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jeudi, 1 novembre 2018

Le poison de la vérité, de Kathleen Barber.

Le poison de la vérité

L'ouvrage:
Septembre 2015. La journaliste Poppy Parnell fait un podcast examinant le meurtre de Charles Buhrman, commis treize ans plus tôt. Le but de cette enquête est de prouver l'innocence de Warren Cave, qui, à l'époque, était le jeune voisin de la famille Buhrman. Le podcast fait de l'audience, chacun s'interroge: Lanie Buhrman a-t-elle réellement vu (comme elle le prétend) Warren abattre son père d'une balle? Poppy met en avant le fait qu'au départ, Lanie disait n'avoir rien vu. C'est par la suite qu'elle a déclaré ce qui a fini par être le seul élément qui accusait Warren.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. L'histoire est racontée par Josie, la soeur jumelle de Lanie. Son récit nous montre comment la famille réagit aux propos de Poppy et aux interviews qu'elle réalise concernant le meurtre. Les retours en arrière (qui sont brefs et imbriqués dans le récit du présent) montrent comment les choses ont pu se dégrader entre Lanie et les autres membres de la famille.

Dès le départ, j'ai pensé que ceux qui doutaient de la culpabilité de Warren avaient raison parce que Lanie avait commencé par dire n'avoir rien vu. Pourquoi, ensuite, a-t-elle dit avoir vu Warren?... Bien sûr, tout finit par être expliqué, et c'est logique. Seulement, je trouve Lanie assez ambiguë au long du roman. Dans le passé, elle commet des actes répréhensibles, et s'étonne d'en être punie par le départ de sa soeur. Quant au meurtre, après que nous savons tout, il est une chose concernant laquelle je doute de Lanie, à l'instar de Josie.

La narratrice m'a été sympathique, même si je n'ai pas été d'accord avec tous ses choix. Par exemple, elle commence par cacher la vérité à Caleb (l'homme qu'elle aime), et ne la lui révèle que parce qu'elle est prise à la gorge. Certes, le lecteur sait qu'elle voudrait la lui dire depuis un petit moment, mais les faits sont là.

Amélia et Ellen sont des personnages très sympathiques. Elles n'ont pas été épargnées par le meurtre et ce qui en découle, et se montrent toujours à la hauteur des situations épineuses qui se présentent à elles. Ellen semble parfois un peu frivole, mais sa famille peut compter sur elle.

Que dire de Poppy? C'est un rapace avide de scoops. Elle harcèle Josie et Lanie sans vergogne. Bien sûr, tous les journalistes ne peuvent pas être comme Rebekah Roberts (héroïne créée par Julia Dahl) qui, même lorsqu'elle est à l'affût, prend des gants, et n'est jamais méchante intentionnellement. Je me dis toujours qu'il est logique qu'un journaliste paraisse empressé, mais Poppy Parnell est davantage que cela. C'est une véritable charognarde. Elle nie le mal que son podcast peut faire à la famille Buhrman, et lorsqu'elle parvient à approcher Josie et Lanie, elle a la langue pendante à l'idée de ce qu'elle pourrait réussir à leur faire dire.

Pour moi, l'auteur ne traîne pas. Le tout n'est élucidé qu'à la fin, mais ce qui arrive entre temps ne m'a jamais semblé être du remplissage. Kathleen Barber expose la psychologie de ses personnages, pourquoi certains sont partis à un moment donné... Tout est bien exploré, les choses s'expliquent facilement, même quand un protagoniste n'admet pas ses raisons d'agir.

J'ai trouvé la fin trop rapide. Cela m'arrive de plus en plus. J'aurais aimé un chapitre supplémentaire ou un épilogue disant comment se passent les choses pour Josie, Caleb, Amélia, Ellen et Lanie quelque temps après.

Il arrive souvent que je trouve des erreurs de syntaxe dans les romans. Parfois, je le signale dans ma chronique. Dans «Le poison de la vérité», non seulement je n'en ai pas remarqué, mais en plus, je tiens à remercier le traducteur, Jacques Colin, qui utilise «après que» avec l'indicatif.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandra Parra.

