Auteur : di Fulvio Luca

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jeudi, 3 août 2017

Le gang des rêves, de Luca di Fulvio.

Le gang des rêves

L'ouvrage:
Après avoir été violée à l'âge de treize ans, Cetta Luminata est persuadée que la vie est impossible pour son fils (fruit de ce viol) et elle dans leur petit village natal d'Italie. Elle décide d'aller tenter sa chance en Amérique.

Critique:
Comme dans «Les enfants de Venise», Luca di Fulvio décrit très bien le contexte historique: New York dans les années 1920. On oscille entre agacement et compassion quant à ceux qui, à cause de la pauvreté, choisissent la facilité à court terme et deviennent des gangsters (à différents niveaux). Je parle de compassion, parce que certains (Joey, par exemple) expliquent que leurs parents y ont vraiment cru et que la réalité les a rattrapés. À côté de cela, on voit ceux qui ont réussi, par exemple, la famille Isaacson. Mais tout n'est pas aussi simple pour eux que ce que montrent les apparences. Le patriarche a réussi parce qu'il n'a pas ménagé sa peine, et qu'il avait un fort caractère. Lorsqu'il disparaît, le lecteur se doute très vite de la manière dont les événements tourneront pour Philippe et Sarah. J'ai aimé cette idée: rien n'est acquis, il faut se battre, s'adapter...

Cetta est parfois déroutante, mais elle n'a éveillé que des sentiments positifs chez moi. Déterminée à s'en sortir, elle ne transige pas avec son intégrité. Elle est très forte. Parfois, elle s'emporte; elle a aussi un moment de faiblesse (je parle de ce qui arrive avec Andrew), mais comment lui en vouloir? Dès le départ, elle sacrifie une part d'elle-même, puis elle ne peut s'empêcher d'espérer certaines choses... Je la préfère de très loin à son fils, Christmas. C'est justement quelque chose qui a fait que je n'ai pas pu apprécier entièrement ce roman. Christmas m'a exaspérée pratiquement du début à la fin! Au moins, dans «Les enfants de Venise», Mercurio ne m'a agacée que lorsqu'il voyait la vie uniquement à travers son amour. Au début, on comprend (dans une certaine mesure) pourquoi Christmas tente d'en mettre plein la vue, pourquoi il joue les caïds... mais c'est très pénible. Il agit souvent de manière grandiloquente. Par exemple, quand il va déposer Ruth à l'hôpital, et ne veut pas partir. J'avais envie de lui dire d'arrêter de faire la star... Quand il ressent quelque chose, tout le monde doit s'arrêter de vivre parce que monsieur doit s'exprimer, se montrer... Il semble être le seul à souffrir. À un moment, ça ne va pas comme il veut, alors, il s'en prend à sa mère (qui a toujours tout fait pour lui). Bien sûr, c'est passager, et Christmas sait très bien (et le montre) qu'il doit tout à sa mère, mais comme il se met en scène 99% du temps, et semble (très souvent) ne penser qu'à lui, j'ai eu régulièrement envie de lui mettre une bonne paire de gifles.
Lui qui distord souvent la réalité, qui passe son temps à l'arranger, il n'est pas logique qu'il croie aveuglément (ou presque) ceux qui lui disent que son ami l'a trahi, alors qu'il sait qu'ils ont tout intérêt à ce qu'il les croie.

Quant à Ruth, il est normal qu'elle souffre, qu'elle ait du mal à surmonter son traumatisme (surtout que ses parents ne l'y aident absolument pas). Il est même compréhensible qu'elle veuille une chose puis la repousse, justement à cause de ce qu'elle a vécu. Mais à la longue, il m'a semblé que l'auteur en faisait trop la concernant. Je pense surtout au moment où Ruth se persuade qu'elle n'a pas droit au bonheur, et souhaite mener une existence terne.

D'autre part, plusieurs éléments sont prévisibles. Ce n'est pas forcément mal, mais ici, c'est trop. Par exemple, j'ai tout de suite su (lorsque les patrons de Karl ont refusé de donner sa chance à Christmas) comment il l'aurait et ce qui en résulterait.
Beaucoup de passages concernant Bill montrent des événements prévisibles... Pour moi, c'était redondant.

Certaines situations sont très bien décrites. Par exemple, lorsque monsieur Filesi et ses collègues viennent aider les membres de la CKC, la solidarité entre les hommes est émouvante: plaisanteries, entraide, etc. Il y a d'autres moments semblables où l'écriture de l'auteur est si vraie qu'on imagine ces personnages et leurs actes comme si on y était.

