Editeur Audio : Livrior

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lundi, 1 septembre 2008

La rage au coeur, d'Ingrid Betancourt.

La rage au coeur

L'ouvrage:
Dans ce témoignage, Ingrid Betancourt évoque sa vie, sa carrière politique. Elle explique son attachement pour la Colombie, et pourquoi elle tente de débarrasser le pays de la corruption.

Critique:
Ce livre a, je pense, pour but principal de nous faire découvrir la personne d'Ingrid Betancourt, de nous faire bien comprendre ses motivations, ses choix, ses convictions. Le titre est bien choisi, car la jeune femme se bat. Son combat paraît vain: on dirait qu'elle tente de vider l'océan à la petite cuillère. Et pourtant, elle continue, elle s'accroche et lutte. Sa pugnacité, sa probité, et son abnégation sont exemplaires et admirables. On ne peut que s'incliner devant cette femme exceptionnelle, qui, semble-t-il, ne baisse jamais les bras.
Ses parents et Juan-Carlos (son compagnon qui deviendra son mari), jouent un grand rôle dans ce combat: ils l'aident, la conseillent, lui redonne le courage d'avancer quand elle se sent submergée. Elle puise une grande partie de sa force dans l'amour qui l'unit à eux, et également à ses enfants.
Lorsqu'elle se présente au poste de députée, en 1994, sa campagne choque, et de ce fait, ne laisse personne indifférent.

Ce livre est à lire, d'abord parce que des personnes comme Ingrid Betancourt redonne confiance en l'homme. Peut-être entraînera-t-elle d'autres personnes dans son sillage...

Je n'en dirai pas plus, car ce livre et le caractère de son auteur sont à découvrir, et moins le lecteur en sait, meilleure sera la découverte.
Je n'évoquerai pas ce qui arriva par la suite à Ingrid Betancourt. J'espère seulement qu'elle n'est pas brisée, et parviendra à oublier l'enfer de la captivité et de ses conditions.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Charpinet pour les éditions Livrior.
Valérie Charpinet est une excellente comédienne, à la voix douce et agréable. Son intonation est toujours juste, et sans surjouer, elle rend avec finesse et subtilité le texte d'Ingrid Betancourt.
Je mettrai juste un petit bémol à mes éloges: en espagnol, le prénom Miguel ne se prononce en aucun cas Migouel, mais bien comme il se prononce en français: Miguel. Cette critique pinailleuse ne s'adresse pas seulement à la lectrice de cet ouvrage, elle est un prétexte pour râler après tous ceux qui croient bien prononcer ce prénom en prononçant Migouel, et qui se fourvoient. Certains sont même fiers de cette prononciation erronnée, et se targuent de le prononcer à l'espagnole. Eh bien, ils ont tort!

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lundi, 18 juin 2007

Suite française, d'Irène Némirovsky.

Suite française

Note préalable: Je n'ai vraiment pas fait exprès de poster cette critique le 18 juin. Je trouve, néanmoins, cette coïncidence amusante!

L'ouvrage:
1940. C'est la débâcle. La guerre a éclaté, les français ont peur d'être envahis, et ne savent plus quoi faire. Ils décident de fuir vers des endroits plus sécurisés. La fuite n'est pas organisée, on se débrouille comme on peut. On fait des rencontres heureuses ou non. Parmi les fuyards, nous découvrons la famille Perricant, l'écrivain Gabriel Cort, Charles, et quelques autres.

Critique:
Certains connaissent peut-être l'histoire de ce roman, et celle de son auteur. C'est une belle et triste histoire. Si vous ne la connaissez pas, elle est relatée dans la préface de l'ouvrage.

Il y a certains livres qui sont si bien écrits, dont l'histoire est si juste, qui montrent que l'écrivain a un regard extrêmement lucide sur sa société, qu'on a peur de les entacher par des critiques. J'ai donc peur que ma critique ne soit pas à la hauteur de cet excellent ouvrage.
Après un tel début, vous comprendrez que je recommande absolument ce roman. Il est composé de deux livres: «Tempête en juin« et «Dolce«.

A travers des exemples pris dans différentes classe sociales, Irène Némirovsky nous présente des hommes qui sont le plus souvent abjects. Dans "Tempête en juin", Gabriel, par exemple, a un caractère méprisable. En temps de guerre, il ne comprend pas qu'il devrait peut-être mettre sa vanité de côté. Tout lui est dû, il ne prend pas la mesure de ce qui se passe, il regarde son nombril.
Au début du roman, madame Perricant se vante,en pensée, d'être une brave femme. Lorsqu'elle est confrontée à la guerre et à ses privations, tout son vernis s'en va, et nous découvrons ce que nous soupçonnions: une femme à l'esprit étriqué, bien contente de sa petite personne, ne pensant qu'à elle.
Bien sûr, en temps de guerre, chacun aura tendance à essayer de se préserver ainsi que les siens. Mais les deux personnes dont je parle ici sont assez représentatives du pire. Et ne parlons pas de Charles!

D'un autre côté, les Michaud s'illustrent par leur intégrité. Ils vivent une rude période, ils sont inquiets pour leur fils, rudoyés par leur employeur. Tout cela les soude davantage. Ils restent justes, ne se transforment pas en rapaces.

Dans le second livre, ("Dolce"), Irène Némirovsky s'emploie à nous montrer la société française aux mains de l'occupant. Là encore, nous avons un éventail de réactions, un échantillon de petites histoires dans la grande. Les allemands sont les bourreaux, donc, on ne les aime pas. Mais certains français trouvent que ceux qui habitent chez eux sont courtois. C'est là que les histoires des personnes décrites par la romancière les font agir d'une manière, leur font ressentir telle chose. Par exemple, Benoît n'aime pas l'officier qui habite chez lui. Il ne l'aime pas parce que c'est un occupant, mais surtout parce qu'il ressemble, par son élégance et sa finesse, à l'homme de qui sa femme, Madeleine, est amoureuse.
Lucile vit une histoire platonique avec l'officier qui occupe sa maison. Mais c'est surtout parce qu'elle n'a jamais reçu d'amour de son mari.
Les sentiments de ces personnes ne sont pas simplifiés. Il faut prendre le contexte, les circonstances en compte. Il n'y a pas de manichéisme. Bien sûr, on déteste l'occupant. Mais certains, à cause de leur histoire, et aussi parce qu'ils réfléchissent, ne peuvent se défendre d'une certaine sympathie à l'égard de quelques allemands.

Je suis très loin d'avoir évoqué tous les exemples dont j'aurais voulu parler, mais ma critique serait trop longue, si je me mettais à développer autre chose. J'espère que ma critique n'est pas trop fade par rapport à ce chef d'oeuvre, écrit par une femme extrêmement clairvoyante. Irène Némirovsky vécut jusqu'en 1942, et elle eut le temps d'analyser sa société en temps de guerre, et d'en décrire les aspects les plus complexes. A mon avis, cette dame est l'un des grands esprits du vingtième siècle.

Je vous conseille la version audio éditée par Livrior, d'abord parce que la lectrice, Valérie Charpinet, interprète très bien le roman, et ensuite, parce qu'on peut y entendre la voix d'Irène Némirovsky. Au début, il y a l'extrait d'une interview d'elle.

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