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lundi, 14 janvier 2019

Anatomie d'un scandale, de Sarah Vaughan.

Anatomie d'un scandale

Ce livre sort en audio mercredi 16 janvier.

L'ouvrage:
Angleterre, fin 2016. James Whitehouse, sous-secrétaire d'état, est accusé de viol par son assistante, Olivia. Sa femme, Sophie, est d'autant plus choquée que peu de temps auparavant, James a dû lui avouer une liaison de cinq mois avec ladite Olivia. Sentant son couple voler en éclats, Sophie ne sait pas si elle pourra être un soutien sans failles pour son mari lors du procès.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai apprécié que Sarah Vaughan présente ses personnages, et expose leur psychologie au long du roman. Certains chapitres sont racontés du point de vue de James, d'autres de celui de Sophie, et ceux à la première personne sont narrés par Kate (l'avocate d'Olivia). Cela permet à la romancière de montrer tous ces points de vue, le ressenti de chacun lors de moments cruciaux...

Une ficelle qui ne me plaît pas est utilisée. Le récit du procès est entrecoupé de scènes appartenant au passé des protagonistes. C'est quelque chose dont je me passerais volontiers. Certains auteurs s'en tirent assez bien pour que cela ne m'agace pas. Ici, c'est plus complexe. Je n'ai pas aimé: j'aurais préféré que le passé soit conté au départ, puis qu'au bout de quelques chapitres, on en arrive au présent. Néanmoins, je comprends que Sarah Vaughan ait procédé ainsi, parce que cela lui a permis de créer au moins un rebondissement que je n'ai pas vu venir.

Il ne m'est pas facile de dire ce que je pense des personnages, parce que cela vous donnerait trop d'indices sur qui agit comment. Je peux quand même dire que j'ai compris Kate. Outre ce qu'elle est devenue et son besoin d'aider les faibles, j'ai aimé les remarques qu'elle fait dans le premier chapitre concernant la société. Je peux également dire que j'aurais souhaité que le personnage que je n'aimais pas soit davantage puni, à la fin. Soit, certaines choses donnent à penser que ce protagoniste sera enfin traité comme il le mérite, mais j'aurais voulu y assister. ;-)

Le récit du procès est bien mené, la plupart du temps par Kate. Le lecteur respire au rythme de la narratrice, absorbe ses remarques quant aux témoignages, à l'avocate de James, aux jurés... Tout cela m'a plu.

Remarque annexe:
Je regrette que la plupart du temps, le mot «colledge» n'ait pas été traduit. Il existe «université» ou «campus». Certes, ce dernier mot est le même en anglais, mais on l'emploie en français. Je ne sais pas du tout si c'est un anglicisme, mais en tout cas, le mot «colledge» n'est pas utilisé en français.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marcha Van Boven (pour les chapitres à la troisième personne) et Claire Tefnin (pour ceux narrés par Kate).

J'ai été contente de retrouver Marcha Van Boven. Comme dans les rares romans enregistrés par elle que j'ai lus, son intonation est toujours appropriée, et elle ne force pas le trait quand il s'agit des rôles masculins. Elle a très bien interprété le dépit, la colère, le découragement, ou encore la tristesse.

Claire Tefnin lit pour Audiolib depuis plusieurs années. Cela fait donc un moment que je souhaite l'entendre davantage que sur des extraits de quelques minutes, car à l'écoute de ceux-ci, j'ai pensé que c'était une comédienne talentueuse. J'ai donc été ravie d'être enfin tentée par un livre dont elle avait enregistré une partie. Je n'ai pas été déçue par son interprétation. Elle est très bien entrée dans la peau du personnage de Kate, montrant subtilement dès le début, le désarroi que celle-ci ressent lorsqu'elle ne peut pas aider une victime.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux pistes.

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lundi, 3 décembre 2018

Appelle-moi par ton nom, d'André Aciman.