Je ne connaissais pas du tout cette comédienne. Lorsque j'ai vu «Le poison de la vérité» dans les «à paraître» d'Audible, tentée par le résumé, je suis allée écouter la voix de Sandra Parra sur l'un des tomes de «Les ailes d'émeraude», série qui ne me tente pas du tout. À l'écoute de l'extrait, j'ai pensé: «Bon, ça pourra aller, mais ce ne sera pas super.» En commençant «Le poison de la vérité», je me suis demandé comment j'avais pu avoir une pensée si tiède. En effet, j'ai beaucoup aimé l'interprétation de Sandra Parra. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins, et parvient à montrer tout un éventail d'émotions sans avoir l'air de larmoyer. Une amie pense que ma tiédeur initiale est due au fait que «Les ailes d'émeraude» est d'un genre totalement différent, et qu'en plus, cela ne m'attire pas du tout. En tout cas, je dis bien fort ici que je serais ravie d'entendre Sandra Parra sur d'autres livres!

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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jeudi, 27 septembre 2018

Elizas, de Sara Shepard.

Elizas

L'ouvrage:
Eliza Fontaine (la narratrice) se réveille dans une chambre d'hôpital. Elle se souvient de sa soirée dans un grand hôtel de Palm Springs. Seulement, certains éléments lui ont échappé, car on lui apprend qu'on l'a repêchée au fond d'une piscine, elle qui ne sait pas nager. Ses parents sont sûrs qu'elle y a sauté, car elle a déjà fait des tentatives de suicide. Eliza, elle, est persuadée qu'on l'y a poussée. Mais qui? Avec qui parlait-elle avant cela? Que s'est-il passé?

Critique:
Avant de commencer un livre, j'aime bien le parcourir: voir combien il y a de chapitres, s'il est divisé en parties, etc. En faisant ainsi avec «Elizas», j'ai constaté qu'il avait la même structure qu'un roman que je n'ai pas du tout aimé (je ne l'ai pas fini, tant il m'a ennuyée): «Lies she told», de Cate Holahan. Les deux ouvrages racontent le présent de l'héroïne en alternance avec des chapitres du livre qu'elle écrit. Ayant été échaudée par «Lies she told», j'avais peur de retrouver une intrigue mal ficelée avec des rebondissements qui n'en seraient pas, et des personnages exaspérants. Heureusement pour moi, le roman de Sara Shepard ne m'a pas du tout inspiré ces pensées. Il ma beaucoup plu, même si, en bonne pinailleuse, j'ai quelques bémols à mettre.

Pendant une partie de l'histoire, on se demande si Eliza est paranoïaque et a des hallucinations ou s'il faut la croire. Lorsque je lis un écrit de ce genre, je me range toujours du côté du personnage principal, donc je ne me demandais pas si elle affabulait, je prenais tout ce qu'elle disait pour argent comptant. À vous de voir ce que vous ferez.
L'héroïne est attachante. Elle tente de digérer des événements difficiles, reconnaît certains de ses torts passés (surtout envers sa demi-soeur), ne sait pas en qui elle peut avoir confiance... Le passage où elle doit assister à l'émission de Docteur Roxane montre bien son désarroi.

Pour moi, l'intrigue ne traîne pas. Au début, j'avais peur que passer aux chapitres racontant le livre écrit par l'héroïne serait synonyme de lenteurs, mais cela n'a pas du tout été le cas. Que ce soit le présent d'Eliza ou les déboires de Dot (le personnage qu'elle a créé), je ne me suis pas ennuyée, et n'ai jamais été déçue de passer au chapitre suivant.

L'auteur fait le pari de dévoiler un élément important bien avant la fin. Comme vous vous en doutez, après cette révélation, rien n'est fini. Je me demande (même après avoir achevé le livre) pourquoi cette personne (celle qui se confesse) a fait ce qu'elle a fait. Elle s'explique, mais je n'ai pas été convaincue.

J'ai trouvé l'histoire d'amour un peu rapide. Heureusement, elle n'est pas assortie de la mièvrerie des romans à l'eau de rose, et les protagonistes vivent un ou deux événements intéressants ensemble avant qu'elle surgisse.

À la fin, on est censé avoir toutes les réponses. Cependant, des questions restent. Pourquoi a-t-on vu Eliza à des endroits où elle n'était pas? Pourquoi, le premier soir, l'héroïne a-t-elle eu si peur de la personne venue lui parler? Cette personne voulait lui dire ce qu'elle lui dit dans l'épilogue, donc pourquoi ne l'a-t-elle pas laissée parler, comme elle le fait dans l'épilogue? À la fin, la narratrice décide de croire ce qui vient de lui être dit, mais les possibilités qu'elle évoque quant à la réelle identité de la personne ne sont pas si faciles à rejeter. Seule une chose corroborerait les dires de cette personne: l'attitude d'une autre personne au moment de certains faits. En effet, l'autre personne ne dit pas ce qu'elle aurait pu dire si elle n'avait pas été celle que pense la narratrice. Donc, le lecteur se doit, lui aussi, de croire qu'Eliza n'a pas été mystifiée.

