Editeur : Éditions de l'Aube

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mercredi, 25 septembre 2019

La nuit quand elle vient, d'Aurore Py.

La nuit quand elle vient

Note: Ce roman est la suite de «Les fruits de l'arrière-saison».

L'ouvrage:
1939. Un drame est arrivé chez Auffray, le voisin de la Vineuse. Cela touche ses habitants de près. D'autre part, certains (comme Emma) pensent, avec anxiété, que la guerre va éclater.

Critique:
Cela a été une joie pour moi de retrouver les personnages de «Les fruits de l'arrière-saison». J'ai aimé ne plus du tout être agacée par Emma. Dans cette suite, c'est un des personnages que j'ai le plus appréciés. Elle a un sens aigu de la justice, et même si elle est un peu rude parfois (si ce n'était pas le cas, ce ne serait pas Emma), j'ai toujours approuvé ses actes, et j'ai toujours compris ses motivations.

Étrangement, c'est Marie qui m'a exaspérée. Pourtant, je sais que je suis injuste envers elle. Elle travaille dur pour que sa ferme prospère, et cela lui est tombé dessus avec les premiers événements du tome 1. Elle n'y était pas du tout préparée, et a su gérer la situation. Cela l'a endurcie, et elle a malheureusement fait passer d'importantes choses au second plan. Au cours du roman, elle se remet en question, mais pour moi, ne fait pas assez d'efforts. De plus, il m'a semblé que sa place dans l'histoire devenait moins importante que celle d'Emma, alors que dans le tome 1, c'était l'inverse. Je me suis dit que puisqu'elle m'agaçait, elle méritait d'être moins importante. ;-)

Quant à Louise (qui m'embêtait aussi), je n'ai pas réussi à vraiment l'apprécier, mais... quelque chose me l'a rendue un peu plus sympathique: c'est le fait que sur un point, elle est comme moi. ;-)

La plupart des autres personnages m'ont été très sympathiques: Gabin (qu'on apprend à connaître), Claire et Baptiste (même si on les voit très peu), François (qui prend conscience de ses failles), Jeanne (qui tente de gérer les événements au mieux), Roberjo et Andrio (dont la complicité est très plaisante)...

Comme d'habitude, Aurore Py montre des personnages qui, avant tout, sont humains. Ils doivent se débrouiller avec des paramètres pas toujours évidents, des coups que leur envoie la vie, et chacun s'en sort comme il peut. Au passage, certains développent des traits de caractère qui ne me plaisent pas toujours, mais qu'aurais-je fait à leur place?

L'intrigue est sans temps morts. À un moment, je me suis surprise à penser: «Mince! J'en suis au chapitre 36, et il n'y en a que 56! Mais c'est pas assez!»
À la fin de «Les fruits de l'arrière-saison», je n'attendais pas particulièrement de suite. Après avoir achevé «La nuit quand elle vient», j'espère qu'il va y avoir une suite... et que ce sera le prochain roman d'Aurore Py.

Remarques annexes:
Moi qui aime beaucoup trouver de l'imparfait du subjonctif dans les livres, il m'a plu que la romancière l'emploie plusieurs fois. Parfois, il n'était pas employé alors que la concordance des temps l'aurait permis, et je me disais: «Oh! Quel dommage!» ;-)
Aurore Py fait partie des rares personnes qui ne se trompent pas en utilisant le verbe «palier»: elle met bien un complément d'objet direct et non un complément d'objet indirect (faute que beaucoup font).

Service presse des éditions de l'Aube.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 19 mars 2018

L'art de vieillir sans déranger les jeunes, d'Aurore Py.

L'art de vieillir sans déranger les jeunes

L'ouvrage:
Deux ans après le début de sa retraite, Adèle, ancienne gériatre, entre dans l'EHPAD Saint-Jacques, entraînant avec elle son amie, Béatrix. Étant sans attaches, Adèle a préféré entrer dans cet établissement tant qu'elle avait encore toute sa tête. Les liens qu'elle crée et le fait que l'existence est un peu ennuyeuse lui donnent une idée qui, normalement, devrait améliorer la vie de chacun.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Lavage à froid uniquement», j'ai été ravie de pouvoir lire ce roman. J'ai vraiment apprécié ne pas savoir où j'allais. En effet, Adèle nous raconte sa vie passée et présente, mais pendant presque tout le roman, on ne sait pas où elle va nous mener. Je ne me suis pas du tout ennuyée. Si on ne sait pas où on va quant aux événements, c'est la même chose concernant le ton du roman. Cela commence de manière caustique: un nouvel aide-soignant est embauché et va subir le bizutage mis au point par Adèle et ses amis. Par la suite, Aurore Py ne tente pas de faire uniquement du cocasse, ce qui ne m'a pas gênée. Son roman sonne vrai. Sans en faire trop, elle raconte l'histoire d'une femme qui doit remettre ses certitudes en question, et comprendra qu'il n'est pas toujours bon de trop vouloir aider les autres. Au long du roman, elle va assez loin, et ce qui partait d'un bon sentiment lui fait accomplir des choses pas très sympathiques. À ce moment-là, si je l'ai trouvée pénible, je n'ai pas pensé que l'auteur exagérait. Elle présente Adèle comme une femme au fort caractère, capable de s'obstiner dans une mauvaise voie pour, pense-t-elle, obtenir une bonne chose, au final. À un moment, je me suis dit que si je n'avais pas été dans la tête de l'héroïne, et avais uniquement vu ses actes, je l'aurais sûrement prise pour une horrible mégère. Connaître ses pensées fait qu'on se met à sa place, et on ne sait pas jusqu'où on serait allé.
Outre ces mésaventures, Adèle doit envisager certains de ses choix passés sous un autre angle, ce qui ne lui est pas facile. Aurore Py nous montre qu'on peut évoluer et recevoir des leçons de la vie à tout âge.