Appelle-moi par ton nom

L'ouvrage:
Chaque été, les parents d'Elio (le narrateur) accueillent chez eux un jeune universitaire. Celui-ci assiste le père d'Elio, éminent professeur de littérature. L'année des dix-sept ans du narrateur, c'est Oliver (vingt-quatre ans), l'heureux élu. Chacun apprécie très vite Oliver. Quant à Elio, il est tout de suite attiré par lui.

Critique:
Quand jai annoncé à une amie (grande lectrice elle aussi) que je souhaitais lire ce roman, elle a été très étonnée, parce qu'elle était sûre qu'il était mièvre, et ne me plairait donc pas. Certes, le début est assez niais. Les deux personnages principaux jouent au chat et à la souris, Elio interprète les moindres faits et gestes de l'objet de sa flamme, il se consume de désir, se pose des tonnes de questions, se fait des films... Cela ne m'a pas tant exaspérée parce que je me disais qu'il était normal que les premiers émois plongent l'adolescent dans un abîme de questions... et de mièvrerie.

Puis est venue une chose que je n'ai pas comprise. C'est la réaction d'Elio tout de suite après un certain événement. (Ceux qui ont lu le livre sauront de quoi je parle.) Pourquoi cette réaction a-t-elle été si radicale? D'autant que c'est passager puisqu'ensuite, il change d'attitude.
Après cela, au moment des quelques semaines d'été restantes, puis des quelques jours à Rome, les actes des deux personnages principaux m'ont paru logiques, et c'est sûrement là que je les ai le mieux compris et le plus appréciés. Je me disais donc que cette partie me plairait beaucoup. Cependant, je me suis ennuyée lors de la lecture de poèmes dans la librairie. Les personnages rencontrés ne m'ont pas intéressée. Le poète m'a même paru pénible. Certes, sa femme était là pour le tempérer, mais cela n'a pas vraiment pris chez moi.

Après cet été, vient l'inexpliqué. Je n'ai pas compris pourquoi Oliver agit ainsi. Certes, il dit à Elio que c'est dans l'air depuis environ deux ans, mais le narrateur et le lecteur auraient mérité davantage d'explications. D'autant qu'à la fin, Oliver ne semble pas satisfait de ce qu'il a choisi de faire après cet été-là. Il y a peut-être un début d'explication lorsqu'il évoque la réaction de ses parents si ceux-ci avaient su une certaine chose... Il serait logique qu'Oliver ait fini par faire ce qui plairait à ses parents. Il n'empêche que l'explication, ainsi que davantage de détails sur les sentiments du personnage, manquent.

À un moment du livre, l'explication concernant le titre est donnée. Je suis peut-être trop traditionnaliste, ou je ne sais quoi, mais je n'ai pas du tout vu où résidait la volupté dans le fait d'appeler son partenaire par son propre prénom et vice versa pendant l'acte sexuel. D'autre part, je ne pense pas être une prude coincée, mais l'histoire de la pêche n'a éveillé aucun sentiment romantique chez moi. Cela m'a plutôt écoeurée.

Après ces reproches, vous comprendrez pourquoi la mièvrerie du début m'a paru acceptable, voire sympathique, comparée au reste. Pour moi, ce roman est une déception.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gabriel Bismuth-Bienaimé.

Je ne connaissais pas du tout ce comédien. Si j'ai bien compris, c'est la voix française d'Elio dans le film tiré de ce roman. Le livre m'a déplu, mais l'interprétation du comédien m'a plu. Lors des passages mièvres, par exemple, le jeu du comédien n'accentue pas cette niaiserie. Cela m'a aidée à ne pas la trouver trop pénible. Dans tout le roman (notamment lorsqu'Oliver annonce la chose qu'il n'explique pas, mais également par la suite), il aurait été très facile de tomber dans le larmoyant. Gabriel Bismuth-Bienaimé ne l'a pas fait. Il n'a en aucun cas été trop sobre, mais il a joué les diverses émotions des personnages sans les exagérer. Son interprétation toujours à propos sauve un peu le livre à mes yeux.

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jeudi, 29 novembre 2018

La vie secrète des animaux, de Peter Wohlleben.

