Auteur : Varenne Antonin

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jeudi, 21 février 2019

La toile du monde, d'Antonin Varenne.

La toile du monde

L'ouvrage:
1900. Aileen Bowman, journaliste au New York Tribune, se rend à Paris afin de couvrir un événement de taille: l'exposition universelle. Sa vie s'organise rapidement entre écriture et rencontres.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. J'ai passé la première moitié à m'ennuyer. Je n'avais rien à reprocher à Aileen (c'est d'ailleurs un personnage très attachant), mais il me semblait que rien d'intéressant n'arrivait. J'avais l'impression d'être immergée dans une ambiance, un décor. C'était très bien rendu, mais cela ne m'allait pas, parce que je souhaitais davantage qu'une atmosphère, fût-elle très bien exposée. Et puis, les séances chez le peintre m'ennuyaient, les articles où Aileen faisait parler la ville aussi, etc. J'étais tout ouïe lorsque j'entendais parler d'Arthur et d'Alexandra (personnages de «Trois mille chevaux vapeur», roman que j'ai adoré), mais je retombais vite dans la monotonie. Même Joseph et son histoire m'ont agacée. Pourtant, cela n'aurait pas dû...

J'ai commencé à être intéressée quand Jacques raconte son couple à Aileen. La deuxième moitié du roman m'a plu. J'ai particulièrement aimé ce qu'on apprend lorsque l'auteur adopte le point de vue d'Alice. Je n'y avais pas du tout pensé, mais j'aurais dû faire confiance à Aileen: elle n'aurait jamais laissé une situation si étouffante perdurer. En outre, lors de la courte soirée chez les parents d'Agnès, le lecteur voit bien que celle-ci comprend que ses parents briment Alice.

Aileen représente la liberté. Ses parents lui ont appris qu'il était important qu'elle soit elle-même, et elle brave les conventions qui n'ont pas vraiment de raisons d'être. Ceux qui la blâment sont superficiels et intolérants. La jeune femme ne cherche pas à attirer l'attention sur elle en étant différente, elle veut seulement être elle-même.
Agnès apparaît au moment où j'ai commencé à m'intéresser au roman. D'abord, je n'ai pas apprécié cette femme qui me semblait engluée dans la religion et dans ce que ses parents souhaitaient qu'elle soit. Par la suite, ses réactions ont montré qu'elle était plutôt perdue. Je l'ai davantage appréciée, mais pour moi, elle était trop faible et trop peu sûre d'elle pour oser tenter de mener une existence qui la satisferait. Je me disais même qu'elle ne pouvait pas savoir ce qui la satisferait. Finalement, Agnès n'était pas fatalement condamnée à une vie terne et étriquée parce qu'elle aimait sa fille...

Je n'ai pas grand-chose à dire sur les autres personnages. Je m'aperçois que je n'ai pas d'opinion concernant Julius, peut-être parce qu'on le voit surtout dans la partie avec laquelle je n'ai pas accroché.

Je n'aurais jamais connu la deuxième moitié du roman (qui m'a plu) si je ne l'avais pas lu en service presse. Si je l'avais acheté ou emprunté à une bibliotthèque, je l'aurais rapidement laissé. En effet, j'estime qu'un service presse ne doit pas être abandonné. Voilà pourquoi je fais très attention à ceux que je demande aux éditeurs. Heureusement, je me trompe rarement. J'en ai abandonné un, après avoir demandé la permission de l'éditeur, et j'espère ne plus jamais faire cela.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Defaye.
Dans l'entretien que l'auteur accorde à Valérie Lévy-Soussan (entretien qui se trouve en fin d'ouvrage), Antonin Varenne dit, entre autres, que même si son personnage principal est une femme, il souhaitait une narration masculine. Étrangement, je me suis aperçue que j'étais tout à fait d'accord avec lui. Cela m'a étonnée, car quand le point de vue est celui d'un personnage, je préfère que celui qui enregistre le livre soit du même sexe que ce protagoniste. J'ai expliqué ma parfaite adhésion avec l'auteur à ce sujet par plusieurs choses. D'abord, le roman n'est pas à la première personne du singulier (l'auteur le souligne d'ailleurs). Ensuite, de petits passages ne sont pas du point de vue d'Aileen: parfois on est dans les pensées de Joseph, parfois dans celles de Jacques... Enfin, je pense que l'éditeur audio a trouvé le lecteur adéquat. Je ne le connaissais pas du tout, mais son interprétation m'a plu. Il parvient à jouer sans trop en faire: il ne tombe pas dans le larmoiement lorsque les choses sont racontées du point de vue de Joseph ou pour d'autres événements tristes. Il montre avec subtilité les différents sentiments des personnages... Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux pistes.

