Editeur : École des Loisirs

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vendredi, 16 décembre 2011

Simple, de Marie-Aude Murail.

Simple

L'ouvrage:
Barnabé (dit Simple) a vingt-deux ans. Et trois ans. Il est, comme l'explique Klébert (son frère de dix-sept ans), déficient mental.
Les deux frères sont livrés à eux-mêmes: leur mère est morte, et leur père refuse de s'occuper de Simple. Il souhaite le mettre dans un établissement spécialisé, Malicroix. Mais le jeune garçon y est déjà allé, et Klébert l'en a retiré dans un état lamentable. Il ne veut donc pas que son frère y retourne. Leur père accepte à contrecoeur de les aider financièrement.
Klébert finit par trouver une colocation. Il pourra continuer d'aller au lycée tout en «gardant» son frère auprès de lui.

Critique:
Voilà un livre sympathique, plein d'espoir, qui prône l'écoute et la tolérance. L'auteur emprisonne son lecteur dans un écheveau de sentiments. Malgré le sujet abordé, l'humour est très présent. On rit souvent aux réflexions de Simple qui ne sont pas toujours appropriées, ou qui sont répétées. Ces répétitions agacent parfois les personnages, surtout quand elles sont faites lors de moments de tension, mais elles les font également rire. Le lecteur partage ces sentiments.
Un autre moment amusant est la superposition des quiproquos qui ont lieu entre les parents de Corentin et monsieur Muchbingen, et celui dans lequel s'empêtre l'assistante sociale. Bien sûr, c'est un peu gros, mais c'est quand même assez amusant.

Certaines choses m'ont paru un peu clichées. Par exemple, toutes les histoires d'amour sont un peu trop compliquées pour rien. Et puis, les personnages qui finissent par être délaissés ne sont pas très aimables, donc le lecteur ne souhaite qu'une chose: les voir partir. Du coup, ces départs m'ont semblé trop tardifs. Et j'ai regretté que ces personnages soient si faciles à mépriser. On aurait mieux compris l'hésitation d'Aria... Quant à Klébert, son «égarement» est davantage compréhensible: il est titillé par ses hormones. ;-)
Il est un peu gros que le père des deux garçons soit si frileux quant à Simple, alors que Klébert est prêt à tout pour que son frère n'aille pas dans un centre.

On me dira que ce roman est peut-être trop idyllique, trop optimiste... Je ne pense pas. Simple est créé de telle sorte qu'on oublie souvent que s'occuper de lui n'est pas de tout repos. Et pourtant, tout en nous le rendant sympathique, l'auteur montre bien ce que son handicap implique. De ce fait, on se demande comment Klébert va pouvoir assumer son frère. Mais on souhaite qu'il y parvienne, car Malicroix est trop impersonnel, trop froid pour que Simple y soit bien.
Avec son frère, Simple progresse un peu, alors que le centre le fait régresser et se refermer sur lui-même. L'auteur veut faire comprendre qu'avec de l'amour, de la patience, et de la considération, on peut améliorer certaines choses. Ce n'est pas faux, et même si on a envie de lui dire que tout n'est pas si... simple ( ;-) ), on a aussi envie d'y croire.
Marie-Aude Murail n'est pas tendre avec les établissements spécialisés. Cependant, pour en avoir connu un, et pour entendre parler de certains autres, je ne peux que l'approuver.

Malgré certaines choses un peu grosses, je recommande ce livre qui m'a fait passer un agréable moment. L'auteur exprime ce qu'elle a à dire sans trop en faire. Sa manière de faire passer certains «messages» m'a rappelé la façon de faire de Janine Boissard.

Éditeur: l'École des loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par soeur Marie-Paule pour l'Étoile Sonore.
J'aime beaucoup la façon de lire de soeur Marie Paule. Là encore, j'ai aimé son interprétation sensible de ce roman. J'ai aimé la manière qu'elle avait de dire «coucou» lorsque Simple faisait apparaître monsieur Pimpin (d'abord les oreilles), et le ton qu'elle prenait pour dire d'autres rengaines de Simple, comme: «Ho ho, vilain mot.» quand quelqu'un jurait.

