Editeur : Éditions des Deux Terres

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jeudi, 4 janvier 2018

On ne peut pas tout avoir, de Ruth Rendell.

On ne peut pas tout avoir

L'ouvrage:
1990.
Ivor Tesham, politicien ambitieux, décide d'offrir un cadeau d'anniversaire spécial à Hebe, sa maîtresse. Les choses tournent mal, et Hebe meurt dans un accident de voiture, dont les circonstances sont suspectes aux yeux de ceux qui ignorent quel était le cadeau d'Ivor. Par peur d'un scandale qui ruinerait sa carrière, celui-ci tait son implication à la police.

Critique:
Je craignais que ce roman parle beaucoup de politique. Heureusement pour moi, dès le chapitre 1, le narrateur (Rob, le beau-frère d'Ivor) explique qu'il n'y connaît rien, et ne dira que ce qui est nécessaire pour la compréhension de l'histoire.

Je trouve habile de la part de l'auteur d'avoir choisi un narrateur qui n'est pas le principal impliqué. En effet, on se prend de sympathie pour Rob, alors qu'Ivor, même si on peut le comprendre, inspire plutôt de la méfiance, et parfois, de la répugnance. Il est donc confortable d'apprécier le narrateur et sa femme qui expriment des sentiments et des émotions auxquels on s'identifie.

Les personnages sont creusés. Rob parsème son récit de ses considérations quant aux événements, ce qui fait qu'il n'est pas un conteur effacé dont on ne sait rien (comme c'est le cas dans d'autres romans). Son récit alterne avec le journal de Jane (l'amie d'Hebe) dont il a pu avoir une copie.
Jane est très intéressante. À son égard, j'ai oscillé entre compassion et aversion. On la plaint parce qu'on comprend qu'elle a développé des névroses et des obsessions à cause de sa solitude et de sa mésentente avec sa mère. On comprend très vite son but, surtout dû au fait qu'elle enviait Hebe qui avait la chance d'être aimée et piétinait cet amour.

Quant à Ivor, il évolue au cours du roman. Les épreuves et sa façon d'y réagir font qu'il se remet en question. En outre, sa rencontre avec une certaine personne et la manière d'être de celle-ci achèvent sa prise de conscience. Cela fait que le lecteur éprouvera divers sentiments envers lui.

Rien ne traîne. De plus, je n'ai rien prévu. J'étais toujours dans l'expectative. J'ai entrevu certaines choses concernant Jane, mais cela ne m'a pas gênée.

Un bon roman psychologique à suspense!

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur que j'apprécie beaucoup. Comme d'habitude, son interprétation était bonne: vivante, mais pas exagérée. Je regrette que vers la fin, il se soit mis à faire un accent anglophone marqué pour certains noms propres.

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lundi, 4 avril 2016

Et l'eau devint sang, de Ruth Rendell.

Et l'eau devint sang

L'ouvrage:
Il y a treize ans, Guy, le mari de Beatrix, s'est noyé dans son bain. Beatrix et sa fille (Ismay, quinze ans à l'époque) ont toujours soupçonné Heather (l'autre fille de Beatrix, treize ans à l'époque) d'en être responsable. Guy était le beau-père des deux adolescentes depuis peu. Elles n'en ont jamais vraiment parlé toutes les trois. Cette idée étant rongé Beatrix qu'elle en est devenue folle. Quant à Ismay, elle serait prête à se taire à jamais, mais ses scrupules sont ravivés par le fait qu'Heather commence à fréquenter un homme: Edmund. La relation devenant sérieuse, Ismay pense qu'elle ne peut pas laisser les choses aller plus loin sans prévenir Edmund. Mais le prévenir de quoi, au juste

