Bibliothèque : AVH

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 12 avril 2018

L'ascendant, d'Alexandre Postel.

L'ascendant

L'ouvrage:
Le narrateur, vendeur de téléphones portables, semble avoir une vie sans histoires. Il a des aventures avec des femmes mariées, ce qui lui permet de ne pas se fixer.
Un jour, il doit se rendre chez son père (celui-ci étant décédé), afin de mettre ses affaires en ordre...

Critique:
Voilà un livre sombre, oppressant, dont le personnage principal n'est pas sympathique. Chez son père, il fait une découverte extrêmement déstabilisante qui le met en face de lui-même, qui le force (en quelque sorte) à se reconnaître, à se révéler. Sa réaction l'oblige à voir ce qu'il est vraiment. Il est assez lucide pour le percevoir, mais bien sûr, se cherche des excuses. C'est humain. Qui ne le ferait pas, à sa place? C'est en cela qu'il est effrayant. Il agit mal, mais n'est pas assez «malade» pour penser que ce n'est pas grave. Il sait que cela l'est, et cherche à se dédouaner.
Pendant cinq jours, il raconte son présent, revoit des pans de son passé, émet des hypothèses quant à ses réactions. À le lire, on le sent englué en lui-même.

En peu de pages, l'auteur parvient très bien à dépeindre cet individu inquiétant. Son prénom ne nous est jamais donné, ce qui renforce l'opacité autour de lui, de sa personnalité. C'est d'autant plus dérangeant que pendant de nombreuses années, il a vécu parmi ses semblables, n'éveillant les soupçons de personne. Malheureusement, c'est souvent le cas lorsqu'on a affaire à des gens dangereux. C'est en cela qu'Alexandre Postel frappe, avec justesse, là où ça fait mal. Son personnage trouble est criant de réalisme.

À un moment, j'ai trouvé que le roman traînait un peu, mais en fait, cela n'est qu'une autre manière d'immerger le lecteur dans cette ambiance noire, aux côtés de ce narrateur sordide. Ce que j'ai trouvé lent n'était qu'une façon de renforcer le malaise causé par le récit et le protagoniste principal.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « L'ascendant » sur Amazon

jeudi, 19 janvier 2017

Meyer et la catastrophe, de Steven Boykey Sidley.

Meyer et la catastrophe

L'ouvrage:
Meyer est angoissé. Il a deux ex-femmes, un enfant avec chacune, une petite amie, il est informaticien pour une grande entreprise... Sa vie est banale. Cependant, selon les statistiques, tout peut basculer n'importe quand. Ceux qu'il aime peuvent être touchés par n'importe quelle catastrophe.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. D'abord parce que sans être aussi angoissée que Meyer, je suis un peu comme lui, à redouter les aléas de la vie. Je sais que les ennuis n'arrivent pas qu'aux autres, et qu'une catastrophe est très vite arrivée. Cet état d'esprit fait que je me suis identifiée au héros. Ensuite, Meyer exprime ses inquiétudes auprès de ses amis: Van et Farzad. La façon dont Meyer tourne les choses et les réponses de ses amis (Farzad est un psy atypique) sont assez alertes et spirituelles. Cela m'a donc fait rire.

Le roman met un peu de temps à démarrer, mais cela ne m'a pas du tout gênée parce que l'auteur a su m'intéresser avec le récit du quotidien du narrateur. En outre, le style est à la fois fluide et enlevé. Cette banalité entourée de cocasserie est sûrement ce qui fait qu'on a du mal à croire que les choses pourraient mal tourner. C'est sûrement voulu par l'auteur. En effet, même si certains d'entre nous ont peur d'une catastrophe, à l'instar de Meyer, rien ne nous y prépare vraiment. À partir du moment où certaines choses se corsent, le style devient plus grave. Là encore, c'est logique. Une personne foncièrement primesautière perdra sa bonne humeur si les choses vont mal. Bien sûr, tout ne devient pas absolument noir: ça n'aurait pas été crédible. D'autre part, si Meyer est éprouvé, il trouve la force d'agir de manière totalement puérile, mais jubilatoire. Je parle de ce qu'il fait dans le bureau de son patron. Là encore, c'est comme ça que va la vie: même lorsque certaines choses vont mal, on trouve la force d'accomplir des actes aussi stupidement drôles.
J'ai souri lorsque la situation de Meyer est comparée à celle de Job. Heureusement, l'auteur n'est pas allé dans les extrêmes. En effet, à la fin du roman, certaines choses ne sont pas réglées. Au début, j'en ai été frustrée, puis j'ai pensé que si tout avait été sûr, cela aurait été invraisemblable. En outre, on peut facilement imaginer ce qui se passerait si le livre se poursuivait.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Fruchard pour l'association Valentin Haüy.
J'ai apprécié le jeu du lecteur. Il a très bien su entrer dans le style de Steven Boykey Sidley. Je pense qu'il est facile de trop en faire en disant certaines répliques. Lorsque des situations deviennent graves (je pense notamment au récit que Meyer fait à Innocent d'un moment où il était accro à la drogue), le lecteur a su adopter un ton grave sans trop en faire. Là encore, je pense qu'il aurait été facile de trop en faire en voulant bien montrer le contraste avec la première partie du roman.
La plupart du temps, le lecteur prononce les noms anglophones comme je préfère. Il n'y a que Grace (et un autre, me semble-t-il) dont la prononciation ne m'a pas trop plu. Au départ, il le prononce totalement à la française, puis (Lui fit-on une remarque?) il le prononce totalement à l'anglophone, ce qui ne m'a pas plu. Il est vrai qu'il n'est pas facile de décider comment prononcer ce prénom en français... Certains prennent le parti de dire Greïce sans faire le «r» anglophone. Cela me va, mais on pourrait dire que ça fait bancal, que c'est un étrange entre-deux. À tout prendre, je préfère ça ou la prononciation totalement à la française.

