Auteur : Vargas Fred

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lundi, 22 février 2016

Ceux qui vont mourir te saluent, de Fred Vargas.

Ceux qui vont mourir te saluent

L'ouvrage:
Henri Valhubert, expert en art, décide de se rendre à Rome sur un coup de tête. Cela étonne ses proches: il n'aime pas quitter Paris par de grosses chaleurs. D'autre part, que va-t-il y faire exactement? Lorsqu'il est retrouvé empoisonné à la ciguë près du palais Farnèse, les suspects ne manquent pas.

Critique:
C'est l'un des premiers romans de Fred Vargas. Pour moi, elle n'est pas aussi drôle que dans certains autres romans, mais il fallait bien qu'elle se fasse la plume. En outre, je me rends compte qu'une partie de ce que je trouve drôle chez elle vient de la récurrence de certaines manies de ses personnages. On pourra également m'objecter que l'espèce de jeu des trois garçons quant aux empereurs romains est un élément cocasse. C'est vrai, mais cela ne m'a vraiment amusée que plus tard.
J'ai eu du mal à entrer dans ce roman, car au départ, il était trop classique pour moi (un meurtre dont on cherche le coupable), et qu'il y avait trop peu d'étrangetés cocasses. Enfin, il y a un personnage dont je souhaitais qu'il soit coupable. Ayant l'esprit de contradiction, je n'aimais pas ce personnage parce que beaucoup l'adoraient, et au début, mon antipathie prenait beaucoup de place. ;-)

La seconde moitié du roman m'a davantage plu. On trouve quelques étrangetés propres à Fred Vargas. Par exemple, l'analyse (très sérieuse) de Valance et Tiber quant à la boisson qui désaltère le mieux en le moins de temps possible et avec le plus de plaisir, ou l'obstination forcenée de Tiber à aller pieds nus à un certain moment. Bien sûr, il y a d'autres sources de rire: répliques, situations... La manière dont un personnage trouve comment élucider l'énigme est également amusante.

Quant à l'intrigue, si elle est un peu classique et si j'ai eu du mal à y entrer, elle est bien construite. Bien sûr, il est un peu dommage que presque tout le monde se retrouve suspect (même ceux que les policiers n'accusent pas), mais tout se tient, tout est cohérent, donc cela ne m'a pas trop gênée.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Allard. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
J'aime beaucoup Philippe Allard. Pour ce roman, il est parvenu à entrer dans l'esprit Vargas, et à lire de manière vivante sans jamais exagérer. Il a modifié sa voix pour certains personnages. Je ne sais pas si c'était nécessaire, mais il l'a bien fait. J'espère l'entendre plus souvent. J'ai vu qu'Audiolib sortait «Debout les morts» en avril apparemment lu par lui. Cela voudrait dire qu'Audiolib ressort les aventures des évangélistes. Si c'est le cas, j'espère que Philippe Allard se chargera de la série.

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lundi, 15 juin 2015

Temps glaciaires, de Fred Vargas.

Temps glaciaires

L'ouvrage:
Alice Gautier s'est suicidée en s'ouvrant les veines dans sa baignoire. On presse le commissaire Bourlin de classer l'affaire. Cependant, certains détails semblent étranges. Pourquoi s'était-elle pomponnée? Pourquoi n'a-t-elle pas laissé de lettre? Que signifie ce signe découvert sur les lieux? Bourlin demande l'aide de Danglard et d'Adamsberg afin de trouver des indices plus tangibles qui permettraient de ne pas classer l'affaire.

Critique:
Il est impossible de chroniquer un roman de Fred Vargas sans parler de son humour. Ici, il est omniprésent. Il y a certaines répliques ou pensées des personnages. Par exemple, lorsque Marie-France explique qu'il faut tourner sept fois sa pensée avant d'agir, Adamsberg se demande comment on sait qu'on est arrivé à sept.
Les manies de certains personnages contribuent à l'amusement du lecteur. Par exemple, l'élégance de Danglard qui fait venir ses chaussures d'Angleterre, et fait très attention où il met les pieds pour ne pas les abîmer.
Bien sûr, on sera également ravi de retrouver l'équipe d'Adamsberg et les habitudes de chacun. Entre Noël qui est souvent de mauvaise humeur et pas toujours très fin, Estalère qui sert les cafés et emboîte le pas au premier de l'équipe qu'il rencontre, Veyrenc qui fait des vers, Froissy qui a peur de manquer de nourriture, La Boule, et les autres, on a l'impression de retrouver de vieux amis. À travers les livres mettant en scène cette équipe, Fred Vargas a fini par donner vie à ses personnages, et on les imagine très bien vaquant à leurs occupations.

