Le couperet

L'ouvrage:
Burke Devore a cinquante-et-un ans. Il est marié à Marjory. Ils ont deux enfants.
Voilà bientôt deux ans que Burke est au chômage. L'usine où il travaillait a remplacé certains employés par des machines. Après vingt ans de bons et loyaux services, Burke a été remercié.
Après plusieurs mois, il a fini par comprendre que le problème était qu'il y avait des gens plus qualifiés que lui sur le marché. Il en est arrivé à la conclusion qu'il suffisait de les éliminer.

Critique:
Au départ, il est à la fois fascinant et effrayant de découvrir la psychologie de Burke et le mécanisme de sa pensée: je veux quelque chose, je vais éliminer ceux qui risquent de l'avoir à ma place. Il m'est difficile de prendre Burke en pitié, non seulement à cause de son raisonnement, mais aussi parce qu'il ne tente jamais d'en sortir. Outre qu'il n'a pas de limites, il ne pense pas que, peut-être, il y aurait d'autres moyens. Sa femme trouve des petits boulots, certains des hommes dont il veut se débarrasser en font autant. Lui ne veut qu'un travail dans sa branche et où il gagnerait le même type de salaire qu'avant. Cela fait de lui quelqu'un d'assez prétentieux, qui ne connaît pas l'humilité, ne se remet pas en question.
Il pleure sur son sort, a des idées arrêtées sur tout et tous. Il se trouve toutes les excuses du monde: «Je ne veux pas les tuer, mais je suis obligé! Ayez pitié de moi, lecteurs! Ne me blâmez pas!» Il soulage sa conscience avec ces arguments fumeux. Seulement, on ne parle pas d'une égratignure sur la voiture du voisin, mais de meurtres! Cet homme en vient à tuer, et en accuse la société. C'est presque la faute de ses victimes s'il les élimine!

La perte de son travail et l'indifférence de la société lui ont fait perdre confiance en son pays et en ses lois: il n'y a qu'à voir comment il gère ce qui arrive à Billy. Il donne une leçon déplorable à son fils. Il lui fait comprendre que le principal, ce n'est pas de bien se conduire, mais de ne pas se faire prendre si on fait des choses répréhensibles. Le pire, c'est que les événements lui donnent raison. Et il ne pensera jamais que tout aurait pu être évité si le mal n'avait pas été commis au départ.

On me dira que c'est une critique acerbe de la manière dont fonctionnent les rouages du monde du travail. Cela aurait pu l'être si Burke avait été réellement acculé, s'il avait été sympathique au lecteur. Mais il est loin de l'être! Il ne sait même pas ce que ressent sa femme! Il pense que tout ira bien s'il retrouve du travail, comme si tout pouvait être réglé grâce à cela. Bien sûr, cela règlerait certains problèmes, mais ne fermerait pas certaines blessures.

Le lecteur sera plus touché par le personnage de Marjory qui fait face, tente de communiquer avec un mur d'obstination. J'ai été émue lorsqu'elle a ouvert son coeur, a crié sa détresse et son désir que son mariage soit heureux à nouveau.

Outre le personnage de Burke, ce roman souffre d'une absence totale de surprises. Le premier choc passé, le lecteur s'installe dans la routine meurtrière de Burke. Bien sûr, il y a son sursaut de culpabilité après l'un des meurtres, mais ce n'est, en fait, que du remplissage. Cela ne mène nulle part, si ce n'est que Burke s'aguerrit.
Il y a une autre tentative de rebondissement chez la dernière victime de Burke, mais là encore, ça tombe à plat.
L'intérêt du lecteur est quelque peu éveillé par l'enquête, mais elle réserve peu de surprises. En outre, elle n'est pas très crédible.
La fin est décevante. Le problème est qu'il n'y avait pas beaucoup de fins envisageables pour ce roman...

Certains romanciers privilégient la psychologie des personnages au détriment de l'enquête, et on leur pardonne cela si la psychologie des personnages apporte quelque chose au lecteur. Ici, ce n'est pas le cas. Burke se révolte de la mauvaise manière. Il est juste capricieux, égoïste, et simplifie beaucoup les choses.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Mantel pour l'association Valentin Haüy.
Encore une fois, cela a été un vrai plaisir pour moi d'entendre Laurent Mantel. Quel dommage qu'il n'ait plus le temps d'enregistrer des livres! Sa façon d'interpréter est naturelle, sans fausse note. Quel régal!!!

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