Auteur : Walls Jeannette

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lundi, 28 avril 2014

Des chevaux sauvages, ou presque, de Jeannette Walls.

Des chevaux sauvages, ou presque

L'ouvrage:
Lily Casey naît en 1901. Nous suivons une grande partie de la vie de cette femme hors du commun.

Critique:
Force est de constater que Lily sortait du lot. Elle comprend très vite qu'il ne sert à rien de se lamenter sur son sort, et qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Après quelques sévères déconvenues, elle se relève, plus combattive que jamais, et n'hésite pas à affronter les obstacles qui la séparent de ses objectifs. Par exemple, Jeannette Walls rappelle au lecteur qu'au début du vingtième siècle, on ne pouvait pas se rendre à 800 kilomètres d'un coup d'avion. Lily fait le trajet à dos de cheval. Cela force l'admiration, car à son époque et là où elle vivait, la seule ambition d'une femme était de trouver un bon mari. Audacieuse, ambitieuse, mais aussi humble, inventive et sachant utiliser sa cervelle, Lily est rapidement multicarte: entre le dressage des chevaux (inculqué par son père), l'enseignement (sa passion), son rêve (piloter un avion), elle est pleine de ressources et les utilise au mieux. Par exemple, elle se rend vite compte que la réalisation de son rêve pourra lui être utile, etc. Elle comprend également très vite que pour être respectée, il faut être ferme et juste. Sur ce point, elle reste intègre, et ne comprend pas qu'on lui reproche sa dureté envers des élèves qui l'ont méritée.

Bien sûr, Lily reste une femme de son temps, et si certaines de ses idées sont modernes, d'autres sont tranchées et surannées: celles sur le lavage (des gens et des vêtements), par exemple, ne manqueront pas de faire frémir. Cependant, on peut comprendre la position de la jeune femme qui doit veiller à ne pas gaspiller eau et argent. Même lorsqu'on désapprouvera ses idées, on devra reconnaître que ses raisonnements sont toujours pleins de bon sens. En outre, elle n'hésitera pas à prendre des risques afin de contribuer à la subsistance de sa famille.

Lily a très vite appris à l'école de la vie. Son père ne laissera pas le lecteur indifférent. Il a du mal à comprendre le besoin de sa fille de se forger une autre vie, mais il l'accepte. Son excentricité fera de lui un personnage, à l'instar de sa fille. Ces deux personnages hauts en couleur semblent mythique, lorsqu'on lit leurs «aventures».

Cette histoire est celle de la grand-mère maternelle de l'auteur. De ce fait, le lecteur rencontre Rosemary, la fille de Lily. Sachant ce que devient Rosemary par la suite (voir «Le château de verre»), je n'ai pu m'empêcher de guetter la future femme dans la petite fille, et d'avoir un a priori négatif sur elle, même quand elle était enfant.

En fin d'ouvrage, Jeannette Walls précise qu'elle a peu connu sa grand-mère, celle-ci étant morte lorsqu'elle avait huit ans. Étant donné qu'elle a dû, parfois, imaginer les réactions de Lily, elle ne peut attester de la véracité de tout ce qu'elle écrit.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Céline Mollaert pour la Ligue Braille.
Encore une fois, j'ai été ravie de retrouver la voix douce et la lecture fluide et agréable de cette lectrice. Il m'a semblé qu'au tout début, elle avait eu du mal à entrer dans la peau du personnage principal, mais cela ne dure pas.

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jeudi, 6 septembre 2012

Le château de verre, de Jeannette Walls.

Le château de verre

L'ouvrage:
Jeannette Walls raconte ici son enfance atypique. Son père, Rex, a le projet de construire un château de verre pour sa famille. À côté de cela, il refuse de travailler pour un patron. Quant à Rosemary, sa mère, c'est une artiste. Elle déteste les contraintes, et rêve d'une gloire obtenue grâce à ses toiles.