J'ai aimé les conseils qu'Albert donne à l'héroïne, ainsi que son avis quant à ce qu'il est préférable de faire concernant des souvenirs traumatisants.

J'ai relevé deux éléments un peu gros. D'abord, quelle était la chance pour que, dans un endroit public, Eliza croise une personne qui, justement, à ce moment-là, parlait d'elle au téléphone? Le second, c'est le tour de passe-passe concernant les boissons. Comment se fait-il que ce tour ait pu être réussi? Les circonstances sont trop hasardeuses: il faut que cela ait eu lieu en moins de deux secondes, sans bruits...

Je me demande si l'anecdote de la starlette dont le meurtre a été pris pour celui d'une de ses congénères est vraie. En tout cas, comme le souligne Eliza, elle s'imbrique bien dans ce roman.

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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat.

J'ai été ravie de retrouver Juliette Croizat. Ici, elle parvient très bien à faire passer l'angoisse et le désarroi de l'héroïne, ainsi que toutes les autres émotions dues aux événements. Elle modifie quelque peu sa voix selon les personnages, mais ne le fait pas à outrance, ce qui fait qu'elle reste naturelle. J'ai apprécié qu'elle ne prenne pas un accent anglophone pour dire «Saint mother Maria» (le nom du premier hôpital où va Dot), ni même pour Palm Springs, Tranquillity, etc. Son interprétation est à la hauteur de mes attentes.

Le titre original est «The Elizas». Dans ce cas, pourquoi le titre français n'est-il pas «Les Eliza»? Surtout que si Eliza avec un «s» pour marquer le pluriel est juste en anglais, c'est une faute en français. Sur la couverture, le «s» est légèrement en-dessous du reste du titre, un peu de travers, comme s'il tombait. C'est sûrement pour montrer qu'il y a une différence, peut-être pour dire qu'il ne faut pas le mettre, mais alors, pourquoi y est-il? Pourquoi ne pas avoir traduit le titre original avec exactitude? Malgré mon désaccord quant à ce choix, je trouve que la lectrice a eu raison de le prononcer comme elle l'a fait. Ce n'est pas elle qui a fait la faute au départ, elle s'est contentée de prononcer le «s» mis à tort par l'éditeur français, afin que l'auditeur n'ait aucun doute.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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lundi, 24 septembre 2018

Les derniers hommes, de Pierre Bordage.

Les derniers hommes

L'ouvrage:
Voilà plus d'un siècle que la Troisième Guerre mondiale a eu lieu. Elle a laissé la terre exsangue. Les survivants sont regroupés en plusieurs «peuples». Chacun contrôle une ressource spécifique. Solman, dix-sept ans, fait partie du peuple des aquariotes, ceux qui trouvent les rares points d'eau non pollués par un poison foudroyant. L'adolescent n'est pas parfaitement intégré, car il a le don de clairvoyance, il peut lire dans les âmes, et savoir qui ment, qui est fourbe, etc. Voilà pourquoi beaucoup se méfient de lui. Sa seule véritable amie est Raïma, la guérisseuse.
C'est dans ce climat qu'une étrange prophétie commence à se propager. On parle d'apocalypse. Certains refusent d'y croire. Solman sera précipité dans un tourbillon d'événements, et devra faire des choix.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce roman que je veux lire depuis plusieurs années. Il est de Pierre Bordage, dont j'ai adoré plusieurs livres, et le résumé m'attirait beaucoup. Après ma lecture, mon sentiment est mitigé.

J'ai apprécié la description des différents peuples devant faire face à la pénurie de ressources naturelles. L'intrigue se déroule au moins un siècle après la période dans laquelle nous sommes actuellement, et les hommes sont contraints à mener une existence s'apparentant plutôt à des temps bien plus reculés.

Ensuite, j'ai découvert le fonctionnement des peuples, et à travers les aquariotes, la soif de pouvoir des chefs. On retrouve un fonctionnement que, malheureusement, on ne connaît que trop. Il m'a semblé que l'auteur a voulu montrer que quelle que soit la situation, il y aurait toujours des hommes pour mal agir, et d'autres pour tenter de redresser les choses.