Sal est assez énigmatique, surtout au début. À mesure que le roman avance, on découvre ses failles. J'ai fini, à l'instar de Cetta, par rire lorsqu'il la rabroue ainsi que Christmas, en disant qu'il est pire qu'elle. La scène où il découvre le cadeau de Christmas est assez cocasse. Le lecteur partage un instant de complicité avec Cetta, car tout comme elle, il sait que Sal est ému. Toutes ses manières bourrues et ses démonstrations étranges y sont: il souffle très fort par le nez, il râle... On me dira que ça aussi, c'est de la mise en scène. Certes, mais c'est l'auteur qui met Sal en scène. Le protagoniste ne se rend pas compte que son attitude peut sembler jouée. Lorsque Christmas se met en scène, il sait pertinemment qu'il joue et se donne en spectacle. Voilà pourquoi Sal ne m'agace pas à l'inverse de Christmas. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce personnage, mais il ne faudrait pas que j'en dévoile trop.

Je n'ai pas compris l'intérêt de la structure du livre, surtout au début. Les premiers chapitres racontent les débuts de Cetta, puis on voit Christmas à quatorze ans, puis à nouveau Cetta à quatorze ans... Ensuite, le récit finit par être linéaire, mais pourquoi ne l'est-il pas depuis le départ? Pour moi, cette structure n'apporte rien d'intéressant. L'auteur a peut-être voulu mettre en regard la situation de Cetta et de Christmas au même âge... Je pense que le lecteur aurait pu le faire seul si le récit avait été linéaire. De plus, le désavantage de cette structure est qu'elle nous donne des clés (maigres, mais elles sont quand même données) quant à ce qui arrive ensuite.

Comme dans «Les enfants de Venise», on retrouve des personnages racistes, blâmant un peuple ou une race pour quelque chose qu'une personne ou un groupe de personnes a fait. Malheureusement, cela se produit très souvent dans la vie: je pense que l'auteur n'exagère pas.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

Tout comme «Les enfants de Venise», ce roman n'est pas facile à interpréter à voix haute, pour les mêmes raisons: il y a beaucoup de personnages, ils ont de fortes émotions... Isabelle Miller a mis la dose de jeu nécessaire sans être ni morne ni cabotine.
Quant à la prononciation des noms propres étrangers, je pense qu'elle conviendra à tous. Il n'a pas dû être simple de trouver une prononciation acceptable pour Christmas. Concernant le prénom Ruth, j'ai entendu tellement de lecteurs mal le prononcer (avec un «r» à l'anglophone, avec un «r» semi-allemand, avec «ou» pour le «u», avec «oeu» pour le «u», avec le «th» à l'anglaise, avec «s» à la place du «th») que j'avais peur. J'avais tort. Isabelle Miller le prononce normalement. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi tant de lecteurs (bénévoles et professionnels) voulaient le dire autrement qu'à la française, ce qui a parfois engendré des prononciations inexactes, quelle que soit la façon (à l'anglaise, à l'allemande) dont voulait le dire le lecteur.

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samedi, 22 juillet 2017

Les enfants de Venise, de Luca di Fulvio.

Les enfants de Venise

L'ouvrage:
Rome, 1515. Mercurio, Zolfo, et Benedetta sont de jeunes orphelins. Ils vivent de vols et d'escroqueries. Un jour, l'un de leurs coups tourne mal: Mercurio tue un marchand qui voulait récupérer son bien. La petite bande décide alors de fuir à Venise.

Critique:
L'une des qualités de ce roman est la précision du contexte historique. En lisant Luca di Fulvio, on est tout de suite plongé dans un pays, à une époque. Il nous rappelle, par exemple, comment étaient évacuées les ordures. Certains ne voyaient pas l'importance de l'hygiène, d'autres n'en avaient pas les moyens.
Je ne savais pas qu'à cette époque, l'antisémitisme sévissait à ce point. Ici, il est exacerbé par un moine fou qui excite la foule. Celle-ci est personnifiée, et toute sa versatilité est bien montrée au long du roman. Mais les juifs ne sont pas les seuls à être victimes d'ostracisme. On isole tous ceux qui sont différents. L'auteur montre toute la bêtise de l'homme lorsque la communauté juive (par l'intermédiaire de son chef) fait la leçon à Isacco parce qu'il soigne des prostituées. Rejetée, la communauté applique la même chose à une autre partie de la société. Malheureusement, ce comportement se retrouve toujours et partout.

