Bibliothèque : BSR

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jeudi, 6 août 2020

Le garçon sur le pas de la porte, d'Anne Tyler.

L'ouvrage:
Micah Mortimer vit de petits boulots: réparations, dépannages informatique... Il a une vie bien rangée, aime bien sa routine... Un jour, devant chez lui, il trouve Brink, un adolescent qui lui apprend qu'il est le fils de Lorna, qui était la petite amie de Micah au lycée.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai apprécié qu'Anne Tyler prenne le temps de décrire la vie routinière de Micah, de nous présenter le personnage. J'ai bien ri, car les pannes informatique auxquelles il est confronté sont très courantes dans «la vraie vie», et ceux qui en sont victimes réagissent exactement comme le décrit la romancière. Elle est quand même allée plus loin que ce que je connaissais en racontant la panne de Rosalie: Micah devait trouver le mot de passe de l'ordinateur qui, à première vue, n'était trouvable nulle part. ;-)

L'épisode de la vie de Micah raconté ici pourrait paraître anodin. Le fils de son ex petite amie débarque, prétendant que Micah est son père. Oui, bon, et alors?... Cependant, cela donne l'occasion à l'autrice de faire en sorte que son personnage remette certaines choses en question. On ne passe pas tout le roman à se demander si Brink est bien le fils de Micah, car celui-ci donne très vite la réponse à cette question. À mesure des discussions (avec sa famille, Lorna, Brink, et Cass) Micah, se penche sur ses actions passées, sur la manière dont il a perçu ceci ou cela. Pour moi, c'est surtout ce que lui dit Lorna qui doit le faire réfléchir. Quant à Cass, je la trouve assez injuste. J'ai l'impression, comme le héros, que ce qu'elle allègue n'est qu'un prétexte. C'est cette remise en question d'une personne appréciant beaucoup l'ordre et la routine, d'une personne qui a certaines idées depuis assez longtemps, qu'Anne Tyler nous propose. J'ai trouvé cela sympathique, car je me suis facilement identifiée au personnage, et je me demandais par quel bout je prendrais les choses à sa place.

En parallèle, l'autrice aborde (peu, mais pertinemment) certains thèmes d'actualité: les rencontres par internet, le fait de vouloir s'engager très vite...

On voit peu la famille de Micah, mais cela semble être une joyeuse bande. Cette impression est renforcée par les souvenirs évoqués par Lorna.

Un roman sympathique, qui aborde certains thèmes avec finesse.

Éditeur: Phébus.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

jeudi, 9 avril 2020

La petite fille et le monde secret, de Maren Uthaug.

La petite fille et le monde secret

L'ouvrage:
Lorsque Knut quitte Rita, et déménage du Nord de la Norvège au sud du Danemark, il emmène Risten, leur fille de huit ans. Celle-ci est complètement déracinée: sa mère et sa grand-mère lui manquent, elle est confrontée à une nouvelle langue, à un nouvel environnement, à la nouvelle épouse de son père (Grete).

Critique:
Au départ, je me suis méfiée de ce livre, parce que je trouvais que la quatrième de couverture en disait trop, et en plus, je n'aimais pas certains aspects de l'intrigue. J'ai finalement décidé de le tenter. Il m'a plu, parce qu'heureusement, les choses sont plus complexes que ce que j'imaginais. Malheureusement, je n'ose pas trop donner d'indices ici quant à la complexité de l'intrigue... Au début, l'autrice nous fait comprendre quelque chose. Cet élément ne m'a pas plu, et j'ai râlé après le personnage qui en était au centre. Il est impossible de penser que Maren Uthaug fait croire quelque chose de faux à son lecteur, voilà pourquoi je pestais. Je ne pouvais pas penser: «Mais de toute façon, cet élément est peut-être absolument faux.» Et puis le livre avance, et la romancière donne des précisions sur le fameux élément. Cela montre que les choses ne sont pas aussi simples que ce que je croyais au début. Pour ce paramètre, Maren Uthaug a finement joué, parce qu'elle ne laisse pas entrevoir qu'il faut lire entre les lignes. Elle donne même des indices tendant à prouver ce que je croyais vrai. De plus, lorsque le livre est achevé, le lecteur ne peut pas s'en prendre à l'autrice, et dire qu'elle a donné de faux indices: elle ne l'a pas fait. C'est au lecteur d'interpréter correctement les indices donnés.

