Le refuge

L'ouvrage:
Martin et Susie sont mariés depuis dix ans. Ils font un séjour en Écosse. C'est, en quelque sorte, une seconde lune de miel. Martin en profite pour proposer à Susie de se rendre au refuge, une cabane perdue près d'une rivière où il séjourna enfant. Ils n'y resteront que deux ou trois jours.
Dès qu'ils y arrivent, le lieu intrigue Susie. Elle y ressent une présence pas forcément bienveillante. Et puis, des rêves érotiques viennent lui rappeler un ancien amour.

Critique:
L'auteur parvient à ne pas tomber dans les clichés tout en flirtant avec le surnaturel et en restant vraisemblable. Je sais, c'est assez dur à concilier, et je me suis moi-même demandé comment elle allait s'en sortir. Je la voyais sans cesse tombant dans des écueils: trop de surnaturel pour que cela reste crédible, événements trop invraisemblables par rapport au début de l'ouvrage, personnages devenant petit à petit peu crédibles... Tout cela est évité.

D'abord, elle parvient à créer un huis clos sans que le lecteur ne s'ennuie. Pourtant, on se dit qu'on en aura vite fait le tour: Susie a peur, le refuge est inquiétant, Martin pique des colères... On a peur de la redondance... et elle n'arrive pas. Au départ, on se retrouve dans un roman d'aventure, où un couple semble tenter de se reconstruire. Ensuite, on assiste à leur quotidien, et on découvre ce que Susie n'ose pas tout à fait s'avouer: elle marche sur des oeufs lorsqu'elle s'adresse à son mari, il la rabaisse souvent, elle est en colère, mais n'ose pas se révolter ouvertement...

Ensuite, la peur, confuse, diffuse, s'insinue chez Susie. Peur mêlée d'excitation, peur de quelque chose dont elle ignore la véritable nature, peur de ne pas être effrayée par ce qui est réellement effrayant... J'ai partagé le questionnement de la jeune femme, tout en lui en voulant un peu. Elle se plaint de son mari, mais ne fait pas grand-chose pour l'arrêter, ce qui montre qu'ils ne sont pas sur un pied d'égalité. Cependant, on découvre vite ce qui arrête la jeune femme.

Quant au surnaturel, il satisfera le lecteur. Moi qui suis très sévère avec ce genre de manifestation, j'ai accepté que cette cabane dégage quelque chose, qu'elle soit maudite, qu'elle renferme une sorte de malédiction. Cela ne m'a pas dérangée parce qu'on peut, parfois, percevoir certaines sensations dans un lieu donné. Ce n'est pas aussi fort que ce qui se passe au refuge, mais l'auteur est partie de quelque chose de vraisemblable, d'admissible, pour sa théorie surnaturelle, ce qui l'ancre dans la réalité.

On me dira que cette cabane appuyant sur les points faibles de ceux qui ont le malheur d'y entrer, c'est un topos du genre. L'auteur a su créer une histoire qui se tenait autour de cela, et a su ne pas trop en faire. Sa sobriété fait que le roman est bon.

D'autre part, le lecteur peut comprendre plusieurs choses différentes. Les événements sont contés du point de vue de Susie. À un moment, elle a une preuve matérielle de ce qu'elle sait (ou croit savoir), mais elle s'en débarrasse. De ce fait, on peut se demander jusqu'à quel point elle a imaginé. Entre ce qu'elle souhaitait sans oser le faire, ce qu'elle découvre, ce qui se passe au moment où elle finit par passer à l'action... tout peut être interprété de diverses manières. En général, cela m'agace. Ici, j'ai trouvé que l'auteur avait été très habile.

De même, on peut se demander ce qui a fait de Martin ce qu'il est. A-t-il été transformé dès sa petite enfance à cause de l'expérience dans le refuge ou bien à cause du refuge lui-même? Aurait-il été ainsi de toute façon? Le refuge n'a-t-il fait que révéler sa nature? Là encore, au lecteur de décider quelle explication il préfère.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Enfin, j'avais peur que la fin soit du genre qu'on trouve habituellement dans les mauvais films ou livres. J'avais peur que Susie trouve quelqu'un d'autre, et au bout de quelques années de vie commune, lui propose d'aller au refuge, et que tout recommence. Ici, il y a bien des «traces» du refuge dans le comportement de Susie, mais ce n'est pas aussi marqué. C'est au lecteur de décider si elle finira par le reléguer au rang de souvenir ou si tout peut recommencer. Je préfère cette ouverture.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari. Ce livre m'a été offert par MA éditions par l'intermédiaire de l'agence de communication Gilles Paris. Il sort le 22 février.

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