Bibliothèque : BBR

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jeudi, 28 décembre 2017

Borderline, de Jessie Cole.

Borderline

L'ouvrage:
Vincent vit avec sa fille, Gemma, dans les collines d'un village australien. Un jour, en rentrant chez lui, il découvre une femme en état de choc, serrant un bébé contre elle. Il ne sait pas que sa vie vient de prendre un tournant.

Critique:
Ce roman m'a globalement plu. L'ambiance est oppressante. On découvre des personnages blessés, qui se cherchent, qui ont du mal à communiquer, et qui, pourtant, semblent deviner certaines choses. La femme que Vincent aide au départ, par exemple, paraît sentir (alors qu'elle le connaît peu) qu'il ne la trahira pas, ne lui fera jamais intentionnellement du mal.

C'est sûrement Gemma qui décrit le mieux Vincent. Ce qu'elle dit est prouvé par les actes de son père. Il attire les femmes à problèmes. Il ne peut s'empêcher de vouloir les «recoller». Avec l'inconnue qu'il trouve au début, il a fort à faire. Mais une immense colère couve chez cet homme doux que la vie n'a pas épargné. Gemma l'évoque lorsqu'elle raconte le vol commis par sa mère. De plus, Vincent nage en eaux troubles, car lorsqu'il décrit sa relation avec Mary, on a l'impression que les souffrances qu'elle engendre lui plaisent.

L'inconnue (on finit par apprendre son prénom, mais je tente d'en dévoiler le moins possible) paraît compliquée, voire un peu dérangée, au premier abord. Puis on se rend compte qu'elle a souvent du mal à exprimer ses pensées, a vécu des événements traumatisants... Elle fait parfois des choses extravagantes (je pense surtout à la scène où elle se brûle les pieds), n'hésite pas à forcer un homme qu'elle connaît à peine à la prendre sous sa protection...

Gemma est la plus lucide de cet étrange trio. Elle est un peu perdue, mais connaît la valeur des actes de chacun. Elle tente de se frayer un chemin dans le monde des adultes, et découvre (Mais est-ce vraiment une surprise pour elle?) que cela ne va pas sans heurts.

L'histoire se déroule sans temps morts. L'écriture est fluide. Le style est à l'image des personnages principaux: un peu cabossé. Le récit est au passé composé, la syntaxe est parfois distordue (mais en aucun cas mauvaise). Le style n'est pas poussif, mais il en a l'apparence. Il va bien aux personnages, à leur histoire.

Je n'adresserai qu'un reproche. Le lecteur se doute très vite qu'il y aura un «affrontement». C'est préparé presque dès le début, et cela revient tout au long du livre. C'est inévitable. À l'issue de l'affrontement, l'auteur fait une fin qui m'a satisfaite, qui ne semble ni bâclée ni invraisemblable. Mais voilà qu'elle veut ajouter quelque chose! Cela se comprend. Seulement, c'est là qu'elle fait ce que font beaucoup d'auteurs, et qui me déplaît de plus en plus: elle a sûrement souhaité créer une fin brutale, voire une chute. Cela fait qu'elle laisse le lecteur avec des questions. Bien sûr, on se doute de certains éléments, mais au-delà d'apprécier ou pas la manière dont finit l'histoire, je trouve qu'on aurait pu en savoir davantage.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Coppey pour la Bibliothèque Braille Romande.

J'ai découvert ce lecteur avec ce roman. Je l'ai apprécié. Il a su imprégner sa lecture de l'ambiance du récit.

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jeudi, 26 octobre 2017

M le mari, de Marcela Iacub.

M le mari

L'ouvrage:
La narratrice et son mari écrivent. Cependant, alors que le travail de la jeune femme est reconnu et apprécié, son époux n'obtient pas le succès qu'il pense mériter. Alors que l'héroïne sent son mariage se déliter, elle s'intéresse à un fait divers qui défraie la chronique: les meurtres du tueur de la vieille lune. Elle se met à analyser son profil. Un événement étrange l'amène à penser que... c'est son mari.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai d'abord apprécié ne pas vraiment savoir où j'allais. En effet, étant donné la manière dont la narratrice présente les choses, j'ai commencé par m'amuser de ses suppositions. Ensuite, je me suis dit que parfois, les théories les plus invraisemblables pouvaient être exactes, d'autant que l'héroïne avait réponse à tout, et que ses arguments étaient valables.