D'autre part, Maren Uthaug montre, avec brio, un personnage en butte au harcèlement psychologique. Pour moi, ce personnage réagit comme il le peut. J'aurais préféré une rébellion plus radicale, mais il ne lui était pas facile de faire autrement. Je regrette que le personnage harceleur (à qui je n'ai trouvé ni aucune qualité ni aucune excuse) n'ait pas été puni.

La fin m'a frustrée. J'aurais aimé que l'histoire se poursuivît. Comment tel personnage va-t-il gérer ceci et cela? Même si certains non-dits trouvent une explication, il me semble qu'il reste des zones d'ombre...

Je me rends compte que je ne peux pas dire ce que je pense des personnages en les nommant, car cela gâcherait la lecture de ceux qui s'apprêtent à lire ce roman. J'ai réussi à parler de certains aspects du récit sans trop en dire. J'espère que cela vous donnera envie de tenter cette histoire.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je me suis finalement décidée à tenter ce roman parce que j'apprécie le «jeu» de cette lectrice. Je n'ai pas été déçue. Je trouve dommage qu'elle ait lu le lexique à part, mais comme il n'y avait pas beaucoup de mots, il ne m'a pas été trop laborieux de coller les définitions des mots du lexique lorsqu'ils apparaissent pour la première fois dans le roman. En outre, ce n'est pas la lectrice qui a décidé de faire ainsi: c'est la BSR qui tient à ce que cela soit fait ainsi, car si on possède un lecteur DAISY, on peut écouter les définitions au moment où les mots apparaissent. N'ayant jamais besoin du format DAISY, et ayant connu des déboires à cause de ce format, quand il y a des définitions de mots lus à part, soit je les déduis, soit je trouve la force (surtout si je décide de garder le livre) de les coller au moment de la première occurrence du mot.

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jeudi, 19 mars 2020

Douleur, de Zeruya Shalev.

Douleur

L'ouvrage:
Iris est mariée, et a deux enfants. Un jour, elle sent une douleur refaire surface: celle qui résulte du fait qu'elle a été blessée au cours d'un attentat, dix ans auparavant. Au bout de plusieurs jours à la voir prendre des anti-douleurs, son mari la convainc de se faire examiner. À l'hôpital, elle tombe sur Ethan, son amour de jeunesse qui l'a quittée trente ans plus tôt.

Critique:
Ainsi que cela m'est déjà arrivé, j'ai commencé par rejeter l'idée de lire ce roman, parce que je n'avais pas envie de lire le récit d'un adultère. Ensuite, je me suis dit qu'appréciant la lectrice, je pouvais tenter le livre. De plus, certains livres enregistrés par cette lectrice ont commencé par ne pas me tenter, et se sont révélés très plaisants. Quant à «Douleur», mon sentiment est mitigé. Certes, la rencontre d'Iris et d'Ethan aura des conséquences; certes, l'auteur prend soin de montrer que les choses ne sont pas toutes roses entre Iris et son mari afin de mieux faire accepter certains événements... (je trouve d'ailleurs cela très cliché). Cependant, cette rencontre et d'autres éléments du roman font qu'Iris et son mari se remettront en question. Le lecteur voit davantage l'examen de conscience d'Iris, car c'est elle que suit le narrateur omniscient, mais la remise en question de son mari est visible.

Au bout d'un moment, le sujet principal n'est plus Iris et son amour de jeunesse. L'auteur opère progressivement un glissement vers autre chose qui préoccupera forcément l'héroïne et son mari. Iris n'en oublie pas Ethan pour autant, mais ce second bouleversement l'oblige à réellement réfléchir. En outre, une scène assez choquante a lieu entre Iris et Ethan dans un restaurant. Je ne dirai pas de quoi il s'agit, je peux seulement dire que je n'ai pas compris pourquoi Ethan se montre si obtus, si fermé d'esprit. Tout de suite après, il ajoute autre chose de peu aimable à cela...

J'ai donc préféré la seconde moitié du roman, parce que c'est là que l'héroïne affronte ce qui arrive à bras-le-corps, et se penche sur ses fautes passées. Elle teinte tout cela de superstition, ce que j'ai compris, parce qu'à sa place, j'aurais fait exactement la même chose.

