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jeudi, 21 juin 2018

La cigale du huitième jour, de Mitsuyo Kakuta.

La cigale du huitième jour

L'ouvrage:
Février 1985. Kiwako enlève un bébé de cinq mois.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Mitsuyo Kakuta fait ce qu'Helen Klein Ross n'a pas osé faire dans «What was mine»: peu à peu, le lecteur apprécie la responsable de l'enlèvement. Dans «What was mine» (qui traite du même thème), je n'ai jamais pu éprouver de la sympathie pour Lucy (la ravisseuse) ni lui trouver des excuses. Ici, les choses sont plus nuancées, ce qui rend le livre d'autant plus passionnant. Surtout que je n'ai pas tout de suite apprécié Kiwako, et que même après avoir refermé le livre, je la blâme tout en ayant de la compassion pour elle. Au long du roman, le lecteur glane des informations sur sa vie avant l'enlèvement, découvre son comportement envers l'enfant, et apprend ses réactions sur ce qui arrive plusieurs années après. Comme cela se fait en plusieurs temps, le lecteur passe par différentes phases concernant l'héroïne. Elle ne semble pas toujours très stable moralement, surtout au début. Cependant, on apprend à la connaître, à voir qu'elle aime réellement l'enfant, que la vie ne lui a pas fait de cadeaux... d'autres éléments ont fait qu'à mon avis, elle était une meilleure mère que les parents naturels du bébé. C'est dans cet état d'esprit que Mitsuyo Kakuta souhaite mettre son lecteur, afin qu'il se pose de dérangeantes questions, de celles que la morale condamne... Il m'est impossible d'avoir une opinion tranchée quant à Kiwako, et c'est ce qui, pour moi, fait la force du roman.

À travers l'existence clandestine de la jeune femme, l'auteur aborde divers thèmes. Par exemple, la communauté Angel Home a des allures de secte. J'ai été choquée que Kiwako veuille y entrer, mais comment ne pas comprendre ses raisons? Lorsqu'on connaît la communauté, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle entre l'enlèvement dont est coupable la jeune femme et la manière dont Angel Home retire leur liberté à ses membres. Cette association d'idées ne peut être qu'en faveur de Kiwako. Peut-être la romancière voulait-elle cela.

Lors de son errance, l'héroïne rencontre une étrange femme dont le comportement s'explique plus tard. À cette occasion, l'auteur parvient très bien à créer un climat angoissant avec de petits éléments.

J'ai été un peu déçue par la fin, mais Mitsuyo Kakuta ne pouvait pas faire autrement. J'aurais été la première à crier à l'invraisemblance si elle avait fait ce que je souhaitais. En fait, j'aurais voulu que le livre se prolonge afin que ce que j'attendais finisse par arriver de façon tout à fait réaliste.

Il y a tout un pan de l'histoire (et donc certains personnages) que je ne peux pas évoquer pour ne pas trop en dévoiler. C'est un peu frustrant. Dans cet ouvrage, il y a beaucoup de faits sur lesquels on peut débattre.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Paul Dupuis pour le GIAA

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jeudi, 16 novembre 2017

La maison du lys tigré, de Ruth Rendell.

La maison du lys tigré

L'ouvrage:
Stuart Font, jeune et insouciant, profite de sa toute récente indépendance. Vivant au jour le jour, il songe davantage à fréquenter Claudia (une femme mariée) qu'à chercher un travail. Son projet actuel est sa pendaison de crémaillère, à laquelle il a invité ses voisins.

Critique:
Ce roman m'a plu. Pendant une grande partie, je n'ai pas su où l'auteur allait. J'entrevoyais bien certaines choses, mais sans trop pouvoir les assembler. Le récit est un peu lent, mais je ne me suis pas ennuyée, car la romancière plante un décor, présente des personnages. J'ai lu des chroniques: certains ont trouvé cela brouillon et poussif, au contraire de moi. J'ai bien aimé rencontrer ces personnages, découvrir leur vie quotidienne et les travers de certains, constater les minuscules interactions qu'il existe entre eux, voir ce que chacun pense des autres... Beaucoup d'entre eux ne sont pas très appréciables. En général, cela me rebute. Ici, cela ne m'a pas gênée. J'avais plutôt l'impression d'être complice avec l'auteur qui, je le pressentais, préparait des tours à jouer à ceux qui me déplaisaient. Du reste, certains m'étaient sympathiques.

À travers Olwen, Ruth Rendell développe le thème de l'addiction à l'alcool. J'ai été étonnée (même si je sais que je n'aurais pas dû) de voir jusqu'où pouvait aller cette femme pour se procurer de la vodka. Progressivement, elle perd la notion des choses, car rien n'est plus important à ses yeux. Cet assujettissement est assez effrayant.

Stuart fait partie de ceux que je n'ai pas aimés. Égoïste, couard, n'hésitant pas à profiter des autres, il me faisait l'effet d'une sorte de parasite. Je souriais lorsqu'il était corrigé par Freddy, le mari de sa maîtresse.

J'ai bien aimé Marius et Rose. Certains les trouveront peut-être un peu niais. Soit, mais cela ne nuit pas aux autres, donc je les ai volontiers excusés.