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vendredi, 19 septembre 2014

Fakirs, d'Antonin Varenne.

Fakirs

L'ouvrage:
Alan, fakir junky, s'est suicidé. John Nicholls, son amant, pense qu'il a été assassiné.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Trois mille chevaux-vapeur», j'ai été ravie de pouvoir lire un autre livre (d'un autre genre) de l'auteur. Malheureusement, j'ai été déçue.

Pour moi, l'intrigue est sans réelles surprises. Le suspense est prévisible. Par exemple, Guérin fouille illégalement un appartement, et trouve ce qu'il cherche au tout dernier moment, alors qu'il aurait dû renoncer de peur de voir arriver le propriétaire des lieux. (Je donne un exemple anodin pour ne rien dévoiler, mais le reste est du même acabit.) De plus, j'ai trouvé que le tout était lent. Parfois, je pardonne cela à l'auteur quand d'autres aspects du roman retiennent mon attention. Ici, cela n'a pas été le cas.
Antonin Varenne a profité du genre pour créer un policier marginal. Idée que je trouve éculée, voire clichée à force de la rencontrer dans des romans où les auteurs veulent démarquer leurs héros. De plus, pour moi, cette marginalité est trop accentuée, et donc peu crédible.

Ensuite, je ne me suis attachée à personne. Sauf à deux personnages... justement ceux pour qui les choses finissent mal. Je n'ai pas compris ce que John trouvait à Alan.
J'ai bien compris ce que l'auteur souhaitait faire concernant Alan. Il aurait dû me toucher. Entre ce qu'il a vécu et la manière dont il tente de faire au mieux, il est admirable. Pourtant, il n'a pas su me toucher. Peut-être est-ce parce que j'ai trouvé le thème (survivre avec un traumatisme dû à la perversion humaine) beaucoup mieux exploité dans «Trois mille chevaux vapeur» où je ressentais l'humanité des personnages. Pour moi, Alan n'est pas assez creusé.
%D'une manière générale, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop en décrivant des personnages et des situations extrêmes (la scène où John se laisse distraire par la femme nue en est un autre exemple).

En fin d'ouvrage, il y a un entretien avec l'auteur. Comme d'habitude, je trouve cette initiative judicieuse. Je n'ai pas apprécié le livre, mais ai écouté l'entretien avec intérêt.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Michel Vovk.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Je me souviens n'avoir pas particulièrement aimé la lecture de ce comédien pour «Le tribunal des âmes». Je trouvais sa voix trop sourde. Ici, cela ne m'a pas gênée. J'ai trouvé sa voix claire, sa lecture fluide et exempte de surjeu.
À un moment, il n'a pas eu la partie facile. Au départ, l'auteur dit que John parle français presque sans accent. Puis, plus loin, il dit que lorsque John parle d'Alan et de son traumatisme, son accent américain se durcit. L'indication n'a pas été vraiment facile à suivre pour le comédien, à mon avis. Personnellement, je ne sais pas ce que j'aurais fait.

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mercredi, 21 mai 2014

Trois mille chevaux-vapeur, d'Antonin Varenne.

Trois mille chevaux-vapeur

L'ouvrage:
1852, Birmanie.
Le sergent Arthur Bowman est choisi par le major Cavendish pour une mystérieuse mission. Il doit, à son tour, choisir les hommes qui en feront partie. Ces hommes ne savent pas que cette mission les conduira en enfer.
Nous retrouvons Bowman, à Londres, en 1858, tentant de... «survivre». C'est alors que le passé qu'il enfouit dans l'oubli généré par l'opium resurgit.