Solman est un personnage sympathique. J'ai parfois été déçue de ses choix et de ses actes, mais ceux-ci montrent simplement qu'il n'est ni parfait ni assoiffé de pouvoir. Je ne sais pas si, à sa place, j'aurais eu le courage de prendre certaines décisions. Je n'ai pas toujours apprécié son attitude envers Raïma, mais qu'aurais-je fait dans sa situation? Lorsqu'on l'oblige à prononcer un jugement, j'aurais souhaité qu'il dise autre chose que ce qu'il se résout à affirmer, mais il pensait au bien commun. Malgré certains défauts, on ne peut nier que Solman pense toujours à l'intérêt de ses semblables. Son comportement et les éléments auxquels il est confronté soulèvent des questions très intéressantes.

Je n'ai pas réussi à apprécier Kadija. Pourtant, elle finit par se laisser tenter par les plaisirs terrestres, comme manger, par exemple. Elle aussi démontre que les humains (même peut-être les haut placés) ne sont pas uniquement des monstres d'égoïsme envers leurs semblables et leur planète. La Terre et certains de ses habitants ont encore de bonnes choses à offrir à qui veut bien les prendre.
J'imagine que mon agacement pour Kadija vient de ce que presque dès son apparition, on a l'impression qu'elle est parfaite, qu'elle va mener le monde hors du marasme, qu'il faut vénérer le sol sur lequel elle daigne poser ses pieds... C'est l'attitude de Solman qui suggère cela, et c'est ce qui m'a le plus exaspérée chez lui.

Ma déception a grandi à mesure que l'intrigue avançait. La direction que prenait les choses m'a déplu. Ce n'est ni bâclé, ni incohérent, mais c'est seulement que la tournure des événements n'a pas été à mon goût.

Le roman est assez long, mais rien ne traîne. Même lorsque l'intrigue me déplaisait, je ne m'ennuyais pas, car l'auteur ne fait pas de remplissage.

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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert.

Jean-Christophe Lebert fait partie des comédiens dont le jeu me plaît beaucoup. Ici, il n'a pas démérité. Son interprétation subtile et dynamique est à l'image de celle des autres ouvrages que j'ai entendus enregistrés par lui. Il est parvenu à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Je pense surtout à Glenn (qui est un enfant) et à Wolf, mais il y en a d'autres.

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samedi, 18 août 2018

Yggdrasil, tome 3: L'espoir, de Myriam Caillonneau.

Yggdrasil, tome 3: L'espoir

L'ouvrage:
Nayla est en mauvaise posture. Ses amis veulent tenter de la sauver.

Critique:
Tout comme dans les tomes précédents, Myriam Caillonneau précipite ses personnages dans un tourbillon de périlleuses aventures sans temps morts. La série est donc assez longue (environ soixante-cinq heures), assez dense, mais il n'y a pas une minute de ce que j'appelle le remplissage. On ne s'ennuie jamais.
Au début, certains événements que je souhaitais voir vite arriver sont retardés. Ensuite, ce que je voulais commence, mais autre chose vient encore en repousser le déroulement. À ces moments, j'ai eu peur de m'ennuyer à cause de ces éléments retardateurs. Cela n'a pas été le cas, car cela permet à l'auteur de montrer certains personnages dans des situations données, etc.

Au long de la série, nous découvrons ce qu'est Yggdrasil. J'aime la manière dont la romancière l'explique. Se basant sur certains éléments ancrés dans notre patrimoine culturel (les fils du destin, par exemple), elle donne une explication très rationnelle et réaliste de ce qu'est Yggdrasil. Parfois, lorsque je m'interroge sur quelque chose de ce genre, j'imagine une espèce de mémoire collective où le passé est écrit et où le présent inscrit le futur... Voilà pourquoi la représentation de Myriam Caillonneau ma parlé. Dans la série, c'est aussi une sorte de drogue pour certains, dont Nayla. J'ai très vite compris cela. Qui, à sa place, ne serait pas envoûté? Je pense qu'à partir de maintenant, parfois, au long de ma vie, inopinément, la pensée de ce qu'est Yggdrasil me viendra, et je me demanderai ce qu'il me prédirait à propos de l'issue de telle ou telle chose. Je sais aussi que je garderai en tête la propension de Dem à modéliser ses attaques, ses idées de plans, et à faire des probabilités. Peut-être que parfois, en souriant, je me dirai: «Dem me dirait sûrement que là, j'ai 10% de chances de réussir, et il me dirait de tenter quand même.» Je garderai aussi en tête une phrase du code des gardes noirs: «S'inquiéter ne sert à rien.»