La vie secrète des animaux

L'ouvrage:
L'auteur aborde des questions que beaucoup de gens se posent: les animaux ont-ils des émotions? Ressentent-ils, entre autres, la douleur?... À travers des observations et des anecdotes, Peter Wohlleben offre des pistes sur lesquelles se pencher.

Critique:
Quand j'ai appris que l'auteur de «La vie secrète des arbres» avait écrit un livre similaire concernant les animaux, j'ai tout de suite su que cet ouvrage me passionnerait. Écrit par une personne avisée, attentionnée, ouverte d'esprit, préoccupée du bien-être de chaque espèce (qualités que Peter Wohlleben a montrées dans «La vie secrète des arbres»), il était obligatoire que ce documentaire me captive. Il a parfaitement répondu à mes attentes.

Peter Wohlleben ne prétend absolument pas tout savoir. Il ne joue en aucun cas les donneurs de leçons. Il exhorte son lecteur à accorder le bénéfice du doute aux animaux. Puisqu'on ne sait pas s'ils éprouvent des émotions (ou en tout cas avec quelle intensité), pourquoi ne pas tenter de leur occasionner le moins de souffrance possible? Pourquoi ne pas les considérer comme dignes qu'on respecte leurs «sentiments»? Bien sûr, l'auteur déplore la manière dont certains hommes traitent les animaux, mais il ne fait qu'être factuel. Comment nier la maltraitance et la souffrance occasionnées par les élevages en batterie, la barbarie de certaines pratiques, etc? Il m'a plu de trouver, dans cet écrit, l'argument qui est le mien: sans que tout le monde devienne végétarien, voire se nourrisse d'air (puisque les végétaux aussi ressentent), il serait sûrement possible de faire les choses d'une manière qui ne serait ni barbare ni irrespectueuse.

Outre cela, au long de l'ouvrage, j'ai retrouvé le même cheminement de pensée que le mien. Qui côtoie des animaux a sans cesse des preuves qu'ils ressentent, qu'ils ont des émotions. J'aime beaucoup l'argument de Peter Wohlleben concernant ceux qui nous exhortent à cesser de faire de l'anthropomorphisme. D'ailleurs, l'auteur explique bien que si les animaux ressentent, il ne nous est pas facile de comprendre comment et avec quelle intensité. Il y a également, vers la fin du livre, une idée dont je rêve depuis très longtemps: pouvoir communiquer avec les animaux afin qu'eux nous «disent» ce qu'ils ressentent, comment ils le ressentent, etc. Les observer nous permet d'apprendre, mais il serait tellement mieux de pouvoir communiquer avec eux...! À ce sujet, l'auteur évoque le cas de Coco et d'autres gorilles. Je ne connaissais pas du tout ces cas. Ils donnent un peu d'espoir: peut-être qu'un jour, la communication et la compréhension seront possibles.

Les exemples donnés et les anecdotes racontées par Peter Wohlleben évoquent plusieurs espèces: les chèvres, les chevaux, les cerfs, les oiseaux, mais aussi les insectes de toutes sortes. J'ai apprécié qu'il étende ses observations à tant d'espèces, et je regrette que le livre n'ait pas été plus long.

Mon but étant d'en dévoiler le moins possible, je n'évoquerai qu'une seule des anecdotes contées par l'auteur. Elle apparaît lorsqu'il se demande si les animaux peuvent compter. Il parle alors de la chienne de la famille, Maxie. En semaine, celle-ci éveillait la petite famille très peu de temps avant que le réveil sonne, afin qu'on lui ouvre la porte. Le week-end, à l'instar de ses maîtres, Maxie faisait la grasse matinée. Comment lui était-il possible de savoir quels jours le réveil ne sonnerait pas? Cette anecdote m'a beaucoup plu, parce que voilà longtemps que je suis persuadée que mes chats savent beaucoup de choses. ;-) Ils savent ce que je ressens. (Moi aussi, j'aurais des faits à raconter à ce sujet.) Ils savent que le troisième jour de la semaine, ils vont me voir davantage que les deux premiers et le quatrième et le cinquième...