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Pourtant, Ruth Rendell reprend des choses déjà vues. Cependant, ici, elle le fait de manière subtile. Elle prend le temps de nous présenter ses personnages et leur situation. Elle parvient à rendre ces petites histoires de famille passionnantes en les entourant d'une ambiance particulière. Même si on a envie de secouer Ismay qui ne fait qu'hésiter, qui ressasse la noyade de Guy. On comprend que ces souvenirs soient à la fois douloureux et inoubliables. Ismay les exhume, et petit à petit, le lecteur comprend à quel point chacune des deux soeurs était impliquée. Treize ans après, dans le secret de son coeur, Ismay s'autorise à penser pourquoi elle-même pourrait être (d'une certaine manière) coupable de cette noyade. À force de ressasser, elle admet sa responsabilité dans le ballet qui s'est joué. Elle reconnaît que son mal être et la folie de sa mère viennent de ces non-dits, de ces non-explications qui les rongent, grignotant peu à peu leur raison, leur vie, s'insinuant partout, phagocytant leurs moindres gestes. Ismay semblait prête à le supporter, mais les événements récents la replongent dans l'abîme des questions.
D'autre part, la vie sentimentale d'Ismay est un désastre. La jeune femme le sait, et pourtant, elle ne peut s'empêcher d'agir de la manière qui lui sera le plus néfaste, à terme. Ce genre de choses me fascine. Cela arrive très souvent, et pourtant, c'est toujours dur à comprendre pour quelqu'un d'extérieur.

Les autres personnages sont également captivants. À travers l'intrigue, ils sont confrontés à certains pieds-de-nez du destin. Par exemple, la manière dont la cassette d'Ismay est récupérée par un personnage, et le fait que ce personnage sache justement à qui il est fait allusion sur cette cassette, est assez extraordinaire. Cela pourrait être quelque chose de très gros, mais l'auteur a su le préparer. En outre, ce qui en découle relance la tension.
Cet événement est loin d'être le seul qui relance l'intrigue. Pour donner un autre exemple, le lecteur se doute rapidement de ce que va penser Ismay après ce qui arrive à Eva. Savoir une chose avant les personnages engendre souvent des lenteurs. Ici, cela ne m'a pas paru long, car je me laissais porter par l'histoire, la psychologie des personnages... D'une manière générale, j'ai trouvé le tout très réussi.

J'ai aimé le parallèle que fait l'auteur entre Marion et Fowler. Chacun est un parasite, mais ils ne jouent pas dans la même cour. Le lecteur en vient à préférer Fowler qui n'use pas d'autant d'artifice et de fourberie que Marion.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman, notamment sur la fin...
Une intrigue qui se construit lentement, mais de manière implacable. Des personnages très bien analysés (entre les bassesses de certains, les faiblesses des autres; l'égoïsme des uns, l'abnégation des autres...

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Maugie pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a une voix très agréable, une diction soignée. Pour moi, elle a très bien su rendre l'ambiance de ce roman. Elle s'est fondue dans l'intrigue et les personnages, et a mis la dose de jeu nécessaire dans sa lecture, en veillant à ne pas en faire trop. Comme je pinaille, je regrette qu'elle ait tenté de prononcé certains noms propres avec un accent anglophone, d'autant que, semble-t-il, cet accent ne lui est pas naturel. Heureusement, Heather y échappe. Je pense qu'il aurait été très laid qu'elle tente de le prononcer à l'anglophone.

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jeudi, 14 janvier 2016

Désaccords mineurs, de Johanna Trollope.

Désaccords mineurs

L'ouvrage:
Richie Rositter meurt d'une crise cardiaque. Quelle n'est pas la surprise de sa compagne et de leurs trois filles lorsque le testament du mort fait resurgir sa femme, Margaret, et le fils qu'il a eu avec elle, Scott.

