Editeur : Éditions de l'Olivier

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lundi, 4 octobre 2021

Un papillon, un scarabée, une rose, d'Aimee Bender.

Un papillon, un scarabée, une rose

L'ouvrage:
Elaine n'est pas stable mentalement. Alors que sa fille, Francie, a huit ans, Elaine est victime d'une crise plus violente que les autres, et fracasse sa main à coups de marteau. Alors qu'elle est emmenée en hôpital psychiatrique, des dispositions sont prises pour que Francie quitte Portland, et aille vivre à Los Angeles, chez sa tante (Minnie, la soeur de sa mère) et son oncle (Stan).

Critique:
J'avais un peu peur que ce roman m'ennuie parce que la quatrième de couverture précise que Francie vit une jeunesse habitée par la peur de la folie. J'avais donc peur que l'héroïne passe son temps à se perdre en conjectures. Certes, elle réfléchit beaucoup sur elle-même en rapport avec l'état de sa mère, mais elle ne fait pas que tourner en rond dans sa tête. D'ailleurs, elle ne fait pas tant cela. Elle cherche des solutions à ce qu'elle pense être des problèmes. Par exemple, la solution du verrou. Lorsqu'elle confie au lecteur pourquoi elle agit ainsi, il est évident que celui-ci se pose des questions. Cependant, il arrive à tout le monde d'avoir d'étranges pensées. On me dira que ce qui a poussé Francie à adopter la solution du verrou est davantage qu'une étrange pensée. Certes, mais si cette idée l'avait réellement obsédée, si elle avait été une espèce de psychopathe, elle aurait trouvé le moyen de la mettre en pratique, car elle l'aurait souhaité. Ce qui montre que Francie n'est pas folle, c'est qu'elle a eu peur de faire cela, mais ne l'a jamais voulu. De toute façon, au bout de très peu de temps, la mise en pratique de cette idée n'était plus possible. Je ne sais pas ce que souhaitait vraiment dire Aimee Bender, mais j'imagine que Francie, avec ce verrou, voulait surtout se protéger d'elle-même, comme lorsqu'elle mettait les objets tranchants hors de portée de sa mère. Elle voulait se protéger de ce qu'elle pensait que sa mère lui avait légué.

Francie entrelace le récit de ses derniers jours à Portland, de ses premiers jours chez sa tante et son oncle, et de son présent. Elle revient sur certains faits qui, semble-t-il, ont conditionné sa perception d'elle-même et du monde alentour. Cela peut faire penser qu'elle est étrangement obsessionnelle. Cela ne m'a pas vraiment dérangée, car on peut interpréter certaines choses d'une manière déterminante, surtout si elles sont arrivées alors qu'on vivait un grand bouleversement.

La tente aux souvenirs est un autre symbole auquel se raccroche Francie. Pour moi, c'est surtout sa complicité avec Vicky qui l'aide à mettre de l'ordre dans sa tête, à faire la part des choses.

Je n'ai pas toujours approuvé ce que fait la narratrice. Par exemple, qu'elle se mette en colère après sa tante pour l'histoire du verre d'eau n'est pas légitime. En effet, peu de monde boirait dans le même verre qu'une autre personne, et ce ne serait pas par peur «d'attraper sa folie», mais plutôt une question d'hygiène. Certes, Francie est jeune à l'époque de cette histoire, ce qui pourrait expliquer qu'elle croie vraiment à sa théorie, mais ce n'est pas crédible.
Je n'ai pas non plus approuvé ce que Francie finit par faire concernant la lampe. Certes, c'est peut-être un moyen de se débarrasser de l'espèce de mythe qu'elle a créé autour du papillon (je n'ai vu le jeu de mots qu'à la relecture, et comme il n'était pas intentionnel, je le laisse...;-) ), mais dans ce cas, autant laisser l'objet à sa propriétaire.
Malgré cela, j'ai apprécié que Francie semble s'être trouvée, et paraisse en paix à la fin. Elle garde, cependant, une minuscule part d'ombre et de mystère...