J'ai préféré certains personnages secondaires (Anna, Donnola, Lanzafame, Isacco) aux principaux, notamment Giuditta et Mercurio qui m'ont souvent fait soupirer. D'abord, même s'il n'est pas trop mal amené, je n'ai pas aimé le coup de foudre. Au début, il était sympathique: les amoureux se demandaient ce qui leur arrivait, pensaient l'un à l'autre, etc. Cependant, lorsque certaines choses se concrétisent (à ce sujet, il aurait été plus crédible qu'ils se parlent pendant des heures avant de se sauter dessus, en tout cas, au début de leurs rencontres clandestines), j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Par la suite, on retrouve cette exagération dans le comportement des amoureux. Cela les rend niais. Ils vont jusqu'au paroxysme du désespoir, oublient tous ceux qui les entourent, ne pensent qu'à eux et à leur incommensurable peine... Leur attitude l'un envers l'autre et leur comportement vis-à-vis des autres à cause de leur amour m'ont agacée. Pour moi, c'est la fausse note du roman. Bien sûr, le caractère emporté de Mercurio et le fait qu'il ait dû apprendre très tôt à se débrouiller expliquent qu'il agisse parfois mal sous le coup de la colère, qu'il perde le contrôle, etc. Cela ne l'a pas vraiment excusé à mes yeux. C'est dommage, parce qu'autrement, ces deux personnages sont sympathiques.

Certains fraient avec la pègre, ce qui confronte le lecteur aux batailles de territoires. Ici, Scarabello règne en maître sur un secteur, et n'entend pas se laisser détrôner. Ce parasite sans pitié suscitera des sentiments contradictoires: répugnance, colère, compassion.

Benedetta n'est pas toujours crédible. Elle aussi a eu une enfance malmenée, et on peut comprendre qu'elle se laisse dominer par des sentiments négatifs. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à accepter sa manière d'être à la fin. Je n'ai pas trouvé ça très vraisemblable... Dans le roman, il y a d'autres éléments du genre: des «méchants» qui, lorsqu'ils sont en mauvaise posture, sont aidés par les «gentils» qu'ils foulèrent au pied... Si je comprends qu'on puisse pardonner, j'ai trouvé que certains personnages le faisaient un peu trop facilement... ce qui rend encore plus étrange le fait qu'ils ne le fassent pas plus vite concernant un autre personnage.

Le capitaine et le docteur m'ont plu. Ils sont loin d'être parfaits, mais ne se perdent pas en simagrées, comme d'autres. Leur souffrance semble plus tangible, plus réelle que celle des amoureux, par exemple. Ils s'en débrouillent mieux, et ont davantage éveillé ma compassion. En outre, leur complicité engendre des situations, et surtout, des répliques cocasses. En effet, Luca di Fulvio n'oublie pas de parsemer son roman de doses d'humour qui arrivent à point nommé.

Zolfo est plus complexe que ce dont il a l'air au départ. Il est perdu, se raccroche à ce qu'il peut... Sa douleur et sa peur d'affronter une situation effrayante l'empêchent de réfléchir. On découvrira, par la suite, qu'il n'est pas aussi faible et aveuglé qu'il en a l'air.

Je ne terminerai pas cette chronique sans évoquer un personnage haut en couleur qui tranche particulièrement avec la foule des soi-disant bien-pensants de par son métier et ses manières expéditives: la Cardinale. Son surnom est déjà tout un programme. Elle fait partie des notes d'humour du roman, et s'insère très bien dans son ambiance.

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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Isabelle Miller. Ici, elle n'avait pas la partie facile. Il y a d'abord une galerie de personnages. J'ai été ravie que la comédienne ne tente pas trop de modifier sa voix pour certains. Elle le fait un peu, mais de manière naturelle et subtile. Je n'ai pas compris pourquoi elle donnait un petit accent à Ottavia, mais comme il était très peu marqué, cela ne m'a pas dérangée.
Ensuite, ces personnages éprouvent souvent de très fortes émotions. Là encore, la comédienne a su doser son jeu. Elle a exprimé ces émotions sans tomber dans l'excès.

L'autre difficulté était les noms propres italiens. Je n'aurais pas été gênée par une prononciation totalement à la française, mais j'imagine ce que ça aurait donné pour des noms comme Lanzafame, et je pense que pour des gens normaux, cela serait mal passé. Pour la plupart des noms, Isabelle Miller a trouvé un entre-deux qui, je pense, conviendra à tout le monde. Je trouve dommage qu'elle ait un peu forcé l'accent sur Donnola et parfois sur d'autres, mais je sais que déterminer la prononciation des noms propres n'a pas dû être simple. Pour moi, Isabelle Miller est une très bonne comédienne, et je suis contente qu'elle ait également enregistré «Le gang des rêves» (autre livre de Luca di Fulvio) que je lirai. J'imagine que concernant ce roman, le casse-tête de la prononciation des noms propres a dû être pire que pour «Les enfants de Venise», sachant que le héros s'appelle Christmas...

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: une piste est égale à deux ou trois chapitres. Il y a 34 pistes pour 92 chapitres.

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