Je me demandais comment Myriam Caillonneau avait inventé ce nom d'Yggdrasil. C'est Camille Lamache qui m'a donné la réponse après une recherche sur Wikipédia. «Il s'agit de «l'arbre du Monde» dans la mythologie nordique qui signifie étymologiquement «destrier du Redoutable» (le Redoutable étant associé au Dieu Odin).»

Les personnages qui m'étaient sympathiques le sont restés. Il en est un pour qui je ne savais pas trop quoi éprouver dans les premiers tomes, même si le tout me poussait à bien l'aimer. C'est Janie Qorkvin. Voyons ce que vous en penserez...

Alors que j'avançais vers la fin du tome 3, je me suis surprise à penser la même chose qu'à la lecture de «Winter», le dernier tome des Chroniques lunaires. À savoir: «Ah! J'aimerais bien qu'elle fasse ceci comme ci et cela comme ça... mais elle va faire au moins une chose qui ne m'ira pas. Alors, je préférerais que ce soit ceci plutôt que cela.» Si Marissa Meyer a fait ce que j'espérais, sans même faire une seule chose qui m'a déplu (j'ai même pensé que certains le lui reprocheraient sûrement), Myriam Caillonneau a créé des éléments qui m'ont énormément déçue, surtout deux. Je sais bien qu'au moins l'un d'eux était prévisible, mais je sais aussi qu'il aurait pu ne pas arriver. De plus, après cela, certaines choses font qu'un personnage ne peut pas éprouver le minuscule réconfort de «voir cet élément», si on peut dire ainsi... De plus, je n'aime pas la toute fin. Je ne sais pas trop comment l'auteur aurait pu tourner tout cela pour à la fois rester vraisemblable et me satisfaire, mais j'ai quelques idées... Certaines choses semblent attendre une suite, mais étant donné les éléments qui m'ont déplu, et sur lesquels il est impossible à la romancière de revenir (sauf si j'ai bien interprété une petite phrase), s'il y en a une, je ne la lirai sûrement pas.

Dans ma chronique du tome 1 d'«Yggdrasil», j'ai parlé de «La passe-miroir», de Christelle Dabos. Un point commun entre ces deux séries (outre l'absence d'ennui pour le lecteur) est qu'il vaut mieux lire tous les tomes en suivant. C'est raté pour moi en ce qui concerne la série «La passe-miroir» (je bave en attendant la sortie du tome 4), mais je suis contente d'avoir pu lire celle de Myriam Caillonneau en enchaînant les trois tomes. Je remercie l'éditeur audio qui a sorti un tome par mois depuis mai. À noter qu'Audible Studios fait également ainsi avec les séries de Robin Hobb: à partir du moment où le tome 1 d'un cycle sort, il y a un tome par mois. Cela me plaît beaucoup, car je peux décider d'attendre quelques mois et d'enchaîner les tomes d'une série, ce qui a d'ailleurs été le cas pour celle-ci. L'éditeur audio fait sûrement ainsi avec d'autres séries, mais je n'affirmerai rien, ne surveillant de près que celles de Robin Hobb.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache.

Camille Lamache est restée égale à elle-même. Elle parvient toujours à jouer les sentiments et les émotions (désespoir, colère, suffisance...) à merveille, et sans trop en faire. C'est pareil pour les voix différentes qu'elle prend selon les rôles. J'ai quand même été un peu surprise qu'elle accentue davantage un genre de côté mâle pour celle de Dem depuis (si je me souviens bien) le milieu du tome 2. J'aurais préféré qu'il garde sa voix du tome 1. Après discussion avec la comédienne, je sais pourquoi elle a fait ainsi. Je ne peux pas l'expliquer en détails ici, car je dévoilerais des éléments importants, mais elle a suivi une phase par laquelle Dem passe, puis a essayé de l'imaginer après, et a pensé qu'entre ce qu'il restait de cette phase et le caractère du personnage, elle ferait mieux de l'interpréter ainsi. Malgré mes préférences, je trouve son explication logique. Cela montre bien que c'est une bonne comédienne: elle ressent ce qu'elle joue, et réfléchit à la manière de le rendre au mieux.
Je tiens d'ailleurs à la remercier pour son enthousiasme, sa très grande gentillesse, et son immense patience. Elle m'a donné l'orthographe des noms propres qui me manquait, a échangé avec moi quant à la série (les thèmes abordés, les personnages...), et m'a expliqué certains de ses choix artistiques, comme par exemple, la voix de Dem.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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jeudi, 16 août 2018

Nous rêvions juste de liberté, d'Henri Loevenbruck.