Le meurtre arrive assez tard. Il est préparé par tout ce qui se déroule avant. J'ai trouvé que c'était assez bien construit. D'abord, on nous montre la vie de personnages, puis l'un d'eux est assassiné. On commencera tout de suite à faire des associations d'idées en se basant sur ce qu'on sait pour trouver le coupable. En général, le genre d'histoires où on cherche l'assassin parmi une dizaine de protagonistes m'agace, mais ici, j'ai aimé connaître les événements précédents. Ayant été familiarisée avec ces personnages, c'est naturellement qu'après le meurtre, je me suis demandé qui avait bien pu le commettre. Les pistes auxquelles j'ai tout de suite pensé m'ont paru trop faciles. J'ai été contente de ne pas découvrir le meurtrier avant que l'auteur ne le dévoile.

J'ai lu une chronique dont l'auteur se plaignait que ce roman ne soit pas aussi palpitant à ses yeux que ceux mettant en scène l'inspecteur Wexford. N'aimant pas ces romans (je les trouve trop classiques), j'en conclus que l'auteur de cette chronique et moi sommes d'accord sur un point: si vous aimez les Wexford, il y a des chances que vous n'aimiez pas «La maison du lys tigré», et vice versa.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Dufaillé pour le GIAA
Ayant entendu le nom de la lectrice et ne l'ayant pas vu écrit, il se peut que je l'aie involontairement estropié. Si c'est le cas, j'en suis désolée.

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lundi, 19 décembre 2016

Nina et ses soeurs, de Karine Lebert.

Nina et ses soeurs

L'ouvrage:
Normandie, 1900.
Bernard et Corinne Vigogne viennent d'avoir leur quatrième fille, Nina. Bernard aurait souhaité avoir un fils qui aurait repris les Tonneliers, sa ferme.
C'est le jour de la naissance de Nina que la famille Dévrou (famille riche habitant en ville), en panne de voiture, s'arrête aux Tonneliers. Malgré ce qui oppose les deux familles, cette première rencontre est loin d'être la dernière.

Critique:
Le roman de Karine Lebert s'étale sur trente ans. En général, je n'aime pas qu'un auteur fasse cela, car cela donne un résultat trop morcelé, où rien n'est creusé. Ici, cela ne m'a pas gênée, car l'auteur a bien fait les choses.

La romancière a bien planté le décor. Outre l'exploitation de la ferme qui court sur tout le roman, elle décrit certaines choses d'antan. L'école primaire était très différente. J'ai bien aimé, par exemple, la confrontation de Bernard et Corinne avec l'institutrice de Nina. Chacun a son point de vue, et chacun traite l'opinion de l'autre avec mépris. J'ai compris les raisons de chacun, mais la vraie question était de savoir ce que souhaitait Nina. Cela a fini par ne pas poser de problèmes, mais l'exemple m'a plu.

Plus tard, Karine Lebert plonge ses personnages dans les tourments de la première guerre mondiale. Ce bouleversement fait que certains seront amenés à faire des choix, à révéler certaines facettes de leur caractère. L'auteur montre bien l'impact de la guerre sur chacun et plus tard, sur les moeurs.
Outre un décor bien planté, les événements s'enchaînent de manière fluide. Les personnages sont creusés, etc.

Je trouve dommage que l'auteur ait traîné sur l'histoire d'amour. Le lecteur sait très vite quels personnages vont s'aimer. Il aurait été mieux (à mon avis) qu'ils soient plus vite ensemble, d'autant qu'elle crée des embûches assez tirées par les cheveux, et les résout de manière assez facile et répétitive. De plus, j'aurais aimé voir les amoureux dans leur quotidien.

D'autre part, l'auteur pose une énigme pendant la guerre. Cela n'avait pas forcément à être résolu. Karine Lebert décide de le faire. J'avais deviné ce qui s'était passé au moment des faits. La façon dont la solution est donnée m'a semblé très grosse.

Enfin, avant la guerre, un malheur s'abat sur la famille. Là encore, l'auteur y revient à la fin. C'est intéressant, mais les trois faits (l'énigme, le malheur et l'histoire d'amour) sont rapidement conclus les uns à la suite des autres. Cela donne une impression de bâclé, de bricolé. Bien sûr, le temps passe entre les trois faits, mais dans le roman, ils sont collés les uns à la suite des autres.

Éditeur: de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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lundi, 6 juin 2016

Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt.

Dites aux loups que je suis chez moi

L'ouvrage:
1987, États-Unis.
June a quatorze ans. Entre ses parents et sa soeur aînée (Greta), elle cherche sa place. Celui avec qui elle s'entend vraiment bien, c'est son oncle Finn, qui est aussi son parrain. Mais Finn vient de mourir du SIDA.
C'est alors que son «ami particulier» (manière aseptisée de dire cela à June) prend contact avec elle. Il veut l'aider à surmonter son chagrin. June hésite, car sa mère et sa soeur l'ont mise en garde contre cet étranger qui, selon elles, est responsable de la mort de Finn.