Remarque annexe:
J'ai trouvé le récit du voyage en train murakamien. Ce qu'il s'y passe (surtout l'intervention de la femme et celle du «faux» contrôleur) pourrait arriver dans un roman d'Haruki Murakami.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Comme souvent, j'ai tenté ce roman, même si j'avais peur de m'ennuyer, parce qu'il était enregistré par Martine Moinat dont la lecture me plaît. Elle n'a pas démérité. De plus, moi qui râle après les lecteurs (professionnels ou non) qui prononcent mal certains mots, ici, je tiens à souligner que la lectrice a correctement prononcé «klaxon», mot que certains ont tendance, depuis très peu de temps, à dénaturer en Le prononçant «klaxone».

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vendredi, 4 juillet 2014

La singulière tristesse du gâteau au citron, d'Aimée Bender.

La singulière tristesse du gâteau au citron

L'ouvrage:
À neuf ans, Rose goûte un gâteau au citron préparé par sa mère. Alors que tous le trouve bon, elle y ressent quelque chose de vide. À partir de ce jour, tout ce que goûte Rose est plein de «sentiments». Avec l'aide d'un ami, elle finit par comprendre ce qui lui arrive...

Critique:
L'idée de départ est originale et sympathique, même si cela ne l'est pas pour l'héroïne. D'abord, le lecteur se mettra fatalement à sa place, et comprendra vite comme sa situation est inconfortable!

Il fallait faire durer l'idée sans enliser le roman. L'auteur y a partiellement réussi en créant d'autres particularités à cette famille d'apparence normale. Au début, on s'attache à ces personnages qui ont du mal à communiquer, et dont certains le font par d'étranges biais. Il y a même des moments amusants: quand Rose goûte la tartine préparée par son frère, quand elle va dans la boulangerie avec George... Cependant, par la suite, cela retombe un peu. Les personnages gardent leur étrangeté, mais deviennent moins attachants. C'est surtout la mère de l'héroïne qui m'agace. Elle fait bien sentir qu'elle préfère l'un de ses enfants, elle n'est pas heureuse et comble cela de la pire manière qui soit... Bien sûr, chacun fait comme il peut, et prend ce qu'il peut de la vie, mais cette mère n'a pas su m'émouvoir. Même lorsqu'elle s'inquiète pour l'un de ses enfants, ce n'est pas elle qui va s'assurer qu'il va bien. Elle ne sait qu'alarmer tout le monde en pleurnichant.
Je lui préfère de loin son mari et l'énigmatique Joseph. J'ai compris leurs actes, même si je ne les ai pas toujours approuvés. En outre, Rose trouve parfois quelques brèches par lesquelles s'engouffrer pour communiquer avec eux.

Ensuite, je n'ai pas compris certains choix de l'héroïne, notamment ses sentiments compliqués vis-à-vis de George. Elle se raccroche à lui car il est le seul à lui montrer sincèrement de l'affection et à la comprendre. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi elle louvoyait concernant ce qu'elle ressentait pour lui.

Peut-être m'attendais-je à une histoire plus gaie, moins ordinaire, compte tenu de la manière dont elle commence. Peut-être aussi l'histoire s'étale-t-elle sur trop de temps pour un livre si court. Dans l'ensemble, le roman m'a plu, mais il m'a semblé que passée la surprise de départ, cela retombait un peu.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élisabeth Duclert pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de retrouver cette lectrice à l'intonation juste et à la voix agréable.

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lundi, 12 mars 2012

Arlington Park, de Rachel Cusk.

Arlington Park

L'ouvrage:
Arlington Park est un petit village. L'auteur raconte la journée de certaines de ses habitantes.
Elle commence par Juliet qui s'éveille après un cauchemar où son mari, Benedict, ne l'a pas aidée. Elle se souvient de la soirée de la veille, et réfléchit sérieusement à sa situation.