La fin m'a en partie satisfaite, mais c'est là qu'il aurait fallu que le livre continuât. Il manque plusieurs chapitres dans lesquels l'auteur aurait raconté comment la famille affronte le cyclone. En effet, à la fin du livre, nous n'en sommes qu'au début, et Iris et son mari ne savent pas comment agir.

Ce qui arrive à Alma m'a rappelé, avec force, par subtiles petites touches, que personne n'est jamais à l'abri de ce genre de choses. Cela m'a aussi rappelé un personnage du roman «Toute la beauté du monde n'a pas disparu» qui, au moment où se déroule le roman, est guérie de cela, et qui en parle avec une très grande lucidité.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 16 mars 2020

Le cercle du karma, de Kunzang Choden.

Le cercle du karma

L'ouvrage:
Tsomo vit dans un village du Bhoutan. Elle aime tendrement sa famille. D'autre part, elle est frustrée que l'instruction soit réservée aux garçons. Certaines épreuves vont la pousser à prendre la route.

Critique:
Je suis quelque peu étonnée parce que j'ai déjà essayé de lire ce livre, et je l'ai abandonné, de mémoire parce qu'il m'ennuyait. Ne me souvenant plus pourquoi il m'avait ennuyée, j'ai décidé de lui redonner une chance. Je suis contente de l'avoir fait, car il m'a plu. C'est surtout le personnage de Tsomo qui m'a plu. Au cours du roman, elle évolue. Au départ, elle est sympathique au lecteur, puis les épreuves qu'elle subit font qu'elle tente de s'améliorer, de mieux comprendre son entourage, ce qui renforce la sympathie à son égard. Par exemple, à un moment, elle se rend compte que si un homme trompe sa femme, c'est d'abord l'homme le fautif. Elle se dit que les femmes, elle comprise, jettent la première pierre à la maîtresse du mari trompeur, mais pourtant, celui-ci n'est jamais innocent. Les épreuves et la manière dont elle choisit de les combattre font mûrir l'héroïne. J'ai apprécié ce cheminement. Au départ, Tsomo n'a pas mérité les calamités qui lui arrivent, mais malheureusement, elles s'abattent sur elle. Elle ne nie pas sa souffrance, mais tente de la combattre intelligemment. Il y a quand même une chose dont elle a été capable, vers la fin, chose qu'à mon avis, je n'aurais pas pu faire.
J'ai beaucoup apprécié qu'elle obtienne quelque chose qui lui tenait à coeur sans forcément devoir se conformer à certaines règles inhérentes à cette chose. Cette idée est un exemple de tolérance.

J'ai été étonnée que Tsomo mette tant de temps à comprendre la rouerie de deux personnages. Ceux-ci m'ont très vite déplu. Cependant, le fait que l'héroïne ne les a pas tout de suite démasqués ne montrent pas qu'elle est stupide, mais plutôt qu'elle ne se met pas à soupçonner les gens à tort et à travers.

Ce livre est une occasion de se plonger dans la culture du Bhoutan. Tsomo elle-même, au cours de son voyage, sera confrontée à d'autres façons de penser que la sienne. Ce périple est d'ailleurs certainement une métaphore pour le voyage intérieur qu'elle accomplit.

Un roman abouti, sage, qui pousse à réfléchir.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai redonné une chance à ce roman parce que j'aime beaucoup sa lectrice. Son interprétation m'a plu, comme d'habitude. Je voudrais souligner que dans ce livre, il y a beaucoup de prénoms qui ne sont pas habituels à des francophones. Martine Moinat les a prononcés sans fioritures, ce qui m'a plu. Peut-être que la prononciation ne correspond pas à celle qu'on entendrait au Bhoutan, mais en tout cas, la lectrice n'a pas pris un accent affecté.

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jeudi, 5 mars 2020

L'autostoppeur, neuf nouvelles noires pour nuits blanches, d'Anthony Horowitz.

L'autostoppeur, neuf nouvelles noires pour nuits blanches

L'ouvrage:
Anthony Horowitz nous conte neuf nouvelles dont le maître mot est le suspense.

Bref résumé du début de chaque nouvelle:
«L'autostoppeur»: Jacob, un adolescent, et ses parents ont passé une journée dehors pour l'anniversaire du jeune garçon. Pendant leur trajet de retour, ils prennent un autostoppeur. La mère et le fils ne sont pas trop pour...