Nous rêvions juste de liberté

Note préalable:
Le passage «spoiler» de cette chronique est assez long. Si vous cliquez dessus, sachez que le paragraphe qui commence par «Au cours de ma vie de lectrice, j'ai découvert des livres qui m'ont beaucoup marquée.» dévoile la fin des livres suivants: «Le lion» de Joseph Kessel, «La dame aux camélias» d'Alexandre Dumas fils, «Moonfleet» de J. M. Falkner, «Dites aux loups que je suis chez moi» de Carol Rifka Brunt, «L'arbre des pleurs» de Naseem Rakha, et «Meurtres pour rédemption» de Karine Giébel.

L'ouvrage:
Quand on lui a demandé de s'expliquer, Hugo Felida a seulement dit: «Nous avions vingt ans, et nous rêvions juste de liberté». Plusieurs années ont passé. Maintenant, il veut raconter son histoire. Tout a commencé dans la petite ville de Providence. Ses parents s'étaient saignés aux quatre veines pour l'envoyer dans un lycée privé. C'est là qu'il a rencontré Freddy Cereseto et sa bande. Ils sont devenus amis. C'est Freddy et son père qui ont tout appris à Hugo concernant la mécanique. C'est grâce à eux qu'il a pu se construire une moto...

Critique:
Ce livre fait partie de ceux que je n'oublierai pas. Pour moi, on n'en sort pas indemne. C'est un roman à fleur de peau où le personnage principal reçois de dures leçons. C'est une ode à l'amitié, à la loyauté, au respect, même si (ou peut-être justement parce que) tous les personnages ne suivent pas toujours ces valeurs.

En compagnie de Freddy, Hugo découvre ce qu'est l'amitié. Au tout début, j'ai trouvé que chacun en faisait trop. Ensuite, quand notre héros passe du temps chez les Cereseto, y dîne, y travaille, j'ai trouvé cette amitié plus saine. D'autre part, au long de la première partie, je râlais un peu parce que Freddy et ses amis semblaient être contents d'être les mauvais garçons du lycée. Certes, le genre d'endroit où ils étudiaient ne m'inspire pas l'envie de me fondre dans le moule, mais je suis souvent agacée par ceux qui font les forte-têtes et s'en vantent. Bien sûr, Hugo explique plusieurs fois que la bande aurait été ravie qu'un professeur lui tende la main, et tente de la comprendre, mais la bande a-t-elle laissé cette opportunité? La connaissant, je dois admettre que si elle avait senti qu'un professeur pouvait l'écouter, elle aurait essayé de s'accrocher.

Au long du roman, c'est ce thème de l'amitié et de ses valeurs qui revient, et dont Hugo montre toute l'importance, du moins pour lui. Je n'ai pas toujours approuvé ses choix, mais je les ai compris. Par exemple, à la fin de la première partie (il y a trois parties, chacune correspondant à un carnet), j'aurais fait comme Freddy. J'ai très bien compris ce qui l'a poussé à agir ainsi. Je comprenais aussi Hugo qui me voulait pas de la vie que lui proposait son ami, parce qu'il désirait partir, mais aussi parce qu'il voulait tenir une promesse. Cependant, pour moi, il jugeait Freddy trop sévèrement. Il ne s'est pas mis à sa place. On me dira que Freddy non plus ne s'est pas mis à la place d'Hugo. Soit, mais le choix de Freddy était plus sain, à mon avis. Hugo finit par le comprendre...

À un moment (dans la première partie), j'ai craint que les héros se retrouvent dans la même situation que ceux de «Sleepers» (je n'ai pas lu le livre, mais ai vu le film), et j'ai eu très peur pour eux, ce film m'ayant traumatisée. Heureusement, même s'ils vivent des choses assez dures pendant cette période, même si Hugo explique que certains codétenus en vivent des pires, ils ne sont pas confrontés à ce que subissent les héros de «Sleepers».