Critique:
En général, j'aime bien ce genre de structures: des personnages qu'on voit évoluer, puis que l'on voit ensemble. Ici, mon sentiment est mitigé. Il me semble que certains personnages sont brossés à trop grands traits pour qu'on s'y attache vraiment. En outre, au moins trois femmes d'Arlington Park expriment un profond mal-être sur le thème: «j'ai épousé quelqu'un qui ne me correspond pas, ne me comprend pas, je suis malheureuse». On a plus envie de leur taper dessus que de les plaindre.
Juliet a trouvé grâce à mes yeux, même si son «éveil» est un peu brutal, et si ses dires sont un peu exagérés. À côté de cela, j'ai aimé qu'on la voie faire son métier, y mettre de la passion, tenter de véhiculer certaines idées. J'ai été déçue de ne pas la retrouver davantage.

J'ai eu le même sentiment quant à Amanda. J'ai eu l'impression qu'on la laissait en plan, et qu'elle aurait eu encore beaucoup de choses à dire. Surtout qu'elle semblait moins aigrie que certaines autres.

C'est surtout Maisie et Christine qui m'ont agacée. Elles pleurnichent sur leur sort, jouent les martyres, mais ne font rien pour changer les choses. Christine est peut-être pire que Maisie.
À l'instar de Maisie, je n'ai pas aimé Stéphanie. Elle a l'air trop sûre d'elle, et un peu condescendante.

Le roman ne décrit qu'une journée. De ce fait, rien n'est réglé à la fin. C'est normal, la structure veut cela. Soit, mais cela ne m'a pas plu. Je pense que certains personnages auraient dû être davantage approfondis, qu'on aurait dû les voir plus longtemps qu'une journée. Il me semble que la structure ne va pas vraiment avec ce que voulait dire Rachel Cusk. On voit bien qu'elle aurait eu davantage à dire sur certains personnages. En outre, d'autres sont à peine esquissés...
Cette impression d'inachevé et de redite est regrettable, car Rachel Cusk aborde des thèmes intéressants, et souvent avec finesse. Son style est fluide. Ses phrases sont bien tournées, certaines sont percutantes. Ce qu'elle dit est bien vu, bien analysé.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roland Dufour pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de réentendre ce lecteur à la voix dynamique et sympathique. Là encore, il met le ton approprié, maîtrisant un texte qui n'est pas forcément facile à lire à voix haute.

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jeudi, 21 juillet 2011

Langue natale, de Chang-Rae Lee.

Langue natale

L'ouvrage:
Henry Park est coréen. Il vit aux États-Unis. Sa femme (Lelia) et lui tentent de reconstruire leur couple après qu'un malheur les a frappé. Henry est une taupe pour une firme de renseignements.

Critique:
Ce roman aborde plusieurs thèmes avec délicatesse et sensibilité. Le titre est très bien choisi. Henry cherche, en quelque sorte, son identité, son appartenance, sa langue. Il travaille à débusquer les dissidents, et pour ce faire, se voit contraint d'espionner des coréens. En outre, il dit plusieurs fois qu'il ne sait plus parler le coréen. Il représente une espèce de transition, d'entre-deux. Il veut s'intégrer, mais finit toujours par détester son travail.

Lelia est comme une promesse. C'est le désir de la reconquérir qui fait avancer Henry, c'est Lelia qui aide les jeunes enfants immigrés à s'approprier une langue nouvelle pour eux, et dont les sons sont parfois totalement différents de ceux qu'ils connaissent. Elle est une passerelle, une espèce de pont entre plusieurs civilisations. C'est grâce à elle qu'on accède à la compréhension. Pour moi, c'est d'ailleurs le personnage le plus sympathique du roman. Elle tente d'avancer de manière plus saine qu'Henry, même si cela signifie le tromper, et lui balancer des vérités difficiles à entendre.

Le père d'Henry est également intéressant. Il fait partie de ceux qui voient les États-Unis comme un pays de Cocagne. Pourtant, il fait un travail pour lequel il est surdiplômé. Il tient une épicerie, alors qu'apparemment, il aurait les capacités de faire autre chose qui l'élèverait davantage à ses propres yeux. Par ailleurs, il se laisse piétiner par certains clients peu scrupuleux, comme la femme qui se permet de croquer une pomme, et de la reposer.

Chang-Rae Lee aborde tout cela de manière très fine, explorant toutes les possibilités, les façons d'être, de faire... Il fait cela très bien.
J'avoue avoir préféré ce qui touchait à la famille d'Henry. Lorsqu'il s'agissait de son travail d'espion, je me suis un peu ennuyée. Pourtant, la faute n'en revient pas à l'auteur. C'est moi qui ai souvent du mal avec ce genre de thèmes.