«L'ascenseur»: un adolescent monte dans un ascenseur, et lorsque la cabine arrive à destination, il a disparu.

«Le son du meurtre»: Les appareils auditifs de Kate provoquent de curieuses interférences...

«Brûlé»: Tim, treize ans, part en vacances à la Barbade avec sa tante et son oncle. Ce dernier, très pâle, a l'intention de bronzer.

«Vol 715»: Judith ne croit pas aux rêves prémonitoires, cependant, celui qu'elle vient de faire lui semble être un appel à la prudence.

«Le paradis d'Howard»: Howard est renversé par un bus. Il meurt sur le coup.

«Abonné absent»: Le père de David lui offre un téléphone portable. Le garçon est ravi. Peu de temps après, il reçoit un étrange appel.

«Twist cottage»: Andrew a élevé son fils seul. À présent, celui-ci a treize ans. Tous deux apprécient la vie qu'ils mènent ensemble. Un jour, Andrew rencontre Louise.

«La plus courte histoire d'horreur jamais écrite»: Je préfère ne pas résumer cette nouvelle. Il n'est pas possible de le faire sans trop en dire.

Critique:
Globalement, ces nouvelles m'ont plu. Je n'ai pas lu la série «Alex Ryder», principalement parce que certains de mes élèves m'en ont trop parlé. Je ne sais même pas si elle existe en audio (dans des bibliothèques sonores).

J'ai apprécié la première nouvelle. Les choses sont bien amenées, tout est cohérent.

J'ai moins aimé la deuxième, parce que pour moi, elle n'était pas crédible. Trop peu de temps s'est écoulé pour que ce que suppose le policier ait pu arriver. Bien sûr, le policier a raison, mais pour moi, ça n'est pas crédible. Donc c'est l'auteur qui a mal calculé son temps. ;-)

J'ai apprécié la troisième nouvelle, mais j'aurais préféré une fin un peu différente. Bien sûr, le détail que j'aurais éliminé est là pour impressionner le lecteur, donc je comprends qu'Anthony Horowitz l'ait glissé, mais pour moi, cela fait mauvais film d'horreur.

J'ai apprécié la quatrième nouvelle qui m'a paru vraisemblable, et à laquelle je n'ai pas trouvé d'incohérences. À la place d'un personnage, j'aurais fait une chose autrement, mais on va dire que cela signifie simplement que je suis davantage perverse que le personnage en question. ;-) Cela n'enlève rien à la nouvelle.

J'ai beaucoup aimé la cinquième nouvelle, mais je l'ai trouvée quelque peu gâchée par un détail... En plus, je ne vois pas trop d'intérêt au fait que les choses ne soient pas comme je l'aurais souhaité... Peut-être l'auteur a-t-il voulu montrer que ce genre de choses (avec le détail qui m'a déplu) arrive dans la vie...

J'ai apprécié la sixième nouvelle, mais je l'ai trouvée un peu tiède. Pourtant, je ne sais pas ce que j'y aurais changé...

J'ai aimé la septième nouvelle, mais... pas sa fin. Pourtant, elle est bien amenée. Je n'ai pas aimé ce qu'elle nous apprend, mais je reconnais qu'elle est bien faite.

J'ai beaucoup aimé la huitième nouvelle. Certes, j'ai surtout apprécié que les choses finissent par aller dans mon sens, mais j'ai aussi aimé ce que cela implique. Cependant, j'espère que cela n'existe pas, j'espère qu'aucun cas de ce style n'a été répertorié...

Que dire de la neuvième nouvelle! Je l'adore! Malheureusement, je ne peux pas dire grand-chose la concernant. Je ne sais pas comment elle est écrite en version originale, mais je tire mon chapeau à la traductrice, Annick Le Goyat. J'imagine qu'il a été assez difficile de traduire ce texte...

Ces nouvelles abordent plusieurs thèmes qui fascineront forcément le lecteur. Parfois, je n'ai pas aimé ce qu'en a fait l'auteur, mais je n'hésite pas à recommander ce recueil, parce que les thèmes sont pertinemment explorés.

Éditeur: Hachette Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marianne Pernet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai apprécié la lecture de Marianne Pernet, comme d'habitude. Elle n'en fait pas trop, n'est pas monotone, son ton est adéquat.

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