La bulle cauchemar

L'ouvrage:
Julien va épouser Linda. Cela fait que deux familles totalement différentes vont se rencontrer.
Elsa, la mère de Julien, ne voit pas ce mariage d'un très bon oeil.

Critique:
Ce livre force à réfléchir sur la liberté d'esprit. En effet, l'auteur place habilement chacun dans des catégories, puis tente de démontrer la bêtise d'une telle généralisation. La famille de Linda est composée de gros mangeurs, de fêtards exubérants, dont certains sont de fervents croyants. Quant à celle de Julien, on y trouve des gens mesurés, pragmatiques, parfois un peu coincés. Et puis, au fur et à mesure, chacun affirme sa personnalité.
Les personnages les mieux étudiés, ceux qui représentent un certain style de vie, et diverses façons de faire sont surtout Elsa et Linda.

Elsa est un personnage admirable. Elle n'est pas simplement la mère qui ne veut pas que son bébé épouse une étrangère. Ses inquiétudes sont fondées. On pourrait penser qu'elle surprotège son fils, mais il n'en est rien.
Ensuite, tout est une question de point de vue. Elsa exagère-t-elle? On peut imaginer que sur certains points, elle n'en fait pas trop, mais sur d'autres, peut-être. Par exemple, les faits et les dires du médecin montrent qu'elle a raison quant à la fatigue de Julien. Mais qu'en est-il de la nourriture, par exemple? Elle porte un jugement sur la famille de Linda qui, selon elle, s'empifre de nourriture trop riche, et déplore que Julien suive le mouvement. Il est vrai que toujours manger trop riche n'est pas bon, mais il semble qu'Elsa mange de manière assez austère. Un juste milieu serait souhaitable.
Si l'espèce d'extrémisme de chacun quant à la nourriture est regrettable, cela montre qu'Elsa n'est pas parfaite. Elle peut méjuger.
Parfois, Elsa se force à être enjouée, et à accepter ce qu'elle ne peut changer. Parfois, elle se renfrogne, et parfois, elle décide de prendre les choses comme elles viennent. Toutes ces espèces de sautes d'humeur dues à son désir de concilier le bonheur de son fils et ce qu'elle sent être bon pour lui, sont logiques. L'auteur décrit très bien, et analyse superbement cette mère aimante, terriblement réaliste auquel on s'identifie sans problèmes.

Si l'opposition entre les deux familles est flagrante, elle permet au lecteur de naviguer entre plusieurs points de vue, et souvent, de se forger une opinion intermédiaire sur ce qu'il faudrait faire: un juste milieu entre les désirs et besoins des uns et des autres. J'ai quand même le sentiment que c'est la famille d'Elsa qui s'est pliée à tout ce que voulait Linda. On me dira que c'est normal, puisque Linda est la mariée. Soit, mais outre que certaines de ses exigences soient des caprices, et donc, parfaitement inutiles, il semble vraiment qu'elle soit persuadée que les autres sont à son service.
Personnellement, je préfère le pragmatisme d'un mariage en petit comité plutôt que le tape-à-l'oeil réclamé par la bouillonnante Linda. En outre, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire de la façon qu'a la soeur de celle-ci de mettre Jésus à toutes les sauces. Outre que je suis athée, j'ai trouvé que cette manière de faire galvaudait la chose, et lui faisait perdre toute crédibilité.

Julien est assez détestable. Il est évident qu'il est avec Linda parce qu'elle se contente de lui balancer des miettes de gentillesse du moment qu'il cède à tous ses caprices. Il a tellement peur d'un rejet dû à son handicap qu'il devient le plus sûr pantin de sa future femme. On me dira que son manque d'assurance vient de la surprotection d'Elsa. Je ne le pense pas, surtout parce que malgré la difficulté, il me semble qu'Elsa a toujours bien agi sans tomber dans les travers de la surprotection. En outre, on ne la lui reprocherait pas, étant donnée sa situation.

Il va de soi que je n'aime pas Linda. Si elle est joyeuse et semble généreuse, ce n'est qu'une façade. Outre son égoïsme naturel, il est clair qu'elle n'aime pas réellement Julien, principalement à cause du grand sujet d'antagonisme entre elle et Elsa: Linda refuse d'atténuer la pénibilité et la longueur des journées de Julien. C'est par pur égoïsme puisqu'apparemment, il ne serait pas pénible physiquement pour elle de vivre chez lui.

L'auteur aborde avec finesse le thème du regard extérieur, notamment sur une personne handicapée, mais aussi sur d'autres points. Cela est fait d'une plume vive et tranchée. Sylvie Weil énonce les faits sans complaisance,sans les masquer sous des mots aceptisés. C'est d'autant plus réaliste et percutant.
Ce roman regorge de thèmes intéressants brillamment abordés. Je m'arrêterai là, mais c'est le genre de livre extrêmement riche dont je pourrais parler pendant des heures.

Remarque annexe:
J'adore Orlando. ;-)

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.
C'est le deuxième livre enregistré par cette lectrice que je lis. Je l'apprécie beaucoup. Sa voix est douce et agréable, son ton est posé et toujours approprié. Je la réentendrai avec plaisir.

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