Critique:
Roman juste, puissant, profond, abouti, exempt de niaiseries larmoyantes, «Dites aux loups que je suis chez moi» est de ceux que je ne suis pas près d'oublier. Les relations entre les personnages sont assez compliquées, car secrets, malentendus et non-dits les régissent. Il n'y a qu'avec Finn que June parvient véritablement à communiquer, même si ses sentiments rendent cette relation un peu trouble. Alors, lorsqu'il meurt, et que Greta continue de se montrer détestable envers sa soeur, que les parents s'absentent beaucoup parce qu'ils sont comptables et que c'est la saison des impôts, June finit par accepter de rencontrer Toby. Là encore, la relation sera étrange. L'adolescente aimerait bien (à l'instar de sa mère) tout faire endosser à Toby, car ce serait plus simple. Il y aurait quelqu'un à blâmer pour cette injustice. Mais la jeune fille ne peut s'empêcher de voir les choses avec lucidité. Elle ne prend pas ce qu'on lui dit pour argent comptant. Elle réfléchit, et doit bien admettre que tout n'est pas si simple. Cela lui est douloureux, et causera de sa part certaines réactions injustes. Mais June ne fuit pas ses responsabilités. Lorsqu'elle agit mal, elle le dit. Il est l'un de ses actes qu'elle ne se pardonnera d'ailleurs jamais, avec lequel elle devra vivre.

Contrairement à June, Greta et Danny (leur mère) ne parviennent pas à exprimer simplement ce qui ne va pas. Elles se cachent derrière d'autres choses, ce qui les fait souffrir. Même si j'ai compris qu'on puisse ainsi se voiler la face (chacun réagit comme il peut), j'ai eu du mal à leur trouver des excuses, surtout à Danny. Bien sûr, ses raisons d'agir ne sont pas glorieuses, elles sont donc difficiles à admettre, mais la façon dont tout cela a été géré a causé bien plus de dégâts.
Outre ce qui arrive au chapitre 65, les personnages finissent par se retrouver d'une bien curieuse façon, à la fois cocasse et insolite. Je parle de ce qui arrive au dernier portrait peint par Finn.

Carol Rifka Brunt rappelle que dans les années 80, le SIDA était très peu connu. On ne savait pas comment l'appréhender, on en avait donc peur. De plus, certains éprouvaient une curiosité malsaine quant à ceux qui en étaient atteints.

Certaines révélations sont faites simplement. Celui qui les fait tente de les minimiser. Il en est une dont le lecteur sait que June comprend ce qu'elle implique uniquement parce qu'elle fait une remarque sur l'environnement qu'elle ressent avec davantage d'acuité, qui l'agresse à ce moment-là.

Il y aurait encore énormément de choses à dire sur ce livre qui vous emportera, sur ces personnages qui vous interpelleront, à la place desquels vous vous mettrez sans efforts. Un roman dont vous ne sortirez pas, même après l'avoir terminé.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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lundi, 21 mars 2016

L'analphabète, de Ruth Rendell.

L'Analphabète

L'ouvrage:
Lorsque George et Jacquelyn Coverdale engagent Eunice Parchman comme femme de ménage, ils ne savent pas qu'ils mettent le doigt dans un engrenage fatal.

Critique:
Ce roman est, apparemment, très apprécié. Pour ma part, il n'a pas su me toucher. L'auteur explique tout de suite qui a tué et quel en fut le mobile. Le lecteur se demande donc comment les choses en sont arrivées là. Quant à moi, je l'ai assez vite compris, donc cela ne m'a pas vraiment tenu en haleine.

Une autre force supposée du roman est la manière dont la psychologie d'Eunice est analysée. Elle comprend bien que ne pas savoir lire paraît incongru à beaucoup de monde dans notre société. De ce fait, pour elle, cela devient une tare qu'il faut à tout prix cacher. Parallèlement, ou peut-être à cause de ce handicap auquel elle donne d'énormes proportions, Eunice semble ne rien ressentir quant aux événements de la vie courante. Normalement, ce personnage déstabilise le lecteur. Cela n'a pas été mon cas. Je pense n'avoir pas réussi à entrer dans ce roman. Aucun personnage ne trouvait grâce à mes yeux. Je suppose que c'est voulu de la part de l'auteur. Les Coverdale sont sympathiques, mais ils veulent régenter la vie de tous (surtout George), tout en étant persuadés qu'ils agissent bien. Certes, ça ne mérite pas un meurtre. Quant à Eunice, sa psychologie supposément fascinante m'a plutôt ennuyée. Idem quant à Joan Smith, l'amie que se fait Eunice, et qui contribue au «dérapage». Le roman ayant été publié en 1977, il devait y avoir beaucoup moins de livres explorant la psychologie des personnages, à cette époque. Il aurait peut-être fallu que je le lise plus tôt dans ma «carrière livresque» pour que j'y trouve un plus grand intérêt.

Éditeur: le Livre de Poche.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA
La lectrice a su adopter un ton qui allait bien au roman. Certains trouveront peut-être qu'elle en fait un peu trop, mais il me semble que son ton est juste. Elle rend bien l'exaltation de Joan, par exemple.

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