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jeudi, 28 avril 2005

Embrasser une fille qui fume, de Randy Powell.

L'auteur:
Randy Powell a écrit d'autres romans, mais apparemment, seuls "Embrasser une fille qui fume", et "La toilette siffleuse" ont été traduits en français. Embrasser une fille qui fume

L'ouvrage:
Biff Schmurr a 18 ans, et a l'air d'en avoir 14. Il est amoureux de Tommy Isaacs (une camarade de lycée) depuis 23 mois. Il passe souvent devant chez elle, ou dans le magasin où elle travaille après les cours, afin d'essayer de l'apercevoir, mais il n'arrive pas à lui parler. Il se contente de lui dire bonjour dans les couloirs du lycée. Il est très timide. Un jour, il rencontre Heidi, la nièce de Pam, une amie de sa soeur Willa. Heidi a 15 ans, et est "déchaînée", selon Pam. Elle fume, balance des vannes à tout le monde, et montre une belle assurance face aux gens. Rien ne semble la toucher. Elle a l'air de se foutre de tout. De tout, vraiment? Biff apprend à la connaître, et découvre, peu à peu, que malgré son assurance, elle a aussi ses failles, et surtout, elle a besoin qu'on l'aime...

Critique:
Ce livre me plaît beaucoup. J'ai dû le lire sept fois depuis 1996. Les personnages sont attachants. Malgré le rire qui est très présent, il émane une certaine gravité de ce roman. Beaucoup de personnages ont une blessure avec laquelle ils essaient de vivre.
Biff pense souvent à la mort de son frère, mort qu'il voudrait réparer, alors qu'il n'en n'est pas responsable. Mais après cette mort, rien n'a plus été pareil dans sa famille. Ses parents ont presque arrêté de vivre.
Willa, quant à elle, n'arrive pas à s'attacher à un homme.
Heidi fait des bêtises, et s'est fabriqué une langue bien pendue. Elle a du caractère. Mais elle aussi, doit réussir à vivre, alors que sa mère est morte, et que sa famille maternelle n'aime pas trop son père. Elle cherche sa place, et a l'impression de ne pas la trouver.
Lynn se fait rogner les ailes par sa belle-famille, (surtout par la grand-mère, qui essaie de diriger tout le monde), parce que faire des études d'avocat, c'est plus prestigieux que de faire de la poésie. Il essaie de se révolter, mais il finit par abandonner, et choisir la facilité. On ne sait pas trop ce qui le fait s'incliner, étant donné que Pam le prend pour cible de ses sarcasmes, qu'elle le tourne en dérision, et qu'il semble que sa décision de faire partie de "la grande famille des avocats" le fasse doucement plonger dans l'alcool...
Le père de Heidi se laisse aller. Il n'a pas supporté la mort de sa femme, et se néglige, ainsi que sa fille.

C'est donc un roman très réaliste, où les personnages ont connu des drames, et essaient de vivre avec. Randy Powell entremêle très intelligemment la gravité et l'humour. Je pense que c'est très réussi. En effet, les répliques, certaines situations, et les travers de certains personnages sont amusants. Biff a des petites manies drôles, comme boire deux bols de céréales, le soir, en lisant le journal de bout en bout. Il a aussi des "obsessions" amusantes, comme sa randonnée, au moment de l'histoire. En outre, les blessures dont je parle ne sont pas évoquées avec lourdeur, ou avec des aspects mélodramatiques. Elles sont exposées sobrement. C'est au lecteur de creuser, et de déduire que Lynn s'enlise, par exemple. Bref, ces personnages ne nous laissent pas indifférents.

Note que comprendront ceux qui ont lu le livre: N'acceptez jamais rien d'un chameau à trois pattes.

Éditeur: l'École des loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Candil Lopez.

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