Critique:
Johanna Trollope s'attaque ici à un thème délicat. Une famille en deuil doit compter avec un paramètre inattendu et désagréable. L'auteur expose les sentiments de ses personnages et la manière dont ils évoluent. En tant qu'observatrice, j'ai tout de suite apprécié Amy (la dernière fille) qui comprend très vite qu'il ne faut pas jeter la pierre à des personnes innocentes. Tout en comprenant Chrissie (la mère des trois filles), je l'ai trouvée très injuste. Cependant, comment aurais-je réagi si j'avais été impliquée. Aurais-je accepté d'évoluer? Aurais-je tapé de toutes mes forces sur des personnes innocentes sous prétexte que je souffrais?
Pour en finir avec Amy, je dirais qu'en plus d'être ouverte, elle sait ce qu'elle veut. Sous des abords craintifs et timides, elle finit par comprendre qu'elle doit s'imposer. J'aime beaucoup la façon dont elle le fait face à Margaret: aucune grandiloquence, de la fermeté alliée à de la douceur...

J'ai trouvé les autres filles de Richie (Tamsin et Dilly) assez fades. Tamsin est peut-être compréhensible, car elle fait passer sa loyauté envers sa mère avant tout. De ce fait, même si on peut penser qu'elle agit parfois de manière disproportionnée, on la comprend.

Outre les personnages principaux, la romancière évoque leurs amis. Il n'est jamais simple d'être l'ami de ceux qui souffrent. On veut aider, on a peur d'ennuyer, de raviver la douleur... J'ai apprécié Sue, l'amie de Chrissie, qui sait quoi faire. Elle sait quand il faut consoler, quand il faut secouer, quand il faut apaiser.

Je n'ai pas vraiment compris ce que les gens en général trouvait à Richie. Peut-être était-il charismatique...

Éditeur: éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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jeudi, 23 juillet 2015

Les femmes de ses fils, de Joanna Trollope.

Les femmes de ses fils

L'ouvrage:
Edward, Ralph, et Luke ont beau être mariés, il n'est pas si facile pour leur mère, Rachel, de cesser de régenter leur vie. Les tensions familiales se révéleront, déclenchées par une crise que traverse Ralph.

Critique:
Pour moi, l'intérêt de ce roman réside dans le fait qu'il analyse plusieurs perspectives. Personne n'a nécessairement raison, il n'y a pas toujours une façon de faire, une façon de penser. Ce que l'auteur veut faire passer, c'est: peu importe qui a raison, peu importe que cette façon soit meilleure. Ce qu'il faut, c'est laisser faire les gens. Les laisser se tromper, mais aussi, pourquoi pas, les laisser avoir raison, même si on aurait fait différemment. On peut conseiller, mais il ne faut rien imposer.
À travers ses personnages et les événements qu'ils doivent gérer, la romancière nous montre qu'il faut apprendre à grandir.

Au long du roman, le lecteur se forgera fatalement une opinion sur les uns et les autres. La manière dont Charlotte tente de bouleverser cette espèce d'«ordre familial» m'a amusée. J'ai apprécié qu'elle secoue les choses, qu'elle souhaite que sa vie ne soit pas régie par les opinions et désirs de Rachel. Bien sûr, Charlotte n'est pas parfaite. Elle tente de s'affirmer par rapport à Rachel, et parfois, cela fait un peu combats de coqs.

Quant à Rachel, ce n'est pas la belle-mère autoritaire et acariâtre qui ne supporte pas que d'autres femmes qu'elle rendent ses fils heureux. Elle est envahissante, veut imposer sa façon de faire et de voir les choses, mais son but n'est pas de dominer les siens, ni d'éveiller haines et rancunes.

Petra est un peu difficile à cerner. Je ne sais pas si elle est si réussie... J'ai bien compris quelle était la véritable raison de sa révolte maladroite, mais à l'instar d'autres, j'ai trouvé qu'elle compliquait beaucoup les choses. Bien sûr, elle a du mal à communiquer, mais elle m'a semblé un peu capricieuse... Je sais qu'il ne faut pas la résumer à cela. Elle aussi se révoltait contre le fait qu'on trace sa voie à sa place...

Quant aux autres personnages, je ne les évoquerai pas tous, mais je les ai tous appréciés.

