Editeur : Éditions du Masque

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samedi, 29 juillet 2017

Cheval rouge, de Serge Brussolo.

Cheval rouge

L'ouvrage:
Rex Heller a créé un parc à thème à la gloire de la série «Cheval rouge» dans laquelle il jouait le premier rôle. Âgé et malade, il souhaite retrouver la fille qu'il eut avec l'amour de sa vie (l'actrice Zelda Marlowe, aujourd'hui décédée) afin d'en faire son héritière.

Critique:
Voilà plusieurs fois que je suis déçue par les derniers romans de Serge Brussolo. Ici, on retrouve des thèmes qu'il exploite toujours avec brio (la folie à très grande échelle, par exemple), mais il manque les très bonnes idées qui vont avec. Bien sûr, on sera fasciné par ce parc où toute l'ambiance de l'époque où se déroule la série est recréée: il y a des saloons, on n'utilise que les médicaments du dix-neuvième siècle... Cependant, j'ai trouvé que cela manquait de superbe, que cela n'était pas assez creusé, à l'inverse de romans comme «Les enfants du crépuscule» ou «Le labyrinthe de Pharaon».

Il y a bien quelques rebondissements, notamment lorsqu'Arley donne les résultats des tests ADN à Rex, ou ce qui advient de ceux qui tombent dans les mains de Mercurio, mais c'est peu par rapport à d'autres romans où Brussolo n'est jamais où on l'attend et ne cesse de sortir de très bonnes cartes de sa manche. «Cheval rouge», à mon avis, fait pâle figure à côté. De plus, l'écriture est souvent crue: évocation fréquente des organes génitaux, images impliquant des excréments... Dans d'autres romans, cela passe mieux pour moi parce que le reste tient la route. On me dira que ce langage va avec l'histoire. Peut-être, mais il m'a gênée.

Il y a beaucoup de violence. Presque personne n'est sympathique (ils ont tous une tare). On me rétorquera qu'on retrouve cela dans d'autres ouvrages de Serge Brussolo. Certes, mais c'est contrebalancé par la qualité du reste, et cela me semble davantage présent ici.

Mia est sympathique, mais elle n'a pas le charisme des personnages de Brussolo. Généralement, ils sont portés par les événements, mais leur lucidité, leur capacité à l'empathie, leur rage d'être impuissants, leurs tentatives pour améliorer les choses... tout cela les rend sympathiques. Mia se laisse porter, est facilement manipulée, ne semble jamais rien décider.

Tout comme pour «Les geôliers», j'ai dû attendre un certain temps (jusqu'au chapitre 14 sur 34) avant de commencer à adhérer aux événements.

Serge Brussolo s'essouffle-t-il? En attends-je trop de lui? Il y a sûrement un peu des deux. Mon mari a aimé ce roman. Il en a lu d'autres, mais pas ceux que j'ai le plus aimés (sauf la série concernant l'exovétérinaire et «Le roi Squelette)). Il doit lire ceux que j'ai beaucoup aimés et me dire si je deviens trop exigeante ou si les derniers sont moins palpitants.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 7 décembre 2015

Tambours de guerre, de Serge Brussolo.

Tambours de guerre

L'ouvrage:
Après avoir été endoctrinée par des fanatiques, Elona Addair a brûlé sa galerie de peinture. Elle exposait, entre autres, les tableaux de Zac Blasco. Ces tableaux représentaient des tueurs en série.

Critique:
Même si je retrouve la patte de Serge Brussolo, j'ai bien moins aimé ce roman que (s'il faut en citer un récent) «Anges de fer, paradis d'acier». D'une manière générale, j'ai l'impression que les écrits fantastiques de l'auteur sont plus riches que ses policiers, du moins concernant ceux récemment publiés, car ses policiers des années 90 m'ont beaucoup plu.

En général, dans un roman de Brussolo, on apprécie le héros. Ici, l'héroïne (Naomi) est sympathique, mais elle est trop effacée, elle passe trop vite au second plan pour être vraiment intéressante. Tout se joue à côté d'elle et presque à son insu. Elle est un enjeu, à un moment, mais no s'en rend compte que trop tard.

Comme dans d'autres romans, Serge Brussolo montre la folie à grande échelle. D'habitude, je trouve cela remarquable, et je suis époustouflée que l'auteur pousse le raisonnement si loin. Ici, cela m'a plutôt ennuyée, car il n'y avait pas réellement de surprises quant aux réactions et aux aspirations des protagonistes fous.