Au long du roman (durant lequel on ne s'ennuie pas un seul instant), chacun évolue, les épreuves commencent par renforcer l'amitié, mais les aléas de la vie et le caractère des uns et des autres changent certaines choses. De toute façon, dès le début du roman, le lecteur sait où se trouve Hugo, et donc il sait que quelque chose d'affreux est arrivé avant, et que cela va lui être raconté. De ce fait, à mesure que l'histoire progressait, je spéculais.
Si je n'ai pas toujours approuvé les décisions d'Hugo, j'ai toujours su qu'il ne voulait pas nuire. J'ai été déçue (mais finalement pas surprise, car Henri Loevenbruck prépare cela au cours du récit) que l'un des personnages devienne ce qu'il finit par être. Et bien sûr, j'ai été déçue que certaines choses se terminent comme ça. J'ai compris ce qu'a voulu montrer l'auteur. Je sais que, malheureusement, il a raison. Mais je sais aussi que même dans la vraie vie, ça ne finit pas toujours comme cela. Je suis du genre à préférer que ça se termine bien quand c'est possible.

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Mon envie de voir les choses tourner différemment pour Hugo m'a fait trouver une incohérence. Elle s'explique, mais l'auteur aurait dû développer certains propos pour que ce soit clair. Lorsque Mani vient voir Hugo en prison après le procès, il lui dit: «C'était toi ou nous.» Or, les choses sont un peu différentes. Si Sam, Mani et Fat Boy avaient dit la vérité, c'est Alex qui aurait été condamné à mort. Eux n'auraient rien eu. J'imagine que ce que Mani voulait dire, c'est quelque chose du genre: «On se serait retrouvé sans Alex pour diriger les bars.» Cela veut dire que Mani et Sam se sentaient incapables de faire le travail sans Alex? Même si Alex était le patron, il est évident que les autres auraient pu se débrouiller sans lui. Ils auraient sûrement dû fermer un bar, auraient eu moins d'argent, mais s'en seraient sortis. J'ai quand même du mal à croire qu'on sacrifie un innocent (Hugo a certes sa part de responsabilité, mais ce n'est pas lui qui a tiré.) parce qu'on veut garder un train de vie. Et puis, c'est justement ça que Mani aurait dû dire, au lieu d'expliquer qu'Hugo les a laissés tomber en partant pendant un an, qu'ils ont été choqués qu'il ait détruit le bureau d'Alex... Mani et Sam sont quand mêm assez fins pour voir qu'Alex trahissait (depuis longtemps) une vieille amitié, et les trahirait eux-mêmes dès que l'occasion se présenterait. Il est également étrange que Melaine ne s'en soit pas mêlée (surtot sachant qu'elle n'a pas digéré l'histoire de son père), et n'ait pas exhorté au moins Mani à dire la vérité. Qu'Alex trahisse son ancien frère, je l'ai compris parce que c'était préparé par certains éléments, mais que tous les autres se rangent derrière lui, cela m'a paru gros. Je conçois que chacun change, et que l'évolution d'Hugo n'ait pas plu à Alex, car la sienne allait dans l'autre sens, mais cela ne peut jamais être une raison pour faire endosser son propre crime à quelqu'un d'autre.

Même si je comprenais qu'Hugo souhaite respecter un certain code, j'ai trouvé déstabilisant qu'après avoir appris la trahison des autres, il n'ait pas dit la vérité. Connaissant l'importance qu'il attache à l'amitié, il a sûrement pensé que plus rien ne valait la peine qu'il se batte, qu'il n'avait aucune raison de sortir de prison pour n'avoir plus personne dehors. Pourtant, il espérait encore qu'il lui restait un ami, Freddy. Fort de cet espoir, pourquoi n'a-t-il pas tenté de se sauver au moins en disant la vérité?

J'ai été surprise que pendant le procès, lorsqu'Hugo passe ses anciens amis en revue et s'attarde sur la trahison de Mani, il ne parle pas du tout de Sam.

Étant donné tout ce que dit Freddy à la fin, j'ai également trouvé étrange que pendant les six ans d'emprisonnement d'Hugo, il ne soit jamais venu le voir. S'il a pu apprendre la date de son exécution dans les journaux, il a aussi sûrement su les faits au moment du procès.

Je suis très cruche: juste avant l'épilogue, lorsqu'Hugo dit qu'il va être libéré le lendemain, je n'ai rien compris, et me suis demandé pourquoi il n'avait fait que six ans de prison. Il a fallu que Freddy parle d'injection pour que je comprenne ce qui, pourtant, était évident...

