Ce genre de scènes est habituel, cependant, la façon dont cela est raconté est très amusante. L'histoire est bien amenée.
Qu'elles soient incongrues, qu'elles fassent sourire ou rire, qu'elles donnent envie de frapper certains clients, ces petites histoires mettent de bonne humeur. Je n'ai qu'une envie: que Daniel Rocher (ou un autre) fasse d'autres compilations de ce genre d'histoires.

Éditeur: éditions du Rocher.

J'ai eu la chance d'entendre ce livre. Je suis convaincue que la version enregistrée apporte une autre dimension à cet ouvrage, et permet de mieux l'apprécier. Je pense que lire la version papier dans sa tête ne rendra pas le livre aussi vivant que ce qu'a fait Albert Morard, le lecteur qui l'a enregistrée pour la Bibliothèque Braille Romande. Bien sûr, il est impossible que ce livre soit lue de manière plate. J'ai souvent râlé après les lecteurs qui font des voix différentes aux personnages des livres. J'ai même parfois trouvé que ce lecteur (qui a pour habitude de faire différentes voix aux personnages pour chaque livre qu'il enregistre) exagérait un peu. Mais pour «Brins de zinc«, il est indispensable de le faire. Je dis également souvent que je préfère un livre qui n'est pas trop joué plutôt qu'un livre surjoué. Mais ici, la façon dont Albert Morard interprète ce livre est tout à fait adéquate! Je ne m'imaginais pas ce genre de livre lu autrement. Ici, le lecteur donne toute la mesure de son talent. Je ne peux que le féliciter pour son interprétation si juste! Il est exactement dans le ton. J'imaginais très bien les personnages décrits, et ce qu'ils faisaient. Je pense qu'il s'est autant amusé à interpréter ce livre que je me suis amusée à le lire. Sa façon de lire tendrait à prouver qu'il y a pris plaisir.

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lundi, 15 janvier 2007

Appelez-moi Li Lou, de Cynthia Sardou.

Appelez moi Li Lou

L'ouvrage:
Cynthia Sardou, l'une des filles de Michel Sardou, raconte certains pans de sa vie. Elle nous parle de sa naissance, en décembre 1973. Le fait qu'elle soit une fille déçut fort son père, et précipita la rupture du couple que formaient ses parents.
Son beau-père la maltraita, et sa mère ne s'y opposa jamais.
Seules, sa marraine, et sa grand-mère, Jackie Sardou, lui témoignèrent un réel attachement.

Puis un jour de 1999, Cynthia perd l'équilibre fragile qu'elle avait réussi à acquérir. Elle est agressée dans un parking, et violée par trois hommes. Elle ne pourra jamais oublier cela.

Critique:
Je pourrais faire à Cynthia Sardou le reproche que j'ai fait à Charlotte Valandrey, (reproche que je ne suis pas allée formuler dans les commentaires de la critique sus citée), et à Mazarine Pingeot. Mon reproche était quelque chose du genre: ces personnes publient des livres et sont lues, parce qu'elles sont célèbres, ou, comme c'est le cas pour Cynthia Sardou, enfants de gens célèbres. Si elles s'appelaient monsieur ou madame Dupont, seraient-elles autant lues? Malgré ce petit reproche, les livres de Charlotte Valandrey et de Cynthia Sardou méritent qu'on s'y arrête. (Petite parenthèse: à mon avis, le "Premier roman" de Mazarine Pingeot, lui, ne mérite pas qu'on s'y arrête. Il m'a semblé tellement vide que je n'ai pas essayé de lire d'autres livres d'elle.)

Cynthia raconte des choses terribles. Elle fait le portrait d'un Michel Sardou au caractère insaisissable, un homme qui, après l'agression de sa fille, ne trouve rien de mieux à lui dire que: "Tu sais ce qu'il te reste à faire.", signifiant par là qu'elle doit oublier tout cela au plus vite, et redresser la tête. Bien sûr, il faut essayer de vivre avec un tel traumatisme, et ne pas se laisser abattre, mais ce n'est peut-être pas la première chose qu'on a envie d'entendre.
D'autre part, il ose comparer la rude épreuve qu'a été le procès des agresseurs de Cynthia pour celle-ci à un procès engagé contre une maison de disques.
D'un autre côté, il peut se montrer aimant. Lorsque Cynthia l'appelle, en larmes, à bout de nerfs, et lui dit qu'elle a été agressée, il se précipite à l'hôpital, a un accident sur le trajet, accident dont il ressort la mâchoire à moitié cassée, et se précipite pour voir sa fille, sans se préoccuper de sa propre fracture.
En gros, on ne sait jamais sur quel pied danser, en ce qui le concerne, si l'on en croit Cynthia.

Elle parle également de Jackie Sardou qu'elle présente comme quelqu'un de pétillant, de dynamique, de toujours prêt à rire.

Le lecteur compatit lorsqu'il lit l'enfance solitaire de Cynthia, la façon dont son beau-père la traite...
Lorsqu'elle raconte son agression, elle n'épargne aucun détail au lecteur. Cela nous montre le calvaire qu'elle a vécu dans toute son horreur. Et si le lecteur frémit à ce récit, il faut imaginer qu'elle a subi tout cela, qu'elle devra vivre avec le reste de sa vie.

Cynthia est une battante. Malgré les embûches et cette agression qui jalonnèrent sa vie, elle parvient à s'en sortir. Ce qu'elle raconte est une belle leçon de courage. L'esprit de sa grand-mère la suit tout au long de sa vie. Parfois, c'est le souvenir de Jackie Sardou qui la fait avancer. Et la lettre que lui écrit sa mère, lorsqu'elle est aux Etats-Unis est un moment très émouvant. Donc, même si je continue à dire que c'est facile d'écrire un livre sur sa vie lorsqu'on est connu, je pense que ce livre vaut la peine qu'on s'y attarde. Il peut redonner espoir et courage. Je vous le conseille donc.

Éditeur: éditions du Rocher.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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