L'intrigue est d'ailleurs classique. En fait, je m'attends à autre chose quand je lis du Brussolo. Certes, il y a des rebondissements, mais ils sont attendus. Ce petit jeu de je t'attrape, tu m'échappes, je te rattrape, un paramètre imprévu fait que... ce schéma est plutôt décevant de la part de cet auteur. Bien sûr, comme c'est lui, ce n'est pas absolument plat, il y a de l'action...
La fin m'a également paru prévisible, et m'a quelque peu déçue.

Éditeur: Éditions du Masque.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 13 octobre 2014

La route de Santa Anna, de Serge Brussolo.

La Route de Santa Anna

L'ouvrage:
Markh, ancien cascadeur (il faisait des rodéos de voitures), va reprendre du service. À l'aide d'une voiture extrêmement rapide, silencieuse, et presque invisible, il devra convoyer des fonds entre le Mexique et une petite ville perdue des États-Unis. L'opération est commanditée par un cartel dirigé d'une main de fer. Tout pourrait se dérouler sans anicroche, si une famille pauvre et un peu paumée, n'avait eu vent de l'affaire par hasard...

Critique:
Prenez une ambiance à la James Hadley Chase, une intrigue à la David Goodis, et ajoutez-y l'art de Serge Brussolo. Cela donne un roman policier aux ingrédients à la fois connus et originaux. En effet, une histoire de truands, de personnes qui veulent se doubler en vue d'avoir un gros tas d'argent, c'est des plus classiques. C'est sans compter sans les rebondissements dont Serge Brussolo sait agrémenter ses récits. Ce qui ressemble à une banale histoire écrite par un auteur de romans noirs se transforme en course effrénée où tous les coups sont permis, et où certains événements arrivent alors qu'on ne les attendait pas.
Par exemple, l'opération a lieu assez rapidement, ce qui implique que le reste du roman sera, normalement, plein de découvertes. Là encore, l'auteur insère des éléments attendus (comme ce que font Julius et Billy), mais il y ajoute sa patte, ce qui fait que cela ne tourne pas comme on pourrait s'y attendre.

Chez Brussolo, les personnages (sauf le héros) sont souvent déjantés: fanatiques, paranoïaques, etc. C'est toujours un bonheur pour moi de lire leurs délires, car l'auteur ne lésine pas sur les détails, et son exposition de cerveaux malades est très convaincante. Ici, c'est Julius et Alienor qui font office de dérangés. Les autres sont un peu différents. On ne les trouvera pas forcément sympathiques, mais tellement réalistes! L'attitude de Sue, Wichita, Billy, Julius vis-à-vis de la grosse somme d'argent qu'ils convoitent est très bien exposée et tout à fait logique. Voilà pourquoi je pense que les personnages sont un peu plus creusés que dans certains romans de Brussolo.
Jana est un clin d'oeil aux protagonistes qu'affectionne le romancier: ceux qui vivent à cent à l'heure et ne peuvent concevoir une autre existence.

Quant à Markh, il est le seul à garder la tête froide, mais cela vient du fait qu'il est blasé de la vie. C'est lui qui se rapproche le plus du héros brussolien, à cause de sa lucidité mêlée d'apathie. Heureusement, cette mollesse n'est pas aussi pénible que chez certains autres.

Certaines ficelles sont un peu grosses, par exemple, la façon dont certaines personnes meurent... Surtout que cette ficelle est répétée... En outre, je n'ai pas trop aimé ce qu'on découvre à l'avant-dernier chapitre, parce que je trouve que c'est trop classique. Pour moi, c'est indigne de Brussolo. Cependant, c'est rattrapé par le fait que ça lui permet d'aller plus loin dans la démonstration de la noirceur de l'âme humaine.
Par ailleurs, il n'est pas très crédible qu'un des personnages survive à l'explosion d'un véhicule dont il était le conducteur. L'écrivain parvient, malgré tout, à faire passer la chose.

Ce roman alterne les points de vue selon les chapitres. Les pensées des différents protagonistes sont contées par un narrateur omniscient. Si l'auteur le fait parfois, il ne le fait pas autant que dans «La route de Santa Anna». J'ai apprécié cette façon de faire qui, pour moi, contribue à donner du rythme au récit.

N'oublions pas les petits traits d'humour dont l'auteur fait preuve, notamment lorsqu'il évoque Jean-Pierre. Entre l'ancienne profession de ce dernier, les jeux de mots douteux qu'il fait, et les commentaires du narrateur, on a de petits moments amusants au milieu de ce thriller haletant.