Acheter « Meyer et la catastrophe » sur Amazon

jeudi, 4 août 2016

Avant et après la chute, de Richard Bausch.

Avant et après la chute

L'ouvrage:
Natacha Barrett et Michael Faulk se rencontrent alors que chacun est à un tournant de sa vie. Ils font vite des projets. C'est alors que Natacha part retrouver (pour un bref séjour) son amie Constance en Jamaïque...

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Il commence presque de manière anodine. On rencontre ce couple qui se découvre. Chacun exprime ses failles, on les comprend, on s'identifie à eux. À ce moment, je me suis demandé où irait l'auteur, mais je ne ressentais aucune impatience. J'aimais découvrir la vie des personnages.

Le séjour à la Jamaïque est un tournant, une épreuve. C'est à cette occasion que la petite histoire se fondra dans la grande. L'héroïne utilisera d'ailleurs l'événement historique qui bouleversa le monde pour expliquer sa façon d'être après son retour. C'est alors que, paradoxalement, c'est l'histoire de Natacha qui devient la plus importante aux yeux du lecteur. La jeune femme s'enfonce dans le malentendu et le non-dit. Ils deviennent ses sables mouvants, ils creusent progressivement un abîme entre son entourage et elle. Elle inspirera à la fois compassion et agacement. Pourquoi ne parle-t-elle pas? Certes, c'est ce qu'on attendrait. Cependant, plus rien n'est normal, plus rien n'est attendu dans sa vie. Son attitude peut paraître incompréhensible, car ce comportement érode la jeune femme. Cependant, parler lui est impossible. En outre, malgré ce qu'elle tente de se faire croire, elle est lucide quant à son comportement passé et présent. Certains diront peut-être (comme elle le fait, à un moment) qu'elle a sa part de responsabilité. Je dirais qu'elle a un peu joué avec le feu, mais que si elle avait eu quelqu'un de normal en face, le reste ne serait pas arrivé.

Richard Bausch montre les effets du mutisme de Natacha sur son entourage. Michael et Constance sont sûrement les plus touchés. Ils voudraient l'aider, mais ne la comprennent pas. Ils croient posséder la vérité, mais Constance n'a qu'une pièce du puzzle, et Michael bâtit ses spéculations sur ses peurs et sa frustration. Le plus ironique est que ce que chacun croit (surtout ce qu'imagine Constance) pourrait être plausible pour qui ne sait pas.
L'impossibilité de communiquer de Natacha a donc des conséquences dévastatrices, et c'est ces conséquences que l'auteur étudie méticuleusement.

La fin est appropriée. L'auteur ne pouvait pas s'avancer davantage à ce stade. Il nous laisse imaginer certaines choses tout en nous orientant à peine vers la direction que Natacha et Michael souhaiteraient prendre. Y parviendront-ils?

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Chartier pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Avant et après la chute » sur Amazon

lundi, 1 août 2016

Nous les menteurs, d'E Lockhart.

Nous les menteurs

L'ouvrage:
Il était une fois un homme (Harris Sinclair) qui avait trois filles: Penny, Bess, et Carrie. Quant à elles, elles avaient des enfants. Cadence était l'aînée des petits-enfants de Harris. En toutes circonstances, la famille gardait la tête haute, et arborait un sourire inaltérable.
La famille allait passer tous les étés sur une île lui appartenant. C'est au cours de l'été 15 (l'été des quinze ans des aînés des petits-enfants), que tout bascula.

