L'héritage

L'ouvrage:
1902.
Caroline Fitzpatrick est ravie: à dix-huit ans, elle épouse Coryn Macy qu'elle a aimé dès leur rencontre. Elle va ensuite le rejoindre dans son ranch, dans l'Ouest des États-Unis. Pour la jeune fille qui a connu une vie luxueuse et routinière, les choses vont se révéler difficiles.

Années 2000. Meredith Calcot vient de mourir. Elle lègue son manoir à ses deux petites-filles, Elizabeth (dite Beth) et Erica, à condition que celles-ci y vivent ensemble. Erica entraîne sa soeur à y passer quelques semaines, car elle veut élucider le mystère de la disparition de leur cousin, Henry, vingt-trois ans plus tôt. Elle sait que cela ronge sa soeur, et elle tient à ce que celle-ci ait une vie normale.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman. Katherine Webb analyse pertinemment (même si elle est parfois grandiloquente), les relations compliquées d'êtres qui ne savent pas communiquer pour diverses raisons. La romancière explique cette impossibilité, voire ce refus de communiquer, par un profond mal-être. Selon elle, c'est l'absence de bonheur qui aigrit certains personnages, les rendant injustes et méchants avec leurs semblables. Si je partage son opinion, je pense qu'il ne faut pas appliquer cette théorie à chaque personne méchante. Cela s'applique bien à Caroline, par exemple. C'est sûrement le personnage le mieux analysé. D'abord, sa vie est totalement transformée. L'amour que se portent les époux Macy ne fait pas tout. Caroline reste une piètre ménagère, a du mal à s'adapter à sa nouvelle vie. Ensuite, au long du roman, j'ai oscillé entre la compassion et l'exaspération à son égard. Elle commet des actes répréhensibles, le sait, mais ne se résout pas à tenter de les réparer.
L'attitude des autres peut plus ou moins s'expliquer ainsi, sauf celle d'Henry.

J'ai aimé l'idée qu'en détournant un destin de manière irréfléchie, et qui, à première vue, est néfaste, on puisse aboutir à quelque chose de mieux.
À l'instar d'Erica, je préfère que les choses soient toujours dites, même si elles sont très dures à entendre. J'ai d'ailleurs apprécié la pugnacité de la jeune femme qui souhaite à tout prix exorciser les fantômes du passé, et est persuadée que cela ne pourra qu'améliorer la vie de sa soeur.
Beth, quant à elle, m'a beaucoup agacée. Son désir forcené de fuir la vérité ne l'entraînant que sur de mauvais chemins, pourquoi s'obstine-t-elle à continuer ainsi? Et pourquoi a-t-elle si peu confiance en sa soeur (qui l'a toujours soutenue)? Je sais bien que c'est sa nature, que des gens agissent ainsi, pensant que ce sera la meilleure protection, mais son obstination m'a donné envie de la frapper plusieurs fois. D'autre part, il est vrai qu'elle n'était qu'une enfant à l'époque des faits qui la traumatisèrent, mais un autre enfant a agi mieux qu'elle. Je sais que pris de panique, on peut agir en dépit du bon sens, mais là, je trouve qu'elle a absolument tout fait de travers. Elle aurait voulu faire exprès qu'elle n'aurait pas mieux fait!

La structure du livre est de celles que je n'aime pas trop, en général, mais ici, elle est pertinente. Katherine Webb alterne les deux époques. C'est pertinent, car on voit l'évolution de Caroline tout en entendant parler d'elle dans le présent des deux jeunes femmes. Il est quand même un peu dommage que le prologue en dévoile tant. En effet, dès le départ, on sait qu'en 1905, Caroline a fait une chose à laquelle on repensera pendant qu'on la suit dans sa vie au ranch. Le lecteur sait donc certaines choses rapidement quant à son mariage. Une question restera jusqu'à ce qu'on arrive en 1904, mais elle est bien mince.

Afficher Attention, je dévoile un pan de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile un pan de l'intrigue.

Il y a une incohérence. Lors d'une fête au manoir, Caroline, prise de confusion mentale, croit reconnaître Magpie dans la personne d'une serveuse. Elle dit en substances: «Ça ne peut pas être toi! Tu es morte! Je t'ai vue!» Or, elle ne retourne jamais sur les lieux du ranch, elle ne peut donc savoir ce qu'est devenue Magpie.

Éditeur français: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clare Wille pour les éditions Harper Audio.

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