Éditeur: Éditions du Masque.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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mardi, 24 décembre 2013

Mémoire classifiée, de Sylvain Blanchot.

Mémoire classifiée

L'ouvrage:
Franck Paramont est extracteur. Il se connecte à la mémoire de gens afin de rechercher certains souvenirs. Aujourd'hui, on l'a sorti de prison pour lui demander d'outrepasser une mortis memoria. Un certain Xavier Styx est mort, et son cerveau reste focalisé sur le moment de sa mort. Avant que cela ne s'étende, Franck doit explorer les souvenirs de l'homme afin de savoir s'il a trahi l'entreprise pour laquelle il travaillait. Cette opération comporte des risques, mais on promet à Franck une libération anticipée s'il s'y prête. Il accepte. C'est alors qu'il se découvre dans l'un des souvenirs de Xavier Styx.

Critique:
La première qualité de ce livre est son décor très bien planté. Par de multiples détails du quotidien, l'auteur ancre son lecteur dans un univers très crédible. Bien sûr, on retrouve des topoi du genre (les robots domestiques, les vidéophones, le fait que la pollution a déréglé la nature et accru les maladies, etc), mais c'est l'immersion que j'ai appréciée. Sylvain Blanchot ne se contente pas de semer quelques notions montrant qu'on est dans de la science fiction. Tous les gestes du quotidien sont régis par ces nouveautés techniques. Outre les exemples déjà cités, on peut trouver des fleurs qui ne fanent pas, des maquillages dont on peut voir ce qu'ils donneront avant de les appliquer... La monnaie est différente de celle que nous connaissons, certaines planètes sont colonisées, etc. Je suis très loin d'avoir tout détaillé. On me dira que tout cela est très classique s'agissant de science fiction. Certes, mais j'ai apprécié la facilité avec laquelle ces éléments sont insérés dans le quotidien des personnages. Et puis, certaines de ces choses feront un peu rêver. Mention spéciale à l'idée des publicités intelligentes: j'adore le concept!

Mais un décor bien planté ne serait rien sans une intrigue solide. Voilà l'autre qualité de ce roman. L'histoire démarre très vite, et le lecteur est tenu en haleine. La plupart du temps, j'ai été aussi perdue que Franck. Bien sûr, j'ai soupçonné un personnage à bon escient, mais je pense que c'était voulu par l'auteur. Je n'ai pas vraiment eu le temps d'échafauder des théories, car j'étais emportée par l'histoire et la frénésie avec laquelle elle se déroulait.

À un moment, Sylvain Blanchot s'amuse à égarer Franck et le lecteur par des affirmations assez perturbantes. C'est là que je pensais piéger le romancier. Soit il serait incohérent, soit il allait faire une fin comme celle de «Thérapie», de Sebastian Fitzek. Il n'en est rien: l'écrivain a su rester cohérent, et sa fin n'est pas comme ce que je craignais.
Ces affirmations ont l'avantage de plonger le lecteur dans une grande confusion mentale à l'instar de Franck. De ce fait, même si on cherche à comprendre, on se heurte à des éléments qui ne cadrent pas. J'aime beaucoup être fourvoyée par un auteur. Surtout si, par la suite, il se montre à la hauteur, ce qui est le cas ici.

On me dira que l'auteur reprend une ficelle éculée: l'homme enquête sur lui-même. En effet, mais il aborde cela sous un autre angle. D'autre part, c'est très bien amené, et cela ne commence pas ainsi dès le début. C'est abordé par le biais d'études de cerveaux, de recherches dans des souvenirs de manière informatique. Cela m'a rappelé «Intrusion», d'Elena Sender. Rassurez-vous, on ne retrouve aucune similitude dans l'intrigue, mais on retrouve ces idées à la fois captivantes et effrayantes d'exploration de la mémoire, du cerveau.

La «solution» est logique. Cela ne veut pas dire qu'elle soit bâclée ou prévisible. Elle s'insère très bien dans le récit, et expose certaines idées et façons de faire qui ne paraissent pas vraiment exagérées malgré leur noirceur. Bien sûr, on trouvera une certaine résonance avec les «solutions» d'autres thrillers, mais cela n'est pas tant au niveau des idées qu'à celui de la rapacité de l'homme, et de sa capacité à détourner tout projet qui, au départ, aurait pu «faire le bien». Et en cela, on ne peut que donner raison au romancier.
En outre, Sylvain Blanchot pose certaines questions pertinentes à plusieurs niveaux. L'oubli est-il préférable dans certains cas? Est-il possible? Que deviendra l'humanité (Franck entrevoit un ou deux scénarios assez crédibles)?