Elle-même est d'ailleurs captivante: on s'identifie à elle, on admire la manière dont elle raisonne. En effet, elle reste toujours lucide, imagine des théories, mais sait qu'elle peut se fourvoyer. En outre, elle analyse sa personnalité, et n'hésite pas à admettre ses défauts.

L'ennui que m'aurait inspiré une enquête trop classique est balayé parce que l'auteur a créé une héroïne ayant du caractère, et parce que même le lecteur hésite, pendant tout le roman, quant à ce qu'il doit croire. De plus, Marcela Iacub ne fait pas de remplissage. Son roman est court, rien ne traîne.

Je ne sais pas quel est le titre original, mais l'allusion du titre français à «M le maudit» m'a plu.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Roullet pour la Bibliothèque Braille Romande.

J'apprécie toujours autant cette lectrice que j'entends malheureusement peu, la BBR produisant, depuis quelques années, beaucoup d'ouvrages qui ne me tentent pas. J'ai donc été ravie de retrouver Michèle Roullet sur ce roman.

J'ai été très désagréablement surprise que les chapitres soient coupés en plusieurs fichiers. En général, ce découpage arbitraire revient aux éditeurs audio, les bibliothèques sonores (du moins celles auxquelles je suis abonnée) mettant un soin particulier à respecter la structure des ouvrages qu'elles produisent.

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lundi, 22 août 2016

Mémoire piégée, de Nicci French.

Mémoire piégée

L'ouvrage:
Jane Crane a quarante-et-un ans. Elle est architecte. Elle est en train de divorcer de Claude Martello. Les Crane et les Martello sont très proches depuis l'enfance de Jane. Lors d'un week-end les réunissant, alors que des travaux sont entrepris, on retrouve un corps dans le jardin de la demeure. C'est celui de Natalie Martello, meilleure amie de Jane, disparue en juillet 1969, à seize ans. Après sa disparition, la police avait cru à une fugue. L'enquête est donc rouverte. Jane, la narratrice, suit cela de près. Non seulement Natalie était son amie, mais elle a l'impression que quelque chose concernant cet été-là lui échappe.

Critique:
Ne lisez pas ce roman en cherchant un suspense haletant. Ne vous attendez pas à ce que le nom du coupable soit très difficile à trouver. Je ne sais pas si les auteurs le font exprès, mais ils donnent trop d'indices (notamment en orientant les soupçons vers d'autres) conduisant au meurtrier. De ce fait, on peut voir ce roman comme terriblement lent... C'est vrai, mais il est autre chose qu'une énigme donnée au premier chapitre dont on n'a la solution qu'au dernier. Les auteurs auraient peut-être pu placer l'arrestation d'un faux coupable plus tard. Cela leur aurait fait un rebondissement crédible. En effet, la seule chose qui rend ce suspect non coupable aux yeux du lecteur, c'est que son arrestation arrive trop tôt. Arrêté plus tard, ce suspect faisait un bourreau acceptable. De ce fait, découvrir ensuite qu'il n'avait pas commis le crime aurait été une vraie surprise.

J'ai apprécié que les auteurs prennent le temps de planter le décor. Ils nous présentent les nombreux membres de cette famille, expliquent un peu la vie de chacun, nous les rendent attachants. Ils présentent plus en détails Jane et ceux qui gravitent le plus autour d'elle. J'ai également aimé que la psychologie de l'héroïne soit décortiquée. Le lecteur comprend les sentiments par lesquels elle passe. Elle veut savoir qui a tué son amie. De plus, elle est assez perdue quant à sa propre vie. Elle a fait des choix qu'elle sait bons pour elle, mais ne parvient pas à se les expliquer clairement. Et bien sûr, il y a ce souvenir de l'été 69, ce souvenir qu'elle tente de saisir.

