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jeudi, 19 juillet 2018

La fille de l'écrivain, d'Henri Troyat.

La fille de l'écrivain

L'ouvrage:
Armand Boisier, quatre-vingt-six ans, est écrivain. Il fait partie de l'Académie française. Depuis qu'il est veuf, sa fille, Sandy, l'aide et le soutient dans l'écriture de ses romans. Un jour, lors d'une rencontre autour de son dernier livre, il est abordé par Jean-Victor Désormieux, qui va publier son premier ouvrage. Très admiratif du travail d'Armand, le jeune auteur lui explique qu'il serait ravi qu'il lise son livre.

Critique:
Comme d'habitude, en peu de pages, d'une plume à la fois fluide et incisive, Henri Troyat présente une situation, envenime le tout, analysant finement et impitoyablement ses personnages et les déboires qu'il leur fait traverser. Ici, le lecteur devine, dès la première rencontre, que des événements rudes arriveront. Toutes les suppositions sont permises.
N'ayant pas pour habitude de traîner, l'écrivain ne fait pas attendre son lecteur.

J'ai apprécié Armand tout au long du récit. Il est loin d'être parfait, ce qui le rend crédible. Par exemple, Sandy laisse entrevoir certaines choses lorsqu'elle le force à reconnaître qu'il a toujours vécu uniquement pour l'écriture. Armand est, en quelque sorte, la cause de ce qui arrive ici, et qui le déstabilise. Quelque part, il est l'instrument de son malheur. Malgré tout, je l'ai préféré à Sandy qui, pour moi, est assez fade. Cette fadeur est en partie due à son père, certes, mais je n'imaginais pas la jeune femme si crédule... Une situation se met très rapidement en place, ce qui aurait dû la pousser à la méfiance, à mon avis. Par la suite, les choses changent, mais je n'ai pas l'impression que Sandy mûrisse...
Quant à Jean-Victor, il n'est pas très appréciable, mais on peut comprendre qu'il ait saisi l'occasion, et ait fait ce qu'on l'a laissé faire. Cela ne l'excuse en rien, mais explique ses actes.

Il y a peut-être une petite faiblesse. L'auteur la souligne d'ailleurs en la présentant comme argument de l'un de ses personnages: il me semble que pour entrer à l'Académie française, il faut être un écrivain bien plus confirmé que ne l'est celui qui finit par y entrer. Bien sûr, cet événement apporte davantage de force à la fin du roman, mais je trouve dommage qu'Henri Troyat ait eu recours à une petite entorse à la réalité.

Pour moi, l'Académie française a quelque chose de sacré: j'ai donc aimé observer le genre de discussions qui peut avoir lieu entre ses membres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Raymond Dombrecht pour la Ligue Braille.

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jeudi, 14 juin 2018

Les fruits de l'arrière-saison, d'Aurore Py.

La

L'ouvrage:
Septembre 1935.
Le soir du mariage de Pierre Catlan, la famille ignore encore qu'un drame se joue. Il obligera certains de ses membres à prendre une route inattendue, à remettre des pans de leur vie en question.

Critique:
Je me méfie un peu des romans du terroir, parce que beaucoup me paraissent un peu mièvres. Ayant aimé les deux autres livres d'Aurore Py, j'ai voulu lire celui-là. Je n'ai pas été déçue. J'ai très vite plongé dans l'histoire de cette famille aimante et soudée, dont les membres ont parfois du mal à communiquer. En fait, je pense surtout à Marie qui, par peur, et n'ayant pas toutes les données en main, n'a pas pu prendre la mesure de la situation dans laquelle elle se trouvait. J'ai compris que par la suite, elle culpabilise, mais aussi en veuille à ceux qui lui avaient caché l'essentiel. Même si la dissimulation n'était pas une mauvaise intention, elle montrait un manque de confiance. D'un autre côté, j'ai compris la peur du personnage qu'un rejet aurait brisé.

J'ai beaucoup apprécié Pierre qui est plus complexe que ce qu'on croit au départ. Si l'esprit de sacrifice dont il fait preuve au début peut être agaçant, la suite révèle que rien n'est aussi simple. Plus tard, j'ai eu l'impression que ce pauvre Pierre n'avait pas vraiment le droit d'être celui qu'il voulait, que chacun le renvoyait vers ce qui le rebutait. Bien sûr, il est normal que sa famille agisse ainsi, mais j'ai été frustrée pour lui, car il se rend compte qu'il s'est trompé de chemin au départ, et qu'il est trop tard pour en changer. Cela fait qu'il est parfois rude envers un personnage...

Je n'ai pas apprécié Louise. Pourtant, elle n'est pas méchante. Elle s'est mariée avec certaines espérances, et a été déçue. Extérieurement, on a l'impression qu'elle veut briser la belle entente familiale, mais elle veut surtout sa place. Elle se rend compte que son mari n'a pas les mêmes rêves qu'elle, ce qui la rend amère et méprisante. Je ne l'ai pas appréciée, mais je tentais, au long de ma lecture, de me mettre à sa place. Que ferais-je si mes espoirs étaient déçus? Si j'avais sans cesse l'impression qu'on me tourne le dos? Si je me sentais incomprise?