Critique:
On ne sort pas indemne d'un tel roman. Antonin Varenne ne s'est pas contenté d'un récit d'aventure ancré dans l'histoire des pays qu'il traverse, doublé d'une redoutable énigme. Il dépeint avec brio la psychologie d'hommes qui, au milieu de la forêt birmane, durent aller au bout de l'horreur, tant physique que psychologique, ce qui les força à faire ressortir leurs plus mauvais côtés. L'auteur montre l'après de ces hommes aux vies brisées: leur délabrement, leurs tentatives de reconstruction... Tout cela est fait très finement. Par petites phrases presque inopinées, tout au long du livre, Antonin Varenne raconte leur calvaire. Il ne s'attarde pas. Il n'en a pas besoin. Il ne donne que les détails nécessaires au lecteur pour imaginer.

C'est cette mission de 1852 et ce qui en découle qui détermineront le voyage qu'entreprendra Bowman. Que les événements se situent à Londres ou en Amérique, le romancier plante parfaitement le décor, immergeant son lecteur dans l'ambiance, l'histoire et les paysages des endroits décrits. Ce roman a une incroyable présence, mais pas seulement à cause de sa dimension psychologique, même si pour moi, elle est la plus forte. En effet, aucun aspect n'est bâclé. Le voyage de Bowman n'est pas seulement une quête de vérité, une quête pour faire cesser l'innommable, c'est aussi un parcours initiatique où un homme finira par se trouver.
Ayant lu que «Trois mille chevaux-vapeur» était un roman d'aventure, j'ai eu peur qu'il soit très lent, et ressemble aux romans-feuilletons dont on ne se sort pas, et dans lesquels les rebondissements finissent par être indigestes. Le romancier n'est pas tombé dans cet écueil. Bien sûr, la quête de Bowman s'étire, et finit par ressembler à quelque chose d'impossible, mais cela va bien avec le reste de cette fresque au cours de laquelle les émotions fortes sont au rendez-vous. Mêlant plusieurs genres avec talent, créant des rebondissements qui s'insèrent dans l'intrigue, menant son héros au bout de lui-même, l'auteur signe ici un grand roman.

L'énigme n'est pas un prétexte à une quête et à un voyage. Elle s'insère parfaitement dans cette intrigue complexe. Elle s'épaissit à mesure qu'on progresse, et je ne l'ai vraiment comprise que lorsque Bowman en dévoile la solution. En outre, elle pousse le héros à réfléchir, à affronter le mal au lieu de le fuir.

Que dire de Bowman? À la fois rude et tendre, fort et fragile, charismatique, semblant brisé mais se tirant des coups durs, il gardera une petite part de mystère. Il est curieux de voir que sa route est jalonnée de personnages qui, instinctivement, le prendront sous leur protection ou s'en remettront à lui, alors qu'il porte son passé tel un encombrant fardeau, et que la plupart préféreront s'écarter de lui. Les sentiments contradictoires qu'il inspire sont sûrement le mieux représentés par Mary, la femme de Franck, que je ne suis pas parvenue à trouver sympathique, même si j'ai compris ce qui la poussait.

Ayant lu peu de romans de ce style, je n'ai pas vraiment de recul pour le comparer aux ouvrages du genre. Ce n'est d'ailleurs pas forcément souhaitable. Cependant, il m'a fait penser à «La veuve». Pas seulement parce que l'héroïne, à l'instar de Bowman, traverse un pays aux paysages et au climat rudes et y fait des rencontres inattendues. Par certains côtés, les caractères de ces deux personnages se rejoignent, même si le protagoniste de Gil Adamson est loin d'avoir vécu les atrocités qu'a connues Bowman.

Dans l'entretien en fin d'ouvrage, Antonin Varenne parle d'une éventuelle suite qui mettrait en scène des personnages qu'on voit très peu à la fin du roman. Si elle existe un jour, je la lirai sûrement, mais j'aimerais bien que Bowman soit encore un personnage principal. On me dira qu'il n'y a plus grand-chose à dire sur lui. Je pense que si.Non ne peut le quitter si facilement.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Allard.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Un grand comédien pour un grand roman. En effet, Philippe Allard interprète brillamment cet ouvrage, sachant rendre les émotions des personnages en y mettant la dose de jeu nécessaire. Qu'il doive interpréter un enfant terrifié ou un homme rageur et désespéré, Philippe Allard leur donne vie avec une extraordinaire facilité apparente. Pour moi, son interprétation sert parfaitement ce roman. Je regrette seulement que l'éditeur lui ait demandé de prononcer les noms propres anglophones avec un accent.

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