Cela donne aux auteurs l'occasion de soulever des questions très intéressantes sur la mémoire. Nos souvenirs sont-ils toujours fiables? Jusqu'à quel point refoulons-nous ceux qui nous font trop mal pour être regardés en face? À un moment, Jane rencontre un groupe de femmes qui, grâce à une thérapie, ont retrouvé des souvenirs traumatisants enfouis au plus profond d'elles. Je sais que la mémoire n'est pas toujours fiable à 100%. Je pense aussi qu'il est possible d'occulter des souvenirs traumatisants. Mais est-ce possible au point décrit par Mélanie, par exemple? Peut-on occulter quelque chose qui s'est produit pendant longtemps? Ce genre de questions m'intéresse beaucoup, d'abord parce que c'est fascinant, mais aussi parce que parfois, des personnes ayant vécu le même événement le racontent différemment quelques temps après. Lorsque c'est quelqu'un et moi, je commence par penser que la personne déforme, qu'elle se souvient mal. C'est la première pensée que chacun aura: ah non, je ne m'en souviens pas comme ça, tu te trompes. Mais pourquoi l'autre personne n'aurait-elle pas raison?... Bref, l'intérêt de ce roman n'est pas tant dans la psychologie de l'assassin (même s'il est assez effrayant), mais dans toutes les questions ayant trait à la mémoire. Rien que pour cela, il vaut la peine d'être lu.

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annick Perruchoud pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix très claire. Je le souligne parce que certains lecteurs (je n'ai toujours pas compris pourquoi) lisent avec retenue, chuchotant presque, et cela m'agace. De plus, Annick Perruchoud a une lecture naturelle. Son intonation est toujours appropriée. Je regrette qu'elle ait lu beaucoup d'ouvrages qui ne me tentent pas, car j'aime beaucoup sa façon de lire. Je vais aller parcourir à nouveau la liste de ses lectures. Peut-être trouverai-je quelque chose.

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jeudi, 21 juillet 2016

Le génie des coïncidences, de J W Ironmanger.

Le génie des coïncidences

L'ouvrage:
2011.
Thomas Post est professeur d'université. Il croit au hasard.
Azalea Foley croit que rien n'arrive sans raisons. Elle en veut pour preuve le nombre incroyable de coïncidences qui jalonnèrent sa vie. Après avoir lu un article de Thomas à ce sujet, elle va le voir afin de lui demander d'expliquer toutes ces coïncidences.

Critique:
Énigme, amour, aventure... ce livre m'a plu. Certaines choses peuvent paraître à la frontière du vraisemblable, et pourtant... En effet, certaines coïncidences qui arrivèrent dans la vie d'Azalea sont assez improbables. Dans un autre roman, j'aurais sûrement dit que l'auteur exagère. Ici, il le fait habilement passer, car il explique que la jeune fille elle-même a du mal à y croire. Il semble que la vie de notre héroïne soit une succession d'événements qui n'auraient pas pu arriver les uns sans les autres. La façon dont l'auteur les fait s'enchaîner, tout en ne perdant pas de vue qu'il s'interroge sur le hasard et les coïncidences, est très intéressante.

La structure est un peu déroutante. Rien n'est raconté de manière chronologique (sauf le tout début et la toute fin), et parfois, on s'y perd un peu. Certains événements nous sont contés avant que certains personnages en aient connaissance. Cela a fait que lorsqu'ils finissaient par en parler, j'avais un moment d'hésitation, et je me demandais comment ils avaient appris ceci ou cela. Tout est expliqué, mais il y a une certaine gymnastique à faire. Je ne pense pas que cette structure était nécessaire. J'aurais aimé que ce soit un peu plus «ordonné».

Une partie du roman se passe en Ouganda dans les années 80-90. Cela m'a permis de découvrir un pan de l'histoire que je connaissais peu. En outre, l'auteur s'attarde sur les sentiments et émotions des personnages, que ce soit les enfants assujettis, ceux qu'on tente de protéger, ceux qui les protègent... À un moment, il compare notre société de consommation à ces enfants et ces hommes qui luttent pour survivre dans des conditions atroces, et dont le sort est méconnu.

J'ai trouvé la fin un peu rapide. Tout est expliqué, mais j'ai trouvé que c'était un peu abrupte...