Emma m'a un peu agacée, parce qu'à trop vouloir préserver sa liberté, elle paraissait parfois ridicule. Elle était simplement maladroite. Du reste, on comprend qu'elle tienne à ne pas être assujettie. Lorsqu'elle et François exposent certains aspects de la loi, cela fait frémir. Il est judicieux que la romancière rappelle qu'à cette époque, la femme avait si peu de droits. D'autre part, les revendications d'Emma donnent lieu à deux scènes à la fois graves et drôles: celles du contrat de mariage.

Tous ces personnages montrent que rien n'est jamais tranché. C'est là le talent d'Aurore Py, qui fait en sorte que ses protagonistes aient de l'épaisseur, qu'on s'identifie facilement à eux, etc.

J'ai aimé l'ambiance souvent chaleureuse de la ferme. Chacun semble y trouver sa place, être apprécié pour son travail et ses qualités humaines, donner le meilleur de soi-même.

Je n'ai pas aimé la fin. Elle n'est ni bâclée ni incohérente, mais je n'aime pas ce qu'il s'y passe. Heureusement, l'auteur m'a dit qu'elle était en train d'écrire la suite. J'espère qu'elle sortira vite, car après, il faut qu'elle sorte en audio (ce qui n'est pas sûr) pour que je puisse la lire.

Éditeur: Marivole.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fernande Larsille pour la Ligue Braille.

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jeudi, 22 février 2018

Regent's Park, de Ruth Rendell.

Regent's Park

L'ouvrage:
Mary quitte son petit ami, Alistair. En attendant de trouver où loger, elle doit garder la maison d'un couple âgé qui part en voyage. Il y a peu, la jeune femme a fait un don de moelle osseuse. Elle va être mise en contact avec le bénéficiaire.

Critique:
Ce roman m'a plu. La façon de faire de Ruth Rendell m'a un peu rappelé «La maison du lys tigré». Ce n'est pas du tout la même histoire, mais dans les deux romans, on rencontre des gens dans leur quotidien, et ils se croisent au hasard des événements. Ici, il y a plusieurs meurtres, et ils commencent assez vite. Les protagonistes en sont plus ou moins touchés. Le lecteur considère tout ce petit monde, et se demande si le coupable (surnommé «l'empaleur») est parmi eux... Quant à moi, mes hypothèses se sont révélées fausses, ce qui m'a plu. En revanche, je n'ai pas vraiment compris le mobile du tueur. Il a été marqué par quelque chose de traumatisant, mais pourquoi ses victimes sont-elles celles-là? Qu'est-ce qui a poussé «l'empaleur» à en arriver là? Il y a des demi-explications, mais cela m'a paru un peu mince.
L'intrigue est lente, mais cela ne m'a pas gênée pour les mêmes raisons que dans «La maison du lys tigré». Outre les meurtres, de petites énigmes jalonnent le récit. Les personnages participent, consciemment ou non, à leur résolution.

Certains sont antipathiques, comme Alistair. Il est très casse-pieds. Je me suis demandé assez tôt s'il n'était pas dangereux. D'autres sont sympathiques, mais une part d'eux met mal à l'aise. Je pense à Bean. Son amour et son respect des animaux le rendent aimable au lecteur, mais d'autres pans de sa personnalité sont déplaisants. On me dira qu'il fait ce qu'il peut dans un monde où l'existence n'est pas rose pour lui. Certes, mais j'ai été agacée, entre autres, par son acharnement concernant l'homme aux clés.

Roman est attachant. Il a une manière particulière de faire son deuil, mais après tout, pourquoi pas? Contrairement à d'autres, il ne nuit à personne, et tente (inconsciemment, au départ) de se reconstruire.

Mary est appréciable, mais a des côtés agaçants. C'est une bonne chose qu'elle ne soit pas parfaite. Par exemple, elle m'a semblé trop coulante face à Alistair. J'admets que je suis sévère, car il n'est pas aisé de se débarrasser de ce genre de personnes. J'ai aussi trouvé qu'elle faisait trop vite confiance à Léo. En tant que spectatrice extérieure, quelque chose me déplaisait chez lui. Là encore, Mary ne peut être totalement blâmée puisqu'elle était impliquée, et qu'il n'y avait que de minuscules signes d'étrangeté.

Quant à Carl, il éveillera des sentiments contradictoires chez le lecteur. Qu'aurions-nous fait à sa place?...

Mary travaille au musée Irène Adler. Cela fait que la romancière parle d'une nouvelle de Conan Doyle. Je l'ai lue, et en ai un vague souvenir. Je ne me doutais pas que la femme qui y est décrite avait pris une telle importance... Il est vrai que Sherlock Holmes est très apprécié de beaucou de lecteurs, et que de ce fait, Irène Adler (seule femme qui l'ait vraiment touché) intéresse forcément davantage les passionnés que les héros d'autres nouvelles.