En outre, la romancière a des expressions, des façons de dire les choses bien à elle. Par exemple, j'aime beaucoup l'image que donne l'expression de Lucio à propos de quelqu'un que quelque chose tracasse. Il dit que ça le gratte encore. Cela part de l'histoire personnelle de Lucio, mais cela renvoie également au fait que si une partie du corps nous gratte, on ne sera pas apaisé tant qu'on ne se sera pas gratté. De même quand quelque chose nous tracasse, on ne sera pas tranquille tant qu'on n'aura pas tout exploré jusqu'au bout et (si possible) fait disparaître le motif de la tracasserie. Il y a encore bien d'autres façons de dire les choses dans tous ses romans que j'aime beaucoup.

Quant à l'enquête, elle est à la fois classique et originale. Classique parce qu'on cherche un tueur. Elle perdrait toute sa saveur si elle n'était pas imprégnée de la patte de Fred Vargas. Certaines pistes sont également classiques. D'ailleurs, j'avais deviné certaines choses. J'ai apprécié que la partie qui m'intéressait le plus soit la plus importante. Elle est originale à cause de la teneur de certaines révélations et d'un contexte particulier, mais aussi de par la manière dont Adamsberg résout l'énigme. Sous une autre plume, cela aurait paru inconcevable. Or, de la part d'Adamsberg, et donc de Fred Vargas, on accepte beaucoup de choses, sachant que le commissaire a un caractère particulier, et se fie beaucoup à ses intuitions qui l'ont souvent servi..
De plus, la romancière ne fait pas traîner son lecteur de fausse piste en faux indices. Elle en donne quelques-uns, mais il ne sont pas vraiment faux, et de toute façon, cela ne dure pas.

Aux détours de l'enquête, on rencontre une association qui s'attache à mettre en scène la Révolution. On verra donc évoluer Robespierre et ses acolytes. Si l'idée d'une mise en scène est originale, j'avoue m'être parfois ennuyée lors des passages où c'était évoqué. Certes, j'ai appris des choses sur cette époque, ainsi que sur Robespierre. Je me demande d'ailleurs (comme souvent) si toutes les anecdotes (majoritairement rapportées par Danglard, le puits de science), sont vraies. J'aurais tendance à dire que oui.

Comme toujours chez Fred Vargas, la psychologie des personnages est bien analysée, que ce soit l'équipe de policiers ou les personnages rencontrés au hasard de l'enquête.

Remarque annexe:
Je me pose la même question que marie-France quant à l'expression «Le fond de l'air».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Janssen. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

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vendredi, 22 mai 2015

Coule la Seine, de Fred Vargas.

Coule la Seine

L'ouvrage:
Voici trois nouvelles mettant en scène le commissaire Adamsberg et son adjoint, Danglard.

Critique:
J'ai toujours une petite appréhension lorsque je lis des nouvelles écrites par un auteur dont j'aime beaucoup les romans. J'ai toujours peur qu'en peu de pages, l'auteur ne parvienne pas à faire aussi bien que dans ses romans. Concernant «Coule la Seine», il n'y a pas de craintes à avoir.

Bien sûr, on retrouve l'étrangeté cocasse de la romancière. Dans la première nouvelle («Salut et liberté»), elle vient de cet excentrique «poète» qui passe ses journées sur le banc devant le commissariat.
Dans la deuxième («La nuit des brutes», l'amusement est provoqué par Charles qui passe sa nuit en cellule de dégrisement, et qui réclame à toute force un cintre.
Dans la troisième («Cinq francs pièce»), l'amusement se teinte de gravité, car il vient du personnage principal, Pi. Au départ, on rit parce qu'il vend des éponges qu'il transporte dans un petit chariot qu'il a appelé Martin... et ensuite, sa situation et sa lucidité font réfléchir.

Les solutions des énigmes ne sont pas si importantes, sauf dans «Salut et liberté», c'est plutôt la façon dont est menée l'enquête qui intéressera le lecteur.
Comme nous sommes chez Fred Vargas, le caractère des personnages aussi marquera les esprits. On s'attachera à Vasco, Charles et Pi qu'on trouvera à la fois loufoques, pleins de ressources, et attendrissants.
D'autre part, on retrouve Adamsberg et Danglard tels qu'on les apprécie dans les romans.