Autour de la narratrice, gravitent des personnages qui ne laisseront pas indifférent, et contribuent à cette ambiance à la fois drôle et grave. Amalia a de la repartie, de l'humour (parfois un peu grinçant), mais a du mal à vivre au-delà du cocon qu'elle s'est tissé.
Debbie joue avec les limites, et son excentricité est parfois déplaisante.
Thelonious met un peu mal à l'aise, parce que sa façon d'être peut faire rire, mais on éprouve aussi de la compassion pour lui.
Perrine paraît un peu terne à côté de ce petit monde, mais elle est importante, car elle tente de maintenir l'équilibre, quitte à accepter des incongruités. D'autre part, elle sera forcément sympathique au lecteur parce qu'elle pense au bien-être de ses résidents. Nous savons qu'en réalité, dans ce genre d'endroits, c'est très peu le cas.

Lorsqu'elle parle des personnes âgées, la romancière ne donne pas dans le cliché. On rencontre toutes sortes de gens à l'EHPAD Saint Jacques. Souvent, on se rend compte que les relations avec les familles ne sont pas au beau fixe parce que les personnes âgées ne savent pas s'y prendre, et froissent leurs proches, ou bien ont été désagréables leur vie durant. L'auteur ne juge pas (même si certains de ses personnages le font), mais présente diverses situations afin d'expliquer les réactions des uns et des autres.

Comme dans son précédent roman, l'écriture d'Aurore Py est agréable, fluide, pleine d'entrain. Ses protagonistes et ce qui leur arrive nous invitent à réfléchir sur certains points, surtout sur notre manière d'être avec les autres.
Les notes de bas de page m'ont plu parce que ce sont des commentaires, souvent amusants, de la narratrice.

Éditeur: Nouvelles éditions de l'Aube.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Leonardi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il m'a plu de retrouver Christine Leonardi. Je me suis dit qu'elle avait sûrement aimé «Lavage à froid uniquement» et avait été contente d'enregistrer «L'art de vieillir (...)». J'ai donc ressenti une petite complicité avec elle. Quant à son interprétation, elle reste égale: pas de surjeu, pas de sobriété soporifique. J'espère que ce roman lui a plu autant qu'à moi.

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lundi, 3 octobre 2016

Lavage à froid uniquement, d'Aurore Py.

Lavage à froid uniquement

L'ouvrage:
Julie a trois enfants dont des jumeaux. L'aîné, Paul, a quatre ans. Voilà donc quatre ans que Julie a cessé de travailler pour s'occuper de ses enfants. Elle se sent parfois submergée, malgré l'aide d'Élodie, la nounou qui, après avoir été au service de Gaël (le frère de Julie) s'occupe maintenant de Paul et des jumeaux quelques après-midis par semaine.
C'est alors qu'en voulant sortir la poussette du cagibi commun aux habitants de l'immeuble, la jeune femme trouve un cadavre. Préoccupée par un indice qui la mêle à cette mort suspecte, elle décide d'enquêter officieusement.

Critique:
Aurore Py signe ici un roman à la fois drôle, grave, et tendre. Bien sûr, la trame pourrait paraître très convenue. L'auteur la rend originale en y apportant beaucoup de fraîcheur. D'abord, son héroïne est sympathique. Elle se débat dans des soucis assez ordinaires pour qu'on s'identifie à elle. En outre, elle tente souvent de prendre les choses du bon côté. Elle a certaines remarques amusantes. Elle est loin d'être parfaite, ce qui la rend attachante. Si l'enquête est intéressante, sa place paraît secondaire. Elle n'est intéressante que parce qu'elle prend place dans la vie de cette famille. Les péripéties qu'elle entraîne font que Julie est contrainte de se pencher sur elle-même, d'examiner ses réactions passées, de se rendre compte qu'elle n'a peut-être vu que ce qu'elle a voulu voir.

