Le vide de nos coeurs

L'ouvrage:
Aysel (la narratrice du roman) a seize ans. Elle est tout le temps triste à cause d'un événement arrivé il y a trois ans. Elle pense ne pas pouvoir échapper à une partie d'elle-même. Voilà pourquoi elle souhaite se suicider. Par le biais d'un site, elle rencontre Roman (dont le pseudonyme est Robot Gelé) qui sera son partenaire de suicide.

Critique:
Il faut prendre ce roman en étant bien conscient de ce qu'il est: une sympathique lecture d'été. Il faut aussi savoir que, très vite, on a une bonne idée de la manière dont tout va se terminer. Cela ne m'a pas dérangée, parce que je me doutais de certaines choses après avoir lu la quatrième de couverture, et j'ai lu le livre en m'attendant à ces choses. Cependant, l'aspect «convenu» pourra en gêner certains.

Malgré le thème délicat, le livre est assez drôle. En effet, Aysel a beau être cynique et manier l'ironie avec une certaine dextérité, elle est très loin d'être méchante ou amère. Malgré son désespoir, elle a souvent des répliques ou des remarques amusantes, pleines de dynamisme. De plus, elle tente toujours de se réconforter (avec de la musique classique, de la physique...). Quoiqu'elle en dise, elle se raccroche aux plaisirs de la vie. Cela fait douter le lecteur quant aux réelles intentions de l'héroïne, et c'est ce qui fait qu'on peut envisager la fin sans que cela ait l'air complètement hors de propos. L'auteur sait où elle va et le prépare. Je pense que c'est la raison pour laquelle la fin ne m'a pas gênée. Elle ne semble pas incongrue'

Certains penseront peut-être qu'Aysel et Roman se complaisent dans leur tristesse, dans leur envie de débarrasser le monde (et surtout leur entourage) de leur néfaste présence. Certes, mais qui n'a pas été à leur place ne peut pas dire comment il réagirait. Je connais quelqu'un qui n'est pas très loin de vivre une situation similaire à celle d'Aysel, mais cette personne n'a pas réagi comme notre héroïne. Sûrement parce que la communication n'a pas été aussi difficile pour elle que pour Aysel et sa famille, mais aussi parce que la personne fautive n'a aucun côté aimable, à l'inverse du père d'Aysel.
Quant à Roman, je pense qu'à sa place, je me blâmerais tout autant, et je n'accepterais pas les affirmations de mes parents selon lesquelles ce sont eux, les responsables. À seize ans, on sait ce qu'on fait, on sait quelles peuvent être les conséquences. Je pense que le but n'aurait pas dû être de tenter de faire croire à Roman qu'il n'était pas fautif (car ce n'est pas crédible), mais de lui apprendre à vivre avec sa faute.

Jasmine Warga montre quelques scènes entre l'héroïne et sa famille. On se rend bien compte que la communication n'est pas aisée, et que l'adolescente interprète mal certains signes. Elle est bien obligée de s'en apercevoir lors de la scène où Georgia lui montre qu'il neige, dehors. Bien sûr, à certains moments, le fait que la famille ne soit pas naturelle avec la narratrice conduit à des malentendus, le tout recouvert de non-dits... Et quand une situation s'installe, il est difficile de la changer.

Je n'ai pu m'empêcher d'éprouver de la compassion pour le père d'Aysel. Sûrement parce qu'il ne se résume pas à un trait de caractère. La jeune fille a vécu de très bons moments avec lui. Il a été un vrai père pour elle. L'auteur a donc créé une situation qu'elle a souhaitée complexe, loin des clichés. Je trouve cela bien, mais en même temps, cela me fait sourire, car la situation réelle que je compare à celle d'Aysel est sans nuances. Elle me paraîtrait peut-être totalement clichée dans un livre.

Il y a quelques longueurs, notamment quand l'héroïne traîne pour raconter ce que son père a fait. Dès le début, on connaît les grandes lignes de son acte, mais elle ne détaille le tout que dans le dernier quart du roman. Et là encore, elle traîne et traîne. Bien sûr, c'est expliqué par son traumatisme, mais c'est un peu pénible.

Ce roman m'a un peu rappelé «The last time we said goodbye», de Cynthia Hand. Les histoires ne se ressemblent pas, mais on retrouve une certaine ambiance, et des adolescents qui culpabilisent, et tentent de tout prendre sur eux.

Éditeur français: Hugo Roman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Harper Audio.

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