La fin est peut-être un peu trop optimiste. Cependant, Joanna Trollope a su la préparer, même si là encore, le brusque «réveil» de Petra paraît un peu étrange. La fin est optimiste, mais c'est le résultat d'événements qui ont forcé les uns et les autres à réfléchir, à se remettre en question, à écouter les besoins des autres. En outre, une fin optimiste, lorsqu'elle est préparée, peut être sympathique, surtout si le livre est lu à un moment où la vie n'est pas rose.

Il y a juste un point que j'ai trouvé un peu léger. De quoi Petra et Ralph vivront-ils? C'est quelque peu effleuré, mais trop peu à mon goût.

Éditeur: éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Gautier pour le GIAA

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mardi, 19 juillet 2011

Une brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewycka.

Une brève histoire du tracteur

L'ouvrage:
Nicolaï Maïevski est ukrainien. Il vit à Londres. Il a plus de quatre vingts ans. Il vit seul, depuis la mort de sa femme, Ludmila, il y a deux ans. C'est alors qu'il rencontre Valentina, ukrainienne, trente-six ans, dont l'ambition est d'épouser un homme riche, et de rester en Angleterre.
Vera et Nadejda, les filles de Nicolaï, ne s'entendent pas, mais devront faire cause commune contre l'envahisseur.

Critique:
J'ai un sentiment mitigé quant à ce livre. Marina Lewycka expose bien les techniques de harcèlement d'une personne sans scrupules. Pourtant, j'ai trouvé cela très convenu. Valentina est une peste intéressée, même pas intéressante. On me dira que des saletés dans son genre existent. C'est vrai, mais j'ai été gênée par son manichéisme.
En outre, tout le monde râle contre la suprématie de Valentina, qui n'hésite pas à se montrer violente et irascible lorsque tout ne va pas comme elle veut. Même lorsque la loi est pour les Maïevski, personne ne se montre assez énergique pour expulser l'intruse de la maison. Même Vera qui parle beaucoup, a l'air de savoir ce qu'il faut faire, et comment le faire, se dégonfle lorsqu'elle est face à la sorcière.
Tout cela m'a agacée.

Il est intéressant de voir la façon dont Dadejda s'implique dans cette histoire. Elle n'aime pas Valentina, mais parfois, tente de voir les bons côtés de la jeune femme, ou, du moins, ne la condamne pas sans avoir la certitude de ses turpitudes.
D'autre part, Nicolaï est un personnage creusé. Esseulé, il veut croire qu'une explosive jeune femme pourrait l'aimer pour lui-même. Ça le rend versatile. Au long du livre, on découvre qu'il peut aussi être impulsif. Il m'a tour à tour agacée et attendrie.
Par petites touches, l'auteur nous apprend le passé de Nicolaï, et on plonge dans la guerre et la précarité qu'elle engendre pour les citoyens moyens.
Outre cela, le lecteur découvre également l'histoire de la famille. Nadejda se rend compte, grâce à cette triste histoire, que sa soeur et elle n'ont pas vécu les mêmes choses, n'ont pas connu les mêmes paramètres, et que Vera a peut-être des raisons d'être si dure.

Je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux personnages principaux. Pourtant, l'auteur nous en brosse un portrait assez complet et complexe. Il n'y a que Valentina qui soit caricaturale. Malgré cela, les personnages ne m'ont pas assez interpellée pour que je sois vraiment avec eux. Je voulais qu'ils triomphent, mais j'étais également assez distante.

Remarque annexe:
Marina Lewycka a fait un clin d'oeil sympathique à son lecteur. En effet, on retrouve Nicolaï dans «Deux caravanes». Il apparaît peu, mais on le reconnaît bien! Je suis contente de m'être souvenue de ce personnage, et d'avoir pu vérifier que c'était bien lui.

Éditeur: les Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Rose Delaloye pour l'Étoile Sonore.

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