Un livre prônant l'ouverture d'esprit, le respect des espèces, la tolérance, la communication...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
J'ai trouvé judicieux que l'éditeur ait demandé au comédien qui avait interprété «La vie secrète des arbres» d'enregistrer «La vie secrète des animaux». J'ai retrouvé, avec grand plaisir, le talent de conteur de Thibault de Montalembert. Son intonation est toujours adéquate. Il adopte parfaitement le ton le mieux à même de rendre les intentions de l'auteur, et n'exagère jamais. Lorsque Peter Wohlleben appelle son lecteur à faire attention aux animaux, lorsqu'il met l'accent sur le mal qui leur est fait, le lecteur ne prend absolument pas un ton supérieur ou larmoyant. Il montre la compassion que prône l'auteur. Pour moi, il s'est très bien glissé dans ce livre, dans la peau de celui qui raconte, etc. Je n'aurai qu'une minuscule remarque. L'auteur écrit plusieurs fois «moi aussi». Le narrateur fait alors une liaison mal-t'à-propos en disant «moi zaussi». C'est en l'entendant que je me suis aperçue qu'il n'était pas le seul. J'ai déjà entendu cela chez plusieurs personnes, et me suis toujours demandé pourquoi cette erreur était commise. Peut-être parce qu'on fait cette liaison lorsque le pronom personnel est «nous», «vous», ou «eux»...

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lundi, 26 novembre 2018

Le cimetière des livres oubliés, tome 4: Le labyrinthe des esprits, de Carlos Ruiz Zafón.

 Le labyrinthe des esprits

L'ouvrage:
Barcelone, 1959. La police doit retrouver un ministre disparu. Le personnage étant haut placé, plusieurs branches doivent collaborer. C'est ainsi qu'Alicia Gris, bientôt trente ans, se retrouve lancée dans cette enquête. Elle doit donc retourner à Barcelone où elle a passé une partie de son enfance, où elle a perdu ses parents, où elle a été blessée lors d'un bombardement... Son enquête l'amènera à croiser les patrons de la librairie Sempere et fils.

Critique:
Quelle joie cela a été pour moi lorsque j'ai su que ce titre sortait chez Audiolib, interprété par le comédien si talentueux qui a enregistré les trois autres tomes de la série! Mon attente n'a pas été déçue. Ce roman est aussi savoureux que les trois autres. Dès que j'ai lu la durée (plus de vingt-huit heures), j'ai pensé: «Hmmm, cela ne va pas être assez long.» En effet, outre le bonheur de retrouver des personnages appréciés, je me suis replongée avec plaisir dans l'écriture de Carlos Ruiz Zafón: précise, fine, installant une ambiance très réaliste. À la fin de l'ouvrage, je n'ai pu que constater que ma prédiction était juste: on n'a jamais assez des Sempere, de Fermín, et des intrigues passionnantes (qui s'entremêlent et se recoupent) créées par l'auteur.

Alicia est un des personnages que nous découvrons dans ce roman. Ayant eu une enfance chaotique, elle est tourmentée, voire torturée, et a fini par se persuader (non sans qu'une certaine personne l'y pousse) qu'elle ne pourrait jamais prétendre à une vie paisible. Son caractère et son passé expliquent cela. J'ai ressenti de la compassion pour elle. Elle n'est pas toujours aimable, et se pense dangereuse pour ceux qui mènent une vie sans heurts. Au long du roman, elle n'est pourtant pas si odieuse. Certes, il lui arrive d'être revêche, et elle s'imagine entraînant ceux qui s'aventureraient à l'aimer là où la projettent ses démons intérieurs. Il lui arrive également... de tuer. Cependant, Alicia se remet souvent en question. On ne pourra s'empêcher de la comparer avec d'autres personnages du roman (que je ne citerai pas pour ne pas trop en dire) et qui sont bien plus détestables parce qu'ils prennent plaisir à dominer, rabaisser, torturer...