Ce roman est une oeuvre de science fiction, mais ce qui est raconté ne paraît pas si lointain dans le temps, surtout après la lecture de la note en fin d'ouvrage.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.
Ce livre m'a été offert par les éditions du Masque dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babelio.

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vendredi, 20 juillet 2012

L'instinct maternel, de Barbara Abel.

L'instinct maternel

L'ouvrage:
Paris.
Jeanne a épousé Richard Davier parce qu'il lui apportait un grand confort matériel. Quant à lui, il l'a surtout épousée pour qu'elle lui donne un fils, ce qui lui permettra de toucher la seconde moitié de son héritage. Mais Jeanne reste désespérément inféconde.
Une solution semble s'offrir à la jeune femme, mais elle sera également source de problème.

Critique:
Au moment de commencer le roman, j'ai su qu'il avait eu un prix. Si je l'avais su avant, j'aurais sûrement passé mon chemin. J'aurais eu raison: voici une nouvelle preuve que prix est plutôt synonyme de mauvais roman.

Le livre est rempli de faux suspense. C'est-à-dire que l'auteur crée des rebondissements attendus. Par exemple, lorsqu'Edwige se demande quel est ce bruit incongru, le lecteur sait tout de suite ce qui va se passer. C'est ainsi dans plusieurs cas, mais je ne peux pas trop en dire, je dévoilerais des événements qui se passent vers la fin du roman.
D'autres ficelles sont très grosses. Par exemple, à un moment, un personnage accomplit un acte fatal. Juste après, l'auteur tente de faire diversion en parlant de Jeanne qui va faire une course importante (et qui met des pages à la faire), afin de retarder le moment de dire ce qui est arrivé au personnage. Je n'aime pas ce procédé, en général, mais ici, c'est pire, parce qu'il est utilisé de manière grossière. l'auteur ne prend pas la peine de l'enrober: elle fait délibérément du remplissage.
En outre, au moment où Susanna accomplit ce fameux acte fatal, je n'ai cessé de pester, espérant qu'elle ferait un autre geste. N'importe qui ayant un peu de jugeote et étant en danger, aurait fait ce geste. Susanna a l'air particulièrement cruche de n'y avoir même pas pensé. Bien sûr, l'histoire se serait arrêtée là, mais l'auteur aurait dû penser à un autre moyen moins gros de la prolonger.
Le roman compte énormément d'autres ficelles de ce genre. Cela le rend poussif. Pour donner un autre exemple, lorsque la police vient chez Jeanne, et que celle-ci a très peur, j'ai soupiré d'ennui, sachant très bien ce qu'elle lui voulait. Puis, au cours de l'entretien entre elle et les policiers, j'ai été exaspérée de sa manière d'agir.

Le coup de foudre est cliché. Cliché renforcé par le fait que les deux amants ne peuvent pas pleinement communiquer, chacun ne parlant pas la langue de l'autre.

Aucun personnage n'est vraiment sympathique. Jeanne est folle. Sa cupidité la pousse à des actes extrêmes. Si au début, elle suscite le dégoût du lecteur, ensuite, je n'ai ressenti qu'indifférence pour elle. Elle tue comme on se lave les mains, n'a jamais mauvaise conscience... elle a l'inconsistance d'un robot.

Susanna est sotte. On me dira qu'elle ne peut pas faire grand-chose. Certes, mais elle n'a pas l'air très futé, et a une haute opinion d'elle-même. C'est bien sûr vers elle qu'ira la pitié du lecteur, mais rien ne la démarque vraiment.

On me demandera pourquoi j'ai fini le livre, puisque je ne lui ai trouvé que des défauts. Je voulais savoir comment la romancière allait terminer tout cela.

Éditeur: éditions du Masque.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour Sésame.
C'est le premier livre de cette bibliothèque sonore que je lis. J'ai apprécié que le lecteur épelle les noms propres.
Je trouve dommage que les noms des lecteurs ne soient pas donnés. D'abord, il est plus facile d'aller vers des lecteurs appréciés si on connaît leurs noms, et que les noms sont également indiqués dans le catalogue). Ensuite, il est plus agréable de pouvoir mettre un nom sur une voix. Enfin, c'est réducteur pour un lecteur bénévole, à mon avis, que la bibliothèque sonore pour laquelle il enregistre ne souhaite pas donner son nom. Il n'est qu'une voix anonyme.

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