J'ai apprécié la manière dont Adamsberg s'arrange pour que Pi puisse vendre ses éponges. C'est le genre d'extravagances qui montre un coeur toujours prêt à s'émouvoir quand cela en vaut la peine. Cela montre aussi que parfois, il reste quelque chose à faire alors qu'une situation semble désespérée, et c'est rafraîchissant que quelqu'un comme Adamsberg trouve le chemin pour le faire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Frantz. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Jacques Frantz fait partie de ces comédiens que je suis toujours ravie de retrouver. Il a une voix caractéristique, il met toujours le ton qu'il faut, donnant vie et corps aux personnages sans trop en faire. Je regrette qu'on ne l'entende pas davantage dans le livre audio. J'avoue que j'aurais aimé le retrouver dans «Temps glaciaires».

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jeudi, 13 juin 2013

Dans les bois éternels, de Fred Vargas.

Dans les bois éternels

L'ouvrage:
On pense que l'assassinat des deux malfrats a un rapport avec la drogue. Sauf Adamsberg. Il refuse de laisser l'affaire à la Brigade des Stupéfiants.

Veyrenc est parvenu à ses fins: être muté dans ce commissariat précis. Pour l'instant, il accomplit la tâche ingrate qu'on lui a confiée...

Critique:
Si j'ai retrouvé avec plaisir la patte de Fred Vargas, ce livre m'a moins séduite que ceux que j'ai lus récemment. Par exemple, l'auteur maîtrise souvent l'art de nous faire apprécier les ficelles qu'elle utilise afin de retarder une révélation. Ici, cela n'a pas été le cas. Je parle surtout de l'histoire de Veyrenc qu'elle distille goutte à goutte. Lorsqu'elle esquive, qu'elle passe à autre chose, on sent bien que ce n'est que pour retarder la révélation de toute l'affaire, et c'est fait de manière assez grosse.

Habituellement, elle a l'art d'ajouter des «lourdeurs» qui n'en sont pas, et qui, sous la plume d'un autre, seraient indigestes. Ici, elle ne le fait pas. Cela m'a manqué. Idem quant aux répliques spirituelles et aux situations rocambolesques... Il y en a, bien sûr, mais ce n'est pas si drôle et si hors du commun... Lorsqu'Adamsberg téléphone à Danglard pour que celui-ci réponde aux questions de Tom, ou que la Boule va à la rencontre de l'être aimé, le lecteur rit et s'attendrit, mais il me semble que Fred Vargas a déjà créé des situations bien plus comiques.

L'énigme n'est ni bâclée ni bancale... À condition qu'on accepte une certaine chose... et qu'on passe sur une petite incohérence due à cette chose. Je n'avais pas trouvé qui était coupable de tout, et pourtant, tout se tient. Mais j'avais deviné certains éléments, certains liens... J'ai trouvé cela dommage.

Afficher Attention, j'en dis plus sur l'énigme.Masquer Attention, j'en dis plus sur l'énigme.

Je ne sais pas à quelle point la théorie des dissociés est vraie. Cependant, une incohérence reste: Omega a quand même besoin de temps pour agir. Comment se fait-il qu'Alfa ne se rende jamais compte qu'elle a des absences, qu'il y a des trous dans son emploi du temps?

Si ce roman m'a moins plu que d'autres, j'ai tout de même passé un très bon moment. Rien ne traîne, et si l'auteur semble moins en forme, ce roman est agréable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Janssen. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

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lundi, 18 février 2013

Un lieu incertain, de Fred Vargas.

Un lieu incertain

Note: Certains romans de Fred Vargas doivent être lus dans l'ordre de publication. Par exemple, il est impératif de lire «Un lieu incertain» avant «L'armée furieuse», car sinon, on sait déjà quelque chose concernant l'affaire. Cela a d'ailleurs été mon cas. D'autre part, il est également préférable de lire les romans où l'on voit les évangélistes dans l'ordre, ceux-ci rencontrant Adamsberg dans «Pars vite et reviens tard». L'ordre étant primordial, je trouve dommage que les éditeurs audio aient édité les Vargas de manière désordonnée. Là encore, je ne m'explique pas pourquoi «Un lieu incertain» est sorti avant «Dans les bois éternels».