J'ai aimé côtoyer à nouveau Daniel et Béa. Daniel se rend bien compte du rôle que veut lui assigner Fermín (celui-ci ne cesse de le clamer), et comprend qu'il vaudrait peut-être mieux qu'il endosse ce rôle plutôt que celui du vengeur. Fermín imagine Daniel comme un petit garçon fragile qui, sous le coup de la colère et de la douleur, pourrait mal agir. Je le vois un peu comme ça, moi aussi, mais je comprends qu'il souhaite savoir. Je préfère que l'auteur ait orienté les choses comme il l'a fait à ce sujet.

Le roman ne souffre d'aucun temps mort. Si les intrigues semblent labyrinthiques (comme l'annonce le titre), rien n'est laissé au hasard, tout se tient. Parallèlement à ce que vivent les personnages, l'auteur crée une atmosphère entre merveilleux, fantastique, et gothique, avec les romans de Víctor Mataix racontant les aventures d'Ariadna. Parfois, alors que les personnages se débattent avec les horreurs qui leur tombent dessus, Carlos Ruiz Zafón sort Fermín de son chapeau. Alors, celui-ci égaie et allège l'ambiance, tout en prenant très bien la mesure des événements. Par exemple, lorsque Fermín, Fernandito et Alicia sont dans le taxi, la situation est critique. Fermín le sait parfaitement, et cela le touche énormément. Donc, il fait son possible pour y remédier au plus vite, tout en abreuvant le chauffeur de taxi de répliques et de considérations pleines d'humour. Que serait cette série sans la gouaille et le bon sens de l'incomparable Fermín? Il y manquerait quelque chose d'important.

Il m'a plu de retrouver Isabella pour un petit moment. J'ai apprécié d'en apprendre un peu plus sur elle. J'ai aussi aimé découvrir certaines choses, dont l'une était prévisible, même si je ne voulais pas spéculer là-dessus.

Une question me reste concernant David Martin. Je me la pose depuis «Le jeu de l'ange», et ici, elle ne trouve pas de réponse. Il y a une petite explication (donnée dans «Le prisonnier du ciel» et renforcée ici), mais il me manque un morceau.
Pour moi, une autre question reste sans réponse. Elle concerne Salgado. On peut admettre que la chose ait pu arriver, mais j'aurais aimé savoir comment.

Je ne connaissais pas du tout l'existence des faits que révèle l'enquête d'Alicia et de Vargas. Je ne sais pas si l'auteur s'est appuyé sur des événements réellement arrivés.

J'ai beaucoup aimé que Carlos Ruiz Zafón prenne le temps de faire une fin détaillée, de donner le plus d'explications possibles concernant ses personnages, de les montrer après les événements de 1959-1960. Il nous permet, entre autres, de découvrir Julián Carax sous un autre jour: plus posé, moins tourmenté, se consacrant beaucoup à l'écriture... J'exagère un peu quand je dis qu'il est moins tourmenté. Disons plutôt qu'il gère mieux ses peines. Il sait qu'il ne peut pas revenir sur ses erreurs, en souffre, et tente de vivre au mieux avec cette douleur.

Avant de lire «Le labyrinthe des esprits», j'ai relu les trois autres tomes de la série. Cela m'a permis de me les remettre en tête. Pour moi, ces livres doivent se lire d'une traite. Ainsi, on appréhende mieux les différentes intrigues, et on comprend mieux les clins d'oeil qu'il y a des uns aux autres. Malgré l'ordre de publication des livres, malgré le rappel que fait Julián Sempere à la fin de «Le labyrinthe des esprits», je persiste à penser qu'il faut lire «Le jeu de l'ange» en premier, puis «L'ombre du vent». Ensuite, viennent «Le prisonnier du ciel» et «Le labyrinthe des esprits». Je dis cela à cause de la chronologie des faits. «Le jeu de l'ange» se termine dans la première moitié des années 30. Certes, l'épilogue se passe en 1945, mais les autres tomes permettent très facilement de le situer par rapport aux événements qu'ils racontent. De plus, «L'ombre du vent» commence en 1945. On me dira que dans les trois autres tomes, il y a quelques retours en arrière. C'est vrai, mais ils sont là pour expliquer des choses posées soit dans «Le jeu de l'ange» soit dans les premières parties de «L'ombre du vent». Celui qui est dans «Le labyrinthe des esprits» explique comment un personnage connaissait Alicia. On n'en a donc pas vraiment besoin avant. De plus, tous les retours en arrière se passent après «Le jeu de l'ange» (1938, 1939) ou commencent peu avant la fin des événements racontés dans ce roman (1933).
D'autre part, si on commence par «L'ombre du vent», on sait tout de suite ce qui est arrivé à un personnage qu'on découvre dans «Le jeu de l'ange». Je trouve cela dommage.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédéric Meaux.

