Protocole 118

L'ouvrage:
Voilà trente-cinq ans qu'Adrien Cipras est à Sainte Anne. Cette nuit-là, Emmanuel, l'infirmier de garde croit voir une lueur d'intelligence dans ses yeux. C'est alors qu'Adrien, qui est amnésique, lui crie que ce n'est pas lui qui a tué cette jeune fille, trente-cinq ans plus tôt. le lendemain, il est retrouvé mort. L'enquête sur le meurtre d'Alice Miège est rouverte.

Critique:
Le point fort de ce roman est la maîtrise de l'écriture de son auteur. Claire le Luhern sait comment construire une trame, quand donner certains indices. Elle ne se moque pas de son lecteur, ne lui fait pas prendre des choses pour ce qu'elles ne sont pas. En outre, elle a l'art du retour en arrière. En effet, beaucoup d'auteurs usent de ce procédé qui est un peu éculé. Ici, le lecteur est plongé dans les réminiscences de Juliette: phrases courtes, percutantes, décousues, style presque télégraphique. Les scènes se télescopent dans la tête du lecteur comme s'il y étaient. Et lorsque Juliette finit par raconter de manière posée ce qu'elle a vécu et qui la ronge, j'ai aimé que l'auteur mette les choses en place, mais j'ai réalisé que malgré leur précipitation et leur aspect décousu, les retours en arrière étaient éloquents. J'ai bien aimé ces deux manières de présenter les choses. Le lecteur sera davantage impressionné par les retours en arrière que par le récit conté de manière presque froide, et pourtant, les deux sont nécessaires. L'art de l'agencement se poursuit jusqu'à la fin. Claire le Luhern se plaît à construire un puzzle dans lequel, au départ, je ne savais pas trop me repérer. Pour moi, c'est un compliment, car j'aime être perdue et ne rien pouvoir assembler dans un thriller.
J'ai également apprécié la solution de l'énigme car elle est vraisemblable et inattendue.

J'ai quand même quelques reproches à adresser à ce livre. D'abord, même si l'auteur explique tout de manière assez crédible, il est difficile de croire qu'Adrien ait été accusé du meurtre sans qu'on cherche plus loin. En effet, dès la réouverture de l'enquête, on trouve des faits qui prouvent qu'il ne peut pas être le meurtrier.
Ensuite, certains passages finissent par être un peu lents à partir du chapitre 12. (Il y a quatorze chapitres et les quatre derniers sont plus longs que les autres.)

D'autre part, on a perpétuellement envie de secouer les personnages. Aucun n'est vraiment appréciable. Que ce soit Patrice, Antoine ou Juliette, ils se vautrent dans un désespoir poisseux qui les mine peu à peu. Ils s'arrogent même le droit d'être acariâtres à cause de ce qu'ils ont vécu. Ce genre de personnes m'agace. C'est d'ailleurs à cause de cette propension à se lamenter sur son sort de certains que l'affaire a pris ce tournant. Il est désolant de voir que tout ce bourbier a tenu à cela! Juliette trouve quelque peu grâce à mes yeux, mais seulement en comparaison des deux autres. Et puis, cette ficelle se retrouve dans trop de romans policiers.
Quant à Alice, si elle ne se la mente pas, elle n'est pas vraiment appréciable non plus...
Il est peu vraisemblable que des personnages concentrés sur une si petite surface soient tous ainsi.

Je suis sûre que ce livre ferait un bon film. Bien sûr, il faudrait qu'il soit bien adapté, mais je pense que beaucoup de scènes, agencées et décrites comme l'a fait l'auteur, rendraient très bien au cinéma.

Un livre bien écrit, bien construit, mais dont les personnages ne sont pas vraiment sympathiques.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions La Tengo

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