D'autre part, la structure du livre peut être déroutante. Le narrateur louvoie sans cesse entre son passé et son présent, sans réelle chronologie. Il parle de son mariage, de son enfance, de son travail, à nouveau de son enfance, etc. Cela donne une impression de fouillis, ce qui a contribué à ma gêne. J'ai préféré «les sombres feux du passé» dans lequel les retours en arrière suivent une certaine logique, une chronologie. On y retrouve également le thème de l'homme qui veut s'intégrer à tout prix.
Cependant, cela ne doit pas vous arrêter. Malgré ma difficulté, je recommande «Langue natale» qui est un bon roman qui ne peut laisser personne indifférent.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 19 janvier 2011

Bienvenue à Egypt farm, de Rachel Cusk.

Egypt farm

L'ouvrage:
Michael et Rebecca sont mariés. Ils ont un enfant de trois ans, Hamish. Leur couple bat de l'aile, principalement parce que Rebecca est insatisfaite, mal dans sa peau, et semble ne plus aimer son mari et son fils.
C'est alors que Michael décide de changer d'air. Il va rendre visite à un ancien ami, Adam. Ils se sont perdus de vue, mais étaient très amis pendant leurs études. Michael a même été invité à la fête d'anniversaire des dix-huit ans de Cariss, la soeur d'Adam.

Critique:
Ce roman décrit une certaine désillusion teintée de pessimisme. Michael croit presque que chez Adam, c'est le paradis perdu, à cause de la bonne soirée qu'il y a passée dans ses jeunes années. Or, à son arrivée, il découvre des gens qui ont du mal à communiquer, et des blessures qui, si elles n'étaient qu'esquissées, sont maintenant apparentes.
Rachel Cusk aborde ici le thème du souvenir intelligemment. Il n'est pas rare de magnifier un souvenir. La famille d'Adam n'était pas la plus unie et la plus heureuse qui soit quand Michael l'a rencontrée, mais il a passé un moment agréable, a été bien accueilli, a connu quelques plaisants émois, il est donc normal qu'il ait préféré retenir le positif.

L'auteur analyse parfaitement ses personnages.
Les couples du roman ne s'entendent pas, sauf les parents de Rebecca. Mais est-ce vraiment de la bonne entente lorsqu'on est toujours collé l'un à l'autre?
Adam et Lisa se disputent principalement quant à l'éducation de la fille que Lisa a eue d'un autre homme: une peste qui profite de la mésentente du couple, et du fait que sa mère a certaines idées pour être de plus en plus teigneuse. D'un autre côté, si on ne lui pose aucune limite, il est normal qu'elle en profite. La scène de la cuisine est assez représentative. Lisa soutient mordicus qu'on ne peut forcer personne à manger quelque chose qui ne lui plaît pas. Soit. Mais sa fille affirme qu'elle n'aime pas des mets qu'elle n'a jamais goûtés.

Quant à Michael et Rebecca, ils sont nuisibles l'un à l'autre, et leur couple est nuisible à Hamish. Ils le savent, et finissent par l'admettre, même si l'un des aspects de la décision finale de Rebecca est étrange, ambigu, et un peu pervers.

Les rapports parents enfants sont assez compliqués.
Les autres personnages sont également intéressants. Malgré les déconvenues rencontrées par les protagonistes, le livre n'est pas totalement désespéré, ne sombre pas dans l'apitoiement. Et puis, l'auteur ne bascule pas ses personnages dans un abîme de douleur. Elle finit par arranger certaines choses. La fin est en accord avec le reste, et est réaliste.
En outre, l'auteur insère des scènes et des répliques humoristiques. Par exemple, l'histoire de la liste.

Cette histoire serait banale, voire ennuyeuse, si l'auteur ne possédait pas un grand talent d'écriture. Dialogues savoureux, phrases et réflexions percutantes, analyses pertinentes constituent ce roman. Rachel Cusk sait écrire, sans s'embarrasser de fioritures ou de longueurs.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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