L'ouvrage:
Danglard et Adamsberg assistent à une cession de colloques à Londres. C'est au cours d'une soirée, alors qu'ils se promènent en compagnie d'un policier londonien, qu'un aristocrate excentrique, pris de panique, raconte que près du cimetière de High Gates, sont alignées des chaussures. Avec des pieds dedans. Cela cherche à entrer. Cette affaire intrigue nos deux héros, mais Adamsberg l'oublie vite, car sitôt rentré à Paris, il est confronté à un meurtre des plus macabres: le corps a été dispersé aux quatre coins de son habitation. On s'est acharné dessus plusieurs heures.

Critique:
Ce qui fait l'originalité et l'unicité de Fred Vargas, c'est sa causticité. C'est la qualité majeure de cette romancière, c'est la raison première pour laquelle je la lis. Je m'étonne toujours d'être surprise par cet humour confinant à l'absurde. En effet, au moment où je ne m'y attends pas, une réplique astucieuse et caustique apparaît. D'autre part, j'ai été ravie de retrouver les membres du commissariat qui, chacun, ont des manies, des étrangetés. De tels personnages, de telles curiosités, de telles mises en scène ne tiendraient pas sous la plume d'un autre. Seule Fred Vargas sait agencer le tout afin de faire mouche à chaque coup. Même les «obsessions» sur lesquelles certains reviennent (en l'occurrence le mangeur d'armoires) ne paraissent pas du tout lourdes. Rien n'est surfait, alors qu'il serait très facile de tomber là-dedans. Tout vient à point nommé. Telle une prestidigitatrice, l'auteur sort une carte inattendue, bien que connue, de sa manche, et suscite toujours mon approbation.
Si l'énigme m'intéresse (je ne lirais pas Vargas, sinon), je suis surtout friande des anecdotes concernant les personnages principaux.

Comme d'habitude, l'enquête est classique. Cependant, outre l'humour omniprésent (même dans les situations critiques: voir l'obstination du médecin à respecter les ordres d'Adamsberg concernant Émile), d'autres éléments font que ce n'est pas gênant. D'abord, l'auteur dit les choses sans les faire traîner, avant que le lecteur y pense. Par exemple, elle a exposé la «machination» contre un personnage avant que je n'y pense. Pourtant, c'est évident. Ensuite, elle distrait son lecteur avec des rebondissements qui paraissent impossibles, et qui, pourtant, s'expliquent très bien. Par exemple, à un moment, on se demande comment l'un des personnages va se tirer d'une situation extrêmement délicate, et ce qui arrive semble survenir comme un cheveu sur la soupe. Et puis, Fred Vargas explique comment et pourquoi c'est possible, et tout est très cohérent.
Elle utilise bien la ficelle du faux coupable, mais dès le départ, Adamsberg est d'accord avec le lecteur pour dire que l'accusé n'est pas coupable. Cela fait que la ficelle n'est pas pesante, puisqu'écartée par le principal policier.
Mais voilà que la romancière sort un autre coupable de sa manche. À cause de la désignation trop flagrante de ce coupable, le lecteur n'y croit pas. Si cela avait été fait par un autre auteur, j'aurais crié au scandale, j'aurais fulminé que j'étais prise pour une idiote. Pas ici. Si les soupçons durent plus longtemps, Adamsberg ne peut vraiment y croire. Et puis, le lecteur averti connaît assez bien Fred Vargas pour savoir qu'elle ne se fiche pas de lui.
Partie dans une structure classique, j'ai imaginé une chose qui aurait pu être, car la ficelle était vraisemblable. Je me suis trompée, ce qui m'a rassurée: Fred Vargas parvient encore à me fourvoyer. Tout va bien! :-)
Je me suis bien demandé comment les policiers feraient pour récupérer précisément le gobelet où avait bu celle dont ils voulaient analyser l'ADN, mais c'est un élément qu'on peut expliquer.

Quant au véritable coupable, l'auteur n'hésite pas à nous mettre quelques indices sous le nez. Si Adamsberg fut lent (comme à son habitude) à les décrypter, que dire de moi?! J'ai d'ailleurs été enchantée de ne pas avoir deviné.

Remarque annexe:
L'histoire du mangeur d'armoire serait-elle réelle? Et celle du mangeur d'avion?

Bonne lecture! Plog!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Janssen. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Il serait très facile de cabotiner en interprétant du Fred Vargas. Cependant, tout comme elle n'en fait pas trop dans ses textes, Thierry Janssen ne surjoue pas, ne la trahit donc pas. En outre, il prononce les mots étrangers de manière naturelle, ne cherchant pas à trop en faire quant à l'accentuation.

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