Éditeur: Calmann Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise André pour la Ligue Braille.
J'ai apprécié cette interprétation. La lectrice n'en fait pas trop. J'ai également aimé qu'elle ne tente pas de prendre un accent pour les noms propres.

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jeudi, 1 février 2018

Les diaboliques, de Vincent Engel.

Les diaboliques

L'ouvrage:
Lucie et Fabian se connaissent depuis leur plus jeune âge. À l'adolescence, ils commencent à éprouver de tendres sentiments l'un pour l'autre. C'est alors que le prêtre du village leur apprend qu'il leur est impossible de se marier.

Critique:
Ce livre (très court) est bien construit, l'intrigue est bien menée. L'enchaînement des situations, des révélations, les pièces qui s'emboîtent petit à petit, le fait que la toute fin est un dernier rebondissement, tout cela rappelle les romans de Boileau-Narcejac. Pour moi, l'auteur a finement joué, car je n'ai pas compris grand-chose avant qu'il ne le dévoile. J'ai deviné quelques éléments, mais je suppose que le romancier souhaitait qu'ils soient trouvés pour que le lecteur ait une petite longueur d'avance sur certains personnages. À un moment, je me suis même demandé si je saurais ce qu'est devenue Lucie. En effet, on passe de l'histoire de Fabian à celle de la personne dont il est l'homme de confiance. C'est un peu déroutant.

Certains passages sont assez choquants. Le langage n'est pas cru, mais les actes décrits le sont. Je ne suis pas prude, mais je trouve que les choses vont très loin.

Le roman s'achève sur un coup de théâtre. C'est voulu, le but est d'impressionner le lecteur. J'aurais préféré une fin plus détaillée, expliquant certains éléments. Le narrateur lui-même dit qu'il lui manque des réponses. Vincent Engel a voulu nous laisser sur une impression de chute: j'aurais préféré qu'il réponde aux questions. Cela a gâché quelque peu ma lecture, mais je recommande quand même ce roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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jeudi, 18 janvier 2018

Le jour où le diable m'a trouvée, d'April Geneviève Tucholke.

Le jour où le diable m'a trouvée

L'ouvrage:
Violet et Luke (seize ans), vivent dans le manoir familial avec leurs parents. Ceux-ci sont artistes, et s'absentent très souvent sur de longues périodes. C'est justement lors de l'une de ces absences que l'argent vient à manquer. Violet décide alors de louer la dépendance du manoir. C'est River, un étrange adolescent, qui se présente. La jeune fille est tout de suite attirée par lui.

Critique:
À cause du titre et du tout début, j'ai eu peur de tomber sur une histoire où tout le monde finirait par se transformer: qui en diable, qui en loup-garou, un peu comme dans un roman de Jennifer McMahon qui, pour moi, a viré au n'importe quoi. Heureusement, certaines chroniques m'ont rassurée à ce sujet.

Ce livre m'a plu, mais j'ai gardé de la distance. J'ai apprécié les personnages que l'auteur veut qu'on aime, mais je les ai trouvés plats. Ils étaient sympathiques, mais peut-être trop prévisibles ou trop caractérisés par une chose... Luke court les filles et feint de mépriser sa soeur, Sunshine semble traîner son ennui... Violet m'a paru un peu plus consistante, parce qu'elle aime lire, que sa grand-mère lui manque, et que comme elle raconte l'histoire, elle est bien obligée de nous en dire un peu plus sur elle.

J'ai lu une chronique dans laquelle la personne trouvait invraisemblable que les parents s'en aillent comme ça, abandonnant leurs enfants mineurs, sachant qu'ils avaient peu de ressources. Certes, c'est pour le moins incongru. J'ai mieux accepté cela que la chroniqueuse, parce que j'ai lu «Le château de verre» qui est une histoire vraie dans laquelle l'héroïne raconte que ses parents étaient à peu près comme ceux du roman.

Le récit est lent, surtout au début. L'auteur prend le temps d'installer une ambiance, de faire intervenir des événements étranges... C'est bien, mais ça a été un peu trop lent pour moi. Ensuite, on découvre des choses. Entre le don surnaturel d'un personnage, et les secrets qui entourent la famille de Violet et Luke, tout n'est pas trop mal ficelé, même si certains éléments sont un peu gros. Lorsque la narratrice raconte ce qui arrive au grenier, j'ai deviné que le responsable n'était pas celui auquel les personnages pensaient. De ce fait, j'ai trouvé que l'auteur mettait du temps à le révéler. Ensuite, la façon dont arrivent certaines choses m'a rappelé le «glamour» des personnages de Marissa Meyer. Bien sûr, vers la fin, on est embarqué dans le suspense, on attend de voir comment tout cela va se terminer, mais ça ne rattrape pas vraiment le reste, pour moi. Je ne pense pas lire la suite, ce roman ayant une fin. On peut donc s'arrêter ici. Je me doute de l'intrigue du tome 2.

Éditeur: Hachette.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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