Lorsque Thomas et Azalea décortiquent le hasard, les coïncidences, et la fatalité, j'ai pensé (comme beaucoup de lecteur le feront sûrement) à la manière dont j'interprète ce qui arrive dans ma vie. Parfois, on voit des signes dans certains événements, on fait des paris un peu idiots. Certains ont, comme Thomas et Azalea, des idées bien tranchées sur les raisons pour lesquelles les événements arrivent. Finalement, l'auteur montre à ses personnages qu'il y a peut-être une part «d'écrit» et une part de hasard. Par exemple, lorsqu'une personne doit faire un choix, rien n'est encore prédéfini, tout dépend de ce qu'elle choisira. Azalea dirait peut-être que le choix que fera la personne est déjà écrit. ;-) Lorsque des événements semblent inéluctables, peut-être les personnes impliquées peuvent-elles y changer quelque chose. Là encore, un fataliste dira que les actes de ces personnes, destinés à changer le cours des choses, étaient écrits... Je préfère penser qu'il y a plusieurs possibilités, et que selon la direction que prendra chacun, les choses tourneront d'une manière ou d'une autre.

Ce roman est à lire d'abord parce qu'il est bien écrit, bien pensé, et ne traîne pas, mais aussi parce qu'il fait réfléchir quant à ces mystères qu'on appelle les coïncidences.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Gonzalès pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 14 juillet 2016

La femme du pasteur, de Joanna Trollope.

La femme du pasteur

L'ouvrage:
Peter est pasteur dans un petit village anglais. Alors qu'il pense obtenir une promotion, il se la voit refuser. D'un autre côté, Anna (sa femme) souhaite que leur fille (Flora) puisse aller à l'école privée Saint Sauveur, car elle est brutalisée à l'école du village, et n'est pas assez forte moralement pour le supporter. Les finances de la famille ne le permettant pas, Anna décide de travailler dans le supermarché voisin.

Critique:
Avec subtilité, Joanna Trollope décrit le comportement d'une société. Anna est la femme du pasteur. Elle a une place, un rôle, des obligations. Les paroissiens n'acceptent pas qu'elle fasse autre chose en plus. Peter non plus, car il le prend pour un affront, une dénonciation de son incapacité à faire vivre sa famille. Le couple, déjà éprouvé, s'éloigne de plus en plus.

Anna est complexe. Elle a besoin de sortir du carcan que lui assigne son mariage. Elle tente de se conformer à ce qu'on attend d'elle, mais finit par avoir le courage de demander un peu d'indépendance. Elle s'en explique à plusieurs reprises. Étant donné que les choses sont plus complexes, si ses motifs sont compréhensibles, entre tout de même une part de défi, ce qui peut paraître moins sympathique. C'est pourtant terriblement humain. Il est logique de vouloir défier ceux qui, de manière injuste et arbitraire, veulent vous enfermer dans des conventions qui n'ont pas vraiment de raisons d'être. D'autant que ce que fait notre héroïne ne nuit à personne. La réaction de Luc, le fils d'Anna et Peter, est assez surprenante. L'adolescent se débat dans ses contradictions. Sa mère se permet de lui en faire remarquer certaines...
J'ai apprécié que l'auteur explore méthodiquement les réactions et les motifs de chacun. En même temps, il est assez amusant qu'une chose si minime fasse tant de bruit!

De ce changement découlent certaines choses qu'Anna n'avait pas prévues. L'une d'elles est l'aide que veulent lui apporter certaines femmes de la paroisse. Là encore, il est intéressant de voir les réactions de chacun. Faut-il voir en cette proposition une main tendue de manière désintéressée, ou bien une manière de dire à Anna que ses obligations pâtissent de son indépendance?

Flora est assez déroutante. Elle a des réactions d'enfant gâtée, capricieuse, précieuse, fragile psychologiquement... Elle m'a à la fois amusée et agacée. En effet, comment ne pas être effrayé par la dévotion dont elle fait preuve parce qu'elle est heureuse d'aller à Saint Sauveur? Et comment ne pas rire lors des manifestations de cette ferveur? Flora est jeune, elle a le temps d'apprendre de la vie, mais je ne suis pas parvenue à la trouver sympathique. Chez moi, l'agacement l'a emporté. Elle est égoïste, tyrannique, et ce qui fait rire chez elle la montre plutôt comme quelqu'un de qui on rit et non avec qui on rit.

J'ai bien aimé Laura et Kitty, les mères d'Anna et Peter. Elles sont très différentes, mais chacune se démarque par du bon sens, un peu d'excentricité...

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Wust pour la Bibliothèque Braille Romande.

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