L'humour ne vient pas seulement de certains traits de l'héroïne. Ce qu'elle nous apprend sur son père paraît cocasse, au début. Bien sûr, il faut voir plus loin. Tout comme l'héroïne, j'ai eu du mal à concevoir qu'il ait fait ce choix. Cependant, à travers l'histoire de cet homme, l'auteur nous apprend à nous débarrasser de nos préjugés. À commencer par ne pas rire de son choix de vie.
Dans un autre registre, il y a Paul. C'est un enfant vif, curieux, et il aime bien raconter plusieurs fois à sa sauce les divers événements qu'il vit. Quant à Léonard, l'un des jumeaux, il est un peu mystérieux, ce qui le rend attachant.

Quelque chose m'a déçue. L'auteur a eu une bonne idée, ses personnages sont vraisemblables et originaux, mais elle gâche quelque peu le tout avec un passage qui, pour moi, affadit un peu la narratrice. Elle finit par faire ce que font certains, et apparemment, cela lui apporte quelque chose, mais j'ai été déçue qu'Aurore Py insère cela dans son histoire. Le reste étant très bien, on va dire que c'est un accident de parcours...

Tant qu'on en est aux reproches, je n'ai pas aimé que Julie dise «les twins» pour parler des jumeaux. Je ne sais pas si c'est pour faire plus enlevé, mais je déteste cette propension à mettre des mots anglais alors qu'il n'y en a pas besoin.

Quant à l'enquête, elle a beau être banale, elle n'est pas poussive. La romancière ne passe pas son temps à émettre un milliard d'hypothèses. Il y en a quelques-unes, mais elles agrémentent le récit au lieu de l'alourdir. Lorsqu'on finit par connaître le fin mot de l'histoire, une question se pose: comment agir à la place ce Julie? Et à la place du personnage qui lui apprend la vérité?

Éditeur: Éditions de l'Aube.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Leonardi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice qui trouve très bien le juste milieu, et n'est jamais ni dans la trop grande sobriété ni dans le surjeu. Je suis toujours contente de la retrouver. Malheureusement pour moi, elle ne lit pas beaucoup de livres qui me tentent.

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lundi, 29 mai 2006

Terre de mirages, de Daryush Shayegan.

Terre de mirages L'ouvrage:
Kaveh est iranien.
Marianne est française.
Tous les deux s'aiment profondément. Ils ont vécu ensemble en France et en Iran. Mais Marianne ne supporte pas l'Iran, avec sa culture si différente. Ils sont donc chacun dans son pays. Ils ne peuvent pas se passer l'un de l'autre, mais ils ne peuvent pas non plus s'expatrier.

De 1997 à 1999, faisant fi des nouvelles technologies qui leur permettraient de se parler beaucoup plus fréquemment, ils s'écrivent des lettres. Ils y parlent des différentes cultures de leurs pays, et plus tard, de celle des Etats-Unis, lorsque Kaveh y fait un séjour. Ils parlent aussi de leur amour, de leurs difficultés à vivre cette histoire à distance.

Critique:
Marianne et Kaveh nous touchent. Leur histoire intime, ainsi que ce qu'ils disent de leurs pays nous passionnent. Ils sont tour à tour passionnés, mélancoliques, fougueux, drôles... Leur situation n'est pas simple, et ils font tous les deux des efforts pour ne pas sombrer dans la tristesse...
Kaveh, comme le lui fait remarquer Marianne, a parfois l'air d'un sain. Cela peut paraître agaçant.

Quelque chose m'a frappée. A un moment, Marianne se ronge les sangs, car elle se sent attirée par un autre homme. Kaveh se montre conciliant, expliquant qu'il est normal, dans leur situation, d'avoir des aventures. Ensuite, Marianne passe à l'acte, et s'auto-flagelle. Kaveh peut se montrer conciliant, étant donné qu'il a, lui-même, une aventure, n'en fait pas mystère, et ne semble pas en éprouver du remords. Et Marianne se voue aux gémonies, parce qu'elle s'est laissée aller une fois, et ne songe même pas à reprocher cela à Kaveh, ou à se dire qu'après tout, lui aussi a fait cela. Je comprends que Marianne se repente. Je comprends aussi le point de vue de Kaveh, mais je ne comprends pas qu'ils ne comparent pas leurs situations, ce qui aurait amené Marianne à s'accuser un peu moins.

Je n'ai pas aimé la fin, mais je pense qu'il faut y voir une alerte: saisissez le bonheur, lorsqu'il est à portée de main. Si vous attendez trop, il sera trop tard.

C'est un bon livre, avec des réflexions pertinentes, des considérations sur la vie, l'amour. Je le conseille.

Éditeur: éditions de l'Aube.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jo Excoffier, Laurence Bovay, et Thierry Grossenbacher, pour la Bibliothèque Braille Romande.

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