J'apprécie toujours autant le jeu de Frédéric Meaux. Il sait très bien modifier sa voix pour certains rôles sans que cela soit exagéré. Il joue parfaitement les diverses émotions des différents personnages. Que Daniel soit désoeuvré, que Fermín fasse part de son opinion sur tel ou tel sujet, que Fernandito frétille d'aise à l'idée de participer à l'enquête, que Béa tente (de manière douce, posée, mais également amusée) de ramener le calme après une ou plusieurs remarques de Fermín, que les tortionnaires soient froids ou mielleux, la voix et le ton du comédien sont naturels, son jeu est excellent. Il semble à l'aise en toute situation, et son interprétation fait vivre chaque personnage. Je regrette seulement qu'il prononce certains noms propres en faisant un accent espagnol, ce qui, pour moi, fait moins naturel. Enfin, je trouve dommage que personne (absolument personne) ne lui ait dit qu'en espagnol, «gue» et «que» se disent comme en français, on ne prononce pas le «u». Si on veut prononcer «Miguel» à l'espagnole, on ne dit pas «Migouel». Idem pour «Raquel», etc. Je suis toujours déçue quand j'entends un comédien faire cette erreur, parce que je trouve indispensable que la personne qui dirige les comédiens lors des enregistrements sache ce genre de choses. Ce n'est pas la première foi que je rencontre cela, et je suis extrêmement agacée que l'erreur ait pu être commise. On sait prononcer correctement «que» et «gue» en espagnol quand on a étudié cette langue, ne serait-ce qu'au collège.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en plusieurs pistes, et beaucoup d'autres sont rassemblés par trois ou quatre sur une seule piste.

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jeudi, 11 octobre 2018

My absolute darling, de Gabriel Tallent.

My absolute darling

L'ouvrage:
Turtle Alveston a quatorze ans. Elle connaît les bois environnant son village comme sa poche. Elle vit seule avec son père depuis de nombreuses années. À l'école, elle ne parvient pas à faire grand-chose. Elle n'a pas d'amis, est réservée...

Critique:
Avant de lire ce roman, j'avais entendu dire qu'il était très bien, mais très dur. Je partage cet avis. Le livre m'a beaucoup plu. Si certaines scènes sont extrêmement dures, ce que suggèrent d'autres l'est également.

Je ne suis pas allée aussi loin que la quatrième de couverture dans mon résumé, non (pour une fois) parce qu'elle en dit trop, mais parce que je ne voudrais pas que les personnes qui me lisent et qui n'ont pas lu ce roman pensent que Turtle va se battre pour elle-même uniquement parce qu'elle a rencontré Jacob. (C'est ce que j'ai cru à la lecture du résumé.) Turtle fait les choses par paliers. Elle finit par se prendre en main et faire la part de tous ses sentiments, mais Jacob ne joue pas un rôle si grand que cela dans ses choix. Il a son importance, mais ce n'est pas lui qui fait que Turtle décide de lutter.