Critique:
Avant d'évoquer l'énorme impact psychologique de ce témoignage, je m'attarderai sur la structure. Je suis reconnaissante à l'auteur d'avoir écrit son roman de manière linéaire. Vous me direz que c'est ainsi dans la plupart des cas. Pas toujours. Plusieurs autobiographies m'ont agacée parce qu'il n'y avait aucun repère temporel, et que les souvenirs étaient épars,sans aucune chronologie.
Ici, seule la première partie (constituée d'un chapitre) raconte des faits ultérieurs à l'enfance de Jeannette. Cela fait qu'on apprend certaines choses, notamment que la jeune femme s'en est sortie, mais ce n'était pas très difficile à deviner, puisqu'elle a écrit ce livre. En outre, c'est une bonne chose, car l'auteur commence par parachuter son lecteur dans un «monde» qu'il ne comprend pas trop. Et ensuite, elle raconte.

Les parents Walls sont d'abord inconséquents et paresseux. C'est, je pense, leurs plus grands défauts. Les enfants (ils sont quatre), de par leur filiation, sont attachés à eux. De plus, la «maltraitance» qu'ils subissent n'est pas «voulue». Ils sont négligés, mais leurs parents ne les maltraitent pas. Ils leur montrent souvent leur amour, le leur disent. Ils leur inculquent certaines valeurs comme l'acceptation des différences. Je comprends donc qu'il soit difficile d'avoir des sentiments tranchés à leur sujet. Étant extérieure, je n'ai pu m'empêcher de me dire: «Ils aimaient leurs enfants, mais pas au point de leur offrir un toit, des vêtements, et quelque chose à manger.» En outre, les enfants ne sont pas uniquement négligés. Ils assistent parfois à des disputes phénoménales entre leurs parents. C'est un exemple, mais il en est d'autres bien plus difficiles à digérer.
Ceux-ci avaient les idées larges, prônaient un monde meilleur, assurent à leurs enfants qu'ils les protègeront, mais ce qui arrive chez Erma montre plutôt le contraire.
Rex et Rosemary n'étaient pas faits pour être parents.

Comme le dit philosophiquement Rosemary: «Ce qui ne tue pas rend plus fort.» Ce à quoi Laurie (la soeur aînée) réplique: «Si c'était ça, je m'appellerais Hercule.» Quoi qu'il en soit, cette vie de bohême a créé des liens très forts entre les trois premiers enfants. Ils sont solidaires, acquièrent une certaine maturité, deviennent très vite débrouillards (voir, par exemple, l'appareil dentaire fabriqué par Jeannette), et plus adultes que leurs parents. Chacun compte sur les autres. C'est la chance que n'a pas eue Maureen, née bien après Bryan.

Les enfants Walls ressentent un mélange d'amour, d'admiration, de rancune, d'écoeurement, et de ressentiment envers ces parents qui leur ont fait passer une enfance déplorable, et qui les empêchent d'avancer. Jeannette se sent même coupable, lorsqu'elle parvient à construire sa vie. Elle pense qu'elle a un grand confort, et le met en regard du dénuement de ses parents. Mais Laurie lui explique que leurs parents n'ont qu'à travailler, s'ils ne sont pas contents de leur sort. C'est là tout le noeud du problème. On me trouvera dure, mais tout au long du livre, je n'ai jamais plaint les parents de Jeannette. Ils illustrent parfaitement l'adage qui veut que notre vie dépend de nous. Ils ont la chance de pouvoir choisir leur vie, alors que d'autres, nés à une période historique charnière, ou dans un pays défavorisé, ne le peuvent pas. Je n'ai donc pas su éprouver de sentiments positifs pour eux, malgré certaines de leurs idées que je trouve pleines de bon sens. Par exemple, ils refusent que leurs enfants croient au père Noël. Je suis tout à fait d'accord avec cette idée. Si l'un des premiers actes d'un parent est de tromper son enfant, pour que (la plupart du temps), il découvre le pot aux roses dans la douleur, je ne vois pas l'intérêt. Certains disent que cela développe l'imagination. Je pense que ce sont des foutaises, car je n'ai jamais cru au père Noël, et j'ai, depuis mon enfance, énormément d'imagination.

Ce livre se lit comme un roman. Outre raconter une enfance hors du commun, il pose habilement certaines questions quant au pardon, et aux conséquences d'une telle enfance. Je suis tranchée vis-à-vis des parents Walls parce que je suis extérieure, mais pour leurs enfants, les réponses à ces questions ne sont pas faciles.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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