Au cours de ma vie de lectrice, j'ai découvert des livres qui m'ont beaucoup marquée. Concernant certains, je n'étais pas d'accord avec les auteurs, ce qui a accentué mon traumatisme. J'aurais voulu que le père de Patricia ne tue pas King («Le lion», de Joseph Kessel). J'aurais souhaité que Marguerite et Armand puissent s'aimer librement malgré le passé entaché de la jeune femme («La dame aux camélias», d'Alexandre Dumas fils). J'aurais préféré que le héros (un sale ingrat) meure à la place d'Elzévir qui était mon personnage favori («Moonfleet», de J. M. Falkner). J'aurais voulu que les personnages sympathiques s'en sortent tous («Meurtres pour rédemption», de Karine Giébel). J'aurais tellement adoré que le véritable coupable ait été puni pour son homophobie, pour avoir tué son fils, fait accuser un innocent à sa place, et détruit sa famille («L'arbre des pleurs», de Naseem Rakha). J'aurais souhaité que les choses tournent autrement pour l'oncle de June et celui qu'il aimait («Dites aux loups que je suis chez moi», de Carol Rifka Brunt). Pour «Nous rêvions juste de liberté», j'aurais voulu qu'Alex paie pour ses actes. Il est d'ailleurs étrange que Freddy ne dise rien, là-dessus. Je n'aurais pas voulu qu'il aille venger Hugo en détruisant les bars, mais qu'il fasse quelque chose qui aurait mis Alex face à ses responsabilités. Oui, mais quoi? Mettre la pression à Alex, et convaincre de parfaits inconnus de revenir sur leur témoignage? Oui, sûrement quelque chose de ce style.

J'ai un souci d'espace temps. Dans la première partie, on sait combien de temps passe. Mais entre le moment où la bande quitte Providence et celui où Hugo quitte Frémont, je n'arrive pas à savoir combien de temps se passe. Je ne sais pas non plus à quelle époque nous sommes.
Je n'arrive pas non plus à savoir dans quel pays se déroule le roman. Providence est une ville américaine, mais Vernon, c'est en France... Les prénoms des personnages ne sont pas de très bons indices... Sam fait plutôt américain, ainsi qu'Ally et Fat Boy (mais c'est un surnom), Wilde Rebels, et Desert Rats. J'ai lu une chronique qui situait le livre aux États-Unis. Peut-être la personne qui l'a écrite a-t-elle su collecter des indices. Peut-être que les clubs de motards qui formaient des confréries, cela se trouvait aux États-Unis. Pour ma part, j'ignorais tout de ces clubs. Les Wild Rebels ont peut-être réellement existé... Je ne connaissais pas non plus les 1%. Leur concept (du moins ce que Pat en explique à Hugo à un moment) de ne pas vouloir être un mouton me plaît bien.

Remarque annexe:
Je ne pourrai plus entendre «Bohemian rhapsody» sans penser à ce roman... Cette chanson fait quelques incursions dans le récit d'Hugo, et si elles sont d'abord cocasses, la dernière est plutôt douloureuse.

Un roman réaliste, qui évoque des problèmes de société, soulève d'importantes questions quant à l'évolution de chacun, à l'amitié, à l'impact de nos choix et de nos actes... Un roman coup de poing qui ne peut laisser personne indifférent.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sébastien Desjours.

Je connais surtout Sébastien Desjours pour ses doublages. Pour moi, son interprétation de ce roman est parfaite. La preuve est que pendant ma lecture, je n'imaginais aucun autre comédien à sa place. Ne forçant jamais sa voix pour les différents personnages tout en nuançant pour qu'on sache qui parlait, adoptant toujours le ton adéquat pour les diverses émotions que ressentent les protagonistes, se fondant dans le texte et dans l'ambiance du roman, le comédien réalise une très belle performance. Il y a très souvent du langage parlé, et certaines phrases sont même tournées d'une manière que je n'ai jamais rencontrée. Le lecteur les lit très naturellement, ne semble jamais être en difficulté face à ces pièges, les rend (à mon avis) telles que les a souhaitées l'auteur.
Au début du troisième carnet rédigé par Hugo, il y a, en épigraphe, le début d'un couplet de «Bohemian rhapsody» de Queen qui, bien entendu, est en rapport avec ce qui arrive. Sébastien Desjours lit ces paroles sans affectation, sans tenter de faire un super accent anglophone, mais n'exagère pas son accent français. Bref, pour moi, il a trouvé la juste façon de les lire. Bien sûr, s'il les avait lues avec un accent anglais ou américain juste, j'aurais également applaudi. Ce que je déteste, ce sont ceux qui prennent un pseudo accent et l'exagèrent à n'en plus finir.

Je suis surprise que Sébastien Desjours n'ait pas enregistré d'autres romans pour Audible. J'espère que cela arrivera bientôt.

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée. Il y a plusieurs chapitres par piste.

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