Turtle est le personnage qui donne sa force au roman. C'est une enfant dotée d'une extraordinaire force de caractère. Je ne sais pas ce que je serais devenue si j'avais subi ce qu'elle a enduré. Elle est remarquable. Sa psychologie est très bien décrite et analysée. J'ai compris chacune de ses réactions, même si j'en désapprouvais certaines. Sa mésestime de soi, la façon dont elle s'admoneste et sermonne (plus tard) Jacob, le déchirement qu'elle éprouve lorsque son coeur lui dit à la fois de lutter et de se soumettre... tout cela est compréhensible.

Je ne sais pas trop ce que l'auteur voulait que le lecteur pense de Martin. Pour ma part, je n'ai rien trouvé de positif chez lui. Il n'a jamais attiré ni ma compassion ni ma sympathie. Je m'attendais à ce que Gabriel Tallent atténue mon dégoût envers ce personnage en montrant des moments de réelle tendresse et de véritable complicité entre Turtle et lui. Je n'en ai trouvé aucun. On me dira peut-être qu'il y a le rite de la bière lancée par Turtle. Si ça, c'est un moment de complicité...

Martin se plaint de son père qui ne l'aimait pas, mais le lecteur ne sait jamais ce qu'il lui reproche exactement. Il n'y a jamais d'anecdotes. J'ai fait le parallèle avec «Shelter» où, au début, je trouvais le héros (Kyung) injuste avec son père, jusqu'à ce que soient contées au lecteur des scènes de l'enfance de Kyung. Ici, on n'a que la parole de Martin, et étant donné ses actes, elle ne vaut rien. Je me suis d'ailleurs demandé pourquoi Turtle l'aimait. Peut-être à cause de l'attachement presque inné qu'on éprouve pour ceux qui nous élèvent, mais dans le cas de Martin, je ne l'ai pas compris, car rien ne me plaisait ou ne me paraissait digne d'intérêt chez lui. Cela n'a pas rendu Turtle fade à mes yeux. Au contraire, j'ai pensé qu'elle se raccrochait à ce qu'elle pouvait pour ne pas sombrer.

Le roman se passe dans les années 2010 (un personnage lit «Twilight»), mais j'avais l'impression qu'il se passait dans les années 50, voire avant. Peut-être à cause de l'amour de Turtle pour sa maison et ses bois, peut-être parce qu'un village entouré de bois et d'eau évoque (pour moi en tout cas) des temps reculés...

L'auteur ne bâcle pas sa fin. Cependant, j'aurais aimé qu'il y ait des chapitres supplémentaires qui en auraient dit davantage sur la manière dont les choses évoluent. Les derniers chapitres en donnent une bonne idée, mais je crois que je ne voulais pas quitter un certain personnage après qu'un événement donné s'est passé...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie Bouvet.

Je ne connaissais pas du tout Marie Bouvet. J'ai apprécié son jeu. Ce livre plein d'émotions n'a pas dû être facile à lire à voix haute. Pour moi, la lectrice s'en sort très bien. C'est un tour de force parce qu'elle n'a pas surjoué. Les situations et le caractère de certains auraient pu pousser à trop en faire. Colère, désespoir, effroi, haine, Marie Bouvet joue très bien ces sentiments paroxystiques. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins. Elle ne prononce pas les noms étrangers en tentant de faire un accent. (J'avais peur qu'elle dise «Turtle» de manière affectée.) Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir.

J'ai remarqué que l'éditeur a demandé à la comédienne d'indiquer qui avait traduit l'ouvrage. J'espère que cela sera toujours mentionné (pour les romans étrangers, bien sûr ;-) ) dorénavant.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux ou trois pistes.

Comme je lis également en anglais, il arrive que je tombe sur des livres audio existant en anglais et en français. Lorsque le lecteur me plaît dans les deux langues, mon dilemme est terrible! ;-) Pour «My absolute darling», je n'ai aucune question à me poser, non seulement parce que la prestation de Marie Bouvet est excellente, mais parce qu'en VO, le roman est lu par une lectrice qui, pour moi, fait d'horribles effets de voix. Sa voix a une particularité, et elle la fait énormément ressortir, ce qui me déplaît beaucoup.

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