La fille dans l'escalier

L'ouvrage:
Jane et Petra vivent depuis peu à Berlin. Un jour, Jane entend leur voisin insulter sa fille de treize ans. Ses observations la conduisent à penser qu'il abuse de sa fille. Elle veut aider l'enfant.

Critique:
Ce roman se déroule dans une étrange ambiance. Ce vieil immeuble autour duquel courent des légendes... Outre des atrocités dues à la guerre, on dit qu'une femme a été tuée, et que son cadavre a été enseveli sous le plancher. De plus, au long de la lecture, on ne parvient pas à privilégier une hypothèse. Jane voit-elle juste? Ou bien est-elle impressionnable, et interprète-t-elle? Les deux hypothèses se défendent. Quant à l'attitude de l'héroïne, on peut également l'interpréter de deux manières différentes. On peut penser qu'elle, au moins, ne passe pas son chemin. Elle voit un être en souffrance: elle veut l'en sortir, même après avoir été rejetée. Son opiniâtreté force l'admiration. D'un autre côté, on peut la voir comme quelqu'un qui s'obstine à croire aux chimères qu'elle s'invente, malgré tout ce que tout le monde lui dit afin de lui montrer la vérité.

L'auteur n'oublie pas certains ingrédients qui perdront davantage le lecteur. La «victime» que veut protéger Jane la fuit. Donc, soit Jane a tort, soit l'enfant se comporte comme certaines victimes qui trouvent des excuses à leur bourreau, voire le protègent. Jane étant enceinte, elle passe le plus clair de ses journées à la maison, son oisiveté serait propice (selon Petra) à des exagérations de sa part. Les personnes qui lui disent qu'elle a tort le font avec conviction et semblent stables. Enfin, la personne qu'accuse Jane semble respectable. Bien sûr, cela pourrait n'être qu'une apparence, comme le souligne la jeune femme.
Le lecteur finit par avoir des éléments de réponse. Cependant, les choses ne sont pas assez expliquées à mon goût. Nous savons apparemment qui a fait quoi, mais pour moi, la raison de l'un des actes est un peu dure à comprendre. Elle aurait mérité davantage de développement. En outre, une conclusion quant à un autre acte est un peu rapide. Sur quoi se base-t-on exactement? N'aurait-ce pas mérité davantage d'investigations?...

L'auteur a eu une bonne idée, et a assez bien réussi à jouer avec le lecteur. Entre les circonstances, l'ambiance, le caractère de Jane... Cependant, le roman est un peu trop lent. Louise Welsh parvient assez bien à tisser une toile autour du lecteur, mais parfois, elle prend un peu trop de temps... Son idée aurait sûrement tenu en moins de pages. D'autre part, la fin se veut spectaculaire, mais il y a trop de zones d'ombre. Cela gâche le tout.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christiane May-Sudan pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai hésité avant de lire ce roman qui me tentait beaucoup, car je trouve cette lectrice trop sobre. Je pense que sa lecture m'a davantage fait ressentir les «longueurs» que ne l'aurait fait une lecture un peu plus vivante. Je ne lirai sûrement pas d'autres romans lus par elle, même si beaucoup me tentent. Je trouve dommage qu'elle n'y mette pas un peu plus de coeur... Je pense qu'il n'en faudrait pas tant que cela.

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