Critique:
Voilà un livre très bien pensé. L'auteur prend le temps de nous montrer la famille Sinclair dont l'objectif est de ne jamais montrer ses failles. À partir de ce moment, le lecteur pensera que rien ne peut aller. Si on ne peut pas exprimer ses sentiments négatifs, les choses vont dérailler.

J'ai choisi de faire le résumé comme si c'était un conte parce que Cadence (la narratrice) écrit parfois des contes qu'elle fait partager au lecteur. Souvent, elle détourne le code du conte. C'est un peu ce qui arrive dans ce roman. La famille Sinclair semble idéale, mais ce refus de l'extériorisation d'un quelconque mal être cache, en plus d'une grande difficulté à communiquer, des choses peu reluisantes et peu glorieuses.
Les petits-enfants tentent d'inverser la tendance. Ils se débattent entre ce que veulent leurs mères, ce qu'il voudraient, ce qui leur semble juste...

Emily Lockhart alterne le passé (l'été 15) et le présent (l'été 17). Après avoir subi un choc dont elle ne peut se rappeler la cause, Cadence souffre d'un mal être permanent qui se manifeste par d'intenses migraines. Elle retourne sur l'île l'été de ses dix-sept ans, et avec l'aide parcimonieuse de ses cousins, tente de retrouver la mémoire. Le lecteur suit son parcours semé d'embûches, de découvertes sur elle-même et les membres de sa famille. Tout cela est bien écrit, bien amené. Je n'ai eu aucun mal à me plonger au coeur de cette histoire, de cette quête d'une vérité que Cadence sait néfaste, mais qu'elle traque, car elle comprend confusément que son mal sera pire si elle ne l'affronte pas. Avec brio, Emily Lockhart expose les méfaits de l'hypocrisie, du non-dit.

Quelqu'un de rationnel aura peut-être un peu de mal à accepter une chose, mais cette chose peut s'expliquer autrement. À y bien réfléchir, moi qui suis plutôt rationnelle, je trouve que cette chose va bien à l'ensemble du roman, à ce parfum de conte cruel qui en émane.
Après avoir fini ce récit, on aura peut-être envie de le relire en envisageant certains faits sous un angle qui n'est dévoilé qu'à la fin. Cela a été mon cas.

À lire!

Éditeur: Gallimard jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Nous les menteurs » sur Amazon

lundi, 16 mai 2016

La lumière de la nuit, de Keigo Higashino.

La lumière de la nuit

L'ouvrage:
Le cadavre d'un prêteur sur gages est découvert dans un immeuble désaffecté. La police enquête. L'affaire semble se résoudre, mais un policier doute.

Critique:
On pourrait prendre ce livre pour un banal roman policier. C'est compter sans la patte de Keigo Higashino. D'abord, il construit son histoire sur une longue durée. Ensuite, il entremêle faits et personnages. Enfin, il installe une ambiance particulière, nimbant certains personnages d'ombre et de mystère. D'autre part, il ne se cantonne pas à ce meurtre du prêteur sur gages, même si on y est fatalement ramené. Il nous fait entrer dans la vie et l'intimité de ses personnages, dépeint leurs caractères par petites touches, les montre confrontés à des faits dont certains semblent anodins.

L'un des personnages interpellera le lecteur, tout comme il interpelle certains personnages. Ce qu'on ressent pour lui nous rappellera sûrement cette sensation que nous éprouvons à côtoyer certaines personnes: elles nous inspirent un malaise, de la méfiance, mais on ne peut pas toujours dire pourquoi. Keigo Higashino exprime cela très bien. Bien sûr, l'auteur finit par donner des raisons tangibles d'apprécier ou pas ce personnage, mais son ambivalence est très bien rendue sur une grande partie du roman.

Certaines choses sont expliquées, d'autres sont facilement déduites.
Si l'intrigue est très bien construite, si les informations sont savamment distillées, le lecteur pourra se perdre un peu. Chaque partie présente des personnages différents. Certains reviennent, mais cette construction est un peu déroutante. En outre, il est parfois difficile de se retrouver dans les noms japonais. Il faut être très vigilant, et retenir qui est qui, qui a fait quoi, afin de bien comprendre qui revient à tel moment, et comment la suite de son histoire s'imbrique dans l'intrigue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc Lévy pour l'association Valentin Haüy.
Je ne peux m'empêcher de plaindre un peu ce lecteur qui a un homonyme assez connu. Mis à part cela, j'ai apprécié sa lecture. Il n'a pas tenté de trop en faire, ni de prononcer les noms japonais de manière alambiquée.

Acheter « La lumière de la nuit » sur Amazon

- page 1 de 26